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Title : Les petits Bollandistes : vies des saints. T. XVI, Vie de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, Année chrétienne, Fêtes mobiles / d'après les Bollandistes, le père Giry, Surius... ; par Mgr Paul Guérin

Author : Guérin, Paul (1830-1908). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1876

Subject : Saints chrétiens

Subject : Fêtes religieuses -- Christianisme

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 17 vol. ; 25 cm

Format : Nombre total de vues : 710

Description : Contient une table des matières

Description : Guides pratiques

Description : Biographies

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k30746t

Source : Bibliothèque nationale de France

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37268348p

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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LES PETITS BOLLANDISTES

VIE

S DES SAINTS

TOME SEIZIÈME


Cet Ouvrage, aussz bien puur le plan d'après lequel il est conçu que poMr les matières qu'il contient, et qui sont le résultat des recherches de fj4M<eM~, est la propriété de PEditeur qui, ayant rempli les formalités légales, poursuivra toute coH<?'e/apoM, sous quelque forme qu'elle se produise. L'Editeur se réserve également le droit de reproduction et de traduction.


LES

PETITS BOLLANDISTES VIES DES SAINTS

de l'Ancien et du Nouveau Testament

des Martyrs, des Pères, des Auteurs sacrés et ecclésiastiques DES VÉNÉRABLES ET AUTRES PERSONNES MORTES EN ODEUR DE SAINTETÉ

NOTICES SUR LES CONGRÉGATIONS ET LES ORDRES RELIGIEUX

Histoire des Reliques, des Pèlerinages, des DcYctions populaires, des Monuments dus à la pieté depuis le commencement du monde jusqu'aujourd'hui

D'APRÈS LE PÈRE GIRY

dont le travail, pour les Vies qu'il a traitées, forme le fond de cet Ouvrage

LES GRANDS BOLLANDISTES QUI ONT ÉTÉ DE NOUVEAU INTÉGRALEMENT ANALYSÉS SURIUS, RIBADENEIRA GODESCARD, BAILLET, LES HAGIOLOGIES ET LES, PROPRES OE CHAQUE DIOCÈSE tant de France que de l'Etranger

ET LES TRAVAUX, SOIT ARCHÉOLOGIQUES, SOIT HAGIOGRAPHIQUES, LES PLUS RÉCENTS Avec l'histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Sainte Vierge, des Discours sur les Mystères et tes Fêtes une Année chrétienne

le Martyrologe romain. le Ha.rtyrologe français et Jes Martyrologes de tous les Ordres religieux une Table alphabétique de tous les Saints connus, une autre selon l'ordre chronologique une autre de toutes ]es Matières contenues dans l'Ouvrage, destinée aux Catéchistes, aux Prédicateurs, etc. Far :M8~- Fa/u.1 GUJIÈIFMr~

CABIERIER DE SA SAJNTETÉ PIE IX

SEPTIÈME ÉDITION, BEVUE, CORRIGEE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE (Troisième tirage)

TOME SEIZIÈME

YIES DE NOTRE-SEIGNEUR ET DE LA SAINTE VIERGE. ANNÉE CHRË'nEN:;E FETES MOBILES

BAR-LE-DDC TYPOGRAPHIE DES CÉLESTINS BERTRAND PARIS. BLOUD ET BARRÂL, LIBRAIRES

30, RUE CASSETTE, 30

1876



NOTRE-SEIGNEUR

JESUS-CHRIST

LE SAINT DES SAINTS

Christus sit M<a <M, lectio tua, meditatio tua, locutio tua, desiderium tuum, lucrum tuum, spes tua et merces tua.

Que le Christ soit votre vie, votre lecture, votre méditation, votre conversation, votre désir, votre ea.tn, votre espëranee et votre couronne.

Saint Bonaventure.

La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ doit naturellement trouver sa place dans la vie de Saints que l'Eglise honore dans le cours de l'année, puisqu'il est le principe, l'exemplaire et la fin de toute la sainteté créée. Ses premiers historiens ont été saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, que nous appelons pour cela les quatre Evangélistes comme ils n'ont rien écrit dont ils n'eussent été témoins oculaires, ou qu'ils n'eussent soigneusement appris de ceux qui l'avaient été, et même, ce qui est encore plus considérable, qui ne leur fût inspiré et dicté par le Saint-Esprit, à l'instant qu'ils l'écrivaient, ils ne peuvent être soupçonnés de fausseté, et méritent au contraire qu'on leur donne toute sorte de créance. C'est de ces écrivains sacrés que nous tirerons les principales actions de cette vie adorable.

L'évangéliste saint Jean est celui qui prend la chose de plus haut, montant même jusqu'au point de l'éternité. Au commencement, dit-il, le Verbe était, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. C'est ce qui était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n été fait sans lui'. EnSn, ce même Verbe s'est fait chair, il

1. Dieu a fait toutes choses par son Verbe, parce qu'il les a faites par son intelligence; c'est pourquoi

proprement que du Père, que toutes choses ont été faites par lui. Les Ariens en

concluaient que le Fils était inférieur au Père, à qui, disaient-ils, il avait servi d'instrument pour la

création. L'intelligence par laquelle on agit n'a jamais été appelée un instrument; et, supposé qu'o~

l'appeler ainsi, il faudrait dire que c'est un instr ument égal à celui qui l'emploie. Car qui a jamais dit ou

E~ quel qu'il soit, est plus grand que son intell(gcnc^, ou que -¡ou intelligcnce

est quelque chose de moins que lui? Le P. de Ligi2y.

VIE

BE


a pris notre nature, il s'est revêtu de notre mortailte, et u est venu u~meurer parmi nous, où il a répandu avec abondance la grâce et la vérité dont il était rempli 1. Ces paroles, qui sont presque le texte même du saint Evangile, nous marquent deux générations de Nôtre-Seigneur, l'une divine et l'autre humaine, l'une dans l'entendement du Père éternel et l'autre dans le sein de la sainte Vierge; l'une par laquelle il est Dieu et Fils de Dieu avant tous les temps l'autre par laquelle il est devenu homme et Fils de l'homme dans la plénitude des temps

Pour l'accomplissement de ce dernier mystère, Dieu, dit l'évangéliste saint Luc, envoya un ange appelé Gabriel, dans la ville de Nazareth, à une vierge appelée Marie, qui avait pour époux un saint homme nommé Joseph, de la race de David. Le sujet de ce message était d'annoncer à cette Vierge qu'elle concevrait et enfanterait un fils qui, étant Dieu et homme, serait le Sauveur des hommes c'était aussi d'obtenir son consentement pour l'exécution de ce grand dessein. L'ange y réussit si bien que Marie, après avoir su de lui que ce mystère se passerait en elle sans préjudice pour sa virginité et par la seule opération du Saint-Esprit, y acquiesça de bon cœur, et

1 C'est-h-dire qu'il a été fait homme. L'Evangëiiste nomme la partie pour le tout, et la partie la plus méprisable, pour faire mieux sentir le prodigieux abaissement du Fils de Dieu. On trouve une grande énergie dans l'union de ces deux termes, le Verbe a été fait chair. D'anciens hérétiques en ont pris occasion de dire que le Verbe n'avait pris que la chair a laquelle il servait d'âme; Jésus-Christ les avait réfutes d'avance en disant <. ~oa dme est troublée; mon a)M est triste jusqu'à la mort. Mon IbfC.je remets mon esprit entre vos mains N'e&t-il point parlé de la sorte, il suSt qu'il soit appelé homme, comme i) l'est plus d'une fois dans l'Ecriture, pour qu'on no puisse pas douter qu'il n'ait pris une âme raisonnable. Un corps sans âme ne serait pas plus un homme que ne l'est un arbre; et si l'âme n'était pas raisonnable, il ne digérait de la bête que par la Egure. Ceci est dit contre l'heret.que Apollinaire, qui attribuait il Jésus-Christ une âme sensible ou sensitive, et non une âme raisonnable. On ne finirait pas, si l'on voulait rapporter toutes les impiétés et toutes les absurdités que les hérétiques ont imaginer it.r mystère de l'Incarnation. La foi et le bon sens ne se trouvent que dans un acquiescement panait a .;e qu'il a plu à Dieu de nous en révéler. Le P. de Li.çny.

2. Li généalogie de Jésus-Christ ayant toujours été une cause de difficultés, nous croyons pour la plus grande satisfaction de nos lecteurs devoir donner ici ce que dit sur ce sujet M. l'abbé Lccanu dans sa belle et savante histoire de la sainte Vierge.

Saint Matthieu, qui a écrit son Evangile en hehreu. et l'a composé spécialement pour les Juifs, donne la généalogie légale du Sauveur, e'est-a-dire celle de son père putatif, même en supprimant ceux des personnages intermédiaires que la synagogue supprimait.

11 compte par guneratious. La généalogie qu'il donne est officielle et publique, inscrite en partie dans les livres saints, ei, pour le reste dans les souvenirs de famille c'est une cons'a~ion. et non une révélation, car, avant qu'il eut rien écrit, tout le monde appelait Jésus fils de David, le croyant fils de

Josepli.

Et si l'Evangéliste omet sur sa liste trois générations de rois, c'est que la synagogue les avait re !ranchées, selon toute apparence du moins, à cause de la malédiction infligée à Jézabel, et qui pesa d'un poids si terrible sur ses quatre descendants successifs eu Judée, Attulie, Ochosias, Joas et Amasias. Or, suivant certains préjugés, fondés en partie sur la sainte Ecriture, la malédiction s'arrêtait à la quatrième

génération.

Cette explication avait été donnée ou du moins indiquée des le jv siècle par saint Hitaire. dans son commentaire sur saint Matthieu. Les Juifs avaient retranché trois générations entre Joram et Ozias, dit ce docteur si savant et si exact, parce que Ochosias, fils de Joram, était né du sang impur de l'idolâtre Jézabel, étrangère d'ailleurs au peuple béni.

Un second retranchement non moins remarquable est celui de Joakim, à l'époque de la captivité; mais celui-ci no peut provenir que d'une erreur de transcription dans le texte même de l'Evangile · autrement saint Matthieu commettrait la double inadvertance do compter quatorze générations ou il n'en donne que treize, et d'attribuer plusieurs frères à Jeel'.on.a! qui n'en eut quun. 11 faut donc itre Joiias engendra JoaMm et ses frères; Joahim enp:ndra Jechonfas au temps de la captivité Farce moyen, saint Matthieu redevient d'accord avc~le livre des Parai i l'amenés et d accord avec lui-même, puisque le nombre de trois fois quatorze générations qu'il annonce, se retrouve avec exactitude sous sa

plume.

Sans doute cette généalogie snfEsait à ceux a qui elle était destinée ayant connu Marie et Joseph, et sachant quels liens de famille les unissaient, remémorer les ancêtres de l'époux, c'était rappeler suffisamment ceux de l'épouse, et montrer ainsi que le Jésus fils de Marie seule, était pourtant aussi fils de David. D'ailleurs il n'était pas d'usage parmi les Juifs, nous disent les plus anciens Pores, de dresser une autre généalogie que celle dn père de famille, la femme absorbant sa personnalité dans la famille oh elle était entrée.

Toutefois la généalogie de Joseph, SHNsante au point de me où s'était placé l'Evangéliste saint


s'y soumit avec beaucoup d'humilité ainsi le ciel donna sa rosée et la terre donna son fruit; il se fit, dans cette auguste Vierge, une alliance merveilleuse de la nature divine et de la nature humaine en l'unique personne du Verbe divin, lequel n'étant que Dieu dans l'éternité, devint homme, et n étant que Verbe de Dieu, fut fait jNsus-CHMST

Après cette conception, Nôtre-Seigneur demeura neuf mois entiers dans le sein de sa mère quoique son corps n'eût point de mouvement parfait, néanmoins son âme était divinement opérante, et faisait des actes aussi 1 excellents que ceux qu'elle fait maintenant dans le ciel. Pendant ce tempslà, la sainte Vierge visita sainte Elisabeth, sa cousine, et ce fut en cette entrevue que se passèrent ces grandes merveilles. Cependant Joseph, son époux, qui ne savait encore rien du mystère, fut troublé de sa grossesse, et il pensait déjà a se séparer secrètement d'elle, parce qu'il ne pouvait pas

Matthieu, devient insuffisante pour nous, puisqu'elle u'établlt pas avec certitude que Jésns descendait de

~H=S~ mieux encore de la race

d'Aaron, tels étant les usages reçus.

Mais le Saint-Esprit ~=~?~

la pensée de transmettre de son côté les noms des ancêtres de Marie.

Quiconque admet la vérité de l'Evangile, doit admettre que les deux généalogies sont vraies or, elles

sont entièrement différentes l'une de l'autre; donc elles ne se rapportent pas à la même personne.

Elles aboutissent toutes les deux à Jésus; or, l'une est celle de son père putatif, donc l'autre est cello

de sa mère.

Ces conséquences sont tellement rigoureuses, qu'il n'y a plus d'hésitation parmi les critiques. Les

Pères de l'Eglise ne les ont pas si clairement aperçues, il est vrai, et la plupart n'ont parlé de la double'

généalogie du Sauveur qu'avec un extrême embarras et en supposant un mariage entre un frère et la

veuve de son frère, dont saint Joseph seraitissu.

En cherchant bien, on retrouverait peut-être la main des Gnostiques à l'origine de. cette SUPposition,

.i: puisqu'il n'est pas fils de Joseph.

Toutefois, notre ~r~r semble bien ne pas s'y être laissé surprendre, et attribuer direc-

tement à la divine Marte la généalogie donnée par saint Luc. Il serait difficile en effet de déduire une

autre pensée des paroles suivantes 1( L'Evangéliste saint Luc commence la généalogie par le Seigneur

et la fait remonter jusqu'à Adam, pour montrer que si le principe de la génération vient de celui-ci, le

principe de la régénération qui est dans le Seigneur remonte aussi de race en race jusqu'à Adam, et

qu'ainsi la désobéissance d'Eve, prolongée.dans ses descendants, a son terme dans 1'obéissance de Marie.

Ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la vierge Marie là délié par sa foi Ainsi parle le

saint docteur.

Mais comment une désobéissance et un châtiment prolongés de race en race auront-ils leur terme en

~-=5ES--HSES='F-

tres que l'Evangélistc indique, le raisonnement manque de justesse et d'application.

II faut donc reconnaitre dans la ,généalogie donnée par saint Lue, celle de la divine Vierge. Il faut

aussi faire attention que les deux Evangélistes ne se servent pas du même mot. Saint Luc emploie celui

de filiation, qui est plus ,'ague et admet la génération, la substitution, l'adoption et car on

peut être appelé fils de ces quatre manières or, elles se trouvent toutes les quatre, et nécessairement,

dans la liste qu'il trace. Voici Jésus entrait alors dans sa trentième année, et était réputé fils de Joseph, de de de~ aeMe)chi (nous abrégeons), de J.M~. de K.sa, de Zorobabel, de (p.) d~l' nouveau), de Mathata, do Nathan, de

David, de Jessé (puis enfin) de Caïnan, d'Ilénos, de SetL, d'Adam, de Dieu ».

Adam est fils de Dieu par adoption, en Jésus-Christ. Salathiel ne peut être fils de Néri que par

alliance, et Résa par substitution nous allons le montrer. Il était d'usage parmi les Juifs, comme il l'est

encore parmi nous, que les beaux-pères appelassent leurs gendres du nom de fils, nous dit le Juif Philon.

C'est donc o.in5! que Joseph est fils d'Hé1i1 parce qu'il a épousé la divine :Marie.

Les deux généalogies procèdent de David par deux branches différente': l'une par Salomou, la seconde

?. Bethsabée et frère alné de Salomon; puis elles se regreffent dans Zorobabel,

le conducteur du peuple de Dieu au retour de la captivité,

Suivant le livre des Paralipoiiiènes et l'Evangéliste saint Matthieu, Jéchonias, dernier roi de Juda,

engendra Salathiel; suivant l'Evangéliste saint Luc, Salathiel est fils de Néri. EvicleJ~ln1Unt celui qui est

fils de Jéchonias selon la nature, ne peut être fils de Néri que selon la loi c'est-il-dire parce qu'il a

~?~:F~?~ parenté est trop éloignée, pour supposer un

lévirat, (mariage d'un frère avec la veuve de son frère),

Puis le.3 trois généalogistes s'accordent à donner Zorobabel pour fils à ce même Surathiel. s'arrête

=.=~ avant la fin de la captivité. Aussitôt les deux évangélistes

rétablissent la division, et reconstituent deux nouvelles branches l'une par Abiud, de laquelle sortira

:S'A~ par Résa, aboutissant au même Joseph, mais avec une expression

différente, et dont le sens est aussi beaucoup plus large, celle de filiation.

.T;=~ de Néri et de Nathan, descend

de, deux branches de la famille d&vidique par voie de génération, et qu'oins.! le Fils de 86Car~e, JéSUII,


la justifier, ni aussi la condamner Mais sa peine ne dura guère l'ange du Seigneur lui apparut, et lui apprenant la merveilleuse opération du Saint-Esprit, il changea son soupçon en admiration, et son inquiétude en une joie qui ne peut s'exprimer.

Les neuf mois étant expirés, la sainte Vierge, qui avait porté NotreSeigneur sans en éprouver les souffrances ordinaires, le mit heureusement au monde, avec une pureté plus qu'angélique, et sans ressentir aucune douleur. Ce fut dans une étable, auprès de la petite ville de Bethléem, le premier jour de la semaine, appelé maintenant dimanche, le 25 du mois de décembre, à minuit, l'an de la création du monde (selon le martyrologe romain, qui se règle en cela sur la version des Septante) cinq mille cent quatrevingt-dix-neuf, et, selon d'autres, qui se règlent sur notre Vulgate tirée de l'hébreu, quatre mille cinquante-deux ou cinquante-trois quoiqu'il y ait encore là-dessus d'autres opinions fort différentes: sept cent cinquantedeux ou cinquante-trois ans depuis la fondation de la ville de Rome, l'emnotre adorable Sauveur. le trait d'union entre les deux alliances, eonnne au sacerdoce par Anne, son aïeule, fille d'Aaron, à la royauté par Salomon, héritier de David, an peuple par Nathan, fils déshérité dt même David.

Un tableau comparatif fera mieux comprendre ceci.

DAVID.

(FARADir.) (SïM~TTH.) (STLCO.) Salomon Salomon Nathan Roboam Roboam Mathata AM<t Abia Mennft Asa Asa Méléa Josaphat Josaphat EUaehint Joram Joram Jona Ochosias Joseph Joas Juda Amasim Siméon AMTiM OsiM Lévi Joathan Joatham Matliat Aetias Achas Jorim Ezëchia!! EzëchiM Eliézer Manassé Manassé Jésu Amon Amon Her Josias Josias Elmadan Joaéhim » Cosan, Addi Jéchonlas Jéclionias MeIch!,Ncri Salathiel Salathiel Salathiel Zorobabel Zorobabel Zorobabel ~bt~d Résa, Joa.nM

Eliacim Juda,Joseph

~sor S~mei,Mathn:!as

Sadoe M!ib!H,N~gc

Achim Hesli, N~huni

Eliud Amos, Mathatias

Eléasar Joseph, Janne

Mathan Metehi, Mvt

Jacob Mathat.H~U

Joseph Joseph

Jésus Jésus.

1. 8'i1 l'eflt dénoncée, .1 semble qu'il n'aurait pas été Injuste. Mais il aima mieux ne pas user du droit

1. S-i) l'eût dénoncée, il circonstances, une condait. douée et moM~e

que lui donnaient les apparences. Il jugea quel dans ces circonstances, une conduite douce et modérée était préférable à la justice rigoureuse. Aussi ~mM~e lui est donnée dans dans un degré signifie pas seulement un homme équitable, elle exprime l'assemblage est toutes les vertus dans un degré très-excellent. On donne encore à son est plus que vraisemblable. La vertu de son incomparable épouse avait équivoques, croire la confrontant, si l'on ose ainsi

parler, avec ce qu'il apercevait, il ne savait que croire et que ne croire pas. Il cherchait donc à accorder

ces deux avec ce en se séparant de l'apparence du crime, et en ménageant son honneur h cause de la persuasion :eTv'er~as~ forte pour tenir dans son esprit contre de telles a,tences. Le P. De Ligny.


pereur Auguste étant dans la quarante-deuxième année de son règne, et le vieil Hérode, surnommé l'Ascalonite, occupant le royaume de Judée depuis pUjs de trente ans plusieurs disent depuis trenle-sept ans. Huit jours après l'enfant fut circoncis et nommé JÉsus, comme l'ange l'avait nommé avant même qu'il fût conçu dans le sein de sa mère. Le vendredi suivant, qui était le sixième de janvier, trois personnes très-considérables, que l'Evangile appelle Mages et qui, selon la tradition commune, étaient rois, arrivèrent des contrées de l'Orient à Bethléem, sous la conduite d'une étoile extraordinaire pour l'adorer. Ils ne se rebutèrent point ni de la pauvreté de l'étable où il était né, ni des faiblesses et des nécessités de son enfance mais, reconnaissant en lui un Dieu immortel, fait homme mortel pour notre salut, ils lui firent hommage de tout ce qu'ils étaient et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Après le départ des Mages pour s'en retourner en leur pays, Marie et Joseph avec l'enfant demeurèrent encore quelque temps dans l'étable mais le quarantième jour, qui correspond au 2 février, étant arrivé, ils la quittèrent et se rendirent à Jérusalem, qui n'en était éloignée qu'environ de trois lieues là, Marie présenta son fils à Dieu dans le temple, et le racheta de cinq sicles selon la loi des premiers-nés. Elle y accomplit aussi les cérémonies que la loi prescrivait aux femmes devenues mères, et que l'on appelait les cérémonies de la purification Ce fut en cette occasion que le saint vieillard Siméon reçut Notre-Seigneur entre ses bras et rendit à son sujet mille actions de grâces à Dieu, et que la bonne veuve Anne, dont Dieu avait récompensé les jeûnes assidus et les prières continuelles d'un 1. On n'imposait le nom que le huitième jour, et après la circoncision, parce que ce n'était que par la circoncision que l'enfant était incorporé dans la société du peuple de Dieu. C'est apparemment pour la même raison que, dans le christianisme, on nomme l'enfant lorsqu'on le baptise. Le P. De Ligny. 2. On trouve le nom de mages employé par les anciens auteurs pour signiaer 1" des magiciens on des enchanteurs; 20 les habitants d'une certaine contrée de l'Arabie, qui s'appelait la Magodie 3* les sages ou les philosophes de la Perse, qu'on a peut-être appelés du nom de mages, parce que dans leur philosophie il entrait beaucoup d'astronomie, que la simplicité des anciens peuples regardait comme une espèce de magie. Cette dernière signification est celle que l'opinion commune donne ici au nom.de mages. Le nombre de mages qui vinrent adorer le Sauveur n'est pas exprimé. Celui de trois auquel on le 6xe est une tradition qui paraît fondée sur le nombre des présents qu'ils offrirent. Leur royauté n'est pas reconnue par quelques interprètes. C'est l'idée commune que son antiquité doit faire respecter. On n'entend pas cependant qu'ils aient été de grands et puissants monarques on sait qu'il y a encore des contréss an monde où il suffit, pour avoir le titre de roi, de posséder en souveraineté deux ou trois bourgades.- Le P. De Ligny.

3. On m'a que des conjectures sur la nature de l'étoile qui leur apparut, sur la partie du ciel ou Ils la virent, et sur la manière dont elle dirigea leur marche. Voici ce que l'on dit de plus probable. Ce n'était pas une étoiie véritable, mais un météore plus brillant que les étoiles ordinaires, puisqu'il n'était pas effacé par la clarté du jour. Ils virent l'étoile sur la Judée; car comment tes aurait-elle fait penser à la naissance du nouveau roi des Juifs, s'ils l'avaient vue sur le pays qu'ils habitaient? et la prophétie qui disait « Une étoile naîtra de Jacob aurait-elle pu s'appliquer à un astre qui aurait paru subitement sur l'Arabie? Placée sur la Judée, cette étoile, par sa position seule, leur servait de guide, et il n'était pas nécessaire qu'elle fut mise en mouvement pour qu'ils sussent de quel esté ils devaient tourner leurs p~s. Lorsqu'ils arrivèrent a Jérusalem, ils cessèrent de la voir. Si ce fnt, comme on le dit, afin d'éprouver leur foi que Dieu la fit disparaître, son intention principale était de faire connaître aux Juifs, par le moyen des mages, la naissance du Messie, et aux mages, par le moyen des Juifs, le lieu où le Messie devait naître, et l'accord des prophéties avec le signe miraculeux qui les avait attirés. Le P. de Ligny, 4. On doit remarquer ici deux lois ditTérentes, l'une qui obligeait celles qui avaient enfanté de venir se purifier au temple après un certain nombre de jours, l'autre qui prescrivait d'offrir au Seigneur tout mâle premier-né de sa mère. On demande si ces deux lois regardaient Jé.'us-Christ et Marie. JésusChrist, qui est Dieu, était au-dessus de toute toi. Mais parce qu'il s'était assujéti volontairement à l'observation de la loi mosaïque, il ne pouvait pins, étant premier-né, manquer d'accomplir celle-et. La loi de la purification avait pour objet d'expier l'impureté légale que les femmes contractaient par les suites de leurs couches. Marie, dont le divin enfantement avait été plus pur que ]e rayon du soleil, n'était point dans le cas de cette loi mais sa parfaite pureté était un mystère ignoré et qu'il n'était pas encore temps de révéler. Elle ne pouvait donc pas se dispenser de l'obligation commune, sans se faire regarder comme prévaricatrice, c'est-à-dire sans scandaliser. Dès lors n'était ce pas pour elle une obligation de charité? Le P. de Ligny.


excellent don de prophétie, dit des merveilles de lui à tous ceux qui se trouvaient alors dans le temple.

Le roi Hérode, entendant le bruit de ce qui était arrivé dans le temple à la présentation de l'enfant, et reconnaissant par là qu'il avait été trompé par les Mages, entra plus que jamais dans l'appréhension de perdre son royaume et, pour prévenir ce mal, après avoir inutilement fait chercher celui qu'il craignait, il résolut de l'envelopper dans un massacre commun, en faisant mourir tous les petits enfants, tant de Bethléem que des environs, qui étaient au-dessous de deux ans. Mais que peut la malice des hommes contre la providence de Dieu? Des milliers d'enfants furent égorgés, et cet unique enfant, que l'on prétendait égorger en la personne de chacun d'eux, échappa au danger et ne put tomber entre les mains des bourreaux. Voici ce qui le préserva du carnage Un peu auparavant l'ange du Seigneur apparut de nuit et en songe à saint Joseph, et lui commanda de se lever, de prendre l'enfant et sa mère, et de fuir avec eux en Egypte, où il se tiendrait jusqu'à ce qu'il lui fît connaître de nouveau la volonté de Dieu. Saint Joseph ne raisonna point sur ce commandement, il ne demanda point du temps pour mettre ordre à ses affaires et pourvoir à la sûreté de sa maison il obéit aussitôt, il se leva, il prit Jésus et Marie, et partit sur l'heure pour l'Egypte. Ainsi l'enfant fut sauvé sans qu'il fût besoin pour cela d'user de miracle. Au reste, cette obéissance de saint Joseph est l'une des plus illustres actions qui soit rapportée dans le cours de l'Histoire sainte, et les Pères de l'Eglise, qui en pèsent merveilleusement bien toutes les dif8cultés et toutes les circonstances, la proposent comme un excellent modèle de celle que nous devons rendre aux commandements et aux inspirations de Dieu. L'Evangile ne remarque point ce qui arriva durant cette fuite en Egypte; mais on en peut apprendre quelque chose de divers auteurs ecclésiastiques, qui en ont écrit suivant les traditions qui avaient cours de leur temps. Sozomène (1. v, c. 20) et Nicéphore (1. x, c. 31) rapportent que, comme ces augustes pèlerins approchaient d'Hermopolis, ville de la Thébaïde, un arbre d'une hauteur prodigieuse, appelé pc.M, dans lequel les païens adoraient le démon sous le nom de quelqu'une de leurs divinités, se courba jusqu'à terre pour rendre hommage à Jésus, le Créateur de toutes choses, qui passait devant lui; depuis ce temps, son écorce, ses feuilles et ses fruits, eurent une vertu médicinale par laquelle ils guérissaient toutes sortes de maladies. Eusèbe de Césarée (Démonstration évangélique, 1. vi, c. 20) dit que les démons, qui avaient coutume de rendre des oracles par la bouche des idoles, furent extrêmement troublés de sa venue, et que, se sentant liés par une vertu souveraine, ils devinrent muets et ne donnèrent plus de réponses à ceux qui les interrogeaient. Saint Athanase et Origène ajoutent que les idoles mêmes tombèrent et furent brisées. Et Burchard, évêque de Worms, témoigne que, de son temps, entre les villes d'Héliopolis et de Babylone, l'on voyait dans un jardin une petite fontaine où la sainte Vierge avait, croyait-on, plusieurs fois lavé son divin enfant et les langes qui servaient à l'envelopper cette fontaine était en grande vénération, non-seulement parmi les chrétiens, mais aussi parmi les Sarrasins, à cause d'une vertu extraordinaire qu'ils reconnaissaient dans ses eaux pour rendre la terre fertile. On ne sait pas précisément combien de temps ces saints exilés demeurèrent en Egypte. Le persécuteur étant mort, l'ange du Seigneur apparut

une autre fois à saint Joseph, et lui ordonna de retourner avec l'enfant et la mère dans la terre d'Israël. Joseph obéit à ce nouvel ordre avec la même promptitude qu'il avait obéi au premier mais apprenant qu'Archélaüs, fils


aîné d'Hérode, lui avait succédé, et craignant avec beaucoup de raison qu'il ne l'imitât dans sa cruauté et dans ses mauvais desseins contre l'enfant, il ne voulut pas aller en Judée, qui était du domaine de ce prince; mais il se retira, par un avis du ciel, dans Nazareth', ville de Galilée il exécuta ce projet, au rapport du martyrologe romain et des autres martyrologes, le septième jour de janvier. Ainsi deux grandes prophéties furent accomplies en même temps la première, où.Dieu dit « J'ai appelé mon fils de l'Egypte (Osée, xx, 2) » la seconde, où il est dit, en parlant du Messie « H sera appelé Nazaréen ».

L'Evangile ne dit rien de plus des premières années de Notre-Seigneur, si ce n'est encore ce mot en passant, qu'il croissait et se fortifiait de jour en jour, qu'il était rempli de sagesse, et que la grâce divine était en lui. Mais saint Luc rapporte une action fort mémorable qu'il fit à l'âge de douze ans. Ses parents, c'est-à-dire la sainte Vierge et saint Joseph, ne manquaient pas, pour satisfaire au précepte de la loi, de se trouver tous les ans à Jérusalem à la fête de Pâques, et de l'y mener avec eux. Lui donc étant âgé de douze ans, ils y allèrent tous ensemble pour cette fête, avec leurs proches et leurs voisins, et y satisfirent à leur dévotion. Mais comme chacun revenait, le saint enfant laissa partir tout le monde et demeura seul dans la ville, sans que personne y prît garde. Sa sainte mère et saint Joseph s'apercevant de son absence, sur la fin du premier jour, en conçurent beaucoup de douleur, et la nuit ne les empêcha pas de retourner sur leurs pas à Jérusalem pour l'y chercher. Enfin, le troisième jour, ils le trouvèrent assis au milieu des docteurs dans ces salles ou galeries qui étaient autour du temple, où ces mêmes docteurs avaient coutume de s'assembler pour conférer entre eux des points de la loi. C'est là qu'il s'était retiré pour faire paraître quelques rayons de cette immense sagesse dont il était rempli. Il écoutait ces grands maîtres et les interrogeait, comme si lui-même eût eu besoin d'en être instruit mais quand il était question de parler, il ravissait toute l'assemblée par son admirable modestie et par la prudence et la solidité de ses réponses. Ses parents furent tout étonnés de le voir là; et sa mère, qui lui parlait plus familièrement, se plaignit humblement à luimême de ce qu'il s'était ainsi soustrait à leur compagnie « Mon fils », lui dit-elle, « pourquoi en avez-vous ainsi usé à notre endroit? Votre père et moi, nous vous cherchions avec beaucoup de douleur (Luc, n, 48) o. Mais le saint enfant lui répondit « D'où vient que vous vous mettiez en peine de me chercher ? Ne saviez-vous pas que je suis chargé des affaires de mon Père et que je suis obligé d'y travailler? » Ce n'est pas qu'il condamnât le soin avec lequel ils l'avaient cherché; car comment aurait-il condamné une action qu'ils étaient obligés de faire et qui devait être d'un si grand exemple dans l'Eglise mais il fit cette réponse pour faire parajtre sa souveraineté et son indépendance dans les faibiesses mêmes de son enfance, et pour nous apprendre avec combien de détachement de la chair et du sang nous devons nous appliquer aux affaires de Dieu. Saint Luc remarque que ses parents ne comprirent pas entièrement ce qu'il voulait dire mais que Marie conservait très-soigneusement, dans le fond de son cœur, la mémoire de tout ce qu'elle voyait et entendait, pour en faire le sujet continuel de ses méditations.

Les choses s'étant passées de la sorte, ils revinrent tous à Nazareth, où Notre-Seigneur demeura encore avec ses parents environ dix-huit ans, 1. Le nom de Nazareth, en hébreu, signifie fleurie ou la ville des /!<t(~. M. FftbM Bourassé.


c'est-à-dire jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans accomplis. Nous ne savons rien de certain sur ses occupations durant tout ce long espace de temps; nous apprenons seulement du même saint Luc qu' « il était soumis à Marie et à Joseph (Luc, n, 12) », leur rendant tous les devoirs de respect, de soumission et d'obéissance que les enfants sont obligés de rendre à ceux qui leur ont donné la vie; et qu'il avançait de plus en plus en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes; c'est-à-dire qu'à mesure qu'il croissait en âge, il faisait paraître de plus beaux effets de cotte sagesse infinie dont il possédait, dès l'instant de sa conception, tous les trésors. L'instruction que nous devons tirer de tout cela, c'est d'honorer dans un silence respectueux cette vie adorable dont les anges seuls, avec ses saints parents, ont été les témoins; cet excellent maître nous apprend que, malgré nos mérites et nos grands talents, nous devons nous soumettre volontiers à toute créature humaine à cause de Dieu, et chérir sur toutes choses le secret d'une vie cachée et inconnue aux hommes. Il y a beaucoup d'apparence que le grand saint Joseph mourut dans le cours de ces dix-huit années, puisque le saint Evangile n'en fait nulle mention depuis. Comme il fut occupé pendant sa vie au méLier de charpentier, il est fort probable que Nôtre-Seigneur travailla aussi dans ce mét.ior; aussi les habitants de Nazaret.h disaient de lui par mépris « N'est-ce pas là ce charpentier et ce fils de charpentier ? (Marc, YJ, 3; Matth., vin, 55) )). Ce qui nous doit faire admirer de plus en plus sa très-profonde humilité, et le mépris qu'il faisait de tous les honneurs du monde.

L'an trentième de son âge étant commencé de treize jours, selon la chronologie la plus certaine, il partit de Nazareth et vint au bord du Jourdain, où saint Jean-Baptiste, son précurseur, prêchait la pénitence et donnait le baptême, et, quoiqu'il fût l'Agneau sans tache, qui était venu pour effacer les péchés du monde, néanmoins il se mêla parmi les pécheurs pour être baptisé avec eux. Saint Jean, le reconnaissant par la lumière intérieure du Saint-Esprit, s'efforça de le détourner d'une action qui semblait si peu convenable à sa grandeur et à sa sainLeté. « C'est moi », lui dit-il, « qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi » Mais Notre-Seigneur lui répondit « Laissez-nous faire pour à présent; car il faut que nous accomplissions de cette manière toute sorte de justice (Matth., in, 13) H. Ainsi l'humilité du maître l'emporta sur calle du disciple, et Jésus fut baptisé par Jean. Le ciel, qui vit la gloire de son souverain abaissée sur la terre jusqu'à cet excès, ne put souffrir davantage cette humiliation, car il se fendit en deux à l'issue de son baptême, en sorte qu'on y aperçut une grande ouverture; et comme il était encore en prière, le Saint-Esprit descendit visiblement sur lui sous la forme d'une colombe, et le Père éternel fit entendre une voix qui disait « C'est là mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances (Matth., Ht, 1) ».

Ces merveilles arrivèrent le sixième de janvier, vingt-neuf ans après que Nôtre-Soigneur avait été adoré dans l'étable par les Mages. Et ce même jour, le Saint-Esprit, qui résidait en lui d'une manière toute particulière et qui le conduisait dans toutes ses démarches, l'emporta au désert, où il demeura quarante jours et quarante nuits dans un jeûne continuel, et sans nulle autre compagnie que celle des bêtes sauvages. Au bout de ce long terme, la faim commençant à le travailler par la permission qu'il lui en donna, le démon prit de là occasion de le tenter, premièrement de gourmandise, ensuite de présomption, et enfin de vaine convoitise des biens et des royaumes de la terre. Mais il ne remporta de toutes ces attaques que la


confusion, et Notre-Seigneur lui ayant dit « Retire-toi, Satan, car il est écrit Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui seul (Matth., iv, i0)n, ce prince des orgueilleux fut contraint de se retirer et n'eut plus la hardiesse de le tenter par lui-même. Et en même temps les anges vinrent féliciter Notre-Seigneur de sa victoire et lui servirent à manger. Jésus-Christ ayant commencé son jeûne le septième de janvier et le quatorzième jour de sa trentième année, il le finit le quinzième de février; et ensuite, selon saint Epiphane, il revint à Nazareth, où il demeura encore quelque temps en la douce compagnie de sa très-sainte Mère. Quant à ce qu'il fit dans tout le cours de cette année et jusqu'à la fin de décembre où il entra dans sa trente et unième année, nous n'en trouvons rien dans le texte sacré de l'Evangile. Il est certain qu'il ne prêcha pas publiquement et qu'il ne fit pas de miracles évidents; mais il est probable aussi qu'il se produisit plus qu'il n'avait fait jusqu'alors, qu'il visita souvent saint Jean, et qu'il commença à enseigner et à se faire connaître en particulier. Le dernier jour de décembre; il arriva ce qui est rapporté par l'un des Evangélistes les plus considérables d'entre les Juifs, entendant parler des merveilles de la vie et des prédications du saint Précurseur, lui députèrent une célèbre ambassade de prêtres et de lévites de la secte des Pharisiens, pour savoir de lui-même s'il était le Messie promis par la loi. Cet ami de l'Epoux et de la vérité leur répondit sincèrement que non; mais il prit do là occasion de leur annoncer que ce Messie qu'ils cherchaient était parmi eux, et qu'il se ferait bientôt connaître par la grandeur et par la nouveauté de ses miracles. Le lendemain Nôtre-Seigneur vint vers lui, et lorsque Jean l'aperçut, il dit « Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui efface le péché du monde. C'est lui dont j'ai dit Un homme vient après moi, qui est incomparablement au-dessus de moi, parce qu'il était avant moi ». Il rendit encore le jour suivant le même témoignage; car voyant Notre-Seigneur qui se promenait, il dit à deux disciples qui l'accompagnaient Voilà l'Agneau de Dieu. Ces disciples, dont l'un-était André, frère de Simon Pierre, entendant ces paroles, suivirent Jésus-Christ jusque dans la maison où il se retirait, et ils profitèrent si bien de l'entretien qu'ils eurent avec lui tout le reste de la journée, qu'ils se lièrent entièrement à lui. André le fit même avec tant d'affection et de zèle, qu'il voulut rendre Simon, son frère, participant de son bonheur. Il l'amena donc dès le lendemain à Nôtre-Seigneur, qui lui donna un autre nom et l'appela Pierre. Cette vocation fut bientôt suivie de deux autres; car le jour d'après, Nôtre-Seigneur étant retourné en Galilée, y rencontra Philippe et lui dit « Suivez-moi », et Philippe le suivit aussitôt. Peu après Philippe trouva le bon Nathanaël sous un figuier et lui ayant appris le bonheur qui lui était arrivé, il l'amena aussi à son maître. Le sixième de janvier, jour déjà consacré par l'adoration des Mages et par son baptême, il fut invité avec sa très-sainte Mère et ses disciples à des noces qui se faisaient à Cana, ville de Galilée; il y alla avec eux et y fit le premier de ses miracles publics, en changeant l'eau en vin, pour montrer dès lors qu'il ne condamnerait pas les noces, mais qu'au contraire il les sanctionnerait et en ferait un sacrement de son Eglise. De Cana il passa à Capharnaüm, autre ville de la même province, et y demeura quelque temps avec sa Mère, ses proches que l'Ecriture appelle ses frères, et ses disciples. Mais comme la fête de Pâques approchait, il se rendit à Jérusalem pour y assister aux cérémonies de cette fête.

C'est ici le commencement de la publication de l'Evangile, et la première des quatre Pâques qui se trouvent dans le cours de la prédication de


Notre-Seigneur. Il y fit paraître son zèle et son pouvoir en chassant hors du temple, avec un fouet, ceux qui le profanaient par leurs négoces. Les Juifs lui demandèrent en vertu de quoi il prenait cette autorité, et le pressèrent de leur donner un signe qu'il était envoyé de Dieu; mais il ne voulut point leur en donner d'autre que celui de la résurrection future de son corps, leur disant c Détruisez ce temple, et je le relèverai dans trois jours )). Néanmoins, il fit ensuite plusieurs grands miracles qui ne sont point rapportés en particulier dans le texte sacré; ce qui obligea plusieurs Juifs de croire en lui, et entre autres Nicodème ce prince des Juifs, de la secte des Pharisiens, vint de nuit le trouver pour être plus amplement instruit de sa doctrine, et eut le bonheur d'être instruit par lui des mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et de la régénération spirituelle. La fête de Pâques étant passée, Nôtre-Seigneur sortit de Jérusalem et se retira dans une région de la Judée que l'Evangile ne désigne pas, où il instruisait ses disciples et baptisait. Saint Jean baptisait aussi de son côté à ~Ennon, près de Salim, parce que c'était un lieu où il y avait beaucoup d'eau. Mais comme son zèle le porta à reprendre fortement le roi Hérode. surnommé Antipas, fils d'Hérode l'Ascalonite, au sujet de son commerce incestueux avec Hérodias, femme de son frère, il fut arrêté par le commandement de ce roi et mis en prison; ce qui arriva vers le mois de décembre. Cependant les disciples de Jean portaient envie à Nôtre-Seigneur et se plaignaient hautement que plus de monde allait à lui qu'à leur maître Jean. Jésus-Christ donc, voulant leur ôter toute occasion d'envie, et éviter le sort de son précurseur, quitta la Judée et retourna en Galilée, environ au mois de janvier; c'était au commencement de sa trente-deuxième année. Dans ce voyage, près de Sichem, aujourd'hui Naplouse, ville de Palestine, dans la Samarie, s'étant assis au bord du puits de Jacob, en attendant ses disciples, qui étaient allés dans la ville acheter des vivres, il eut, avec une femme pécheresse, appelée communément la Samaritaine', cette admirable conférence où il lui découvrit les grands secrets de sa mission, de son excellence divine, de l'adoration en esprit et de la grâce du Nouveau Testament. Sa parole fut si efficace, qu'elle convertit cette femme, et par elle plusieurs des Samaritains habitants de Sichem; ce qui lui donna sujet d'entrer dans la ville, et d'y demeurer deux jours, pendant lesquels il y fit un fruit merveilleux. A peine fut-il arrivé à Cana, ville de Galilée, où il avait changé l'eau en vin, qu'un officier, dont le fils expirait à Capharnaüm, l'y vint trouver, et le pria de venir promptement en cette autre ville pour y rendre la santé à son fils. Nôtre-Seigneur, pour récompenser la foi simple et ferme de cet homme, lui dit « Allez, votre fils est plein de vie » et en effet il se trouva qu'à la même heure l'enfant avait été guéri. Ce miracle semble être arrivé au commencement du mois de février. Jésus-Christ ne différa guère son départ pour la ville de Capharnaüm. Il choisit même cette ville pour sa demeure, et pour le lieu le plus ordinaire de ses prédications, parce qu'elle 1. Les Samaritains étaient originairement une colonie chaldéenne, envoyée par Salmanasar pour habiter le pays demeure désert par 1s tran.port des dix tribus dans les Etats de ce prince. Ces Cha'dënns apportèrent avec eux leur culte idolâtrique. Dien envoya des lions qui firent dans le pays de terribles rava~rs. Pour se délivrer de ce 6eaa, ils tirent venir d'Assyrie un prêtre de la race d'Aaron, qui les instruisit de la religion du Dieu du pays c'est ainsi qu'ils l'appdaient d'abord. Ils reconnurent la révélation mais ils ne reçurent que les cinq livres de Moïse, et encoreles ont-ils altérés en plusieurs endroits. Mais ce qui contribua le plus à les faire regarder comme schismatiques parles Juifs, ce fut le temple que Sanabelletit, un de leurs gouverneurs, fit bâtir sur la montagne de GaDztm. Ils le préféreront constamment au temple de Jérusalem, le seul lieu de la terre où il fut permis alors d'offrir à Dieu. des sacrifices. Cette haine entre tes Juifs et les Samaritains dure encore, quoique ceux-ci soient presque réduits à rien et qu'ils soient dans une profonde ignorance. Le P. de Ligny.


était très-commerçante et qu'il s'y trouvaitune plus grande affluence de monde que dans les autres villes de la Galilée et c'est pour ce long séjour que saint Matthieu n'a point fait difficulté de l'appeler la ville du Sauveur. Cette retraite fut bientôt suivie d'une nouvelle vocation des disciples. Le texte sacré dit que Jésus-Christ se promenant le long de la mer de Galilée, appelée aussi de Tibériade, aperçut deux frères Simon, qu'il avait déjà nommé Pierre, et André, qui jetaient leurs filets en mer, et il les appela, leur disant « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d'hommes» et à l'instant ils abandonnèrent leurs filets et le suivirent. Un peu plus loin, il vit deux autres frères, Jacques et Jean, fils de Zebédce, qui s'occupaient avec leur père et des ouvriers à raccommoder leurs filets; il les appela, et ceux-ci, abandonnant leur père et leurs filets, se mirent à sa suite.

Avec cette petite troupe, il commença à parcourir toute la Galilée, enseignant, préchant et donnant la santé aux malades; ce qui fit incontinent voler sa renommée par toute la Syrie, comme l'écrit saint Matthieu, et elle alla même jusque dans la haute Syrie, et aux oreilles d'Abgare, roi d'Edesse, qui lui écrivit, dit-on, une lettre fort respectueuse. Eusèbe de Césarée l'a traduite du syriaque en grec, avec la réponse que Notre-Seigneur fit à ce roi, comme on le peut voir dans les auteurs de l'Histoire de l'Eglise. Après quelques voyages, Nôtre-Seigneur se retira encore à Capharnaüm. Entrant le jour du sabbat dans la synagogue, il y trouva un homme possédé de l'esprit impur qui se mit à crier contre lui, disant qu'il venait les perdre et les exterminer avant le temps; mais à l'instant même il lui imposa silence et le contraignit de sortir du corps de ce malheureux, ce qui causa beaucoup d'admiration à toute l'assistance, et le bruit s'en répandit dans toute la Galilée. Ensuite, Notre-Seigneur entra dans la maison de saint Pierre, où il guérit sa belle-mère qui avait la fièvre, et fit sur le soir une infinité d'autres miracles-. Le lendemain, dès le point du jour, il sortit secrètement de la ville et s'en alla en un lieu désert pour y faire oraison. Saint Pierre et ses compagnons se mirent à sa recherche, et dès qu'ils l'eurent trouvé, ils lui dirent « Tout le monde vous cherche ». En effet, une foule de peuples étaient venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de toute la Judée et même du pays qui est au-delà du Jourdain, pour avoir le bonheur d'entendre sa parole. Cela le contraignit de se produire et de leur parler; mais leur ayant dit qu'il était obligé de porter aussi l'Evangile en d'autres endroits, il recommença d'aller de ville en ville et de bourg en bourg, pour prêcher dans les synagogues. Un jour qu'il était auprès du lac de Génésareth ou mer de Galilée et de Tibériade, voyant qu'il y avait tant de presse à l'entendre que le peuple l'accablait, il monta dans la barque de Simon Pierre, et la fit éloigner un peu du rivage; puis, s'étant assis sur la poupe, il prêcha de là toute cette foule. La prédication finie, Notre-Seigneur commanda à Simon d'aller en mer et d'y jeter ses filets pour la pêche Simon lui répondit qu'ils avaient travaillé toute la nuit sans pouvoir rien prendre, mais que sa parole lui donnait espérance de mieux réussir. En effet, il n'eut pas plus tôt jeté ses filets qu'ils se trouvèrent pleins de poissons et en si grande abondance qu'ils menaçaient de se rompre, et qu'il fallut appeler Jacques et Jean, qui étaient dans une autre barque, pour aider à les tirer'. Ce prodige étonna 1. Cette pêche miraculeuse est la figure oti plutôt l'histoire prophétique de ce qui devait arriver à rEgHse. Les Prophètes avaient travaillé presque sans aucun fruit sous la loi ancienne, qui étajt nn état d'o.nbre et d'obscurité. Entin le grand jour de la j;r4ce ayant paru. Pierre, sur la parole de Jésus-Christ, Jette le liict de l'Ev~n~He. Toutes I&& nations y entrent en foule les deux barques, c'est-h-dire les deux


si fort saint Pierre, qu'il se jeta aux pieds de Notre-Seigneur et le pria de se retirer de lui comme d'un pécheur indigne de sa compagnie; mais NotreSeigneur lui dit de ne rien craindre, et que désormais il prendrait des hommes comme il avait pris des poissons.

De là, il continua de parcourir la Galilée; et, comme un des Scribes parlait de se ranger sous sa discipline, il lui dit que les renards avaient des tanières, et les oiseaux du ciel des nids mais que le Fils de l'Homme n'avait pas où reposer sa tête. Il commanda à un autre de le suivre sur-lechamp et ne lui permit pas d'aller auparavant ensevelir son père. Et à un autre, qui s'offrit de le suivre après qu'il en aurait informé ceux de sa maison, il répondit que celui qui, ayant mis la main à la charrue, regarde derrière soi, n'est pas propre au royaume de Dieu. Ce fut encore en ce temps que, s'étant endormi dans une nacelle en pleine mer, il s'éleva une si furieuse tempête que la nacelle allait être submergée; mais ses disciples l'ayant éveillé, implorèrent son secours il commanda aux vents et à la mer de s'apaiser, et à l'instant même il se fit un très-grand calme ce qui remplit d'étonnement tous ceux qui étaient dans le navice, et ils disaient entre eux « Qui est celui-ci, qui même a pouvoir sur les vents et sur les tempêtes ? » Un autre jour, ayant passé l'eau et étant entré dans le pays des Géraséniens, autrement dits les Gadaréniens, il y trouva deux démoniaques si furieux, qu'ils rompaient tous les fers et brisaient toutes les chaînes avec lesquelles on pensait les arrêter, et, faisant leur demeure dans les tombeaux, au milieu des champs et sur les montagnes, se jetaient sur les passants et les maltraitaient.

Notre-Seigneur eut pitié d'eux, et malgré les cris et les prières des démons, il délivra ces deux malheureux possédés, et les rendit aussi doux et aussi souples que des agneaux. Mais comme ces démons lui demandèrent permission d'entrer dans un troupeau de porcs qui passaient près de là, il la leur donna et aussitôt ces animaux se précipitèrent dans la mer'. Les habitants du pays, soit par humilité, soit par crainte que la présence églises d'Orient et d'Occident, en sont remplies. Cette plénitude occasionne la rupture du filet, dont l'intégrité marque l'unité de l'Eglise, et sa rupture les schismes et les hérésies par lesquels elle perd une partie de sa pêche, si l'on peut appeler une perte ce qui ]a délivre de ces cruels enfants qui ne restaient dans son sein que pour la déchirer. Le P. de Ligny.

1. Ce sentit parler au moins très-improprement que de dire qu'en donnant cette permission JésusChrist fit tort à ceux à qui le troupeau appartenait. La terre avec tous ses biens appartient au Seigneur. (Ps. xxni) Il peut donc nous ôter, quand il lui plaît, les biens que nous tenons de sa pure libéralité; et l'homme religieux dit alors, comme le saint homme Job Le Seigneur me l'a donne, le Seigneur me l'a ôté; que le nom du Seigneur soit béni Cependant on est encore surpris que Jésus-Christ, le plus doux de tous les hommes, et dont tous les pas étaient marqués par autant de bienfaits, ait causé ou du moins qu'il ait permis dans cette seule occasion une espèce de dommage. On répond 1<* qu'en transportant sur les pourceaux le pouvoir que les démons exerçaient auparavant sur les hommes, il faisait un bien beaucoup plus grand que n'était le mal qu'il permettait; car, quoi qu'en pensent quelques philosophes modernes, deux hommes on même un seul homme vaut beaucoup mieux que deux mille pourceaux; 2" Jésus-Christ punissait les Gérasénieus. Ils le méritaient, s'ils étaient Juifs, parée que nourrir, comme ils faisaient, une si grande quantité de ces animaux dont l'usage leur était interdit par la loi, c'était pour eux et pour tous les peuples des environs une occasion prochaine de prévariquer. Mais on a cru que les habitants de Gcra~a étaient des Grecs, faisant partie de la colonie de Gadara, ville voisine où les empereurs avaient donné à des Grecs le droit de s'établir. En ce cas, ils méritaient encore d'être punis, à cause de leur excessif attachement pour ces vils animaux, qu'ils préféraient à la parole de Dieu que Jésus-Christ venait leur annoncer, comme il paraît par la prière qu'ils firent à Jésus-Christ de se retirer, n'osant pas entrf prendre ds l'y forcer. Or, préférer à Dieu les biens qu'il nous a donnés, c'est mériter qu'il nous les ôte. Ne peut-on pas ajouter qu'alors il les ôte en enet, ou qu'il ne les laisse que pour le malheur de ceux qui, par cette indigne préférence, ne méritent de sa part aucun bien, ou ne méritent que des biens dont la possession est plus dommageable que leur privation? La permission d'entrer dans les pourceaux demandée par les démons, et accordée par Jésus-Christ, nous apprend encore que le démon ne peut rien dans toute la nature que ce que Dieu veut bien lui permettre. Craignons donc, non pas le démon, ni toutes les puissances de l'enfer, de la terre et du ciel, mais Celui par qui seul sont craindre tontes les puissances du ciel, de la terre et des enfers. Le P. De Ligny.


d'un homme si saint n'attirât sur eux quelque grand mal, le prièrent fort respectueusement de se retirer, ce qu'il fit, sans permettre à ces possédés, qu'il avait délivrés, de le suivre il leur commanda seulement de publier partout les miséricordes de Dieu en leur endroit.

Ayant repassé le détroit, il entra dans Capharnaüm, où une foule nombreuse l'attendait. Plusieurs pharisiens et docteurs de la loi y étaient aussi venus de toute la Galilée, de Jérusalem et des autres villes de Judée, pour l'entendre et conférer avec lui. Un jour qu'il était dans une maison où se tenait la synagogue, la foule qui s'y pressa devint bientôt telle que l'entrée en fut impossible on fit descendre par le toit, devant lui, un paralytique afin qu'il le guérît. Jésus voyant leur foi dit <f Mon fils, ayez confiance vos péchés vous seront remis (Matth. ix, 2) H. Les pharisiens et les docteurs s'offensèrent de ces paroles, et dirent en eux-mêmes: «C'est là un blasphème qui peut remettre les péchés si ce n'est Dieu seul ? n Mais Notre-Seigneur, pour leur montrer qu'il avait le pouvoir de remettre les péchés, dit au paralytique « Levez-vous, prenez votre lit, et allez-vous-en en votre maison )) et à l'instant même il le fit, laissant ces superbes dans la confusion, et tout le peuple dans l'étonnement et dans la crainte. Ce miracle fut bientôt suivi de la vocation de Matthieu, autrement appelé Lévi, qui était fermier ou commis des impôts pour les Romains. NotreSeigneur, passant devant son bureau, l'aperçut occupé à sa recette, et lui dit « Suivez-moi (Matth., ix, 9) o. A l'heure même, Matthieu se leva, quitta tout et le suivit. Cependant, ayant fait ensuite préparer chez lui un grand festin, il obligea Jésus-Christ de s'y trouver il s'y trouva aussi plusieurs autres publicains qu'il y avait invités, afin qu'ils pussent profiter de l'entretien de ce grand maître. Les pharisiens prirent de là sujet de murmurer encore contre Notre-Seigneur, disant à ses disciples « D'où vient que votre Maître ne fait point de difficulté de manger avec les publicains et les pécheurs? » (Matth.,ix, ll.)Mais il les confondit sur-le-champ, leur déclarant que ce n'étaient pas ceux qui étaient en santé qui avaient besoin de médecin, mais bien les malades et qu'il n'était pas venu pour appeler les justes, mais pour inviter les pécheurs à la pénitence. Ensuite il satisfit à une autre question, pourquoi les disciples de Jean jeûnaient beaucoup, et que les siens mangeaient et buvaient librement. « C'est, n dit-il, « que les amis de l'Epoux ne peuvent pas jeûner tant que l'Epoux est avec eux; mais il viendra un jour où l'Epoux leur sera ôté, et alors ils jeûneront )). Par ces paroles, il fit voir qu'il était le Médecin, le Sauveur et l'Epoux des âmes.

Peu de temps après, il fut prié par l'un des chefs de la synagogue, appelé Jaïre, de venir en sa maison parce que sa fille, âgée seulement de douze ans, était à l'extrémité. Il partit aussitôt pour y aller, et, dans le chemin, une femme qui était tourmentée par un flux de sang fut délivrée en touchant seulement la frange de sa robe. Lorsqu'il arriva à la maison de Jaïre, la jeune fille était déjà morte mais il la ressuscita, ne prenant pour 1. La gucrison du corps peut s obtenir par la foi d'autrui, maïs non la rémission des péchés. Cependant il n'cst'païié ici que de la foi de ceux qui avaient porté le paralytique; et c'est en voyant leur foi que Jésus-Christ dit à celui-ci Vos pèches vous sont remis La dimculte est proposée, il faut la résoudre. La foi du paralytique, dout il n'est pas parlé, n'est cependant pas exclue. On doit doue croire qu'il l'avait, et avec elle la contrition, sans laquelle nul adulte n'a jamais obtenu et n'obtiendra jamais la rémission de ses péchés. Si donc cette remission est attribuée ici à la foi des porteurs. ce ne pcnt être que parce que Jésus-Christ, touche de .cette foi, avait donné au paralytique !a foi et les autres dispositions nécessaires à la justification. Une autre vérité insinuée par les paroles de Jésus-Christ, c'est q~e Les poches sont souvent 1~ cause de nos iu'inuitës corporelles, et que la ~UM'ison est i'un des ûLuLs de la conversion. Le P. De Ligny.


témoins de ce miracle que le père et la mère, et ses disciples Pierre, Jacques et Jean. A son retour, il monta à Jérusalem où il rendit la vue à deux aveugles qui se présentèrent devant lui et implorèrent avec foi son secours; puis il délivra un possédé que le démon avait rendu muet et lui donna en même temps l'usage de la parole. Le peuple louait Dieu de tant de merveilles et disait « L'on n'a jamais rien vu de semblable dans Israël (Matth., ix, 33) o. Mais les pharisiens envieux tâchèrent d'obscurcir cette action, disant que c'était par la vertu de Béelzébub, prince des démons, que Nôtre-Seigneur chassait les démons. Tout cela se fit entre le mois de janvier et le quatorzième de la lune de mars. Et voilà ce que les Evangélistes ont écrit de plus remarquable sur la vie de Notre-Seigneur, depuis la Pàque de sa trente et unième année jusqu'à celle de sa trente-deuxième.

Cette grande fête approchant, Jésus-Christ ne manqua pas de se rendre, selon sa coutume, à Jérusalem. Et d'abord, il y guérit, près de la porte des Brebis, sous les portiques qui entourent la grande piscine, appelée en hébreu Bethsaïda, un homme qui était paralytique depuis trente-huit ans, et qui n'avait jamais été assez habile pour se jeter le premier dans l'eau de cette piscine, dès qu'elle avait été remuée par l'ange, qui y descendait de temps en temps pour la rendre salutaire. Ce miracle devait remplir tous les Juifs d'admiration. Mais parce que Notrc-Seigncur le fit un jour de sabbat, et que néanmoins il commanda à ce paralytique de se charger da son grabat et de l'emporter, ils commencèrent à le persécuter et à vouloir le faire mourir comme un violateur du saint jour du sabbat ils se scandalisèrent aussi de ce qu'il s'appelait Fils de Dieu, se faisant par là égal à Dieu. Notre-Seigneur Our fit là-dessus un discours admirable il leur déclara que son Père ne faisait rien sans que lui-même le fît avec lui, que lui-même ne faisait rien que suivant la conduite qu'il recevait de son Père et que, comme son L'ère donnait la vie à qui il lui plaisait de la'donncr, lui aussi donnait selon sa volonté; et qu'enfin il était établi le souverain Juge du monde, et qu'il exercerait bientôt cette puissance en appelant tous les hommes à son tribunal. Il confirma ces grandes vérités par le témoignage de Jean-Baptiste, précurseur, par celui des Ecritures, et par les grands prodiges que son Père opérait par lui.

Cependant, huit jours après la fête de Pâques, Jésus, accompagné de ses disciples, passait, un jour de sabbat, le long d'un champ de blé. Pressés de la faim, les disciples cueillirent des épis, qu'ils froissaient entre leurs mains, afin d'en manger le grain; les pharisiens s'en étant aperçus, s'animèrent de nouveau contre lui, disant que c'était là violer le sabbat. Mais Notre-Seigneur leva aussitôt ce scrupule, faisant voir par des exemples manifestes qu'on ne viole point la loi par des actions faites par nécessité « Et d'ailleurs », ajouta-t-il, « le Fils de l'Homme est aussi le maître du sabbat, et peut en dispenser (Luc, vi, 5) n.

Peu de temps après, Notre-Seigneur étant entré un jour de sabbat dans la synagogue, y trouva un homme perclus d'une main. Il demanda aux assistants s'il n'était pas permis le jour du sabbat de bien faire personne ne répondit rien, parce qu'ils cherchaient de quoi l'accuser. Alors les regardant avec indignation, bien qu'affligé de l'aveuglement de leur cœur, il dit à ce perclus « Etendez votre main ». Il l'étendit, et à l'heure même elle fut parfaitement guérie. Les pharisiens et les hérodiens (ceux qui tenaient le premier Hérode pour le Messie) complotèrent ensemble pour perdre Jésus-Christ. Pour céder quelque temps à leur fureur~ il se retira encore vers la mer de Galilée. Là, bien loin d'être aban-


donné parle peuple, comme ses envieux le souhaitaient, il se vit assiégé par une multitude innombrable. On venait en foule de la Judée, de la Galilée, de l'Idumée, de la Syrie, et même des villes et des bourgades d'au-delà du Jourdain, pour avoir part à ses bienfaits et il n'était point de malade qu'il ne guérît, d'estropié qu'il ne redressât, ni de possédé qu'il ne délivrât. Souvent même, pour n'être pas étouffé par la foule, il fut contraint de monter sur l'eau et de prêcher le peuple de dessus une barque. Cependant il prit le temps de se retirer sur une haute montagne, et d'y passer la nuit en prière et le matin, ayant assemblé ses disciples, il en choisit douze pour être ses Apôtres Pierre et André frères, Jacques et Jean frères, Philippe et Barthélemi, Thomas et Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, et Thadée, Simon de Cana et Judas Iscariote 1 il leur donna le pouvoir de guérir les malades et de délivrer les possédés. Ensuite, il descendit sur un plateau de la même montagne, et, après un grand nombre d'autres guérisons, s'étant assis sur une éminence, il fit à ses disciples qui se rangèrent auprès de lui et à la foule qui l'entourait de plus loin, ce discours admirable, que l'on appelle communément le sermon de la montagne d'abord, il déclare bienheureux, non pas les riches et les grands du monde qui jouissent des plaisirs de cette vie, mais bien les pauvres d'esprit, les débonnaires, ceux qui passent leur vie dans les larmes, ceux qui sont affamés et altérés de la justice, ceux qui sont touchés des misères d'autrui et s'efforcent de les soulager, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui ont l'esprit pacifique, et enfin ceux qui souffrent de quelque persécution pour la justice. Puis il avertit ses Apôtres qu'ils sont le sel de la terre et la lumière du monde, qu'ils doivent éclairer les hommes par la pureté de leurs doctrines et par la sainteté de leurs exemples, et les assaisonner si bien, qu'ils soient entièrement au goût de Dieu. Enfin, après avoir protesté que son dessein n'est pas de détruire la loi ancienne, mais plutôt de l'accomplir, il propose cette divine morale inconnue aux siècles précédents, que nous appelons la loi de l'Evangile et entre autres choses, il ordonne le pardon des injures, l'amour des ennemis et l'indissolubilité du mariage, le prêt gratuit, l'aumône secrète, l'oraison pure et assidue, le jeûne sans hypocrisie, le mépris des richesses, la confiance enDieu pour toutes les nécessités de la vie de ne se point mettre en colère, de ne point jurer, de ne point mal juger de son prochain, de n'être pas semblable à de mauvais arbres qui ne peuvent porter de bon fruit, mais d'être fécond en toutes sortes de bonnes œuvres.

Ce sermon étant fini, il vint au bas de la montagne, et là il guérit un lépreux qu'il obligea d'aller se montrer aux prêtres et d'offrir un sacrifice, suivant l'ordonnance de la loi. Ensuite, étant entré dans Capharnaüm, il fut prié par un capitaine de cent hommes de la garnison romaine, de rendre la santé à un de ses serviteurs qui était tourmenté par une cruelle paralysie. Il offrit de bon cœur d'aller chez lui et de secourir ce malade. Mais le centurion lui ayant fait dire « Seigneur, je ne suis pas digne que vous 1. Jésus choisit Judas, parce qu'il voulait sincèrement qu'il fût Apôtre. Judas se rendit ce choix funeste par sa trahis-on. Elle n'empêcha pas le Sauveur de le choisir, parce qu'elle devait servir à nous apprendre que les dons de Dieu les plus excellents laissent toujours à l'homme qui en a été gratifié, le pouvoir d'en user ou d'en abuser à son choix qu'appelé par la vocation divine à l'état le plus saint, on peut encore s'y perdre, et qu'on doit y travailler à son salut avec crainte et avec treniMement que Judas. lorsqu'il prêchait en vertu de la mission qu'il avait reçue de Jesus-Oilrist, ne devait pas être moins écoute que saint Pierre: qu'il faut donc toujours respecter dans les pasteurs ]~ mission divine qu'ils ne perdent point par leur indignité personnetle~ qu'enfin il faut savoir distinguer, dans l'occasion, le particulier du corps, et le ministre du ministère, si l'on ne veut pas être réduit à dire que les Apôtres étaient uno~omn<tgni.e de traîtres, et l'apostolat une école de trahison. Le P. De Ligny.


veniez dans ma maison mais dites seulement un mot dans le lieu où vous êtes, et mon serviteur sera guéri (Matth., vm, 8) n, Jésus loua hautement l'humilité et la foi de cet homme, et lui accorda cette guérison de la manière qu'il avait demandée. De là il se rendit à la ville de Naïm, et y ressuscita le fils unique d'une veuve, qu'on portait déjà en terre. Les disciples de saint Jean, qui n'étaient pas encore bien guéris de la jalousie qu'ils avaient conçue contre la gloire de Notre-Seigneur, informèrent leur saint maître prisonnier de ces grands prodiges qu'ils entendaient raconter. Mais ce précurseur fidèle, qui ne souhaitait rien tant que de les voir tous attachés à JésusChrist, lui envoya deux d'entre eux sous prétexte de lui demander s'il n'était pas le Christ promis par la loi ils y vinrent, et Notre-Seigneur leur fit voir par de nouveaux miracles qu'il était le Messie. Ensuite, il fit devant tout le peuple l'éloge de ce grand homme comme du plus excellent de tous les Prophètes, et il reprit sévèrement l'endurcissement et la malignité des Juifs qui ne voulaient point écouter ni Jean, dont la vie était si austère, ni Lui, qui menait une vie commune.

Quelques jours après, un pharisien, nommé Simon, pria Notre-Seigneur de prendre un repas chez lui. Comme il était à table, Madeleine, fameuse pécheresse, qui s'était convertie à l'un de ses sermons, se vint jeter à ses pieds, les arrosa de ses larmes, les essuya avec ses cheveux, les baisa avec beaucoup d'affection, et les oignit d'un parfum précieux. Le pharisien voyant que son hôte souSrait d'elle tous ces devoirs, jugea qu'il ne la connaissait pas. Mais NoLre-Seigneur lui fiL voir par une parabole que cette femme était plus juste que lui, parce qu'elle avait plus d'amour que lui 1 après quoi il la renvoya, lui disant. « Tes péchés te sont remis » ce qui fit encore murmurer les Pharisiens.

Cette action de miséricorde fut bientôt suivie d'un grand prodige. On présenta à Notre-Seigneur un homme qui était aveugle, muet et possédé du malin esprit, et il le délivra tout ensemble de ces trois maux. Le peuple était tout interdit de ce qu'il voyait, et disait « C'est assurément le fils de David, c'est-à-dire le Messie )). Mais les Pharisiens disaient au contraire 1. Le grand amour de la pécheresse est donné ici pour la cause de la grande remission qui lui est accordée. Dans la parabole, la rémission est donnée pour la cause de ce grand amour. On cherche la justesse de l'application, et j'avoue qu'on a peine à la trouver. La chose cependant ne parait pas impossible on pourra en juger par ce que nous allons dire. 11 semble qu'il n'y aurait plus de diniculte si l'on admettait un amour qui précédât la rémission et qui eût en même temps la rémission pour motif. C'est la en effet l'amour de la pécheresse. Suivant la parabole, elle aime beaucoup, parce que beaucoup de péchés lui sont remis et, suivant l'application, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Voici de quelle maniera tout ceci peut s'expliquer et s'accorder. Qu'on se rappelle ces paroles du concile de Trente, lorsqu'il traite des dispositions à la justification Qu'ils comme~ce~ (les pénitents) à aimer Dieu comme source de toute justice, c'est-a-diro comme auteur de la justification des pécheurs. Cette justification est évidemment l'effet de la bonté miséricordieuse par laquelle Dieu remet les pechéj, et cette miséricorde est l'attribut sous lequel Dieu est proposé ici à l'amour du pécheur. Il lui est donc prescrit d'aimer Dieu, parce que Dieu est assez bon puur le rendre juste, de pécheur qu'il était, et cela en lui accordant miséricordieusement le pardon do tous ses crimes. Or, plus il est chargé de crimes, plus aussi cette bonté est grande a son égard, et plus elle doit lui paraître aimable et je conçois que si j'aime Dieu parce que je le connais assez bon pour accorder à mon repentir le pardon de tous mes crimes, je dois l'aimer mille fois plus étant mille fois plus coupable, que je ne l'aimerais si je l'étais mille fois moins. J'ai dit que tel a été l'amour de la pécheresse et c'est ainsi qu'en même temps qu'elle a été celle a qui beaucoup de péchés ont été remis parce qu'elle a beaucoup aimé, elle se trouve aussi être ce débiteur qui aime plus le créneler, non pas qu'il lui a remis encore, mais qu'il croit fermement être assez généreux pour lui remettre une plus grande dette. C'est en un mot une reconnaissance anticipée d'une grâce que d'avance on est assuré d'obtenir de la pure bonté de celui qui peut et qu'on sait vouloir l'accorder. Disons cependant qu'on n'est jamais certain de l'avoir obtenue. Mais cette incertitude ne doit pas être un obstacle à l'amour dont je parle, parce qu'elle ne vient pas du côté de Dieu, mais du nôtre, c'est-a.-dirc du côté de nos dispositions, de la validité desquelles nous ne pouvons jamais répondre. Car si je pouvais être assuré infailliblement qu'elles sont telles qu'elles doivent être, il ne me serait plus permis de douter de ma ~râce: elle serait pour moi un article de foi, comme elle le fut pour la pêchetcMc, après que Jesuii-Cluist lui eut dit Vos pechés vous scnt i'CMi't. Le F. De Ligny.


« Il ne chasse les démons que par la vertu de Béelzébub, prince des démons ». Nôtre-Seigneur n'eut pas de peine à réfuter une si noire calomnie. Mais comme ils lui demandèrent un signe du ciel, semblable à ceux qui parurent au temps de Moïse et d'Elie, il refusa de satisfaire en cela leur vaine curiosité. En s'enflammant contre eux d'une sainte colère, il leur dit que la reine du Midi, qui était venue de si loin pour entendre Salomon, et les Ninivites, qui s'étaient convertis si promptement à la prédication de Jonas, les condamneraient au jour du jugement, parce que celui qui leur parlait et qu'ils ne voulaient pas écouter, était plus que Salomon et que Jonas.

En ce temps, et pendant qu'il réfutait ses calomniateurs, une femme, que l'on croit avoir été sainte Marcelle, suivante de sainte Marthe, éleva la voix du milieu de la foule, et dit <( Bienheureux le sein qui vous a porté bienheureuses les mamelles qui vous ont allaité (Luc, xi, 27) )). « Bienheureux plutôt s, repartit Notre-Seigneur, « ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique )) Il parlait encore au peuple lorsqu'on lui vint dire que sa mère et ses frères, c'est-à-dire ses proches, étaient à la porte et qu'ils le demandaient. «Qui est donc ma mère, et qui sont mes frères? Ne sont-ce pas ceux qui exécutent la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Matth., xn, 43)? H II parla ainsi, non par aucune indifférence pour sa très-sainte Mère, que sans doute il estimait et aimait plus que tous ses auditeurs ensemble, mais pour montrer en sa propre personne le détachement que doit avoir un prédicateur évangélique, et pour faire voir à ceux qui l'écoutaient le grand désir qu'il avait de leur conversion et de leur salut.

Après toutes ces disputes contre les Pharisiens, il se retira, comme auparavant, vers la mer de Galilée. Il y fut suivi par une foule immense, de sorte qu'il fut obligé de monter sur une barque, et d'instruire, de là, cette multitude avide, qui était sur le rivage. Mais l'endurcissement où il trouvait ces Juifs fit qu'il ne leur parla presque plus que par énigmes. Il leur proposa d'abord la parabole de la semence qui, étant tombée en quatre endroits différents, y eut des succès divers; ensuite celle du semeur qui, ayant semé du bon grain dans son champ, eut le déplaisir d'apprendre que l'ennemi y avait mêlé de l'ivraie celle du grain de sénevé, lequel croît si prodigieusement qu'il devient un arbre, et celle du levain qu'une femme mêle dans trois mesures de farine. Ses disciples lui demandèrent, en particulier, l'explication de ces symboles, et il la leur donna bien volontiers, leur disant que pour eux on leur découvrait les secrets du règne de Dieu, mais qu'on les tenait cachés aux autres pour les punir de leur malice. Puis il leur proposa encore trois autres paraboles celle du trésor caché dans un champ, pour l'acquisition duquel un homme vend tout son bien; celle de la perle précieuse, qu'un marchand achète au prix de toutes ses richesses et celle du filet jeté dans la mer, lequel ramasse toutes sortes de poissons bons et mauvais, dont on retient les uns et on rejette les autres. Ayant proposé toutes ces paraboles, il vint à Nazareth, qui était le lieu de sa conception, de son éducation et de sa demeure ordinaire jusqu'à l'âge de trente ans. Il y prêcha dans les synagogues, et y fit quelques miracles mais il n'y trouva pas de créance car ses compatriotes disaient de lui « N'est-ce pas là ce jeune artisan, fils de Joseph et de Marie, lequel n'a jamais fréquenté les écoles? D'où lui sont donc venues cette éloquence et cette sagesse? H Ils entrèrent même dans une telle fureur, que NotreSeigneur leur ayant dit qu'il ne fallait pas s'étonner de leur incrédulité,


parce qu'un prophète n'est jamais bien accueilli dans son propre pays, ils voulurent le précipiter, et l'eussent fait effectivement, s'il ne se fût tiré miraculeusement de leurs mains.

Saint Luc écrit que Notre-Seigneur, étant sorti de Nazareth, parcourait les villes et les bourgades de la Galilée y prêchant l'Evangile et guérissant toutes sortes d'incommodités, et qu'il avait avec lui ses douze Apôtres, avec quelques femmes qu'il avait délivrées des esprits malins et de leurs maladies; à savoir Marie, surnommée Madeleine, de qui il avait chassé sept démons; Jeanne, femme de Chuza, intendant de la maison d'Hérode; Susanne, et plusieurs autres qui lui fournissaient de quoi vivre. Mais considérant, en la personne du peuple qui le suivait, la misère universelle des Juifs, qui étaient comme des ouailles dispersées et sans pasteur, il résolut d'envoyer ses Apôtres deux à deux dans tout leur pays, pour remédier à leurs maux corporels et spirituels. Avant cela, il leur donna des règles merveilleuses qu'ils devaient observer pendant leur mission comme de ne point porter d'argent, ni de provisions, ni d'habits ou de souliers pour changer, ni de bâtons de défense, mais seulement des bâtons de voyageurs pour s'appuyer de ne point aller chez les Gentils ni chez les Samaritains, dont la conversion était différée à un autre temps, mais seulement chez les Israélites; et de donner partout la paix à ceux qui la voudraient recevoir. Il leur prédit les persécutions qu'ils souffriraient un jour dans la prédication de l'Evangile les avertissant de joindre alors la prudence du serpent à la simplicité de la colombe de ne point craindre les hommes, mais Dieu seul de ne se point mettre en peine de ce qu'ils répondraient aux rois et aux juges lorsqu'ils seraient cités devant eux, mais de s'attendre au mouvement du Saint-Esprit; enfin de s'estimer heureux de porter leur croix et de perdre leur vie pour la défense de la vérité. Les Apôtres, ayant reçu ces instructions, se mirent en chemin, et exécutèrent fidèlement ce que leur Maître leur avait ordonné, prêchant l'Evangile, chassant les démons du corps des possédés, et rendant la santé aux malades, en les oignant d'huile. C'est à peu près ce qui se passa jusqu'au mois de janvier, où commençait la trente-troisième année de Notre-Seigneur.

Pendant que les Apôtres étaient occupés à ces fonctions, Hérode fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste, pour récompenser la fille d'Hérodias, infâme complice de son inceste, parce qu'elle lui avait plu en dansant. Ce prince avait néanmoins ce grand prophète en telle estime, qu'entendant parler des miracles que faisait Jésus-Christ, il s'imagina que c'était JeanBaptiste qui, étant ressuscité, opérait tous ces prodiges. Notre-Seigneur, ayant reçu la nouvelle de ce meurtre, se retira dans un désert près de la ville de Bethsaïde cinq mille hommes l'y suivirent avec un grand nombre de femmes et d'enfants là, il les nourrit tous avec cinq pains d'orge et deux poissons, qu'il multiplia par sa bénédiction d'une façon admirable car, après que cette grande multitude eut été rassasiée, il se trouva encore assez de restes pour remplir douze corbeilles 1. Une merveille si éclatante et si utile pour eux leur fit concevoir le dessein de proclamer Jésus-Christ leur roi mais lui, qui depuis a assuré que son royaume n'était pas de ce monde, parce qu'il était venu pour souffrir et non pas pour régner, 1. Multiplication miraculeuse, fruit ordinaire de l'aumône. C'est peut-être le plus commun de tous les prodiges. Tout n'est pas écrit; mais on peut douter si, parmi les personnes qui font de grandes aumônes, il s'en trouverait qui ne l'aient pas éprouve plus d'une fois.

Ce qui resta aux Apôtres surpassait de beaucoup ce qu'ils avaient donne. On ne s'appauvrit jamais en faisant l'aumône; souvent on s'enrichit. Elle a les promesses de la vie présente et de la vie future.


commanda à ses Apôtres de monter promptement sur mer, congédia en peu de mots tout le peuple, et, sans s'arrêter davantage en ce lieu, il s'enfuit dans le lieu le plus retiré de la montagne, où il resta quelque temps en prière. Pendant ce temps, ses Apôtres, en traversant le lac, furent surpris par une violente tempête. Sur la fin de la nuit, Notre-Seigneur sachant la peine où ils étaient, vint à eux pour les secourir, marchant sur l'eau comme sur la terre ferme. La pensée que c'était un fantôme les jeta tous dans l'épouvante; mais il les rassura tous en leur disant = C'est moi, n'ayez point peur (Matth., xiv,27).. Il accorda même à saint Piéride marcher comme lui sur les ondes; et, comme cet Apôtre commençait à enfoncer à cause de son peu de foi, il le délivra du danger en le prenant par la main et lui disant Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté? J)

(Matth., XIV, 3:1..)

A peine fut-il entré dans la nacelle que la mer se calma ainsi ils abordèrent aisément au rivage de Génésareth. La venue de Notre-Seigneur ne fut pas plus tôt connue dans le pays, qu'on lui présenta de tous côi~u e de malades, et tous ceux qui eurent le bonheur de toucher seulement le bord de ses vêtements reçurent une guérison parfaite. Cependant les multitudes qu'il avait nourries dans le désert vinrent avec un grand empressement le trouver à Capharnaüm; là, pour les élever de la nourriture du corps à celle de l'âme, il leur proposa la doctrine du mystère Eucharistique, leur disant que sa chair était véritablement une viande et son sang véritablement un breuvage, et que celui qui mangeait sa chair et buvait son sang avait en soi la vie éternelle; mais que celui qui ne la mangeait et ne la buvait pas, n'avait point la vie, parce qu'il ne prenait pas l'aliment à qui seul il appartient de donner et de conserver la vie. Ces hommes grossiers et charnels, qui ne cherchaient Notre-Seigneur que pour être nourris par miracle, se scandalisèrent de ces paraboles, et en murmurèrent fortement entre eux, disant « Comment se peut-il faire qu'il nous donne sa propre chair à manger? (Jean, vi, 59)- Ainsi ils donnèrent commencement à l'hérésie des derniers siècles, qui nie la vérité de l'Eucharistie. Il y eut même plusieurs de ses disciples qui trouvèrent cette doctrine bien dure et qui prirent de là occasion de se retirer et de ne plus marcher à sa suite. Alors Nôtre-Seigneur s'adressa à ses douze Apôtres, et leur dit « Voulezvous aussi vous en aller? (Jean, vi, 68) Mais saint Pierre, prenant la parole pour tous, lui répondit « Seigneur, à qui irions-nous? Les paroles que vous dites sont les paroles de la vie éternelle, et nous croyons, et nous sommes entièrement convaincus que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu Toutes ces choses arrivèrent peu de temps avant la fête de Pâques, qui était celle de sa trente-troisième année, et, selon notre supputation, la quatrième depuis son baptême. Nous ne lisons point dans les Evangiles qu'il ait paru cette année dans Jérusalem à cette fête saint Jean semble même nous insinuer le contraire, lorsqu'il nous dit qu'il s'arrêta en Galilée et qu'il ne voulut point passer en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir. Cependant les Pharisiens de Galilée continuèrent toujours à le persécuter et à décrier sa conduite. Un jour ils l'attaquèrent sur ce que ses disciples, contre la tradition des anciens, ne lavaient pas leurs mains avant le repas mais il leur fit voir avec une force merveilleuse qu'ils étaient euxmêmes incomparablement plus répréhensibles que ses disciples, eux qui n'avaient soin que de la propreté extérieure, quoiqu'au dedans ils fussent pleins de pensées et d'affections criminelles, et qui, d'ailleurs, par leurs traditions humaines, éludaient et détruisaient les commandements de Dieu,


et, entre autres, celui d'assister son père et sa mère dans leurs besoins, s'en exemptant par un faux prétexte de religion. Ensuite il déclara que ce qui souille l'homme n'est pas ce qui entre par la bouche, mais seulement ce qui sort de son coeur', tels que sont les larcins, les adultères et les homicides, et que manger sans laver ses mains n'est pas une chose capable de souiller l'homme. Les Pharisiens ne savaient quoi lui répondre il les quitta et se retira jusque sur les frontières de Tyr et de Sidon. Là, vaincu par l'humilité et par la persévérance des prières de la Chananéenne, il délivra sa fille, qui était cruellement tourmentée par un démon. Le séjour qu'il y iit ne fut pas long, car il semble qu'il n'y soit allé que pour faire miséricorde à cette femme païenne et de la race maudite de Chanaan. Etant revenu au bord de la mer de Galilée, dans la Décapole, il y guérit un homme sourd et muet qu'on lui présenta, en lui mettant ses doigts sacrés dans les oreilles et de sa salive sur la langue, et lui disant avec gémissement, les yeux levés au ciel a Ouvrez-vous (Marc, vn, 34) Après cela il monta sur une montagne, où il rendit encore la santé à plusieurs malades et lusage des membres et des facultés naturelles à grand nombre d aveugles, de sourds, de muets et d'estropiés; ce qui étonnait tout le peuple et lut faisait rendre gloire à Dieu.

Ensuite il réitéra le miracle de la multiplication des pains car ayant été suivi pendant trois jours dans le désert par quatre mille hommes et beaucoup de femmes et d'enfants, et les voyant pressés par la faim, il en eut pitié et il multiplia si prodigieusement la provision de ses disciples, qui n'était que de sept pains et de quelques petits poissons, qu'ils furent suffisants pour rassasier cette grande multitude après que chacun en eut mangé autant qu'il voulait, il en demeura assez pour remplir sept corheilles. Après avoir congédié ce peuple, il monta dans une barque et vint au pays de Dalmanutha et de Magdala. Là, les pharisiens et les sadducéens lui demandèrent de leur montrer un signe dans le ciel mais il le leur refusa, leur disant qu'ils n'auraient point d'autre signe que sa résurrection figurée par la délivrance du prophète Jonas. Ayant repassé l'eau, il avertit ses disciples de se donner de garde du levain des pharisiens et des saddu~éens il voulait parler, comme il l'expliqua peu de temps après, de leur hypocrisie et de leur mauvaise doctrine. A Bethsaïde, il rendit la vue à un aveugle en lui mettant de la salive sur les yeux et en lui imposant les mains. A Césarée de Philippe, il demanda à ses disciples quel sentiment on avait dans le monde du Fils de l'Homme. Ils répondirent que les uns disaient qu'il était Elle; d'autres Jean-Baptiste, d'autres Jérémie, d'autres enfin, quelqu'un des anciens Prophètes, sans le déterminer. « Et vous .), leur dit Notre-Seigneur, a quelle opinion en avez1 On sait l'abus que les hérétique ont fa do cette parole pour rejeter comme superstitieuse l'abstinence de chair prescrite par l'Eglise. 11 n'y a que trop de catholiques qui imitent en ce point leur conduite et leur langage. H est aisé de repondre aux uns et !tux autres. Ce qui entre dans l'homme ne le souille point, non de soi-même et par sa nature puisque toute créature de Dieu est bonne mais il peut le souiller par le violement de la loi qui en interdit l'usage. Ainsi. Adam fut souillé par le fruit défendu, et les Juifs l'étaient par l'usage des viandes déclarées immondes. Ce n'est donc pas l'aliment qui produit la souillure, c'est la désobéissance qui sort de l'homme, c'est-à-dire que le cceur enfante lorsque l'aliment défendu entre dans l'ttomme Le P. De Ligny.

2 11 n'est pas nécessaire, pour que l'homme soit souillé, que le pèche sorte du co.ur il peut s'y consommer par le consentement intérieur, comme Jésus-Christ nous l'a appris de l'adultère et consequemment de tous les autres péchés. Si donc il le fait ici sortir du cœur, c'est qu.l parle de ce qui arrive ordinairement; car, lorsque le cœur a conçu l'iniquité, il fait effort pour l'enfanter, eest-a-dne pour mettre à exécution ce qu'il a désire et projeté. Et s'il ne le fait pas toujours, ce n'est que parce qu'il est emi~ehe par une force m&jem'e, à laquelle il ne cède qu'en fremiss~t de dep:t et de rage. Le f. De Ligny.


vous? M Alors saint Pierre, parlant pour tous, lui répondit « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ». Cette confession, que ni la chair ni le sang ne lui avaient point révélée, mais le Père éternel qui est dans les cieux, plut tant à Jésus-Christ qu'à l'instant même il l'établit la pierre fondamentale de son Eglise et lui promit de lui donner les clés du ciel, pour l'ouvrir ou pour le fermer à sa volonté, ajoutant que tout ce qu'il lierait ou délierait sur la terre serait lié ou délié au tribunal de Dieu. Cependant, lorsque le même Apôtre entreprit, par un zèle indiscret, de le faire renoncer à sa passion, Notre-Seigneur ne laissa pas de le traiter de satan et de pierre de scandale et de le chasser de sa présence.

Quelque temps après, ayant assemblé le peuple avec ses disciples, il les exhorta à se renoncer eux-mêmes et à porter généreusement leur croix à sa suite il leur dit que c'était l'unique moyen de sauver leurs âmes, et qu'au reste il ne leur servirait de rien de gagner le monde entier, si leurs âmes étaient perdues Il les assura aussi que quelques-uns d'entre eux auraient le bonheur, avant de mourir, de voir le Fils de l'Homme dans l'éclat de sa majesté. Il accomplit cette grande promesse au bout de six jours par le mystère adorable do sa Transfiguration, dont nous parlerons en son lieu. Descendant de la montagne où il avait été transfiguré, il délivra un possédé lunatique que ses Apôtres n'avaient pu guérir, et il leur dit que cette espèce de possédés ne sé guérissait que par la force du jeûne et de la prière. Sur la route de Capharnaùm, il leur prédit les grands maux qu'il devait endurer de la part des Juifs et des Gentils. Lorsqu'il fut entré dans cette ville, les commis des impôts demandèrent à saint Pierre si leur Maître ne payait pas le demi-sicle de l'imposition capitale; Jésus commanda à cet Apôtre de payer pour eux deux il lui fournit par un miracle de quoi faire le paiement, car il lui fit trouver dans la bouche d'un poisson un sicle entier. Il nous a donné par cette action un exemple admirable d'obéissance aux lois de nos souverains, et nous a appris à nous soumettre humblement aux levées et aux impositions établies par leur autorité. Cependant les disciples, qui étaient encore fort grossiers, disputèrent entre eux sur la primauté, c'est-à-dire qui était ou qui serait le premier de leur collége mais Nôtre-Seigneur étant arrivé là-dessus, il les reprit de cette faute avec sa bonté accoutumée, et, pour les guérir plus efficacement, il appela un enfant, l'embrassa, le mit au milieu d'eux et leur dit qu'ils n'auraient point de part au royaume des cieux, s'ils ne devenaient sem1. Les hommes ne goûtent que la gloire et le. plaisirs, et Dieu veut qu'ils leur préfèrent les humiliations et les souffrances. Mais ces souffrances leur seront payées par des plaisirs infinis, et ces humiliations seront suivies d'une gloire immortelle. Dieu nous veut donc au fond les mêmes choses que nous désirons; mais il veut que la peine précède la recompense quoi de plus juste? et que nous sacrifiions ce qui est court à ce qui est éternel quoi de plus raisonnable? Les hommes, au contraire, voudraient avoir part à la récompense sans avoir eu part à la peine quoi de plus injuste? Et réduits à choisir entre les deux, ils laissent le solide pour le frivole, et ce qui doit durer toujours pour ce qui n'a qu'un temps quoi de plus déraisonnable? Oh! que la folie de l'Evangile est sage, et que la sagesse du monde est insensée 1

Ce qui suit dans le texte explique a quoi ce renoncement oblige à la rigueur; mais il y a divers degrés de perfection. Se renoncer soi-même pour suivre les conseils de Jësus-Christ, c'est beaucoup plus sans doute que de se renoncer pour obéir ft ses commandements c'est en quoi consiste le renoncement religieux, mais qui n'est encore que la, commencement de la perfection. Se renoncer soi-même dans tout ce qui n'est pas défendu, lorsqu'il n'est pas absolument nécessaire; s'interdire toutes les satisfactions innocentes, se refuser tous les plaisirs permis, gêner toutes ses inclinations, asservir tous ses penchants, réprimer jusqu'aux moindres saillies de la nature, être en un mot dans la disposition constante de sacrifier tout sans réserve, je ne dis pas seulement aux commandements de Dieu, ni même à ses conseils, mais à tout ce qu'on présume devoir lui être plus agréable, c'est la perfection à laquelle les Saints tendent sans cesse, parce qu'ils veulent toujours y arriver, et qu'en cette vie ils n'y arrivent jamais c'~t la mort de la volonté propre, si l'on ne doit pas appeler nlutôt sa résurrection et stt vie, ce qui n'est que sa parfaite transformatiou en la volonté de Dieu. Le F. Ua i-i~ny.


blables à ce petit; c'est-à-dire s'ils n'avaient la simplicité, la douceur, l'obéissance, la pureté et le détachement du monde qui sont naturels à cet âge. Il leur enseigna en même temps qu'il fallait extrêmement éviter de scandaliser les petits qui croyaient en lui, parce qu'ils avaient pour gardiens des anges qui voient sans cesse la face de Dieu, et de plus, qu'il fallait nous arracher l'œil à nous-même et nous couper le pied et la main, lorsqu'ils sont pour nous des occasions de scandale c'est-à-dire que nous devons quitter toutes les choses qui peuvent engager au péché, quand même elles seraient aussi nécessaires et aussi précieuses que l'œil, le pied ou la main. Ce discours fut suivi de celui de la correction fraternelle, où Notre-Seigneur apprit à ses disciples l'ordre qu'il fallait tenir pour avertir les pécheurs. Saint Pierre lui demandant combien de fois on devait pardonner, si c'était jusqu'à sept fois, Jésus lui répondit « Non-seulement jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois ') c'est-à-dire sans bornes et jusqu'à l'infini. A ce sujet, il leur proposa la parabole du mauvais serviteur qui, ayant reçu libéralement de son maître la remise d'une dette immense, usa néanmoins de la dernière violence envers l'un de ses compagnons qui lui devait fort peu de chose c'est pour cette ingratitude et pour cette cruauté, ajouta-t-il, qu'il fut condamné par son maître au cachot et à des peines perpétuelles.

On ne sait pas l'époque précise de ces. divers événements, depuis la dernière pâque jusqu'à présent toutefois l'Eglise ayant assigné la fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur au sixième d'août, elle nous donne sujet de croire que c'est le jour où le mystère s'est accompli. Mais nous apprenons par l'Evangile que la fête des Tabernacles approchait. (C'était une fête très-solennelle parmi les Juifs et que les Grecs appellent Scénopégie. Ils la célébraient pendant huit jours, en commémoration des quarante années passées dans le désert après la sortie d'Egypte. Elle commençait au quinzième du mois de Tisri, qui revenait, en l'année dont nous parlons, au Yingt~neuvième de septembre.) Cette fête approchant, les parents de Notre-Seigneur le pressèrent vivement de se rendre avec eux à Jérusalem pour y passer ces jours solennels, « Puisque vous avez reçu )), disaientils, « de si grands dons de puissance, de sagesse et d'éloquence, il faut que vous vous fassiez voir à votre nation assemblée, afin que vous receviez la gloire que vous méritez M. Notre-Seigneur leur répondit qu'ils pouvaient librement y aller, parce qu'il était toujours temps pour eux; mais que pour lui il n'irait pas avec eux, ni de la manière et avec l'éclat qu'ils le désiraient, parce que son temps, c'est-à-dire le temps de sa passion, n'était pas encore venu. Lorsqu'ils furent partis, il résolut de monter à Jérusalem mais secrètement et sans bruit, en passant par la Samarie. Les Samaritains lui ayant refusé l'hospitalité dans une de leurs bourgades, cette action irrita si fort le zèle de deux de ses Apôtres, Jacques et Jean, qu'ils lui demandèrent permission de faire descendre le feu du ciel pour consumer les coupables.

1. Leurs anges gardiens; car c'est ainsi qu'ou l'a entendu dans tous les temps, et ce texte aufi9rait

r. apprenons de l'Ecriture 10 que les royaumes et les empires ont chacun leur

ange tutélaIre; 20 que chaque église particulière a aussi le sien; 30 que chaque fid~le a un ange qui le

garde depuis sa naissance jusqu'à sa mort. La manière dont Jésus-Christ parle en cet endroit parait

'=~ pas, et Ils le croient encore aujourd'hui. Les chrétiens le croyaient

aussi dès l'origine du christianisme. Lorsque cette fille, à qui Pierre parla au sortir de sa prison, eut dit

~.?'s-x'.r~ qui étaient dans la maison lui dirent Vous êtes folle.

~lais elle assurait que c'éta.it lui 1); et eux dirent (1 C'est son ANGE D. Les Calvinistes reconnaissent que

l'administration du monde; mais ils ne veulent pas croire qu'ils aient chacun

leur département c'est de peur de croire comme l'Eglise catholique. Celle-ci a fixé sur ce point la

croyance de ses vrais enfants, en instituant la fête des saints Anges gardi~. Le P. De Ligny.


Jésus les arrêta, leur disant qu'ils ne savaient pas encore à quel esprit ils appartenaient, et que pour lui il n'était pas venu au monde pour perdre les hommes, mais pour les sauver. Ensuite il rencontra dix lépreux qui lui demandèrent instamment leur guérison. Il leur ordonna, pour cela, de s'aller montrer aux prêtres, leur faisant espérer qu'ils seraient guéris par ce moyen. En effet, lorsqu'ils furent en chemin, ils se trouvèrent tous parfaitement guéris; l'un d'eux était Samaritain, et ce fut le seul qui, touché de gratitude, vint remercier son bienfaiteur'.

Notre-Seigneur, arrivé à Jérusalem, y demeura les premiers jours de la fête sans se faire connaître, ce qui donna sujet aux Juifs de le chercher et de parler diversement de lui. Mais le quatrième jour de l'octave, qui était le second d'octobre, il se rendit au temple pour y instruire le peuple et y prêcher son Evangile. Il le fit avec tant de grâce, d'autorité et de vigueur, et expliqua les Ecritures saintes avec une lumière et une fécondité si merveilleuses, que tous étaient dans l'étonnement. « Comment sait-il les Ecritures », disaient-ils, « lui qui n'a jamais étudié ? )) Il leur répondit que sa doctrine n'était pas une doctrine humaine, mais divine et que c'était son Père qui l'avait envoyé, qui 'parlait en lui et par lui. Les princes des prêtres et les pharisiens, jaloux de la réputation qu'il se faisait, semèrent de nouveaux bruits sur lui parmi le peuple, et envoyèrent des hommes pour le faire prisonnier mais ces hommes furent pris eux-mêmes par le charme de ses discours, et, retournant vers leurs maîtres, ils leur dirent « Jamais personne n'a parlé de la sorte ». Le dernier jour de la fête, qui était fort solennel et tombait le sixième d'octobre, Jésus-Christ se mit à crier avec ferveur dans le temple « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, et il se désaltérera sûrement, et des fleuves d'eau vive couleront dans son sein '). Il parlait ainsi à cause des flots de grâce que le SaintEsprit devait répandre sur ceux qui croiraient en lui. Plusieurs Juifs ajoutèrent foi à ses paroles, et disaient « C'est indubitablement là le Christ )). D'autres demeurèrent opiniâtres dans leur incrédulité, sous prétexte que le Christ ne devait pas venir de Galilée, mais de Bethléem, et il y avait entre eux une grande contestation à ce sujet.

Le soir, Notre-Seigneur se retira sur le mont des Oliviers pour prier, et le lendemain, s'étant rendu au temple dès le point du jour, il se remit à instruire le peuple. Alors les docteurs de la loi et les pharisiens lui amenèrent une femme surprise en adultère, le priant de déterminer, ce qu'on en devait faire. C'était un piège qu'ils lui tendaient car leur dessein était de le faire passer pour cruel, s'il condamnait cette adultère, ou de le décrier

comme ennemi de la loi, s'il ne la condamnait pas et la renvoyait libre. Mais, bien loin d'être pris à leur piège, il les y fit tomber eux-mêmes, les 1. La lèpre est la figure du péché; et'tont ce qui se'passo ici est l'image naturelle de ta pénitence qui en est le remède. L'homme infecté-de cette lèpre spirituelle se tient par respect éloigne de Jésus-Christ. Son humilité ne lui 9te rien de sa confiance. Du fond du cœur il pousse un cri vers le souverain médecin qui oblige ce Dieu miséricordieux à jeter sur lui un regard de compassion. Jésus-Christ, qui peut le guérir à l'instant et immédiatement par lui-même, l'envoie aux prêtres, dont ii veut que les droits soient reconnus et le ministère honoré. Les dispositions sont quelquefois si parfaites, qu'on est justifié avant de s'y être présente. Il faut cependant garder la loi mais il faut bien se donner de garde d'oublier son bienfaiteur, et on ne l'oublie pas lorsqu'on a été véritablement et profondément contrit. Plus la douleur dn péché a été amère, plus est vive la reconnaissance de la grâce. Ou ne peut se taire sur les miséricordes du Seigneur on les publie à haute voix, on les raconte à tout l'univers. t Venez », dit-on avec le Prophète, venez et voyez les grandes choses que le Seigneur a faites à mon âme e. On ose alors approcher du Sauveur, et l'on en est plus humble. On se jette à ses pieds, l'asile ordinaire de tous les vrais pénitents celui de Madeleine, que l'on y trouve toujours depuis sa conversion. Que ceux qui l'imitent nous apprennent les douceurs qu'il leur fait goûter dans l'embrassement de ses pieds sacres qu'ils nous disent si toutes tes joies du monde valent une seule des larmes dont ils les arrosent. Le P. De Ligny.


obligeant par la honte de leurs propres crimes, qu'il écrivait avec le doigt sur la terre de se retirer l'un après l'autre et d'abandonner leur accusation après quoi il laissa aller cette femme, l'avertissant seulement de ne plus pécher. Cet acte de miséricorde fut suivi d'une leçon admirable qu'il fit aux assistants. Il leur déclara '< qu'il était le Fils de Dieu, le principe de toutes choses et la lumière du monde, et que, fils d'Abraham par une naissance temporelle dont ils avaient quelque connaissance, il était néanmoins avant Abraham, par une naissance éternelle qui leur était inconnue. Que la sainteté de sa vie, jointe aux nombreux miracles que son Père opérait par lui, témoignait assez qu'il disait vrai au reste, s'ils croyaient en lui, ils jouiraient d'une liberté parfaite; mais s'ils refusaient de le croire, ils mourraient dans leur péché et tomberaient dans les dernières misëres )). Une doctrine si salutaire ne fit qu'irriter ces endurcis. Ils passèrent même jusqu'à cet excès de prendre dos pierres pour les jeter contre lui. Mais il se déroba à leur fureur, se rendant invisible et sortant du temple sans qu'ils l'aperçussent.

Jésus rencontra, en passant, un homme aveugle de naissance, et le guérit en lui mettant sur les yeux un peu de terre délayée avec sa salive. Ce miracle remplit les pharisiens d'un nouveau dépit. Ils n'épargnèrent rien pour en obscurcir la gloire et en décrier l'auteur; mais tout ce qu'ils firent ne servit qu'à le rendre encore plus célèbre et à le faire savoir dans toute la ville. Le Fils de Dieu leur reprocha leur dureté et leur aveuglement, et leur dit néanmoins qu'ils avaient assez de lumières pour être inexcusables, et que, s'ils voyaient moins, ils seraient moins criminels. Ensuite il parla du bon pasteur qui connaît et aime ses ouailles, comme réciproquement elles le connaissent et le suivent du mercenaire qui les néglige et les abandonne dans le péril de l'étranger qui n'a pour elles que de l'indifférence, et du voleur qui les enlève, les égorge et s'en nourrit. Il ajouta qu'il était le bon pasteur, qu'il donnerait sa vie pour ses ouailles, et qu'il les ramasserait toutes en un seul bercail.

Etant sorti de Jérusalem, il nomma, outre ses Apôtres, soixante-douze disciples, pour aller devant lui dans toutes les villes et les bourgs où luimême devait aller, et leur ayant donné les mêmes instructions qu'aux Apôtres, la même puissance sur les démons et les maladies, il les envoya deux à deux dans toute la Judée. Avant leur départ, il les assura encore que les villes qui les repousseraient seraient traitées plus rigoureusement au jugement de Dieu que Sodome et Gomorrhe. Puis, s'adressant à Corazaïn, à Bethsaïde, à Capharnaüm et aux autres villes où il avait le plus prêché et fait de plus grands miracles, il leur prédit les malheurs épouvantables dont elles seraient accablées en punition de leur incrédulité et ajouta que leur jugement serait beaucoup plus terrible que celui de Tyr et de Sidon, villes idolâtres. Les disciples, ayant achevé leur mission, vinrent retrouver leur M:sîi.re et lui témoignèrent beaucoup de joie de ce que les démons mêmes 1. On ignore ce qu'il écrivait. A peine sait-on s'il formait des lettres, ou s'il ne faisait que tracer des lignes, quoique le premier soit plus que probable, parce qu'il est dit qu'il écrivait. Cependant on a dit, non-seulement qu'il écrivait, mais encore ce qu'il écrivait. Bien des gens assurent que c'étaient les péchés secrets des accusateurs de la femme adultère; où l'ont-ils appris? Ils ajoutent que c'est ce qui obligea ces pécheurs démasqués à fuir l'un après l'antre ceei parait faux; car l'Evangëiiste ne dit pas qu'ils se retirèrent après avoir vu ce que Jésus écrivait, mais après avoir entendu ce qu'il disait. D'autres pensent que le Sauveur se contenta d'écrire quelque sentence courte et énergique, propre à confondre ces téméraires accusateurs, par exemple, ces paroles de Jérémie (cliap. xxji) Terre, terre, écrivez que ces hommes sont réprouvés Ou bien celles-ci, qu'il avait déjà dites dans une autre occasion Hypocrites. ôtez premièrement la poutre qui est dans votre œil, ensuite vous penserez à ôter la paille qui est dans l'œil de votre frère ». Une seule chose est certaine, c'est qu'on ignore ce qu'il écrivait. Le P. Da Ligny.


avaient été contraints en son nom de leur obéir il leur dit qu'ils devaient se réjouir, non pas de ce qu'ils chassaient les démons, mais plutôt de ce que leurs noms étaient écrits dans le royaume des cieux. Au même instant, il remercia son Père, avec beaucoup d'affection et d'allégresse spirituelle, de ce qu'il avait caché les secrets de l'Evangile aux sages et aux prudents du monde, et les avait découverts aux simples. Puis il exhorta ses disciples à porter librement son joug, si léger pour les âmes courageuses, et à apprendre par son exemple à être doux et humbles de cœur. Après une instruction si sainte, un docteur de la loi lui demanda ce qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Jésus lui répondit que la loi ordonnant d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces et, pour l'amour de Dieu, d'aimer son prochain comme soi-même c'était ce qu'il devait faire pour mériter ce bonheur. « Mais qui est mon prochain ? » répliqua ce docteur. Notre-Seigneur lui fit là-dessus une leçon admirable il lui dit qu'il devait regarder comme son prochain tous ceux qui seraient dans la nécessité et auraient besoin de son secours, de quelque pays et condition qu'ils fussent. Ce précepte, il le représenta divinement sous une parabole: un voyageur juif avait été chargé de plaies, dépouillé de toutes choses et laissé demi-mort par des voleurs sur le chemin de Jérusalem à Jéricho il ne fut point secouru, dans une nécessité si pressante, par un prêtre ni par un lévite de sa nation, qui passèrent par là et le virent en cet état, mais par un samaritain qui survint ensuite et dont la bonté fut si grande qu'il pansa lui-même le blessé, le plaça sur son cheval et le conduisit à une hôtellerie pour le faire soigner, le traitant ainsi comme son prochain, quoiqu'il fût d'un pays et d'une religion fort différente de la sienne. Ensuite Notre-Seigneur vint à Eéthanie, où il fut reçu par Marthe et par Madeleine, qui étaient sœurs. Là, il préféra la conduite de Madeleine, qui s'assit à ses pieds pour entendre sa divine parole, au travail de Marthe, qui s'empressa de le traiter fort splendidement il assura que Marie avait choisi la meilleure part et qu'elle ne lui serait jamaisôtée. Il se retira ensuite et se mit en prières; ses Apôtres en profitèrent pour le presser de leur apprendre à prier, comme saint Jean l'avait appris à ses disciples. Il 1. Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit, c'est donner à Dieu toutes ses affections, toutes ses sensibilités, toutes ses oeuvres et toutes ses pensées c'est, en un mot, aimer Dieu parfaitement. Cette perfection n'est pas de cette vie, où l'or de la charité n'est jamais sans alliage, et ce n'est que dans le ciel que le précepte a son entier accomplissement. Cependant, comme la perfection en fait partie, l'obligation de cette vie est d'y tendre sans cesse et de travailler à augmenter notre amour jusqu'à ce qu'il occupe tout notre esprit, qu'il remplisse tout notre cœnr et qu'il épuise toutes nos forces. L'Etre infiniment aimable doit être infiniment aimé. Dieu seul peut à cet égard s'acquitter envers lui-même. Mats la créature, incapable d'un amour infini, doit au moins aimer Dieu sans mesure et sans autres bornes que celles que Dieu a données à sa capacité d'aimer c'est ee que signifie cette parole de saint Bernard, qui renferme un sens très-exact t La mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure

Croire que l'on aime Dieu autant qu'il mérite d'être aimé, c'est ne pas connaître Dieu; et croire qu'on t'aime autant qu'on peut l'aimer, c'est ne pas se connaître soi-même. Le P. De Ligny. 2. Et non autant que soi-même car on a droit à la préférence, et, dans certaines circonstances, on est obligé de se la donner. Par exemple, on est dans l'obligation de préférer son salut au salut de quiconque et même an salut du monde entier. Mais on est obligé de sacrifier jusqu'à sa propre vie, s'il le faut, au salut éternel d'un seul homme. Ceux qui demandent si t'en doit sacrifier sa perfection au salut du prochain, oublient que travailler au salut du prochain c'est une œuvre plus parfaite que toutes celles qu'on pourrait faire à la place de celle-ci. four ce qui regarde les biens corporels, si l'on a droit de se préférer aux autres, on n'en a pas l'obligation. C'est au contraire une charité très-parfaite de préférer les autres soi-même et le droit de se préférer aux autres n'a lieu que dans la concurrence des mêmes besoins. Ainsi, ce qui est absolument nécessaire au besoin de la vie, j'ai droit de ne le cédera à personne; mais je suis obligé de sacrifier mon superflu aux besoins d'autrui, mes commodités à ses nécessités et, pour exprimer ceci dans le langage de l'Ecriture, je puis garder pour moi le morceau de pain nécessaire pour me sustenter, et la seule tanique que j'ai pour me couvrir mais si j'ai un pain entier, je dois le rompre avec celui qui a faim, et si j'ai deux tuniques, je dois en donner une à celui ont n'en a cas Le P. De Ligny.


n'eut garde de leur refuser cette grâce, etce fut en cette occasion qu'illeur prescrivit cette formule admirable d'oraison, que nous appelons l'Oraison dominicale, où, en sept petits articles, nous demandons à Dieu, comme à notre Père céleste, tout ce que nous lui devons demander, pour la gloire de son nom, pour nos besoins spirituels et temporels, et pour ceux de notre prochain. Mais pour les engager plus efficacement à ce divin exercice, il leur en déclara la vertu par la parabole d'un homme qui, ayant besoin de trois pains pour traiter un hôte qui lui était survenu de nuit, força, par ses importunites, l'un de ses amis de se lever du lit, et de les lui donner. M ajouta à cette parabole la promesse authentique qu'ils obtiendraient tout ce qu'ils demanderaient, qu'ils trouveraient tout ce qu'ils chercheraient, et qu'infailliblement on leur ouvrirait lorsqu'ils frapperaient à la porte de la miséricorde de leur Père céleste.

En ce même temps, un pharisien ayant invité Notre-Seigneur à manger chez lui, il y alla, ne voulant pas lui refuser un honneur qu'il accordait même aux publicains. Mais comme ce pharisien se formalisa de ce qu'il s'était mis à table sans se laver les mains, Jésus invectiva d'une manière terrible contre l'observance des pharisiens, la traitant de fausse justice et de pure hypocrisie. Ensuite, il tourna son discours contre les docteurs de la loi il leur reprocha d'appesantir extrêmement pour les autres le poids de cette loi, pendant qu'eux n'y voulaient pas toucher du bout du doigt. «Malheur à vous, pharisiens », ajouta-t-il, « parce que vous payez la dîme de la menthe et de toutes sortes de légumes, et que vous laissez la justice et l'amour de Dieu. Il fallait observer ces choses-ci, sans omettre celles-là H. Cette censure enflamma de nouveau ces superbes contre lui, mais leur aversion ne put empêcher le peuple de le suivre. Il s'amassa une si grande foule autour de lui, qu'on s'y portait et qu'on s'y étouitait. Alors, adressant la parole à ses disciples, il leur donna diverses instructions trèsimportantes, et surtout de ne point craindre ceux qui ont bien quelque pouvoir sur le corps, mais n'en ont point. du tout sur l'âme et ne lui peuvent pas ôter la vie; mais de craindre souverainement celui qui a pouvoir sur l'âme et sur le corps, et qui peut tourmenter l'un et l'autre éternellement dans les enfers. Il les avertit encore que, comme dans son jugement, il reconnaîtra pour siens tous ceux qui auront fait gloire de le confesser et d'être estimés ses serviteurs, ainsi il désavouera ceux qui auront honte de son nom et de passer pour ses disciples.

A la fin de ce discours, quelqu'un de l'assemblée le pria d'ordonner à son frère de partager avec lui l'héritage de leur père. Il ne voulut point se charger de cette affaire, mais il en profita pour représenter à ses auditeurs la misère extrême des avares. 11 leur dit, à ce propos, la parabole d'un homme riche qui, après une très-ample récolte, avait dessein d'abattre ses greniers pour en bâtir de plus grands, et se disait à lui-même « Tu n'as plus désormais qu'à te reposer, à bien manger, à bien boire et à te réjouir, 1. C'est ici un de ces oracles qui renferment plus de sens que des volumes entiers ne peuvent en contenir. En réglant l'ordre des devoirs, il assure l'observation de tous. Manquer aux principaux, tandis qu'on est scrupuleux observateur des petits, si ce n'est pas l'effet d'une hypocrisie détestable, e est au moins de toutes les illusions la plus grossière. L'illusion contraire, qui fait mépriser les petits devoirs et n'estimer que ceux qui paraissent importants, celle-ci, dis-je, poar être moins grossière, n'en est que plus dangereuse, et parce qu'elle est beaucoup plus répandue, elle se trouve être aussi beaucoup plus pernicieuse. On peut manquer aux petits devoirs, et l'on y manque souvent par surprise, par inattention, par faiblesse. Mais y manquer parce qu'on croit que Dieu ne les exige pas, c'est contredire a sa parole. Croire qu'il les exige, et les traiter cependant da minuties, c'est équivalcmment le traiter lui-même de minutieux. Dire qu'on ~'avilirait en les accomplissant, c'est s'élever jusqu'à Dieu ou l'abaisser jusque soi ç'est au moins le placer au-dessous de tout ce que l'on respecte dans le monde car roueit-on da


car tu as du bien pour longtemps )). Mais la nuit même d'après, Dieu lui redemandant son âme, il mourut.subitement, de sorte qu'il n'eut pas un seul jour pour jouir en repos de cette grande abondance. Après cette parabole Notre-Seigneur exhorta les siens à être sans inquiétude au sujet de leur nourriture et de leurs vêtements, et à les attendre avec confiance de la bonté de leur Père céleste, qui n'a garde de les leur refuser, lui qui pourvoit si libéralement aux besoins des moindres créatures. Il leur déclara aussi comment ils se devaient comporter pour être des serviteurs fidèles et prudents, dignes d'être établis par Dieu sur sa famille. Alors, quelques-uns lui rapportèrent que Pilate avait fait massacrer les Galiléens, qui offraient des sacrifices à Dieu, et qu'on avait mêlé leur sang à celui de leurs victimes. A cette nouvelle, il joignit lui-même celle de dix-huit personnes qui avaient été écrasées depuis peu par la chute de la tour de Siloé. Et ayant assuré les assistants que ces misérables n'étaient pas les plus grands pécheurs qui fussent parmi les Juifs, il leur dit qu'ils périraient ainsi, s'ils ne faisaient pénitence. Enfin, pour les intimider davantage, il leur proposa la parabole du figuier stérile, que le maître de la vigne où il était planté commanda de couper par la racine et qui n'évita cette condamnation que par la promesse que fit le vigneron de le labourer au pied et de le bien fumer. Quelque temps après, le Fils de Dieu étant entré dans une synagogue, il y guérit une femme qui était tellement courbée depuis dix-huit ans, qu'elle ne pouvait lever le corps ni regarder en haut. Comme c'était un jour de sabbat, le chef de la synagogue s'offensa de cette action, et dit publiquement qu'on pouvait se faire guérir les jours ouvriers, mais non les jours de sabbat. Mais ce grand maître réfuta sur-le-champ cette erreur par des raisons convaincantes et auxquelles il n'y eut pas de réplique. Il l'avait déjà fait en pareilles occasions, et il le fit encore peu de jours après, au sujet d'un hydropique qu'il guérit chez un pharisien. Comme il allait par la Judée, on lui demanda si peu de personnes seraient sauvées. Il répondit que peu le seraient, que la porte du ciel était étroite, et qu'il fallait faire de grands efforts pour y entrer; qu'au reste, lorsque le Père de famille l'aurait fermée, il serait inutile d'y heurter et de dire « Seigneur, ouvreznous », parce qu'il répondrait du dedans « Je ne vous connais point, je ne sais d'où vous êtes; retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité a. Ce jour-là même, des pharisiens lui donnèrent avis qu'Hérode cherchait à le faire mourir, et qu'il était à propos qu'il se retirât pour ne point tomber entre ses mains. Mais il les chargea eux-mêmes d'aller dire à ce prince, qu'il appelle un renard, que le temps de sa mort n'était pas encore venu, et qu'avec toute sa puissance il ne pourrait pas l'avancer d'un seul moment qu'après tout il ne mourrait pas autre part que dans Jérusalem. Là-dessus, il fit de grands reproches à cette ville meurtrière des prophètes. Ensuite, s'étant rendu chez l'un des principaux de la secte des pharisiens, il y guérit l'hydropique dont nous venons de parler. Puis, se mettant à instruire les assistants, il leur dit que quand on les appellerait à quelque rendre tes moindres services aux grands de h terre? Insulter à ceux qui les accomplissent, c'est outrager les Saints, et dans leur personne Celui qu'ils servent avec cette parfaite fidélité dont on fait la matière de ses injustes mépris. S'estimer plus qu'eux parce qu'on ne s'arrête pas, dit-on, à ces bagatelles, c'est vouloir tirer sa gloire de la bassesse de ses motifs car n'obéir à Dieu que dans les occasions importantes, et lorsque, la foudre à la main. il menace de punir la désobéissance par des ch~me~ éternels, c'est n'agir que par le motif d'une crainte servile. Mais lui obéir lorsqu'on pourrait lui désobéir sans crime, faire sa volonté lorsqu'il semble plutôt prier pour commander, c'est agir par amour car quel autre motif peut soutenir l'obéissance lorsqu'il n'y a ni paradis à perdre ni enfer à redouter? Voilà cependant ce que l'on appelle petitesse de génie, tandis qu'avec ses basses et rampantes vertus, si ce n'est pas trop aire encore, on se met au rang des âmes fortes et élevées. Le P. De Ligny


assemblée, ils n'y 'devaient pas prendre d'euï-m.&nie~~ta.pr'ent~~S 7w°

mais la dernière devaient ..pa, 's,p~eIl4réE1'~u, ~tne,lai, P, < i~ n=~'

mais la dernière et que, lorsqu'ils voudraient faire un ~ëtia~

vaient pas inviter leurs parents ni leurs amis/ni d'autres'perspà~9:'S.ç~ capables de reconnaître cet honneur et de les inviter à leur tëur; seulement des pauvres et des malheureux dont ils ne pourraient attendre, afin d'en recevoir la récompense lors de la résurrectiQ~ justes'. A ce propos, l'un des assistants l'interrompit et lui dit « ÏMej6t~ heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ». NotT~§$i~ gneur approuva sa pensée mais pour montrer combien le mp&de es$i!j[M peu l'autre vie, il proposa la parabole du grand festin, dont tous l'es ~M~~ trouvèrent des excuses pour ne pas venir le père dé famille y nt ~t~S~ même par force, tous les perclus, les estropiés et les aveugles qui a6~S~] vaient dans les rues et sur les places publiques. Nous avons~& uMel; figure de la réprobation des Juifs, et de la substitution des Gentïls~eQ~ place. Au sortir de chez le pharisien, Notre-Seigneur, se trouvaa.t'6~~f) environné de beaucoup de peuple, déclara que, pour être du nom~ ses disciples, il fallait renoncer à ce que l'on avait de plus cher ~u.~QM~J et surtout porter continuellement sa croix, et que sans cela oh ne peut; tendre à ce bonheur de même que l'on ne peut bâtir une tour si 1%~ pas de l'argent pour en faire la dépense, ni combattre une armée sti'~ n'a pas une autre armée à lui opposer.

Toutes ces choses arrivèrent avant la fête de la Dédicace, qui seio~g! brait chaque année à Jérusalem le 25 du mois hébraïque correspon~N~ à notre mois de décembre. Elle durait huit jours, et on l'appelait ~M~

fête des /Mm!'pi'M, parce qu'à l'occasion de cette solennité les habitaats

Jérusalem avaient coutume d'illuminer la porte de leurs mâisoBt~ temps de cette fête Jésus se trouva à Jérusalem et dit ouvertement q~a~ était le Christ et le Messie, qu'il avait Dieu pour père, et qu'il était~n~ même chose avec lui.. Mais quoiqu'il démontrât ces vérités par des ~a~ racles et d'autres preuves incontestables, néanmoins les Juifs a'opM~& trèrent à ne le point écouter, et prirent même des pierres pour le lapider comme un impie et un blasphémateur. Ce n'était pas là le genre do mort ni l'heure de mourir qu'il avait choisis c'est pourquoi il se retira et s'en alla au-delà du Jourdain. Beaucoup de Juifs y accoururent pour.l'entendre. Les pharisiens y vinrent aussi comme les autres, et voyant que Notre-Seigneur ne rebutait point les publicains et les pécheurs, mais qu'il les admettait avec une très-grande douceur, ils s'en plaignirent hautement et dirent de lui, par manière d'accusation, qu'il recevait les pécheurs et qu'il mangeait avec eux. Mais il satisfit admirablement à leurs plaintes par trois excellentes paraboles un berger fidèle qui laisse quatre-vingt-dix-neuf de 1. Ce n'est pas un ordre de les faire manger à sa table, c'est un conseil que les Saints ont suivi à la lettre. Ceux d'entre eux qui étaient les plus grands selon le monde, se sont le plus distingués en ce genre. Ils se tenaient honorés de manger avec ceux qui leur représentaient le Roi des mis et le Seigneur ries seigneurs. Plusieurs même étaient si pénètres de cette vérité, que, n'osant s'asseoir a la même table, ils les servaient les deux genoux en terre. Ceux-ci comprenaient parfaitement ce que les Pères ont appelé le sacrement des pauvres, c'est-à-dire qu'ils reconnaissaient Jésus-Christ sous les haillons du pauvre comme la foi le reconnaît sons les espèces sacramentelles. Voilà la perfection mais le précepte est de donner à manger à ceux qui ont faim, et parmi ceux qui y manquent, nul ne sera plus inexcusable que ceux qui donnent à manger à ceux qui n'ont pas faim. Car, puisqu'ils ont de quoi régaler les riches, diront-ils qu'ils n'avaient pas de quoi soulager la faim des pauvres?

Jésus-Christ, qui promet de nous faire asseoir un jour à sa table, n'a-t-il pas droit d'être assis à la nôtre dans la personne du pauvre? Mais le pauvre est dégoûtant? Nettoyez-le, répond saint Chrysostome. Ses habits sont sales. Donnez-lui-en de propres. Si votre délicatesse a encore peine à le souffrir, faites-le manger avec vos domestiques, ou bien envoyez-lui ce que vous n'avez pas le courage de lui servir. On a beau faire des difilcultés en cette matière, les Saints trouvent réponse à tout. Le P. De Ligny.


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~se~ brebis paître dans le désert, pour en chercher, sur les montagnes et ~aa milieu des rochers, une seule qui s'est égarée. Une femme, ayant perdu une drachme, de dix qu'elle avait, renverse et balaie toute sa maison pour la retrouver. Un père miséricordieux reçoit à bras ouverts son fils qui 'j. l'avait quitté, quoiqu'il ne revienne à lui que parce qu'il se voit accablé de misère et après avoir mangé et dissipé tout le bien qu'il lui avait donné. Après que Nôtre-Seigneur eut ainsi réfuté l'accusation des pharisiens, il voulut réprimer leur avarice il le fit premièrement par la parabole du fermier inique qui relâcha à ses sous-fermiers une partie de leurs dettes, afin d'être favorablement reçu chez eux quand il aurait été chassé de la ferme et réduit à la dernière misère il fut loué par son maître comme ayant agi adroitement et en homme d'esprit. Secondement, par l'exemple tragique du mauvais riche qui fut enseveli dans les enfers pour avoir vécu dans les délices < et n'avoir point fait l'aumône à un pauvre tout couvert d'ulcères, nommé Lazare, qui était ordinairement couché à sa porte. Il parla aussi de l'indissolubilité du mariage, et de l'excellence de la virginité et du célibat; mais il dit < qu'il n'y obligeait personne, et qu'il laissait à la liberté de chacun d'y aspirer. Ce fut apparemment ici que finit la trente-troisième année de JésusChrist. Au commencement de la trente-quatrième, il avertit ses disciples de ne donner aucun scandale à personne. Il les anima à la foi vive, les assurant que, s'ils en avaient seulement aussi gros qu'un grain de sénevé, ils arracheraient les montagnes de leur place et les transporteraient dans la mer. Il leur fit aussi une excellente leçon sur l'humilité, leur imprimant ce sentiment que, quand ils auraient fait tout ce qui leur est ordonné, iis n'étaient encore devant Dieu que des serviteurs inutiles. Los pharisiens lui 'demandant quand viendrait le règne de Dieu, il leur dit qu'il viendrait !f comme un éclair et lorsqu'on n'y penserait pas, de même qu'arrivèrent, le déluge et la ruine de Sodome. Ensuite il exhorta à la prière continuelle, humble et assidue et proposa pour cela doux paraboles l'une du juge V I. Il est de foi que cet état est plus parfait que le mariage. Les protestants l'ont combattu de toutes leurs forces. Cela n'a rien de surprenant de la part de ceux qui ont approuvé le divorce et permis la polygamie. De plus, on n'ignore pas que leurs chefs étaient pour la plupart des prêtres et des religieux ennuyés du célibat, qui auraient bien voulu n'être pas sonpçonnés d'avoir plutôt embrassé la réforme par le désir dn mariage que le mariage par esprit de réforme.

Après eux ont paru les prédicants de la population. Si l'on avait le loisir de traiter la matière à fond, on ne manquerait pas de raisons pour les combattre. On se contente de leur opposer celle-ci, qui est de nature à faire impression sur eux c'est que la religion chrétienne est de toutes les religions la plus favorable à la pop ulation en voici la preuve, selon se-, principes et sa morale

l* Hors d'un légitime mariage, tout est criminel en matière de pureté combien de personnes qui ont en même temps les passions vives et la conscience timorée, sont comme forcées au marine par cette inflexible sevdrite S" Tout est crime, mémo dans le mariage, de ce qui s'écarte de la fin du mariage, qui est la génération des enfants combien d'époux déjà sure'narges s'en donneraient la licence, si le frein de la religion ne les retenait 1 C'est un crime aux époux de se refuser l'un à l'autre, h moins que le refus ne soit fondé sur une raison grave combien de refus opiniâtres et de divorces cachés seraient produits par certaines appréhensions qu'il n'est plus permis d'écouter, par les dégoûts, les antipathies, les ressentiments, etc., si la religion n'obligeait, par les plus terribles menace. à ce qni est justement appelé un droit d'une part, et un devoir de l'autre! Que si l'on voulait il présent se donner la peine de calculer, il serait aisé de montrer qu'en toutes ces manières, la religion rend plus à l'espèce qu'elle no lui ûto parle célibat ecclésiastique et religieux. On dira que tous ces avantages se trouvent dans le protestantisme, qui n'a pas les non-valeurs du célibat mais, outre qu'il faut prendre la religion telle que Dieu l'a faite et non telle que les hommes l'accommodent, on peut répondre encore que les causes qu'on vient de rapporter n'opèrent guère que par le moyen de la confession, que les protestants ont abandonnée. Ceci n'est bien connu que de ceux que leur ministère met à portde de connaître le secret des consciences mais on ne doute pas que, par la connaissance qu'ils en ont, ils ne soient du sentiment qu'on vient d'établir et l'on doit douter encore moins que leur sentiment sur ce point ne soit sans contredit le plus probable. Le P. De Ligny.

2. On prie toujours, lorsque, dans le temps où l'on ne peut pas prier, on se rappelle, autant qu'on le peut, la pensée de la présence de Dieu, et qu'on lui offre l'action dont on est actuellement occupé. En cette manière, il n'est personne qui ne puisse prier toujours, comme Dieu nous y exhorte en plusieurs endroits de l'Ecriture. Ce n'est pas là cependant le sens dans lequel il est dit ici qu'il faut toujours


inique qui ne craignait ni Dieu ni les hommes, et fut pourtant contraint, pour se défaire des importunités d'une veuve, de lui rendre bonne justice. L'autre du pharisien et du publicain l'un n'emporta de sa prière vaine et présomptueuse que l'indignation et la malédiction de Dieu et l'autre mérita, par sa prière pleine d'humilité, le pardon de ses offenses et sa justification. Des enfants lui furent présentés pour recevoir sa bénédiction il témoigna que cet âge lui était très-agréable, comme étant le symbole de l'innocence et de l'humilité évangéliquc, à qui le royaume des cieux appartient et leur mettant ses mains sacrées sur la tête, il les bénit. Un jeune homme s'adressa à lui dans le chemin et lui demanda ce qu'il devait faire pour être sauvé. Nôtre-Seigneur lui répondit qu'il devait garder les commandements. Ce jeune homme insista, et lui dit que pour les commandements il les gardait exactement dès sa plus tendre jeunesse, mais qu'il aspirait à un état plus relevé. Jésus-Christ lui en témoigna beaucoup de joie, et lui répliqua que, s'il voulait être parfait, il devait vendre tous ses biens, en donner le prix aux pauvres et se mettre à sa suite, et qu'il trouverait un trésor inestimable. Une réponse si peu attendue étonna ce jeune homme et le fit retirer tout triste, parce qu'il avait de grands biens et qu'il n'était guère disposé à les quitter. Mais Notre-Seigneur profita de l'occasion pour dire qu'il était bien difficile à un homme riche de se sauver, et qu'un gros câble passerait plus aisément par le trou d'une aiguille qu'un riche par la porte du ciel que rien cependant n'était impossible à Dieu. A ce discours, saint Pierre trembla pour les riches mais il conçut de grandes espérances pour lui et pour ses compagnons c'est pourquoi il prit la hardiesse de demander à son Maître quelle récompense ils devaient attendre, eux qui avaient tout abandonné pour le suivre. Il répondit qu'au jugement dernier, pendant que toutes les nations de la terre seraient debout devant son tribunal, attendant leur arrêt définitif, les Apôtres seraient assis, auprès de lui, sur douze trônes, lui servant d'assesseurs et jugeant avec lui et que tous ceux aussi qui quitteraient quelque bien pour son amour, recevraient cent fois davantage en ce monde, et en l'autre la vie éternelle. Après cette promesse, il proposa la parabole du père de famille qui, ayant envoyé, à diverses heures du jour, des ouvriers à sa vigne, lorsqu'il les paya le soir, donna autant à ceux qui n'avaient travaillé qu'une heure qu'à ceux qui avaient travaillé tout le long du jour à ce propos il prédit que les derniers seraient les premiers, et les premiers les derniers; il ajouta que plusieurs étaient appelés, mais que peu étaient élus. De nombreux miracles accompagnaient ces divines leçons le plus célèbre de tous fut la résurrection de Lazare, frère de Marthe et de Madeleine, mort depuis quatre jours, déjà en putréfaction et renfermé dans un sépulcre. Cette merveille arriva à Béthanie, au commencement du mois de mars, en présence des plus notables de la ville de Jérusalem, qui étaient venus là pour consoler les deux soeurs. Comme-elle fut cause de la conversion de beaucoup de monde, elle augmenta encore l'envie et la fureur des prêtres et des pharisiens contre celui qui en était l'auteur, et les fortifia dans le dessein qu'ils avaient de le faire mourir. Le grand prêtre nommé prier ce que Jésus-Christ a directement en vue, c'est de nous apprendre à ne pas nous rebuter lorsque Dieu diffère à nous exaucer, persuadés qu'une prière persévérante sera exaucée infailliblement. Ce second sens est clairement détermina par la parabole. Dieu parait différer, parce qu'il ne nous exauce pas dans le temps où nous désirons d'être exaucer réellement et de fait il nn diffère pa- parce qu'il exauce dans le temps ou il est plus avantageux pour nous que nous soyons exaucés. S'il nous disait son secret, nous le remercierions de ses délais mêmes; mais il aime mieux nous le laisser ignorer, parce que c'est encore ce qui est le meilleur pour nous: Le P. De Ligny.


Caïphe, assembla le conseil des soixante-douze anciens, appelé Sanhédrin, et y mit en délibération ce que l'on ferait de Jésus. D'abord les avis y furent fort différents, plusieurs ayant encore quelque reste de crainte de Dieu, et ne pouvant se résoudre à condamner-un homme qu'on n'accusait point d'autre crime que de faire de grands miracles. Mais la brigue des impies fut la plus forte, Caïphe conclut enfin injustement et par rage à la mort de l'innocent, et en prononçant l'arrêt il pouvait dire, suivant sa pensée, que « la justice demandait que Jésus mourût », afin qu'il ne séduisît pas davantage le peuple. Mais le Saint-Esprit le fit parler prophétiquement, et prononcer cette grande et auguste vérité, qu'il « était expédient que Jésus mourût pour le peuple », afin que toute la nation ne pérît point. Ainsi, en condamnant Jésus par son esprit plein de malice, il le déclara par l'esprit de Dieu le Sauveur et le Rédempteur du monde. Après cette sentence, ces mauvais juges décrétèrent prise de corps contre lui, et publièrent partout que ceux qui sauraient où il était eussent à en donner avis, afin qu'on l'allât prendre pour l'amener aux prisons de la ville. Comme il ne voulait pas mourir avant Pâques, ce décret l'obligea de se retirer des environs de Jérusalem et d'aller à Ephrem ou Ephraïm, petite ville non loin de Béthel. Il y demeura quelque temps avec ses disciples. Mais la fête de Pâques approchant, il reprit le chemin de cette capitale de la Judée. Alors il déclara à ses douze Apôtres, qu'il prit pour cela en particulier, que c'était pour la dernière fois qu'il retournait à Jérusalem que, cette fois, tout ce qui avait été écrit du Fils de l'Homme serait accompli; qu'il y serait chargé d'injures, couvert de crachats, déchiré à coups de 'fouet, crucifié et mis à mort; mais que le troisième jour il ressusciterait. Les Apôtres ne comprirent point ce qu'il disait de sa passion, mais ils conçurent que le temps approchait où il rétablirait le royaume d'Israël et qu'il en prendrait la conduite. C'est pourquoi Jacques et Jean, ses cousins, le firent prier par leur mère de leur donner les deux premières dignités de cet Etat, comme leur étant légitimement dues par le droit de parenté. Ils offrirent même pour cela de boire auparavant avec lui dans le calice de la passion mais, comme ils ne savaient ce qu'ils demandaient, ni ce qu'ils promettaient, il leur répondit qu'il n'était pas en sa disposition de leur donner ces premières places, mais qu'il les devait donner à ceux à qui son Père les avait préparées. Ensuite il apaisa l'indignation que conçurent les autres Apôtres contre ces deux frères, lorsqu'ils surent leur demande ambitieuse, et il leur fit voir à tous que le ministère auquel il les destinait devait être parfaitement épuré de tout désir de grandeur et de domination.

Lorsqu'il entrait à Jéricho, qui était sur sa route, Zachée, chef des publicains, c'est-à-dire des receveurs des impôts de la ville, malgré ses grands biens qui le rendaient considérable dans le monde, ne fit pas difficulté de grimper sur un sycomore pour avoir le bonheur de voir passer son Sauveur il ne pouvait faire autrement, parce qu'il était extrêmement petit. En récompense, Notre-Seigneur logea chez lui tout le monde en murmura, mais on vit bientôt que ce n'était pas chez un pécheur, mais chez un pénitent qu'il avait choisi son logement. Car Zachée étant changé en un instant, offrit de rendre le quadruple à ceux à qui il avait fait quelque tort, et de donner'aux pauvres la moitié des biens qui lui appartenaient. Il fit même encore davantage, car il quitta enfin toutes choses pour JésusChrist, et entra dans la voie étroite de la perfection évangélique. NotreSeigneur bénit sa maison, et déclara qu'il avait mérité, par sa foi, la qualité


d'enfant d'Abraham, dont les Juifs se rendaient indignes par leur incrédulité. Il voulut en même temps détromper ses disciples qui croyaient que le règne de Dieu se manifesterait bientôt il leur proposa, à cet effet, la parabole d'un homme riche et de haute condition, qui, ayant donné à ses serviteurs des mines d'argent pour trafiquer et les faire valoir s'en alla cependant dans un pays fort éloigné, pour y prendre possession d'un royaume qui lui était échu, et à son retour récompensa magnifiquement ceux qui lui rapportèrent son argent avec de gros intérêts, et châtia au contraire trèssévèrement celui qui n'en avait tiré nul profit. Au sortir de la même ville de Jéricho, Notre-Seigneur rendit la vue à deux aveugles, dont l'un s'appelait Bar-Timaï, c'est-à-dire fils de Timaï ils mériteront cette grâce par leur foi et leur persévérance car, quelque réprimande qu'on leur fit pour les faire taire, ils ne cessèrent jamais de crier « Jésus, fils de David, ayez pitié de nous (Matth., x, 47) )), jusqu'à ce que ce divin Médecin les eut appelés et leur eut accordé la guérison qu'ils demandaient. Le dix-huitième de mars, qui tombait un vendredi, il arriva à Béthanie, et y fut reçu avec beaucoup de joie par Lazare, qu'il avait ressuscité, et par ses saintes hôtesses, Marthe et Marie-Madeleine. Le lendemain, invité à dîner chez Simon le Lépreux, il y alla 2. Lazare était un des conviés, Marthe servait à table. Mais Madeleine prit un vase d'albâtre plein d'une liqueur de parfum de vrai nard et des plus exquis, et, cassant, le vase, elle répandit le parfum sur la tête sacrée de son Maître. Elle en oignit aussi les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Cette action déplut si fort à Judas, l'un des douze Apôtres, qu'il ne put s'empêcher de dire que c'était là perdre de l'argent sans raison, qu'il eût bien mieux valu vendre ce parfum et en tirer trois cents deniers, pour les donner aux pauvres. Ce n'est pas qu'il se souciât des pauvres, mais il parlait de la sorte parce qu'il commençait à faire sa bourse des aumônes qu'il recevait pour la subsistance de son Maître et de ses frères, et il eût été bien aise de profiter du prix de ce parfum. Quelques autres disciples entrèrent aussi, par un faux zèle, dans ses sentiments; mais Notre-Seigneur prit la défense de Madeleine, et l'ayant justifiée, il déclara que ce bon office qu'elle lui avait rendu serait prêché dans tous les siècles et chez toutes les nations de la terre Nous voyons tous les jours l'accomplissement de cette promesse. Au reste, plusieurs habitants de Jérusalem, sachant qu'il était arrivé à Béthanie, y vinrent pour le voir, lui et t. Il est vrai que pour faire valoir cet argent, il fallait t'exposer à quelque risque. Cependant ce risque n'était pas une raison valable de le laisser oisif. Donc, à parier en gênerai, on est obligé de faire valoir le talent qne Dieu nous confie pour l'utilité publique, quoiqu'il s'y rencontre toujours quelque danger. St le contraire était suivi, il n'y aurait plus ni prédicateurs, ni confesseurs, ni pasteurs exceptez pourtant les cas où l'on verrait un danger prochain de se perdre soi-même. Alors il faudrait préférer sa propre sûreté au saint du monde entier, et ce serait le lieu d'appliquer cette maxime du Sauveur Que sert à l'homme de gagner, même à Dieu. tout l'univers, s'il vient à perdre son âme? Le P. De Ligny. 2. On croit que c'est le même que Simon le Pharisien, chez qui la pécheresse, que nous avons dit n'être pas différente de Marie, arrosa de ses larmes les pieds du Sauveur. Il est appelé Simon le Lépreux, soit qu'en effet il eut la lèpre, et que Jésus-Christ l'en eût guéri car actuellement il ne l'avait pas, puisqu'il était permis de manger avec lui. Ou bien ce pouvait être un nom de famille venu originairement de ce que quelqu'un de ses ancêtres avait été lépreux, comme nous voyons parmi nous des gens qui s'appellent le roux, !e borgne, le bossu, le sourd, sans avoir ces défauts corporels. Cette façon de parler, ils lui donnèrent un souper, a fait mettre en question si ce fut Simon qui en fit la dépense. Il est plus probable que ce fut Ini, quoique plusieurs doutent si ce ne fut pas plutôt Lazare et ses deux soeurs, ou même tous les habitants de Béthanie, qui étaient singulièrement affectionnés au Sauveur, ce qui n'était pas impossible. En ce cas, il faudrait dire qu'on avait choisi la maison de Simon le lépreux, comme étant la plus convenable, et cela apparemment parce qu'elle était la plus spacieuse. La F. De Ligny. 3: Les exploits des héros les plus vantés n'ont point ctë célèbres si hautement et si universellement que cette action de Marie. La gloire qu'elle en recueille sur la terre n'est que l'ombre de celle qu'elle en recueillera éternellement dans les splendeurs des saints. « Ainsi seront glorifies ceux que le Roi de gloire aura voulu glorifier (Esther, \'i.) Mais il ne voudra glorifier que ce qui aura été fait pour sa gloire; tout le


Lazare, dont la résurrection avait fait grand bruit dans leur ville. Les princes des prêtres en devinrent si furieux qu'ils voulaient faire assassiner te même Lazare, afin que sa présence ne rendît plus témoignage du grand prodige qui avait été fait en sa personne.

Le vingtième de mars, Notre-Seigneur, s'étant fait amener par deux de ses disciples, à Bethphagé, village situé entre Béthanie et Jérusalem, une ânesse avec son ânon, monta dessus et s'avança en cet équipage vers Jérusalem. Tous ses Apôtres l'accompagnaient, et une foule incroyable de peuple, sortant de la ville, vint au-devant de lui, chantant avec grande allégresse « Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, ce roi d'Israël; ô Dieu comblez-le de gloire et d'honneur, dans les lieux les plus hauts (Matth., xxiv, 9) Plusieurs même étendaient leurs manteaux sur la terre pour lui servir de tapis, d'autres jonchaient les chemins de branches de palmier et d'olivier. Les enfants ne se taisaient pas en cette occasion, mais ils lui donnaient mille louanges et mille bénédictions. Un triomphe si peu attendu remplit les pharisiens de désespoir; ils s'adressèrent à lui-même, afin qu'il empêchât ces acclamations; mais le Sauveur leur répondit que si les hommes se taisaient, les pierres mêmes parleraient et publieraient ses louanges. Lorsqu'il fut près de la ville, la pensée du déicide qu'elle allait commettre en sa personne et des maux dont ensuite elle serait accablée, lui fit répandre beaucoup do larmes. Etant entré dans le temple, il en chassa les vendeurs et les acheteurs et renversa les tables des changeurs et les bancs des marchands de colombes, et se plaignit de ce que la maison de son Père, la maison de la prière, était changée en un repaire de voleurs. Après cela, il se mit à instruire les peuples qui étaient comme suspendus à ses lèvres par admiration pour sa doctrine; il fit aussi beaucoup de miracles, rendant la vue à plusieurs aveugles et faisant marcher droit beaucoup de boiteux. Des Gentils désirèrent le voir et s'adressèrent pour cela à Philippe; Philippe en parla à André, et l'un et l'autre le lui dirent. Il répondit que le temps approchait où il serait glorifié d'une manière excellente, et qu'il serait un fruit merveilleux, même parmi les Gentils; mais qu'il fallait auparavant qu'il fût consommé par la mort, de même que le grain de froment ne porte du fruit qu'après avoir été jeté en terre et y être mort. Alors il fit cette prière à son Père « Mon Père, glorifiez votre nom u, et au même instant une voix fut entendue du ciel, qui disait « Je l'ai déjà glorifié, et je le glorifierai encore (Jean, xn, 28) n. Il parla aussi de sa passion et de son crucifiement, et dit que lorsqu'il serait élevé au-dessus de la terre, il attirerait toutes choses à lui. Les Juifs lui objectèrent que, selon les Ecritures, le Christ ne devait point mourir, mais vivre éternellement; il leur répondit qu'ils n'entendaient pas les Ecritures, et que, puisqu'il était la véritable lumière, ils devaient croire ce qu'il leur montrait. Cependant, la plupart demeurèrent dans leur opiniâtreté et leur endurcissement, et ceux des grands qui se sentaient convaincus et forcés de le croire, n'osaient en rien faire paraître, par la crainte des pharisiens. Le soir, voyant que personne ne lui offrait l'hospitalité, il se retira secrètement avec ses Apôtres et s'en retourna à Béthanie.

Le vingt et unième de mars, qui était un lundi, Nôtre-Seigneur revereste sera réprouvé. L'ecittt du bel esprit, de la valeur et des conquêtes sera enseveli d~s les ténèbres de ItHnme. Aux ténèbres d'une vie obscure, mais innocente et vertueuse, succédera une gloire plus éclatante que les astres du firmament. Tel est l'objet de l'ambition des saints, qui peut les faire regarder comme les plus ambitieux en même temps qu'ils sont les plus humbles de tous les hommej. Le P. De Ligny.


nant à Jérusalem, maudit un liguier où il ne trouva point de figues pour apaiser sa faim; et cette malédiction fut si efficace, que dès le lendemain cet arbre se trouva tout desséché. C'était une figure des maux épouvantables réservés par la justice de Dieu aux Juifs et aux mauvais chrétiens qui n'auraient que l'apparence de la piété et n'en auraient pas les œuvres, ou les fruits dont Jésus-Christ témoigne être affamé. Etant rentré dans le temple, il se remit à instruire et à soutenir la vérité de sa mission et de sa doctrine contre ses adversaires; ce qu'il fit le mardi suivant, après être encore revenu. de Béthanie. Les prêtres, avec les scribes et les anciens, lui ayant demandé par quelle autorité il agissait, il les pria de lui dire auparavant si le baptême de Jean était une oeuvre de Dieu ou une invention humaine, et comme ils ne voulurent pas s'expliquer là-dessus, de peur de s'embarrasser par leurs réponses, il refusa aussi de leur dire d'où venait son autorité; mais la sainteté admirable de sa vie et de sa doctrine, et les miracles sans nombre qu'il opérait, montraient assez qu'il avait reçu son pouvoir de son Père éternel. En même temps, par la parabole des deux fils de famille, dont l'un ne fit point le commandement de son père, quoiqu'il eût dit qu'il le ferait; et l'autre le fit quoiqu'il eût d'abord refusé de le faire, Notre-Seigneur montra à ces superbes que les publicains et les femmes débauchées, qui se convertissaient et faisaient pénitence, les précéderaient dans le royaume de Dieu.

Ensuite il décrivit énergiquement leur cruauté et leur punition future dans la parabole des mauvais fermiers, qui massacrèrent les serviteurs du père de famille et son propre fils, pour se mettre en possession de l'héritage, et qui, pour une action si barbare, furent entièrement exterminés par leur maître. Il ajouta qu'il était cette pierre rebutée par les architectes, laquelle était devenue la pierre angulaire du bâtiment; que celui qui tomberait sur cette pierre se briserait, et que celui sur qui elle tomberait en serait écrasé. Enfin, il leur déclara qu'ils seraient exclus de la grâce de l'Evangile et du royaume des cieux, et précipités dans les ténèbres extérieures; il fit cotte terrible menace, sous la parabole d'un roi, qui fit fort splendidement les noces de son fils, où cependant il ne se trouva que des pauvres et des misérables ramassés dans les carrefours tous ceux qui y avaient été invités ayant trouvé des excuses pour n'y pas venir.

Le dessein de ses ennemis était de se saisir de sa personne mais posant le faire à cause du peuple, ils formèrent ensemble le complot de le surprendre dans ses réponses. Ils lui envoyèrent donc quelques-uns de leurs disciples, avec les Hérodiens, pour lui demander s'il était permis de payer le tribut à César ou non. Leurs vues étaient que, s'il répondait que cela était permis, il encourrait par là la haine du peuple, et s'il répondait au contraire que cela n'était point permis, il se rendrait coupable envers le prince. Mais Notre-Seigneur qui possédait éminemment le don de conseil, se tira admirablement bien de cette embûche car, s'étant fait montrer la monnaie du tribut, et ayant vu gravées la figure et l'inscription de César, il leur fit cette réponse si édifiante, et dont personne ne pouvait s'offenser « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu n. (Matth., xxn, 21. ) Ainsi il leur ferma la bouche et s'acquit l'estime et l'applaudissement de tous les assistants. Il confondit aussi les Sadducéens, qui voulurent lui prouver par un inconvénient imaginaire, que les morts ne ressusciteraient point il leur montra le contraire tiré par une conséquence évidente de l'Écriture. Un docteur, du nombre des pharisiens, lui demandant quel était le grand commandement, de la loi, il lui répondit que c'était d'ai-


mer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Mais, pour lui faire toucher du doigt la malice des pharisiens, Jésus ajouta qu'il y en avait un second semblable à ce premier, qui était d'aimer son prochain comme soi-même.

Personne n'osait plus l'interroger il demanda lui-même aux pharisiens de qui le Christ était fils. Ils lui répondirent qu'il était le fils de David. Il ne désapprouva pas leur réponse mais leur rapportant le célèbre passage de l'Ecriture où David appelle le Christ son Seigneur, il leur donna a en conclure qu'il était incomparablement plus que le fils de David. Ensuite il reprit leurs vices et ceux des Scribes avec des paroles terribles, et fulmina contre eux des malédictions effroyables; et quoiqu'il recommandât au peuple de faire ce qu'ils disaient, et de les respecter comme étant assis sur la chaire de Moïse, néanmoins il l'avertit de ne pas imiter leurs actions qui étaient directement opposées à leur doctrine. S'étant mis auprès du tronc, il considérait ceux qui y jetaient leurs aumônes, et il assura qu'une pauvre veuve, qui n'y avait jeté que deux oboles, y avait mis plus que nul autre, parce qu'elle s'était privée pour cela de ce qui lui était nécessaire, au lieu que les riches n'avaient donné que ce qui leur était superflu. Le mardi au soir, sortant de Jérusalem, il se retira avec ses disciples sur le mont des Oliviers. Comme ils parlaient en chemin de l'admirable architecture du temple et des richesses immenses qu'il renfermait, Notre-Seigneur leur prédit que bientôt tout ce grand édifice serait renversé et qu'il n'y demeurerait pas pierre sur pierre: ce qui fut accompli à la lettre peu d'années après.

Lorsqu'ils furent sur la montagne, les quatre premiers Apôtres, Pierre, Jacques, Jean et André, lui demandèrent en particulier quand arriverait ce qu'il prédisait, et quels seraient les signes de la ruine de Jérusalem e!, de la fin du monde. I]s joignaient ces deux choses, parce qu'ils croyaient qu'elles arriveraient en môme temps. Jésus-Christ les laissa d'abord dans cette pensée, et se contenta de leur marquer en général les signes qui précéderaient également l'une et l'autre de ces grandes révolutions à savoir des guerres, des séditions, des famines, des pestes et des tremblements de terre. Mais aussitôt après il leur expliqua séparément ce qui précéderait la destruction de cette grande ville et de toute la république des Juifs, et ce qui devancerait la fin du monde. Quant au temps et à l'heure de celle-ci, il les assura que ni les plus grands prophètes, ni les anges du ciel, ni lui-même, comme docteur envoyé aux hommes pour les instruire, n'en savaient rien, et que c'était un secret que le Père éternel s'était réservé. En conséquence, il les avertit et en leurs personnes tous ceux qui croiraient en lui, de veiller assidûment et d'être toujours sur leurs gardes; il se servit pour cela de l'exemple du père de famille, qui veille la nuit pour n'être point surpris par les voleurs, et de celui du bon serviteur qui s'applique fidèlement, en l'absence de son maître, à l'économie de la maison, afin de mériter son approbation et ses récompenses. Il leur rapporta aussi, sur le même sujet, la parabole des dix vierges, dont cinq, qu'il appelle prudentes, tinrent leurs lampes prêtes, et méritèrent par là d'entrer aux noces avec l'époux, et les cinq autres, qu'il appelle folles, ayant laissé éteindre les leurs, faute d'huile, furent misérablement exclues 1, Enfin, après leur avoir encore proposé la parabole des talents Vierges réprouvées, quoique véritablement vierges. C'est qu'il y a. des vierges superbes, des vierges AttHM!M<M, des vierges médisantes ange, par la pureté de leur corps, démons par ]a malignité do leur cœar.JtMtemant appelées folles, selon la pensée de saint Chrysostome. parce que, victorieuses d'un ennemi plus fort, cites so laissent vaincre par un antre beaucoup plus faible. C'est le meuciieron vaiuqneur du lion qui va périr dans une toile d'arfUj;-]eii. Le P. Do Ligny.


qui est presque la même que celle des mines d'argent, il leur déclara la forme du jugement dernier, l'examen qui s'y fera sur les œuvres de miséricorde, la sentence de vie et de salut que le Juge prononcera en faveur de ceux qui les auront exercées, et la sentence de mort et de damnation éternelle qu'il prononcera contre ceux qui les auront négligées.

Nous terminerons ici la vie de Nôtre-Seigneur, réservant ce qui nous reste pour l'histoire de sa Passion. Cette vie adorable a été de trente-quatre ans accomplis, à compter du moment de sa conception dans le sein de la sainte Vierge, et de trente-trois ans et trois mois, à compter du jour de sanaissance. C'est la vie de notre divin Exemplaire, et c'est aussi le tableau que nous devons continuellement avoir devant les yeux pour y conformer nos mœurs et nos actions, et pour en tirer les règles de notre conduite.

LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST Nous avons souvent remarqué dans l'histoire de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple avaient résolu entre eux de se saisir de sa personne et de le faire mourir, et qu'ils cherchaient continuellement l'occasion d'exécuter un si abominable dessein. Mais c'était en vain qu'ils le voulaient faire avant le temps que lui-même avait choisi. Car il était le maître de sa vie personne n'était capable de l'en priver par force et sans qu'il le voulût, et sa mort ne pouvait être que l'effet de l'immensité de son amour. Or, le temps qu'il avait choisi pour mourir, c'était le propre jour de la Pâque des Juifs de sa trentequatrième année, afin que la vérité prît la place de la figure, et qu'étant lui-même la victime pascale, il nous fit une nouvelle Pâque infiniment plus noble et plus sainte que la première. Cette fête se célébrait tous les ans elle commençait dès le soir du quatorzième de la lune de mars, et durait le lendemain tout entier, et elle tombait, cette année, au jeudi et au vendredi du vingt-quatrième et du vingt-cinquième du même mois. Comme elle approchait, Notre-Seigneur revint à Jérusalem, où étaient la plupart de ses ennemis; il prêcha trois jours dans le temple, avec une éloquence merveilleuse et une force divine, sans y épargner les vices de ceux que leurs richesses, ou leur crédit, ou l'autorité de leurs charges rendaient plus terribles; et enfin, le soir du troisième jour, qui était le mardi avant Pâques, il se retira sur la montagne des Oliviers pour prier et pour instruire plus particulièrement ses Apôtres.

Saint Matthieu remarque que, le même soir, il les avertit qu'ils étaient à la veille de le perdre, et que dans deux jours se ferait la Pâque, et qu'alors le Fils de l'Homme serait livré aux Juifs et aux Gentils pour être crucifié. En effet, dès le lendemain, les princes des'prêtres et les anciens du peuple s'assemblèrent de nouveau dans la salle du grand pontife, appelé Caïphe, et là il fut définitivement résolu qu'on se saisirait de Jésus, et qu'on le mettrait à mort, à quelque prix que ce fût. Néanmoins, comme ils craignaient quelque sédition, parce que tout le monde avait été témoin de ses miracles, et que plusieurs même en avaient ressenti les bienfaits, ils disaient entre eux qu'il ne fallait pas faire ce coup au jour de la fête, où le concours


du peuple était trop grand, et qu'il valait mieux attendre que la fête fût passée. Mais que peut la prudence humaine contre les conseils de Dieu ? Comme ces impies, quelques efforts qu'ils eussent faits, n'avaient pu avancer d'un seul moment la mort du Sauveur, de même Dieu ne permit pas qu'ils la retardassent d'un seul moment.

Judas Iscariote, l'un des douze Apôtres, le même qui écumait de rage de ce que la liqueur précieuse dont Marie-Madeleine avait parfumé NotreSeigneur n'avait pas été vendue à son profit, alla trouver les ennemis du Sauveur dans leur assemblée, et, pour compenser par un trafic diabolique la perte qu'il prétendait avoir faite, il leur dit « Que voulez-vous me donner, et je vous livrerai cet homme dont vous êtes tant en peine ? » (Matth., xxYï, iS.) Ces offres les firent incontinent changer de pensée. Ils crurent qu'ils ne devaient pas perdre une occasion qui paraissait si favorable à leur dessein, et, fermant les yeux à toutes les raisons d'honneur et de piété, ils convinrent de lui donner trente pièces d'argent pour cette trahison. Il y a grande diversité d'opinions touchant la valeur de cette somme, les uns la faisant plus haute et les autres plus petite mais l'opinion la plus commune et la plus certaine, c'est que ces pièces n'étaient autre chose que des sicles qui valaient chacun une demi-once d'argent, c'est-à-dire trente-quatre sous de notre monnaie de sorte que toute la somme s'élevait environ à dix-sept écus. Ainsi le trésor infini des richesses de Dieu fut vendu presque pour rien, et, celui qui valait des millions de mondes fut doriné à moindre prix que ne l'eût été une bête de charge. Aussitôt le traître se mit à chercher les moyens les plus sûrs pour exécuter ce qu'il avait promis. Comme cette vente de Nôtre-Seigneur fut faite le mercredi, l'Eglise a toujours considéré la quatrième férie comme un jour de deuil, d'affliction et de pénitence de là vient la coutume de jeûner le mercredi aux QuatreTemps, et la plupart des Ordres religieux gardent le jeûne ou au moins l'abstinence toute l'année.

Le premier jour des Azymes, jour où la loi prescrivait aux Juifs d'immoler l'agneau pascal, Nôtre-Seigneur envoya saint Pierre et saint Jean de Béthanie à Jérusalem, pour y préparer les choses nécessaires à la fête; et comme ils lui demandèrent où il lui plaisait qu'ils les préparassent, il leur dit qu'ils rencontreraient, à la porte de la ville, un homme portant une cruche d'eau, qu'ils n'auraient qu'à le suivre, et qu'il leur montrerait le lieu qu'il avait choisi. Ils y allèrent, et trouvèrent cet homme qui les conduisit dans une maison fort convenable, où était une grande salle toute disposée pour la cérémonie. Quelques auteurs ont avancé que cette maison appartenait à saint Jean l'Evangéliste mais cela n'est pas probable, puisque Notre-Seigneur en parla à cet Apôtre comme d'une maison qui lui était inconnue, et que d'ailleurs Jean étant de Galilée, pauvre pêcheur, et encore fort jeune, ne pouvait guère posséder en propre une maison à Jérusalem. Il est plus probable qu'elle appartenait à un autre Jean, surnommé Marc, qui fut depuis compagnon de saint Paul et de saint Barnabé dans la prédication de l'Evangile. Ces deux Apôtres y préparèrent les mets convenables à cette solennité. On peut même conclure de la manière de parler des Evangélistes, qu'ils égorgèrent eux-mêmes l'agneau et le firent rôtir car c'était proprement en cela que consistait la préparation de la Pâque, que ces auteurs sacrés leur attribuent.

Sur le soir, Jésus-Christ se rendit au même lieu, avec le reste de ses Apôtres et, comme il y trouva encore l'agneau à la broche, il y vit, selon la pensée de saint Justin (Dialogue contre Triphon), une triste peinture de


l'état où il allait bientôt être réduit, sur la croix. S'étant mis à table, il mangea avec sa suite cet agneau mystérieux, observant en ce repas les cérémonies prescrites par la loi, ou par la coutume, qui consistaient à être debout, à avoir les reins ceints, à manger vite et à tenir des bâtons de voyageurs à la main. Après cette cène légale suivit le souper ordinaire, pour lequel Nôtre-Seigneur et ses Apôtres se couchèrent sur de petits lits, suivant l'usage du temps, emprunté des Romains, et usèrent des divers mets que la loi permettait. Au milieu ou vers la fin du repas, ce Maître incomparable, dont la poitrine brûlait de charité pour les siens et qui voulait leur laisser, avant sa mort, un précieux gage et une marque infaillible de l'immensité de son amour, résolut de se donner lui-même à eux en aliment et en breuvage, et de se mettre entre leurs mains, pour être le sacrifice perpétuel, universel et unique de son Eglise.

Mais parce qu'un si grand mystère demandait une pureté souveraine dans ceux qui y devaient participer, il crut y devoir disposer ses Apôtres par une cérémonie extraordinaire. Il se leva donc de table, déposa ses habits de dessus, se ceignit d'un linge comme un serviteur, versa de l'eau dans un bassin et, se prosternant devant eux, leur lava a tous les pieds. Judas Iscariote se laissa faire, sans que son cœur, plein de rage et de fureur, pût être adouci par une action d'humilité si prodigieuse. Mais saint Pierre ne put la souffrir. « Quoi vous, Seigneur », dit-il à son Maître, « vous me laver les pieds ? » (Jean, xm, 6.) Jésus-Christ lui repartit que c'était là un mystère qu'il ne comprenait pas encore, mais qu'il le comprendrait dans peu de temps, et qu'il devait le laisser faire. Mais l'Apôtre insista plus fortement, disant qu'il ne souffrirait jamais qu'il lui lavât les pieds. Cependant NotreSeigneur dit que, s'il persistait dans sa résolution, il n'aurait point part à ses grâces l'humble Apôtre se rendit aussitôt et le pria même de laver aussi ses mains et sa tête. Cette cérémonie fut comme un Sacrement qui purifia les Apôtres et effaça les péchés véniels qui leur étaient demeurés elle servit encore à ce divin Maître d'un puissant motif pour les porter à s'humilier. « Je vous ai )), leur dit-il, « donné cet exemple, afin que vous fassiez à l'endroit des autres comme j'ai fait en votre endroit (Jean, xm, 15) )), vous humiliant devant tout le monde, comme je me suis humilié devant vous.

Les Apôtres étant ainsi disposés, le Fils de Dieu se remit à table, prit du pain, le bénit avec actions de grâces, le rompit, et le leur distribuant, il leur dit « Prenez-en, et mangez-en tous car ceci est mon Corps 1 qui est donné, et qui sera livré pour vous n. (Matth., xxvi, 26; Luc, xxn, 19;ICor., xi, 24 Marc, xiv, 24.) Ensuite il prit le calice, le bénit avec les mêmes actions de grâces et le leur donna, disant « Prenez-le, et buvez-en tous 1. Si Jésus-Christ a voulu dire que l'Eucharistie n'est pas simplement la figure de son corps, mais qu'elle en contient la réalité, il n'a pas pu s'exprimer plus clairement, puisque, pendant quinze siècles, le monde chrétien l'a entendu de la réalité et non de la figure. Si Jésus-Christ a voulu dire que l'Eucharistie est seulement la figure de son corps, il n'aurait pas pu s'exprimer plus obscurément, puisque pendant quinze siècles le monde entier l'a entendu de la réalité.

Quand on dit pendant quinte siècles, on n'ignore pas que, dans le onzième siècle, Béranger nia )a présence réelle, mais il fut le premier; il eut peu de disciples; à peine en resta-t-il quelqu'un après sa mort, et bientôt il n'en eut plus. Homme inquiet et irrésolu, dont toute la vie se passa à abjurer ce qu'il avait enseigné, et à enseigner de nouveau ce qu'il avait abjuré.

Luther avoue franchement qu'il mourait d'envie d'attaquer le dogme da la présence réelle, mais qu'il ne le pouvait, tant il la trouvait clairement marquée dans cette parole Ceci est mon corps. Calvin l'a nie pour s'en tenir à la figure, Cependant l'empreinte de la réalité, si visible dans ces paroles du Sauveur, l'a entralné à dire que, quoique le corps de Jësos-Christ ne soit pas réellement dans l'Eucharistie, il y est reçu pourtant réellement et en substance. C'est ainsi qu'en voulant échapper au mystère il tombe dans une contradiction palpable. Le P. De Ligny.


car ceci est le calice de mon sang, du Testament nouveau et éternel qui sera répandu pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés ». (Ibid.) C'est ainsi que, consacrant ces fruits de la terre, il les changea et les transsubstantia (pour nous servir du terme des Conciles) en son corps eten son sang naturels et véritables de sorte que, les donnant à manger et à boire à ces mêmes disciples, il les nourrit, comme il l'avait promis longtemps auparavant, de sa propre chair et de son propre sang, et il les fit entrer dans une communion et une unité merveilleuses avec lui. Il ne se contenta pas de faire cette grâce à leurs propres personnes, il voulut encore l'étendre à tous les fidèles c'est pourquoi, en disant à ces mêmes Apôtres « Faites ceci en mémoire de moi », il les ordonna prêtres du Nouveau Testament, et leur conféra le pouvoir d'offrir les mêmes dons, et de faire la même consécration et transsubstantiation qu'il avait faites, et de nourrir par ce moyen toute son Eglise de ce pain vivifiant et de ce vin délicieux, de sa chair et de son sang.

Cette divine nourriture eut des effets merveilleux dans les bons disciples qui eurent le bonheur d'y participer mais Judas, qui la reçut mal, et qui fit la première des communions indignes, y trouva la mort au lieu de la vie et vériHa par avance ce que saint Paul a écrit depuis « Que celui qui mange ce pain, et qui boit ce calice indignement, se condamne lui-même, et mange et boit son propre jugement ». Le démon, le trouvant encore plus disposé qu'auparavant à toutes ses impressions malignes, pritune entière possession de lui, et le sollicita plus que jamais d'exécuter la promesse qu'il avait faite au conseil des Juifs de leur livrer l'Innocent. Cependant NotreSeigneur ne voulut pas manquer d'avertir les autres Apôtres de cette trahison, de peur qu'il ne leur vînt en pensée qu'elle lui avait été inconnue. Mais il le fit avec tant de retenue et de précaution, qu'il épargna autant qu'il put l'honneur d'un traître qui ne voulait pas épargner la vie d'un Dieu; car, au lieu de le nommer tout haut et distinctement, ce qui l'aurait exposé à être maltraité et peut-être déchiré par ses frères, il se contenta de dire, en général, « qu'un de la compagnie, qui avait le bonheur de mettre la main au plat avec lui, le trahirait », et ensuite il déclara secrètement à saint Jean, qui était couché sur son sein adoré, « que ce traître était celui à qui il allait donner un morceau de pain trempé dans la sauce ». Une si grande douceur ne faisant qu'envenimer l'esprit de Judas, JésusChrist lui lâcha entièrement la bride, lui disant, par une sainte ardeur de souffrir « Ce que tu fais, fais-le au plus tôt o. Ainsi, ce perfide étant abandonné à sa fureur et au démon qui le possédait, quitta cette aimable compagnie où on le souffrait, et s'en alla trouver ses complices. En même temps, il s'éleva parmi les autres disciples une petite contestation, pour savoir qui d'entre eux était le plus grand. Il n'y avait rien de plus mal à propos; après tant d'exemples et tant d'instructions qui les portaient à l'humilité mais cela nous montre la faiblesse infinie de notre nature. Nôtre-Seigneur apaisa à l'heure même la dispute, en leur remontrant qu'étant destinés à régner avec lui dans le ciel, il leur était honteux d'avoir de l'ambition pour les grandeurs et les prééminences de la terre.

Après l'hymne d'actions de grâces, qui suivit immédiatement le souper, il commença cette merveilleuse conférence qui est rapportée par saint Jean, depuis le chapitre treizième jusqu'au dix-septième de son Evangile: d'abord, il déclara à ses Apôtres qu'ils n'avaient pas encore assez de force pour le suivre sur la croix, ni assez de mérite pour monter avec lui dans sa gloire, et que, cependant, ils devaient vivre ensemble dans une union parfaite, et


s'aimer l'un l'autre comme lui-même les avait aimés. Ensuite il réprima le courage présomptueux de saint Pierre, qui s'offrait pour mourir avec. lui, en lui prédisant que cette même nuit, avant les deux chants du coq, il le renierait jusqu'à trois fois. Puis illes encouragea et les fortifia tous contre le trouble que leur causeraient sa passion et son absence, et contre celui qu'ils ressentiraient un jour, lorsqu'ils seraient eux-mêmes persécutes; ce qu'il fit avec des paroles si tendres, par des raisons si efficaces, par des promesses si avantageuses, qu'on ne put rien voir de plus touchant et de plus consolant. Enfin, élevant ses yeux et ses mains au ciel, et adressant la parole à son Père éternel, il lui fit, et pour soi, et pour ses disciples, et pour tous ceux qui croiraient en lui par leur moyen, des demandes si belles et si dignes de sa sagesse et de son amour, qu'elles ravissent et enlèvent les cœurs de tous ceux qui les lisent.

Ce fut dans le Cénacle, c'est-à-dire dans la salle où il avait mangé l'agneau pascal, et fait l'une et l'autre cène, la Judaïque et l'Eucharistique, et vers huit heures du soir, qu'il ouvrit ce divin entretien. Quand il l'eut un peu avancé, il se leva avec ses Apôtres, qui n'étaient que onze, et, sortant du logis, il prit le chemin de la montagne des Oliviers, qui en était éloignée de près d'une demi-lieue. En marchant, il continua toujours son discours, et passa ainsi par toutes les rues de Jérusalem jusqu'à la porte, et de là jusqu'au torrent de Cédron. Ayant traversé ce torrent, il laissa huit de ses Apôtres à une bourgade nommée Gethsémani, et, prenant les trois autres avec lui, savoir Pierre, Jacques et Jean, il entra dans un jardin ou verger qui était plus avant sur la montagne. Là, il commença à trembler, à frémir et à pâlir. Son cœur se serra, et fut tout à coup rempli de tristesse et inondé d'amertume Comme il avait choisi ces trois disciples pour être les confidents de ses secrets, il ne leur dissimula point l'extrémité de son agonie. « Mon âme», leur dit-il, « est triste jusqu'à la mort ') .(Matth., xxvi, 3S.) Néanmoins, ce n'était pas d'eux, mais de son Père qu'il attendait de la consolation Il s'éloigna donc encore environ de la distance d'un jet de pierre, après leur avoir commandé de veiller et de prier, de peur d'être surpris par la tentation, et, se prosternant avec un profond respect la face contre terre, il pria et dit « Mon Père, faites que ce calice de douleur passe loin de moi, si cela se peut H. Cette prière était une expression des sentiments naturels de la partie inférieure de l'âme que Jésus avait abandonnée à la crainte des souffrances, des humiliations et de la mort: Mais, s'élevant au-dessus d'elle par la force invincible de son esprit, il ajouta en même temps « Cependant, mon Père, que votre volonté s'accomplisse, et non pas la mienne '). (Matth., xxvi, 39.)

1. Il commença h sentir l'effroi et la tristesse. U pouvait éprouver ces deux sentiments, puisqu'il était homme mais parce qu'il était Homme-Dieu, il ne les éprouva qu'au moment et dans le degré qu'il voulut et ils cessèrent lorsqu'il leur commanda de le quitter. Si c'était être faible, on peut dire que c'était l'êtrc en Dieu et pouvoir maitriser !t ce point ses passions, marquait une plus grande force que de ne les

eiruir pas.

C'e<t ici proprement la passion de l'âme du Sauveur. L'homme avait pèche dans son corps et dans son r.tnii. U faHait, pour que la réparation répondit a l'offense, que le réparateur souffrit dans son corps et t'sn-. -.on âme. L'effroi et la tristesse ne sont point des péchés ces deux passions n'ont donc rien qui répugne dans celui qui, « au péché près, a été mis à toutes sortes d'épreuves pour nous être semblable t (HeUr., iv. 15.)

H ~'est pas plus au-dessous de l'Homme-Dieu de sentir la douleur de la tristesse que la douleur oe la Natation et du crucifiement, miisqu'ennn l'une et l'antre sont douleur, et que c'est toujours l'âme qui sent. Le P. De Ligny. S. Si la conduite de Jésus-Christ nous apprend qu'il n'est pas défendu h ceux qui souffrent de rechercher des consolations humaines, celle des Apôtres fait assez voir le peu de fonds que l'on doit y faire. Au défaut des hommes, revenons, comme Jésus-Christ, à Dieu, qui ne permet que tes hommes nous man-


Ayant prié une heure ou environ, il revint vers ses trois disciples, comme un bon pasteur vers ses ouailles, et, les trouvant endormis, il leur fit doucement quelque reproche, et surtout à saint Pierre, lui disant « Eh quoi 1 Simon, vous dormez ? vous vous faisiez fort de mourir pour moi, et voilà que vous n'avez pu veiller seulement une heure avec moi » (Matth., xxvi, 40.) Ensuite, les ayant encore exhortés à être sur leurs gardes, il retourna à la prière et réitéra sa même demande, versant d'abondantes larmes, et entrecoupant ses paroles de gémissements et de profonds soupirs. Quelque remontrance qu~il eût faite à ses disciples, leur tristesse et leur lassitude étaient si grandes, qu'ils ne purent s'empêcher de se rendormir. Il les trouva donc en cet état dans une seconde visite qu'il leur vint rendre; mais, ne voulant point les éveiller, il s'en alla reprendre pour la troisième fois son oraison. L'agonie qu'il ressentit cette fois fut si forte et si pressante, qu'elle lui fit suer de grosses gouttes, ou, selon la force du mot grec, des grumeaux de sang, qui même coulèrent jusqu'à terre et arrosèrent la place où il était. Quelques docteurs attribuent cet état inouï et prodigieux à la grandeur de la crainte qu'il avait permis de s'élever dans sa nature sensible; d'autres, au contraire, l'attribuent à un etfort merveilleux du ciel pour le consoler et le fortifier; mais si nous en croyons nos peintures sacrées, la plus grande consolation qu'il lui donna fut de lui présenter, de la part du Père éternel, le calice très-amer de sa Passion, qu'il devait boire jusqu'à la lie. Un peu de ferveur et de générosité dans ses Apôtres eût pu lui donner de la joie mais, revenant encore à eux après ce grand combat, il n'y trouva comme auparavant que de la pesanteur et de l'assoupissement. D'abord, il leur permit de dormir et de se reposer mais aussitôt après, l'heure des Juifs et du Prince des ténèbres étant arrivée, et Judas approchant avec les gens de guerre qu'on lui avait donnés, il les réveilla et leur dit « Levez-vous; allons, voici que celui qui doit me livrer s'approche ». (Matth.,xxYi, 46.)

Il parlait encore, disent les Evangélistes, lorsque le traître parut, accompagné d'une cohorte, c'est-à-dire de mille soldats conduits par leur tribun, et d'un très-grand nombre d'officiers et de valets, des princes des prêtres et des magistrats du Temple et des anciens du peuple les uns étaient armés de fer, d'autres avaient de gros bâtons, et d'autres portaient des flambeaux et des lanternes pour éclairer ces ministres d'iniquité. Or, comme la plupart ne connaissaient pas Nôtre-Seigneur de vue, Judas, craignant qu'ils ne se trompassent et qu'ils ne prissent quelqu'un des Apôtres pour lui, leur avait donné pour signal qu'il le baiserait en arrivant 1. Il s'avança donc devant eux à quelque distance, et l'ayant salué avec un feint respect, comme s'il fût venu pour lui rendre compte de quelque commission, il eut l'effronterie de lui présenter un baiser. Ah quelle abomination, qu'une bouche si impure ait osé toucher cette divine face, qui était le siège de l'innocence et le trône de la sainteté Cependant ce bon Maître, qui ne voulait rien négliger pour amollir ce cœur endurci, ne lui refusa quent que pour nous rappeler plus efficacement à lui comme h l'unique refuge et an seul consolateur des affligés. Le P. De Ligny.

1. !1 avait donné ce signal afln que Jésus-Christ ne s'aperçût pas que c'en était un. Il était d'usage chez les Juifs de se donner le baiser lorsqu'on se revoyait; y manquer, c'était une marque d'indifférence et peut-être de peu de considération. On a vu le reproche que Jésus-Christ fait à Simon le Pharisien, de ne lui avoir pas donné le baiser. (Luc, vu.) Les premiers fidèles se le donnaient, comme nous l'apprenons par les épîtres des Apôtres les femmes se le donnent parmi nous. Cet usage est louable, tant qu'il demeure renfermé entre les personnes du même sexe, autrement c'est nn abus dont l'indécence ne sera Jamais jnstinee par la coutume. -Le P. De Ligny.


pas ce baiser il laissa approcher de ses joues ces lèvres inEdëles, qui s'étaient ouvertes deux jours auparavant pour faire le prix de son sang. Mais en même temps il lui dit pour le confondre « Mon ami, à quel dessein êtes-vous venu ici? N'avez-vous point de honte de trahir par un baiser le Fils de l'Homme, votre Maître et votre Seigneur? H (Matth.,xxvi, 50; Luc, XXII, 48.)

Ces paroles firent rougir le traître, mais elles ne le convertirent pas au contraire, se retirant sur-le-champ en furie, il courut vers les soldats pour les presser de s'avancer et de se saisir de leur proie. Mais une vertu divine, au sentiment de saint Jean Chrysostome et de saint Cyrille, les retenant et les empêchant de reconnaître Jésus-Christ au signal que Judas avait donné, cet innocent Agneau s'avança lui-même vers eux, et leur demanda qui ils cherchaient. Ils répondirent que c'était Jésus de Nazareth. « C'est moi n, leur dit-il. (Jean, xvm, S.) Il n'était rien de plus doux ni de plus simple que cet aveu. Néanmoins, ce fut pour eux un coup de foudre, ils n'en purent supporter la force. Ils tombèrent tous à la renverse et ils ne se fussent jamais relevés, si cette vertu de Jésus qui les avait terrassés ne les eût remis debout. Lorsqu'ils furent sur leurs pieds, Notre-Seigneur jugeant qu'il avait suffisamment montré que s'il se laissait prendre ce n'était pas par faiblesse, mais par une secrète conduite de sa bonté, leur dit pour la seconde fois « Qui cherchez-vous? » Ils répliquèrent comme au." paravant que c'était Jésus de Nazarcth. u Je vousai dit)),répondit-il, «que je le suis. Si donc c'est moi que vous cherchez, contentez-vous de me prendre, et laissez aller en paix ceux qui m'accompagnent'). Puis il ajouta « qu'il était étrange qu'ils le traitassent comme un voleur de nuit; il avait êtes! souvent au milieu d'eux dans le Temple, où ils pouvaient facilement se saisir de sa personne il était de mauvaise grâce à eux de le venir chercher pendant la nuit avec des épées et des bâtons en un lieu écarté. Mais après tout, c'était l'heure que la Providence divine leur avait laissée à eux et au prince des ténèbres pour exécuter leur funeste dessein ».

Par ces paroles, il les mit en pleine liberté et leur donna pouvoir de faire do son corps tout ce qu'il leur plairait. Aussi, se jetant impétueusement sur lui, ils s'en saisirent avec une rage et une fureur inouïes. Cependant les Apôtres lui demandèrent s'ils tireraient l'épée pour sa défense, et saint Pierre, sans attendre de réponse, tira la sienne et en déchargeant un grand coup sur la tête de Malchus, l'un des serviteurs du grand-prêtre, il lui abattit l'oreille droite. Néanmoins cette action déplut à Notre-Seigneur, et il en lit sur-le-champ une sévère réprimande à son Apôtre « Remettez » lui dit-il, « votre épée dans le fourreau ne savez-vous pas que tous ceux qui, de leur chef, prendront le glaive pour frapper, périront par le glaive? Quoi ne voulez-vous pas que je boive le calice que mon Père m'a donné ? S'il était à propos qu'on me défendît, n'aurais-je pas aisément plus de douze légions d'anges autour de moi, qui terrasseraient mes ennemis et me délivreraient de leurs insultes? Mais comment s'accompliraient les Ecritures qui ont prédit ma Passion et ma mort ? » (Matth., XXYI, S2.) Ensuite, il se servit du peu de liberté qui lui restait pour ramasser l'oreille de ce valet, afin de la remettre en sa place et usant encore du pouvoir qu'il avait de faire des miracles, il la rejoignit si parfaitement à la tête qu'elle ne parut pas avoir jamais été coupée.

Ce prodige de puissance et de bonté n'empêcha pas ces impies de le traiter avec toute sorte de cruautés et d'ignominies. Ils lui lièrent les mains derrière le dos, lui mirent une corde au cou et une autre au milieu du


corps, et le traînèrent en cet état depuis le jardin des Oliviers jusque dans le palais d'Anne, qui, en ce temps-là, était grand pontife et beau-père de Caïphe. C'était le même chemin par où il avait passé un peu auparavant pour aller du Cénacle à ce jardin car le palais d'Anne était fort proche et seulement un peu au-dessus du Cénacle. On ne saurait croire combien d'insultes et d'outrages il souffrit dans l'espace de cette demi-lieue. Ces barbares, le voyant en leur pouvoir, lui qu'ils avaient cherché tant de fois inutilement, déchargèrent sur lui toute leur fureur. Ils le jetèrent souvent à terre, le foulèrent aux pieds, le tirèrent par les cheveux; en un mot, ils exercèrent contre lui toutes les cruautés imaginables. Les Apôtres, oubliant les belles promesses qu'ils lui avaient faites de ne l'abandonner jamais et de mourir plutôt avec lui, le laissèrent seul entre leurs mains, et s'enfuirent tous, de côté et d'autre, avec une lâcheté qui doit faire trembler les âmes les plus généreuses.

Saint Jean est le seul des Evangélistes qui ait remarqué que Notre-Seigneur fut premièrement mené chez Anne. Aussi n'y demeura-t-il pas longtemps car, dès que ce méchant homme eut vu de ses propres yeux qu'il était assuré de la capture qu'il avait souhaitée avec une passion extrême, il l'envoya lié et garrotté chez Caïphe, son gendre, qui était grand prêtre cette année-là beaucoup de prêtres, de docteurs de la loi et d'anciens du peuple étaient assemblés pour attendre la venue de Jésus. Ce chemin était court, le palais de Caïphe n'étant qu'un pou au-delà du Cénacle. Lorsqu'il y fut arrivé, Caïphe l'interrogea touchant ses disciples et sa doctrine. Il répondit doucement « qu'il n'avait point enseigné en cachette et dans des lieux secrets, mais dans le Temple, dans les synagogues, et en présence de tout le peuple qu'ainsi sa doctrine étant publique, c'était inutilement qu'il l'interrogeait là-dessus, et qu'il devait plutôt s'en informer près des milliers de personnes devant lesquelles il avait parlé, et qui lui en pourraient faire un fidèle rapport s. A cette réponse, un des officiers assistants lui déchargea un grand soufflet sur la joue, lui disant (t Est-ce ainsi que tu réponds au Pontife? » (Jean, xvm, 22.) Nôtre-Seigneur lui eût volontiers tendu l'autre joue mais se réservant de le faire un peu après, et mémo d'exposer tout son corps à la rage de ses ennemis, il crut qu'il était nécessaire de montrer l'injustice de ce procédé il dit donc avec la même douceur « Si j'ai mal parlé, faites-moi voir en quoi mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? )) (Ibid., 23.)

Caïphe et les autres juges voyant qu'ils ne le pouvaient convaincre d'aucun crime, ni par leursinterrogations,ni par ses réponses, cherchaient de tous côtés de faux témoins qui déposassent contre lui. Il s'en présentait assez mais comme ils ne s'accordaient pas ensemble, leur déposition ne pouvait servir à rien. Enfin deux se présentèrent qui reprochèrent à Notre,Seigneur ce qu'il avait dit autrefois du saint temple, que les Juifs le ruineraient, et qu'il le rebâtirait en trois jours par le temple, il entendait parler de son corps, et voulait signifier qu'ils le feraient mourir, mais qu'il ressusciterait le troisième jour. Leurs accusations étaient encore discordantes là-dessus, parce que l'un disait lui avoir ouï dire « Je démolirai ce temple qui a été bâti par les hommes, et dans trois jours j'en rebâtirai un autre qui ne sera point fait de main d'homme '). Et l'autre assurait qu'il avait dit « Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours )). Il était facile à Jésus-Christ de confondre ces impies et de les convaincre de fausseté. Mais voyant les juges si peu disposés à recevoir sa défense, il aima mieux ne dire mot et se tenir dans le silence. Caïphe, qui souhaitait qu'il


parlât, pour trouver de quoi le condamner, lui dit en colère « Quoi donc 1 tu n'as rien à répondre à tant de charges? » Mais il ne répondit rien. « Je t'adjure a,ajouta ce mauvais juge, « par leDieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, Fils de Dieu ». (Matth., xxvi, 36.) Notre-Seigneur, pour ne point manquer de respect envers le nom de Dieu, et étant d'ailleurs ravi de cette occasion de confesser publiquement sa filiation divine et sa dignité de Messie, et en être le premier martyr, lui répondit distinctement « Oui, je le suis, et je vous assure que vous verrez bientôt le Fils de l'Homme assis à la droite de Dieu tout-puissant, qui viendra sur les nues du ciel ». (Ibid., 64.) A cette parole, le pontife déchira ses habits et s'écria « Il a blasphémé, qu'avons-nous besoin de témoins vous avez vous-mêmes entendu le blasphème qu'il a dit que vous en semble ? Ils répondirent tous « Il mérite la mort H.

Ainsi, ne le regardant plus que comme un homme condamné à la mort, ils l'abandonnèrent, le reste de cette cruelle nuit, à l'insolence des soldats et des valets qui l'avaient amené, et qui le traitèrent comme une victime qu'on ne devait plus épargner, et dont la vie ne devait plus être que l'objet de leur cruauté et de leur rage. Les uns lui crachaient au visage d'autres lui arrachaient les cheveux et la barbe d'autres, lui ayant couvert les yeux d'un vil bandeau, lui donnaient des soufflets et des coups de poing; et par une raillerie insupportable, lui disaient comme à un prophète imaginaire «Prophétise-nous, Christ, qui t'a frappé n. (Matth., xxvi, 68.) Et il ne se trouva personne, même parmi les officiers les plus considérables, qui eût pitié de lui et qui arrôt&t le cours de ces outrages.

Mais voici ce qui affligea bien davantage notre divin Sauveur l'apôtre saint Pierre, après s'être un peu remis de sa peur, l'avait suivi de loin jusqu'au palais de Caïphe, et ensuite y était entré à la recommandation d'un autre disciple qui y avait quelque accès là il renia honteusement son Maître jusqu'à trois fois, en présence de beaucoup d'officiers et de serviteurs de ce pontife, avec lesquels il se chauffait. Ce n'est pas qu'on lui mît le poignard à la gorge, ou qu'on le menaçât de le faire mourir, ou qu'on lui fît quelque violence il suffit que des valets et des servantes lui reprochassent d'être de la compagnie de cet homme qu'on venait d'amener prisonnier, pour abattre son courage et le porter à ces grands excès d'infidélité et d'ingratitude Car, il ne se contenta pas de protester qu'il n'était point des disciples de Jésus, il jura qu'il ne le connaissait point du tout et passa même jusqu'aux imprécations et aux exécrations pour persuader qu'il n'avait aucune liaison avec lui. Le coq chanta pour la première fois, dès que Pierre eut renié JésusChrist. Mais son chant ne fut pas assez fort pour tirer l'esprit de cet Apôtre du profond sommeil où il était enseveli. Il chanta une seconde fois après le troisième reniement, et alors Notre-Seigneur jetant sur lui un regard de miséricorde,Pierre se réveilla, ouvritles yeux et connutl'énormité des crimes qu'il venait do commettre et ayant le cœur outré de douleur, il sortit aussitôt de cette maison qui lui avait été si funeste, et se retira dans une caverne où il pleura amèrement sa faute.

1. Ce que la nature a de plus faible, ce que le monde a de moins imposant, une femme esclave, vient à bout de renverser un apôtre, le chef des Apôtres, et de tous les apôtres celui qui jusqu'alors avait montré le plus de courage. La condition n'y ferait rien, et la beauté seule y ferait tout, s'il s'agissait de le séduire par ses attraits mais c'est par la peur qu'elle le surmonte, et une parole y suffit. Rien n'est plus t'aU'ie que l'homme présomptueux.

Lorsque Pierre entreprit, après cela, de planter la croix sur le Capitole et de forcer Rome ido)âtre it adorer, à la place de ses dieux, un juif crucifié par les Romains, il ne put jamais ëtrd tenté de croire qu'un tel projet lui était inspire par son courage, et que ce serait par sa force qu'il en surmonterait tom tes obstacles. Le P. De Ligny.


De grand matin, les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple se rassemblèrent chez le même Caïphe, pour achever l'affaire de leur conjuration contre le Sauveur. Ils le firent encore amener devant eux, l'interrogèrent comme auparavant, s'il était le Christ et le Fils de Dieu. Et après une réponse presque semblable à celle qu'ils avaient reçue au premier interrogatoire, ils convinrent de le livrer au président de la province pour l'empereur romain, comme à celui à qui les crimes extraordinaires et souverainement punissables étaient' dévolus. Cette résolution prise, ils la mirent aussitôt à exécution et sans attendre davantage, sans s'en reposer sur personne, ils le conduisirent eux-mêmes à ce président, appelé Ponce-Pilate, l'ayantauparavant fait lier et garrotter comme un scélérat et un meurtrier. Ce fut sans doute une chose bienignominieuse pour Jésus-Christ; car, comme le palais de Pilate était presque à l'autre extrémité de Jérusalem, il fallut qu'il passât en cet état par les plus grandes rues et les places les plus fréquentées de cette ville, en un temps où la foule y était extrême à cause de la fête de Pâques; on peut conjecturer qu'il fut suivi de la populace avec beaucoup d'insultes, d'imprécations et de malédictions. Cependant le traître Judas voyant ce procédé des pontifes, voyant qu'après avoir condamné le Sauveur à mort, ils étaient résolus depoursuivre sans relâche l'exécution de leur jugement, fut touché de repentir', et ne pouvant plus souffrir les cruels reproches de sa conscience, il vint trouver au temple ceux d'entre les prêtres qui s'y étaient rendus pour faire leurs fonctions sacerdotales, et leur dit: « J'ai péché en vous vendant et en vous livrant le sang du Juste ». Mais ils lui répondirent « Que nous importe, c'est à vous d'y penser )).(Matth., xxvu, 4.) Il leur jeta donc les trente pièces d'argent qu'il avait reçues pour prix de sa trahison, et, par désespoir, il alla se pendre et s'étrangler à un figuier.

LorsqueNotre-Seigneur fut arrivé chez Pilate, les conjurés le firent entrer dans le prétoire, c'est-à-dire dans la salle de l'audience; mais pour eux, ils n'y entrèrent pas, de peur de contracter quelque impureté qui les empêcherait de manger leur pâque, c'est-à-dire, ou l'agneau pascal qu'ils avaient peut-être différé de manger jusqu'à ce jour, ou plutôt d'autres victimes et des viandes sacrées appartenant à la fête de Pâques. Telle était l'hypocrisie de ces impies ils craignaient de se rendre immondes en entrant dans un lieu profane, et ne craignaient pas de se souiller en procurant cruellement t la mort de l'innocent. Pilate, qui savait déjà par expérience leur manière d'agir superstitieuse, ne s'étonna point de ce procédé. Il vint lui-même à eux, et leur parlant de dessus un perron qui avançait dans la cour, il leur 1. Son repentir, lorsqu'il vit son maître condamné, prouve qu'il avait conservé pour Ini une sorte d'amour mais il aimait encore plus l'argent. Ainsi on a vu que saint Pierre, lorsqu'il reniait Jcsus-Chrjst, l'aimait encore, mais il l'aimait moins que sa vie. Pour être capable des plus grands crimes, il n'est pas nécessaire de n'avoir aucun amour pour Dieu; il suffit que 1'on aime quelque chose plus que Dieu. Tout amour, d'ailleurs légitime, s'il l'emporte dans le cœur sur l'amour de Dieu, est un amour criminel. Cette fatale disposition se forme et dure sans qu'on s'en aperçoive. On a les apparences de la vie et l'on est mort ». (Apoc., ni.) L'occasion ne la fait pas naître; elle ne fait ordinairement que la déceler. Passer en revue ses attachements, se demander souvent à soi-même ce que l'on ferait si l'on ne pouvait les conserver que par l'offense de Dieu, est peut-être le seul moyen de découvrir ce mal lorsqu'il est cache; de le prévenir s'il est prochain de donner de nouveaux accroissements à l'amour de Dieu, si cet amonr e:,t déjà prédominant; de se prémunir contre les grandes tentations, qui sont toujours moins à cmimh'c ]n~qu'on les a prévues, et qu'il est plus facile de surmonter lorsqu'on a pris l'habitude de former les actes par lesquels on les surmonte. C'est préparer la guerre pendant la paix et préluder à la victoire en s'essayant au combat.

Si quelqu'un dit qu'il est dangereux de faire ces sortes de supposition,, on ose répondre qu'il est plus dangereux de ne tes faire pas. Toute attaque alors est une surprise, et quiconque est surpris est presque toujours vaincu. Si Judas, des qu'il put s'apercevoir qu'il aimait l'argent, s'était ainsi éprouve lui-même, il est à présumer qu'il ne serait jamais devenu, d'homme intéressé voleur, de voleur traître, pour nuir par le désespoir et la réprobation. Le P. De Ligny.


demanda de quels crimes ils accusaient ce prisonnier. Ils répondirent seulement que si ce n'était point un malfaiteur extraordinaire, ils ne seraient pas venus eux-mêmes pour le mettre entre ses mains; mais voyant que Pilate ne se contentait pas de cette accusation générale, ils en forgèrent de particulières ils dirent qu'ils avaient trouvé cet homme excitant des séditions parmi ceux de leur nation, détendant de payer les tributs à César et publiant qu'il était le Roi-Messie. Nous lisons aussi dans la lettre que Pilate écrivit à l'empereur Tibère, rapportée par Hégésippe, au livre v de son Histoire, qu'ils l'accusèrent de magie et d'avoir fait dos prodiges par l'entremise des démons. Le président ayant ouï ces chefs d'accusation, rentra dans sa salle pour interroger Jésus sur cet article, et l'ayant fait approcher, il lui dit « Es-tu le roi des Juifs? Jésus lui répondit « Est-ce de vousmême que vous me faites cette demande ou si d'autres vous l'ont suggérée ? )) Pilate lui répondit « Suis-je Juif pour savoir vos controverses? c'est ta nation et ses pontifes qui t'ont livré à moi Qu'as-tu donc fait ? » « Mon royaume o, répondit Jésus, « n'est point de ce monde s'il était de ce monde, mes officiers combattraient pour moi et empêcheraient de tout leur pouvoir qu'on me livrât aux Juifs mais en vérité, il n'est point d'ici '). « Tu es donc Roi ? a répliqua Pilate. « Oui, je le suis », dit Jésus, « et je suis né et venu au monde pour rendre témoignage à la vérité quiconque,est du parti de la vérité écoute ma parole ». (Jean, xviu, 33.)

Là-dessus Pilate lui demanda ce que c'était que la vérité, et, se levant de son siège, sans attendre la réponse, il revint aux princes des prêtres et au peuple assemblé, pour leur dire qu'il ne trouvait point de charge suffisante ni raisonnable contre cet homme. Il l'amena même avec lui comme pour le renvoyer absous mais ces forcenés se mirent à crier plus fort que jamais et à vomir contre Jésus-Christ mille nouvelles impostures. Il eût été facile au Sauveur de s'en laver et de faire voir son innocence mais comme la calomnie était visible, et que d'ailleurs il ne souhaitait pas d'être élargi mais plutôt de souin'ir la mort pour sauver le genre humain, il se tint dans le silence et no répondit, rien. Le président lui dit « D'où vient que tu ne réponds rien; ne vois-tu pas les grandes charges que l'on met en avant contre toi, et les grands crimes dont on t'accuse?)) (Matth., xxm, 13.) Mais il n'ouvrit pas la bouche ce juge en fut extrêmement surpris. Cependant les conjurés continuaient toujours leurs clameurs, disant « C'est un séditieux et un boute-feu public, qui a ému le peuple de tous côtés, commençant par la Galilée et répandant son venin jusqu'en cette ville )). Pilate, entendant parler de Galilée, crut avoir trouvé un bon moyen de se débarrasser de cette aflaire, en le renvoyant a Hôrode, qui avait été tétrarque, et était alors roi de Galilée (c'était le fils du vieil Hérode et celui qui avait fait mourir saint Jean-Baptiste) il s'informa donc si Jésus était Galiléen, et, ayant appris qu'il l'était, et qu'ainsi il était sujet naturel de ce prince, il le renvoya par devers lui, remettant à son jugement la décision de ça procès.

Hérode était en ce temps-là à Jérusalem, où il avait un palais fort magnifique, que son père avait fait bâtir. Les princes des prêtres se chargèrent encore d'y conduire Jésus, ce qui ne se passa point sans qu'on lui fit de nouveaux outrages plus cruels que ceux qu'on lui avait faits en allant chez Pilate, parce qu'il y avait plus de monde sur le passage et que les esprits étaient plus aigris. Ce roi témoigna beaucoup de joie de sa venue, espérant lui voir faire quelques grands miracles, ce qu'il souhaitait passionnément depuis fort longtemps. Mais, comme il ne le souhaitait pas pour son


instruction, mais seulement pour satisfaire sa curiosité, et que d'ailleurs il avait toujours négligé de se rendre présent aux miracles que Jésus-Christ avait faits pendant les trois ans de sa prédication, il ne méritait pas qu'on lui fît une faveur si considérable. Nôtre-Seigneur ne daigna pas même ouvrir la bouche en sa présence, ni répondre un seul mot, quoique ses adversaires vomissent leur venin contre lui et l'accusassent avec toute la rage dont l'envie et lajalousie sont capables. C'est pourquoi Hérode, avec toute sa cour, le méprisa et en fit son jouet comme d'un insensé et là, l'ayant fait revêtir par moquerie d'un robe blanche, il le renvoya couvert d'ignominie au tribunal de Pilate. Cela fut cause de la réconciliation de ces deux puissances, qui avaient eu de grands démêlés pour les limites de leur juridiction.

Néanmoins Pilate n'eut pas peu de peine de se voir encore cette affaire sur les bras. Il assembla donc les pontifes, les magistrats et le peuple, et leur dit que, malgré toutes leurs accusations et tous leurs cris, ni IIérode ni lui ne trouvaient rien, en cet homme, qui fût digne de mort ainsi ils no devaient pas trouver mauvais si, après lui avoir fait quelque correction, il le mettait en liberté il leur fit même pour cela une proposition que la fureur la plus sauvage pouvait seule refuser. La coutume éLaitqu'au jour de Pâques le magistrat romain délivrât, à leur requête, celui des criminels qu'ils demandaient. Il leur proposa donc, pour sauver Jésus, de le relâcher comme criminel, en considération de !a fête de Pâques. Et afin qu'ils ne pussent pas rejeter cette oifre, il s'avisa de mettre Jésus en parallèle avec un nommé Barabbas, voleur insigne et grand scélérat, qui, dans une scdiLion, avait fait un meurtre, et pour cela avait été mis aux fers avec d'autres séditieux. En même temps, comme Pilate était assis sur s-on tribunal, sa femme lui envoya dire qu'elle le priait de ne prendre aucune part au procès de ce Juste, parce qu'elle avait beaucoup souSert la nuit, durant son sommeil, à cause de lui.

Cependant les pontifes, qui craignaient que Jésus ne leur échappât, persuadèrent au peuple de le rebuter absolument et de demander plutôt Barabbas que lui. Ainsi, lorsque le président vint à leur dire « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche, de Barabbas ou do Jésus ? » ils crièrent tous comme des forcenés: « Nous ne voulons point Jésus, mais Barabbas. Otez Jésus, donnez-nous Barabbas » (Matth., xxvii, 17.) Le président, tout surpris d'un choix si étrange, leur dit « Que ferai-je donc de Jésus, appelé le Christ ? » Ils redoublèrent leurs clameurs et dirent « Qu'il soit crucifié, crucifiez-le, crucifiez-le H. « Mais quel mal a-t-il fait, pour que je le crucifie? )) répondit Pilate. Ils n'en pouvaient produire aucun mais voulant l'emporter par violence, ils redoublèrent leurs cris plus fort qu'auparavant, en répétant ces paroles « Crucifiez-le, crucifiez-le, qu'il soit crucifié )) Ce mauvais juge, qui n'avait pas assez de courage peur soutenir l'innocence contre l'oppression visible de ses adversaires, ne trouva plus d'autre moyen de sauver Jésus de la rage des Juifs, que de le mettre en un état où ils en eussent eux-mêmes pitié. Dans ce dessein, il commanda qu'il fût rudement flagellé par tout le corps, afin que la peau étant enlevée, et le sang coulant de toutes parts, il fût capable de toucher de compassion les cœurs les plus barbares, et ses ennemis, quelque acharnés qu'ils fussent. Ses ordres furent aussitôt exécutés, mais avec beaucoup plus de violence et de cruauté qu'il ne le prétendait. On fit descendre Jésus dans une salle basse du Prétoire, où il se dépouilla lui-même, ce qui le couvrit de confusion, principalement à cause des soldats qui étaient présents ces infâmes


bouffons lui firent de grossières railleries sur sa nudité. Ensuite on le lia à une colonne de marbre, haute de deux pieds et demi ou environ, et destinée à cet usage, en lui attachant les mains à une anneau de fer qui était au-dessus, comme on le voit encore à Rome en l'église de SaintePraxède, où cette colonne sacrée a été transportée et l'on déchargea sur lui, de tous côtés, une si grande grêle de coups de fouet, que si sa divinité n'eût soutenu puissamment son humanité, il fût mort entre les mains des bourreaux. Cette flagellation se iit, selon de graves auteurs, non pas avec de simples verges, comme on le pratiquait ordinairement parmi les Juifs, mais avec les instruments terribles dont les Romains se servaient pour leurs esclaves. Sainte Madeleine de Ilazzi apprit, dans une extase, que trente couples d'ofËciers de justice, dont la force répondait à la malice, mirent successivement la main à cette exécution; et il est croyable que les Juifs leur avaient donné de l'argent afin qu'ils n'épargnassent point le Sauveur et qu'ils déchargeassent sur lui toute leur furie. Ainsi sainte Gertrude a su, par révélation, qu'il reçut plus de cinq mille coups, dont chacun fit une horrible plaie, parce que les pointes et les crochets de fer entrant dans son corps, on ne lesen retirait qu'en déchirant la peau et en emportant la chair par morceaux ce qui lui fit dire dans un psaume (LXXVIII, 3), selon une ancienne version, que les pécheurs ont labouré et fait des sillons sur son dos. On voit encore sur le Saint-Suaire de Turin, qu'il n'y eut pas un seul de ses membres qui n'eût part à ce supplice. Enfin, ce corps adorable fut réduit en un état si pitoyable, qu'il ne paraissait plus qu'un corps écorché ou dévoré par le chancre et la lèpre.

Les bourreaux s'étant lassés de le frapper, Jésus employa ce qui lui restait de force pour reprendre ses habits mais à peine se fut-il revêtu, que cette détestable troupe de soldats, qui était de mille hommes, l'ayant mené dans la salle du prétoire, l'y dépouilla une seconde fois, ce qui ne se put faire sans qu'il souffrît de cruelles douleurs, parce que sa tunique commençant à se coller avec son sang sur sa chair, ou pour mieux dire sur ses plaies, on ne putla lui ôter sans les déchirer de nouveau. Ensuite, ces barbares lui jetèrent par moquerie sur les épaules une vieille casaque militaire de couleur de pourpre, et ployant en rond de grandes épines, ils en firent une espèce de couronne non moins cruelle qu'infâme, qu'ils lui enfoncèrent avec violence dans le crâne et pour achever d'en faire un roi dérisoire, comme ils le prétendaient, ils lui mirent, au lieu de sceptre, un roseau à la main. L'ayant revêtu de cet accoutrement ridicule ils fléchissaient le genou devant lui, en lui disant par moquerie « Je te salue, roi des Juifs » » Puis ils lui crachaient au visage, lui arrachaient les cheveux et la barbe, lui donnaient de grands soufflets, et, prenant le roseau qu'il tenait à la main, ils lui en déchargeaient de grands coups sur la tête pour y enfoncer encore plus avant les pointes des épines dont il était couronné, et lui tirer du sang des endroits du corps que les fouets avaient épargnés; ainsi ces impies s'efforçant à l'envi d'augmenter les tourments et les mépris du Fils de Dieu, ils en firent aisément un homme de douleurs, comme Isaïe l'avait prédit (Is., un, 5). 1

Le président, le voyant dans un état si pitoyable, crut que la seule vue d'un tel spectacle serait capable d'assouvir la haine la plus cruelle et la plus envenimée. Dans cette pensée, il l'amena aux Juifs au dehors du prétoire, et le leur montrant couvert de cette casaque de pourpre, et couronné de ce diadème d'épines, il leur dit « Voilà l'Homme! je vous l'amène pour vous déclarer que je ne trouve point de cause de mort en lui)).(Jean,xix,S.)


A ces paroles, les pontifes et leurs officiers, bien loin d'être touchés de compassion, entrèrent dans une fureur plus grande, et s'acharnant encore davantage contre le Sauveur, ils se mirent à crier « Crucifiez-le Crucifiez-le! » Pilate leur répondit « Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez pour moi, je ne trouve point en lui de cause pour le crucifier ». Les Juifs repartirent a Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, parce qu'il a pris la qualité de Fils de Dieu (Jean, xix, 5) )). Pilate ententendant ceci, et faisant en même temps réflexion sur ce qu'il avait ouï dire de ses miracles, sur la patience, la douceur et le silence qu'il avait fait paraître au milieu de tant d'injures et de tant de tourments, fut saisi d'une plus grande crainte il s'imaginait que celui qui lui avait été déféré comme criminel, pourrait bien être une des divinités que les Gentils adoraient. C'est pourquoi, l'ayant fait rentrer dans la salle de son audience, il l'interrogea de nouveau. D'abord il lui demanda d'où il était; mais Jésus, ne le jugeant pas digne d'être instruit d'un si haut mystère, ne répondit rien du tout à cette demande. Pilate en fut indigné, et lui dit en colère « Tu ne me parles point. Ne sais-tu pas qu'il est en mon pouvoir de te faire mettre en croix ou de te renvoyer libre (Jean, xix, 5)? a Jésus, ne voulant pas laisser une parole si arrogante et si injuste sans réprimande, lui répondit « Vous n'auriez aucun pouvoir de me nuire, si Celui qui règne dans les cieux n'avait permis qu'on me livrât à vous. C'est pourquoi ceux qui m'ont mis entre vos mains sont plus coupables que vous n. Pilate, touché de cette réponse, fit de nouveaux efforts pour le délivrer. Mais les Juifs lui résistèrent plus que jamais, lui criant tumultueusement que, s'il renvoyait cet homme, il manquait de fidélité envers César, que c'était un séditieux qui, en se disant roi, avait attaqué son autorité et s'était déclaré son ennemi. Ce reproche fut un coup de foudre qui abattit ce mauvais juge; car, étant plein d'ambition, il craignait plus de perdre la faveur d'un prince mortel, que d'encourir l'indignation du Dieu immortel en trahissant sa conscience et la justice. Il ramena donc Jésus dehors, et prenant séance dans un tribunal qu'il avait sur une espèce de perron ou de balcon qui regardait la cour, et appelé en grec Z~Ao~'o~os, c'est-à-dire pavée de pierres, et en hébreu Gabbatha, c'est-à-dire lieu cloué, il se mit en état d'achever son procès. S'adressant encore aux Juifs, il leur dit « Voilà votre roi'). Ils s'écrièrent tous :«0tex-le! crucifiez-le! (Jean. xix, 5.) « Quoi! )) dit Pilate, « que je crucifie votre Roi! a Les pontifes répondirent « Nous n'avons pas d'autre roi que César n. Pilate donc, voyant qu'il ne gagnait rien, et qu'au contraire le tumulte s'augmentait de plus en plus, se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains devant toute l'assistance, il 8t cette protestation « Je suis innocent du sang de ce Juste; c'est à vous autres d'y prendre garde n. Tout le peuple répondit, comme pour le décharger de ce crime « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants (Jean, xix, 5) H. Ainsi ce juge inique accueillit leur demande, mit en liberté ce Barabbas, qui avait été mis aux fers pour une sédition et pour un homicide, puis il leur abandonna Jésus, et leur permit de le crucifier entre deux voleurs.

Cet injuste arrêt ne fut pas plus tôt prononcé, que les soldats qui devaient en être les exécuteurs et servir de bourreaux, se saisirent de la personne du Sauveur, et, après divers outrages, ils lui ôtèrent le manteau de pourpre dont il était revêtu et lui rendirent ses habits. Ensuite, ils le chargèrent de la croix à laquelle il devait être attaché, comme cela se pratiquait à l'égard des criminels condamnés à être crucifiés, et en cet état ils


le conduisirent hors de la ville, vers une montagne que l'on appelait en hébreu Golgotha, c'est-à-dire crâne de l'homme, et que nous appelons Calvaire dans la même signification, parce que, selon les plus anciens Pères de l'Eglise, rapportés par Baronius, le crâne du premier homme y était enseveli. Comme cette croix était fort lourde, le montant était de quinze pieds de long et la traverse de huit, l'un et l'autre tr~s-épais et d'un bois dur et massif, il n'est presque pas concevable quelle peine eut Jésus-Christ à la porter; car il était déjà tout déchiré et tout rompu par la violence de la flagellation et des autres tourments qu'il venait d'endurer; le chemin était fort long et de plus d'une demi-lieue le pied de la croix qui traînait à terre, heurtant souvent contre des pierres et passant sur des buttes ou sur des fosses, lui donnait partout d'horribles secousses; le haut de la croix appuyant sur les plaies de son cou et de son épaule, les élargissait à tout moment et ajoutait de nouvelles meurtrissures. Une ancienne tradition nous apprend qu'il tomba plusieurs fois sous ce lourd fardeau, et il est probable que ces barbares le firent relever autant de fois à grands coups de pied et de bâton.

Cependant ils craignirent de ne le pouvoir pas mener vif jusqu'au lieu du supplice; rencontrant un homme qui venait des champs, appelé Simon, natif de Cyrène, et père d'Alexandre et de Rufus, depuis disciples des Apôtres, illustres prédicateurs de l'Evangile, ils le forcèrent à aider Jésus à porter sa croix. On ne sait pas s'ils la lui firent porter tout entière, ou si Nôtre-Seigneur en portait une partie et Simon l'autre il est seulement certain qu'ils ne firent pas cela par miséricorde, mais afin de réserver leur victime pour lui faire endurer le reste des tourments qui lui étaient préparés. Les deux voleurs, qui devaient être crucifiés avec lui, l'accompagnaient de côté et d'autre en ce voyage, chacun portant aussi l'instrument de son supplice: et l'on criait partout que ce Jésus, ce séducteur, ce faux prophète, allait être exécuté pour ses crimes ce qui était une extrême ignominie pour lui. Les princes des prêtres, les scribes et .les anciens du peuple ne voulurent jamais l'abandonner, mais marchaient devant lui en grand triomphe, comme des vainqueurs qui ont terrassé leur ennemi. Les compagnies de la garnison romaine l'environnaient de toutes parts; une multitude nombreuse le suivait avec beaucoup de tumulte, et, comme il est écrit par les Prophètes, il était la fable, c'est-à-dire le sujet des injures, des railleries, des malédictions et des imprécations de cette foule. Néanmoins, des femmes compatissantes, qui allaient aussi après lui, voyant l'excès de ses souffrances, pleurèrent amèrement et se frappèrent la poitrine mais il se tourna vers elles et leur dit: « Filles de Jérusalem, ne pleurez point pour moi mais pleurez pour vous-mêmes et pour vos enfants car voici bientôt le temps où l'on dira Bienheureuses sont les femmes stériles, bienheureux sont les seins qui n'ont point conçu, bienheureuses sont les mamelles qui n'ont point allaité et ce sera alors que vos enfants prieront les montagnes de tomber sur eux, et les coDines de les cacher; car si le bois vert est traité de la sorte, comment le bois sec serat-il traité ? )) (Luc, XXIII, 28.)

Cependant il ne refusa pas le bon office de l'une de ces femmes, appelée Bérénice ou Véronique elle lui présenta le voile de lin qu'elle portait sur sa tête, pour essuyer la sueur et le sang qui coulaient abondamment de son visage. Jésus, par un miracle de sa bonté, en s'essuyant, imprima sur ce voile une figure et une représentation si parfaite de sa face adorable, que même les marques des soufflets et des autres blessures qu'il avait reçues y


parurent distinctement puis il rendit ce voile à cette pieuse femme comme un gage perpétuel de son amour et de sa reconnaissance. Ce voile, qui a toujours conservé cette image vénérable de la face de Jésus-Christ, a depuis été apporté à Rome, où il se garde très-précieusement dans l'église de Saint-Pierre au Vatican. La sainte Vierge, selon la révélation faite à sainte Brigitte, avait assisté à la ilagellation de son cher Fils son cœur y avait reçu autant de plaies mortelles que le corps de cet agneau de Dieu avait reçu de coups de fouet. Mais elle vint aussi à sa rencontre, sur le chemin du Calvaire, avec saint Jean, son disciple bien-aimé. Quelles paroles pourraient exprimer l'excessive douleur qu'elle ressentit à la vue d'un objet si lamentable ? Il vaut mieux n'en rien dire ici et la laisser à la pieuse méditation des fidèles.

Lorsque le Sauveur fut arrivé sur le sommet de cette montagne qui devait être le lieu de son sacrifice, on lui donna, selon saint Matthieu, du vin mêlé de fiel, et selon saint Marc, du vin mêlé de myrrhe. C'était probablement du bon vin, que l'on avait disposé exprès, selon la coutume, pour la consolation des patients, mais où les soldats, corrompus par les Juifs, avaient malicieusement jeté quelque chose d'extrêmement amer, tel que le fiel et la myrrhe. Ls Sauveur en goûta pour en ressentir l'amertume, mais il n'en voulut pas boire, de peur d'en recevoir quelque soulagement dans l'excès de la soif qui le tourmentait. Ensuite on le dépouilla, pour la troisième fois, de tous ses habits et même de sa tunique de dessous, ce qui ne se put faire sans renouveler, d'une manière cruelle, toutes ses plaies, et on l'attacha à la croix avec de gros clous qui lui percèrent les pieds et les mains. Plusieurs disent que cela se fit à terre et avant d'élever la croix et de la mettre en place mais sainte Brigitte, qui a été instruite par une révélation expresse de la sainte Vierge sur toutes les circonstances de cette exécution, assure que la croix fut premièrement placée et arrêtée dans son trou, et qu'ensuite l'on y fit monter le Sauveur par le moyen d'un échafaudage. On ne sait pas au juste avec combien de clous il fut crucifié. Quelques-uns n'en mettent que trois, se persuadant que ses deux pieds furent attachés l'un sur l'autre avec un seul clou mais la plupart en mettent quatre, et croient que ses deux pieds furent cloués séparément ou même conjointement avec deux clous. On n'est pas non plus d'accord touchant l'endroit où ses mains furent percées, car le sentiment commun est qu'elles le furent au milieu de la paume, comme les peintres nous le représentent ordinairement. Mais il y a des auteurs qui nous en font une image bien plus horrible ils disent que les clous furent enfoncés de travers par toute l'épaisseur des mains ils appuient leur opinion sur le Saint-Suaire de Turin et sur le récit de sainte Brigitte. Nous n'entreprenons pas de résoudre ici toutes ces difficultés, mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que les bourreaux traitèrent Notre-Seigneur de la manière la plus cruelle et la plus inhumaine dont ils se purent aviser.

Les deux voleurs furent aussi crucifiés avec lui, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, afin que fût accomplie l'Ecriture qui dit « Il a été mis au nombre des méchants ». (Is., LIII, 12.) Mais par une disposition admirable de la divine Providence, et, comme dit saint Cyprien, par une inspiration de Dieu, Pilate ordonna que l'on attachât sur la croix et au-dessus de la tête de Jésus, un écriteau portant ces paroles Jssus DE NAZAÐ, Roi DES JUIFS.

Les princes des prêtres firent ce qu'ils purent pour l'empêcher, suppliant ce juge de ne point mettre Roi des Juifs; mais qui s'est dit Roi des Juifs.


Néanmoins~ ils ne purent jamais rien gagner sur son esprit, et il leur répondit seulement que ce qu'il avait écrit demeurerait écrit. Au reste, cette inscription était en trois langues: en hébreu, en grec et en latin, avec cette circonstance, remarquée par le cardinal Baronius, que le latin était plus près de la tête de Notre-Seigneur, comme au lieu le plus honorable, pour signifier que l'Eglise latine aurait une foi plus pure et plus constante que la grecque et la judaïque, et qu'elle serait la maîtresse de toutes les Eglises. On voyait avant 93, à Toulouse, chez les religieux Bénédictins, une partie fort notable de ce glorieux écriteau, de la longueur d'un demi-pied on le montrait publiquement deux fois l'année le trois mai et le quatorze septembre. C'était une grande consolation pour les fidèles la plupart des malades étaient guéris en buvant avec foi de l'eau où cette précieuse relique avait trempé.

Il était près de midi quand se fit cette horrible exécution c'est ce que saint Marc entend quand il dit qu'il était la troisième heure, et saint Jean quand il dit qu'on approchait de la sixième heure. Car la troisième heure était un espace de temps qui s'étendait depuis neuf heures du matin, selon notre manière de compter les heures, jusqu'à midi, et la sixième heure était un autre espace de temps qui s'étendait depuis midi jusqu'aux trois heures suivantes. Lorsque Nôtre-Seigneur fut en croix, les quatre soldats qui lui avaient servi de bourreaux partagèrent entre eux ses habits; mais comme sa tunique était toute d'une pièce et sans couture depuis le haut jusqu'en bas, ayant été tissée à l'aiguille, des propres mains de la sainte Vierge, ils ne la coupèrent pas, mais tirèrent au sort qui d'eux quatre l'emporterait. Par un bonheur incomparable, cette précieuse relique fut apportée en France, et elle est conservée précieusement à Argenteuil, près de Paris'.

1. Si l'on vent des détails sur cet inestimable trésor qui enrichit la paroisse u'Argenteuil. il faut les chercher dans un pieux et intéressant ouvrage dont voici le titre La Sainte Tunique de -tVo~re-~e~MMr J~t~-C~ Recherches rc~teM&M et historiques sur cette r~Me et sur le pèlerinage ~'Ar~e~Mï~~tM* T. Gue'rt'~ rédacteur en ehef du MEMORIAL CATHOLIQUE.

Nous en donnons ici un court résutné

La sainte tunique, figurée et prédite dans les saintes Ecritures, fut tissée par les mains de Marte, une vertu s'en échappe lorsqu'on la touche, elle guérit les malades sur le Thabor, elle devient éclatante comme la neige, elle brille de la gloire divine, plus tard, elle est teinte du sang de Jésus les soldats la lui arracnent sur le Calvaire et la tirent au sort. Que devint-elle pendant tes premiers siècles, où l'Eglise était obligée de cacher aux recherches des persécuteurs les objets de son culte? On t'ignore. Vers la fin du vi'' siècle, un juif la tenait enfermée daus un coffre de martjre un miracle révéla sa présence c'était a Jait.), en Palestine de là elle fut, à la suite de ce miracle, transportée en triomphe à Jérusalem. De Jérusalem, Chosrobs ou Chosrow II, vainqueur d'Hëraclius, l'emporta en Perse vers 6M. Heraclius, vainqueur à son tour, reprit la sainte relique, la porta à Constantinople, puis à Jérusalem, et enfin la rapporta à Constantinople pour la mettre à l'abri des ravages des Sarrasins elle y resta jusqu'au moment où l'impératrice Irène en fit don a Charlemagne (800). Ce prince en fait présent à sa fille Théodrade, qui la place dans le monastère d'Argenteuil, dont elle était abbesse, Eutre les années 846 et 867, le monastère d'Argenteuil est livre aux flammes par les Normands mais, avant de prendre la fuite, les religieuses cachent dans une muraille la tunique de Notre-Seigneur avec la châsse qui la renferme. Elle demeure inconnue pendant plusieurs siècles. Dans le xu* siècle, l'abbaye d'Argenteuil fut habitée par des religieux bénédictins et devint un simple prieure dépendant de l'abbaye royale de Saint-Denis, eu France en 1156, une révélation particulière fit connaître à l'un des religieux l'endroit où la sainte reliqno reposait depuis si longtemps. I.a translation s'en fit solennellement Louis VU y assistait. Les huguenots (1567) emportèrent la eMise de cristal garnie d'argent; mais la sainte relique fut soustraite à leurs profanations. En 1630, Mario de Lorraine, duchesse de Guise, fit faire une magnifique châsse, couverte d'or, d'argent et de pierreries, et la translation du vêtement divin de la vieille châsse de bois dans la nouvelle se fit le M octobre do la même année. Nous ne parlerons point de la confrérie en l'honneur de la sainte tunique, des indulgences, des miracles qui l'ont rendue si célèbre. Le monastère d'Argenteuil fut pillé par les Vandales de 93, les religieux chassés, et ia magnifique châsse de la duchesse de Guise emportée. La sainte relique fut recueillie par un prêtre qui avait eu le malheur de prêter serment, et qui a eu, depuis, le bonheur de se rétracter mais il diminua le prix de cette bonne action en distribuant plusieurs morceaux de la tunique sacrée, en osant se permettre ce que n'avaient pas fait les soldats qui crucifièrent Nôtre-Seigneur.

Le 18 mai 1804, la sainte tunique fut de nouveau offe-te à la vénération publique dans l'église parois-


Les souffrances inouïes du Sauveur auraient dû amortir la fureur de ses ennemis et arrêter le cours de leurs insultes il n'en fut point ainsi, ils continuèrent toujours de l'injurier et de le couvrir d'opprobre. Les princes des prêtres, les scribes et les premiers du peuple se moquaient de ses miracles et disaient afin de le faire passer pour un séducteur « Il s'est mêlé de sauver les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S'il est le roi d'Israël, qu'il nous le fasse voir en descendant de la croix, et aussitôt nous croirons en lui. Puisqu'il s'est vanté d'être le Fils de Dieu, et qu'il mettait toute sa confiance en lui, que Dieu le délivre donc présentement de nos mains et qu'il le détache du supplice ». (Matth., xxvn, 42.) Le peuple, les soldats et les passants, imitant leur exemple, le maudissaient aussi et lui adressaient mille insultes. « C'est donc toi B, disaient-ils, «qui devais détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours; fais voir maintenant cette puissance détache-toi, si tu peux, de cette croix et sauve-toi toi-même ». Mais, ce qui est étrange, c'est qu'au rapport, de saint Matthieu et de saint Marc, les voleurs mêmes qui étaient crucifiés à ses côtés et souffraient le même supplice que lui, ne l'épargnaient pas, et vomissaient contre lui de semblables blasphèmes.

Cependant tous leurs reproches ne purent jamais altérer la patience du Sauveur, ni tirer de sa bouche aucune plainte. Au contraire, la première chose qu'il fit sur la croix fut d'élever ses yeux au ciel, et d'implorer la miséricorde de son Père éternel pour ceux qui l'avaient crucifié ou fait crucifier, et qui continuaient encore à l'outrager. « Mon Père)), lui dit-il, « pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font » (Luc, xxm, 34.) On vit bientôt un eflet, merveilleux de cette prière car l'un de ces voleurs qui étaient pendus à côté de lui et qui blasphémaient contre lui, étant éclairé d'une lumière céleste, et touché d'une grâce extraordinaire, se convertit tout à coup et devint même le défenseur de l'innocence de Jésus et confessa hautement sa divinité voyant que son compagnon persistait toujours à vomir des injures et des malédictions contre le Sauveur, il l'en reprit sévèrement, lui disant « Quoi, n'as-tu point la crainte de Dieu, toi qui es dans les mêmes tourments que lui ? Pour nous, c'est avec justice que nous avons été condamnés, et nous souffrons la peine due à nos crimes; pour lui, c'est injustement qu'il a été exécuté, car il n'a point fait de mal ». Puis, tournant la tête vers Jésus, et lui adressant la parole, il lui dit « Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre royaume ». (Luc, xxm, 40.) Cet agneau plein de douceur, ayant plus d'égard à la grandeur de la siale d'Argenteuil, et les indulgences accordées par Innocent X furent confirmées par le cardinal Caprara, légat du souverain pontife Pie VII. On rétablit aussi la confrérie de la Sainte-Tunique; en 1846, elle comptait quatre mille membres inscrits et appartenant à différents diocèses. Le vendredi est le jour où l'on honore d'une manière particulière la précieuse relique d'abord on célèbre plusieurs messes à l'autel de la Sainte-Tunique; après la dernière messe, qui est celle de la glorieuse reiique, et à laquelle assistent toujours un grand nombre de pèlerins, parce qu'elle est dite à l'intention des personnes inscrites sur le registre de la Confrérie, le curé de la paroisse récite, une oraison spéciale à Notre-Seigneur JésusChrist en l'honneur de la sainte tunique, et ensuite a lien la cérémonie du chemin de la croix. Le 12 août 1844, la sainte tunique fut transférée de la châsse de fer doré dans une pins digne d'elle elle est en bronze doré et du style du xne siècle, exécutée par M. Cahier, orfèvre de Paris, d'après )e pim et le dessin du R. P. Arthur Martin. Des miracles éclatants attirent tous les jours les fidèles au pèlerinage d'Argenteuil.

En 1841, la chapelle dn pensionnat des RR. PP. Jésuites, à Fribourg, possédait un fragment de la relique d'Argenteuil; son application produisit, vers eet~e époque, des guérisons miraculeuses qui firent grand bruit.

Plusieurs villes se disputent l'honneur de posséder le vêtement sans couture de Notre-Seigneur; il en avait nécessairement plusieurs, selon. l'usage de son temps et de son pays doit-on s'étonner si différents s pays en possèdent, surtout lorsqu'il ne s'agit que de simples fragments? C'est ainsi qu'on vénère à Trèves la sainte robe, vêtement qui peut être tout différent de la sainte tunique.


contrition et à l'humilité de la prière de ce voleur qu'aux injures qu'il venait d'en recevoir, lui accorda pins qu'il ne demandait; car il lui promit que ce jour-la, même il serait avec lui dans le paradis. Ce qui fut très-fidèlement accompli, car lorsque le bon larron mourut, son âme fut portée dans les limbes, que Notre-Seigneur venait de changer par sa présence en un paradis de gloire et de délices.

Nous avons déjà dit que sa très-sainte mère avait assisté à sa flagellation, et qu'elle l'avait encore rencontré sur le chemin du Calvaire, accompagnée du disciple bien-aimé. Depuis ce temps-là, elle ne le quitta plus et l'accompagna jusqu'au lieu du supplice. Elle le vit donc dépouiller, conduire à la croix, percer de gros clous et charger d'injures, de reproches et de calomnies. La douleur qu'elle en ressentit fut inconcevable et la réduisit à des agonies qui lui firent verser des larmes de sang, sans néanmoins lui ôter jamais l'usage des sens ni de la raison, ni la porter à rien qui fût indigne de la mère d'un Dieu. C'est cette douleur qui la rendit la reine des martyrs et la plus excellente copie de Jésus souffrant et crucifié. Mais la douleur qui perça le cœur de Jésus en voyant sa mère bien-aimée en cet état fut encore plus excessive, et nous pouvons dire, sans crainte de nous tromper, que ce tourment surpassa tout ce qu'il souffrit de la violence des fouets, des épines, des clous et des autres instruments de sa passion. Cependant, quelque grande que fût cette douleur, elle ne le put empêcher d'étendre ses soins sur une mère qui lui, était si chère, et de la pourvoir avant, sa mort de quelqu'un qui lui tînt lieu de fils en sa place. C'est pourquoi, l'ayant aperçue debout au pied de sa croix avec le disciple qu'il aimait, il lui dit en le désignant « Femme, voilà votre fils ». Il l'appela femme, et non pas mère, soit de peur que ce terme de tendresse n'aigrît davantage la plaie de l'&ms de Marie, soit parce qu'il voulait faire, pour ainsi dire, cession à tous les hommes des affections maternelles que la sainte Vierge avait pour lui, soit enfin pour montrer qu'il mourait et que nous devons mourir dans un détachement parfait de la chair et du sang. Ensuite il dit au disciple « Voilà votre mère n. (Jean, xix, 26.) Et dès lors ce disciple, comme il l'assure lui-même, la prit à sa charge et lui rendit tous les services qui étaient dus à une telle mère.

Après ces trois paroles, Jésus-Christ entra dans un profond silence et y demeura jusqu'à la neuvième heure, qui répondait à trois heures aprèsmidi, selon notre façon de compter le soleil ne pouvant plus souffrir les cruautés que l'on exerçait contre son créateur, retira ses rayons de dessus la terre et s'éclipsa entièrement cet accident fut d'autant plus étrange que la lune étant pleine, elle était opposée au soleil et ainsi très-éloignée de le couvrir et de causer une éclipse. Aussi les plus savants astronomes furent tellement étonnés, que saint Denis, surnommé l'Aréopagite, qui était alors dans la ville d'Héliopolis, en Egypte, avec son ami Apollophanes, y prononça, dit-on, ce grand oracle « Ou le Dieu de la nature souffre, ou la machine du monde tombera bientôt dans son premier et ancien chaos H. A la neuvième heure, ce divin patient, qui sentait son âme privée de toutes les consolations et des soulagements qu'elle pouvait recevoir de sa divinité, éleva une seconde fois la voix vers son Père, et lui dit en syriaque Eli, lamma sa~ae~NH! c'est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé? » (Matth., xxvn, 46.) Comme ces paroles sont le commencement du psaume vingt et unième, plusieurs ont cru qu'il prononça tout bas ce psaume entier. En effet, les interprètes le lui appliquent dans le sens propre et littéral, et il ne renferme autre chose qu'une plainte amou-


renso que David lui a mise à la bouche, prévoyant l'horreur de ses tourments. Nous pensons qu'il dit tout haut ce commencement du premier verset pour découvrir à son Eglise le secret de ses peines intérieures et pour lui apprendre qu'elles étaient sans comparaison plus grandes que celles qui paraissaient au dehors. Quelques-uns des assistants lui entendant dire ces mots, crurent qu'il appelait Elle à son secours; mais il n'avait pas besoin du secours d'Elie, lui qui était le créateur et le Dieu d'Elie. Ensuite, pour l'entier accomplissement des mystères et des figures renfermés dans l'Ancien Testament, il s'écria « J'ai soif! » Alors un des soldats prenant une éponge, la trempa dans du vinaigre, dont il y avait là un vase plein, et la mettant au bout d'un jonc ou d'un bâton d'hysope, il la lui porta a la bouche, disant avec une sanglante raillerie « Silence voyons si Elie viendra le délivrer et le détacher de la croix n. (Jean, xix, 28.) D'autre part, les assistants le détournaient de cette action, de peur qu'il n'empêchât luimême Elie de venir. Le Sauveur, qui voulait mourir dans l'opprobre et dans l'amertume, ne manqua pas de prendre ce vinaigre. Ce fut là la fin et le dernier acte de cette sanglante tragédie, et c'est ce qu'il voulut signifier par cette sixième parole qu'il proféra « Tout est consommé » (Ibid., 30.) Enfin, s'adressant pour la troisième fois à son Père, il lui dit d'une voix forte « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains 1 (Luc, xxm, 40) » et, inclinant un peu la tête, il expira.

Cette mort adorable, quoique si funeste, du Créateur, arriva le vingtcinquième jour du mois de mars, trente-trois ans et trois mois après sa naissance dans l'étable de Bethléem, et trente-quatre ans accomplis depuis sa conception dans le sein de la sainte Vierge. Elle étonna si fort les créatures les plus insensibles, qu'ciïcs ne purent s'empêcher d'en donner, à leur manière, des marques de tristesse. Le voile du temple, c'est-à-dire, suivant la plus commune opinion, ce voile qui cachait le Propitiatoire et l'arche d'Alliance, et séparait le Saint des saints du sanctuaire où les prêtres sacrifiaient, se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas. La terre trembla, non-seulement en Judée~ mais aussi, selon Origène et Eusèbe, en d'autres pays fort éloignés, et même, selon Didyme, dans toute la profondeur de son globe. Les pierres et les rochers se fendirent sur la montagne du Calvaire, où il en est longtemps demeuré des marques, et sur d'autres montagnes, comme sur le mont Alverne, en Toscane, et sur le promontoire de Gaëte, dans la campagne de Rome les anciennes traditions de ces provinces en font foi. Les tombeaux s'ouvrirent, et grr:nd nombre de saints personnages de l'Ancien Testament, étant ressuscités, en sortirent et vinrent en la ville sainte de Jérusalem, où ils apparurent à plusieurs personnes. Saint Jérôme (Epît. CL, q. Tin) rapporte aussi que le grand linteau de la porte du temple tomba et se brisa et saint Ephrem (6'enMOH de la Passion) assure que le Saint-Esprit en sortit sous la forme d'une colombe. Nous ne doutons point qu'il ne se soit fait encore en ce même temps une foule d'autres prodiges il faut même s'étonner comment la nature ne se con1. Tous tes chr6ticns doivent mourir ave~ cette parole à la bouche, quoiqu'elle ait un sens dItTerent de celui ti relie avait dans la bouche de Jesus-Chri~t. L'Homme-Dieu recommandait son âme à son Père, comme un dépôt que l'on confie à la personne que l'on aime le plus, jusqu'au moment ou l'on jugera a propos de le reprendre. L'homme pécheur, et toujours incertain de son salut, recommande son âme a la miséricorde de Dieu, ann qu'il ne la traite pas selon toute la rigueur de sa justice. On recommande l'anie et non le corps, parce que la destinée du corps dépend de la destinée de l'âme. L'âme s:iuv e sauve le eorp!! et perdue, elle le perd avec elle.

L'Eglise a placé i'Tt: maxtM à )a fin de l'office du soir. C'est parce que le sommeil anquel on est près de se livrer est l'image de la mort, et qu'il est arrive plus d'une fois que'la réalité se soit trouvée jointe à t'im~'e. Le t*. De Ligny.


fondit point à la vue d'un spectacle aussi épouvantable que celui d'un Dieu mourant ignominieusement sur une croix; mais les historiens sacrés se sont contentés de nous rapporter ces prodiges, parce qu'ils suffisent pour fortifier notre foi.

Le centurion qui gardait le Sauveur, et les soldats de sa compagnie qui étaient autour de la croix, virent toutes ces merveilles et la manière dont ce divin patient avait expiré, en penchant doucement la tête et en remettant son esprit entre les mains de Dieu, ce qui était fort extraordinaire pour un crucifié, vu que les autres mouraient avec des contorsions horribles ou bien dans une entière défaillance ils en furent extrêmement touchés, et, rendant gloire à Dieu, qu'ils avaient jusqu'alors outrage par tant d'inhumanité, ils dirent « En vérité, cet homme était juste et était vraiment le Fils de Dieu (Luc, xxm, 47 Matth., xxvn, 54) )). Les personnes de la foule qui étaient demeurées sur le Calvaire conçurent aussi les mêmes sentiments elles se frappaient la poitrine et portaient la confusion sur le visage. Ainsi l'on vit dès lors des préludes de la conversion des Juifs et des Gentils, qui devait être le grand effet de la puissance souveraine et invincible de la croix. Cependant les princes des prêtres ne voulaient pas que Jésus ni les deux voleurs demeurassent plus longtemps en croix, parce que la solennité de leur grand sabbat, c'est-à-dire de celui qui arrivait dans l'octave de Pâques, devait commencer dès le soir peut-être aussi craignaient-ils que le peuple, voyant cette éclipse de soleil et tant d'autres prodiges, ne s'émût à la fin contre eux pour venger la mort de ce juste ils allèrent donc encore trouverPilate et le suppHerent de permettre que l'on ôtàt ces hommes du gibet, et qu'on les achevât en leur brisant les jambes. Pilate leur accorda aisément leur demande mais quand les bourreaux vinrent à Jésus, qu'ils avaient réservé pour le dernier, comme celui qui était à leur jugement le moins digne de miséricorde, le trouvant déjà mort ils ne le touchèrent point, afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie « Vous ne briserez aucun de ses os (Exod., x<t, 46) o. En même temps, un des soldats, pour mieux s'assurer qu'il était bieu mort, lui donna un coup de lance qui lui ouvrit le côté et saint Jean, témoin oculaire, assure qu'aussitôt il en sortit du sang et de l'eau Il paraît, par le Saint-Suaire de Turin, et par d'autres preuves convaincantes, que cette plaie fut faite au Sauveur du côté droit, ce que le prophète Ezéchiel (XLVII, 2) semble avoir signifié lorsqu'il a dit que des eaux sortiraient en abondance du côté droit du temple. Mais le coup fut si rude et si violent qu'il pénétra jusqu'à l'autre côté de la poitrine et lui perça le cœur, comme saint Bernard et plusieurs autres grands contemplatifs le reconnaissent sainte Brigitte dit l'avoir appris de la sainte Vierge par révélation. Ainsi le cœur de Jésus fut ouvert pour être, selon la manière de parler de l'Ecriture, l'asile des passereaux et le refuge des colombes, c'est-à-dire des âmes qui fuient le monde pour se retirer dans ce cœur sacré. Le sang et l'eau qui en coulèrent montraient que la chair de Jésus était une chair véritable, et ils étaient en même temps les symboles des deux plus grands 1. De l'eau naturelle et élémentaire. Si l'on dit que cela ne pouvait pas être sans miracle, on dit ce qui est avoué par tout le monde. Si l'on prétendait que ce n'était pas de l'eau naturelle et élémentaire, on serait opposé à toute la tradition, et l'on tiendrait une opinion qui peut être regardée comme erronée. Suivant l'explication des saints Pères, le Baptême était signifié par l'eau, et l'Euchr.r~tie par le sang. Voilà pourquoi ils ajoutent que l'Elise est sortie du cote de Jésus-Christ mort, comme live était sortie <lu côté d'Adam endormi, parce que les fidèles qui composent le corps de l'Eglise sont formes par le Baptême et nourris par l'Eucharistie, et parce que le Baptême et l'Eucharistie sont les deux principattx sacrements et ceux auxquels tous les autres se rapportent c'est ce qui a fait dire encore aux saints l'en;.) que tons les sacrements sont sortis du côté de Jésus-Christ. Le P. De L's'ny.


sacrements de l'Eglise du Baptême, qui se fait par l'eau, et de l'Eucharistie qui contient le corps et le sang du Fils de Dieu. Le fer de cette lance, qui devint sacré en ouvrant le cœur de Jésus et se teignant de son sang, fut apporté à Paris vers l'année 1239, sous le règne du grand saint Louis, roi de France, avec plusieurs autres restes de la Passion de Notre-Seigneur, à savoir sa couronne d'épines en grande partie, un morceau considérable de la vraie croix, quelques gouttes de son précieux sang, une chaîne ou lien de fer dont on croit qu'il fut attaché, un grand éclat de la pierre de son sépulcre, le manteau d'écarlate dont les soldats le revêtirent, le roseau qu'ils lui donnèrent pour sceptre, l'éponge dont ils se servirent pour lui présenter du vinaigre, une partie du suaire dont son corps fut enseveli dans le tombeau et le linge dont il se ceignit pour laver les pieds de ses Apôtres

1. M. Rohault de Fleury a écrit de belles pages sur les clous, la couronne d'épines, les suaires, les robes, la lance, et les reliques diverses de la Passion. M. l'abbé Van Drival, d'Arras, analyse ainsi son travail

Les clous. Combien y avait-il de clous? Avec tous les archéologues qui ont sérieusement examiné ce point, l'auteur répond sans hésitation il y en avait quatre. Les textes qu'il cite sont tout à fait probants, et des monuments pour ainsi dire sans nombre attestent la même chose. Ce sont les peintres, et en Occident seulement, et fort tard, vers le xnf siècle, qui ont imagine le crucifix à trois clous, cette c~ose impossible, même avec un ~Mpp<?~j;e:f~, et encore bien plus inimaginable sans. Et pourtant la mode s'en est répandue (la mode a-t-elle jamais consenti a raisonner)? et elle n'est pas encore morte, bien qu'elle soit fort malade pourtant a l'heure qu'il est. Quelle était Ja forme des clous? Ils étaient très-longs et très-forts ils avaient une teto arrondie en demi-sphère, avec le bord en disque comme une pièce de monnaie, formant ainsi une sorte de petit chapeau, dont les larges bords étaient parfaitement propres à retenir l'objet saisi. Cette forme ét:t d'ailleurs connne, car, depuis Constantin, on a pris et conservé l'habitude de faire et de distribuer des images en fer reproduisant exactement la forme des vrais clous et renfermant ordinairement un peu. de leur limaille. L'un des quatre clous a été employé par Constantin à fabriquer un mors pour son cheval, c'est l'histoire qui nous l'apprend. Elle nous dit aussi qu'un autre clou fut mis par sainte Hélice sur la tête de son fils comme insigne du plus grand des honneurs, et c'est ce clou qui a donné son nom à la fameuse couronne de fer, qui existe encore, et que l'empereur d'Autriche a eu la bonhomie de renvoyer à Victor-Emmanuel! Quant au Saint-Mors, il est conservé en France, à Carpentras. et M. Uohault de Fleury nous en démontre l'authenticité. Un troisième clou, parfaitement authentique, se conserve a Trèves. Celui de Paris est moins certain, et pourrait bien être un des douze clous exécutés par ordre de Constantin. On sait que ce prince fit jeter un don dans la mer pour apaiser une tempête. Ce clou fut-il réellement abandonne, ou fut-H seulement plongé et retiré? On ne !e sait pas d'une manière certaine, et le doute piano, en réalité, sur l'identité de ce clou, qui est peutêtre celui de Paris.

La co~'o~e d')! Ici les travaux de ~1. Hoh~nit de Fleury reprennent leur caractère spécial d'examen direct et personnel ils nous révèlent des faits inconnus.

Ainsi, il prouve, jusqu'à l'évidence, que la couronne de dérision mise par les soldats sur le chef divin de Notre-Seigneur, était cump!)..ëe de deux parties fort distinctes, et le texte formel des Evangiics vient corroborer son examen direct. H y eut d'abord, dan~ l'œuvre impie des soldats, un travail préparatoire, celui du diadème car, dans une couronne complète, il y a le diadème et le bonnet ou partie élevée. Ce diadème, ils le tirent en joncs, et c'est à dessein, comme on. va le voir, qu'ils arrangèrent un cercle plus grand que la tête. M. Rohault de Fleury a constaté.. en effet, que ce diadème de joncs, aujourd'hui à Paris, est tellement large, que certainement il passerait la tête et tomberait sur les cpau!e'i. On co:nprendra facilement la raison de cette disposition, quand on pensera que l'idée des soldats était de faire l'intérieur du cercle en épines, comme ils l'eut fait, et pour cela il fallait que If cercle destiné à recevoir les épines fût plus grand, sans quoi leur but cruel de blesser partout la victime n'eut pu être atteint.

Si le diadème est en simples joncs, l'intérieur et le bonnet, ou partie élevée, sont en épines, et les bourreaux ont pris pour cela. une plante que l'auteur a parfaitement retrouvée, grâce aux soins de bnfanistes français et italiens, le n~MS spina Christi, du genre rhamnus, et dont les épines font des blessure:: atroce? chacune d'elles, dit l'auteur, est plus tranchante que la griffe du lion. 11 a snm aux soM~t~ pour le tressage de cette horrible couronne, de passer et rep~s~er les branches de zizyphus les unM sur les autres et dans le rond de joncs le tout fut facilement rendu solide et fort solide ainsi, sans qu'il fut besoin d'autres liens. Si l'on songe que les soldats l'enfoncèrent ensuite à coups de butons sur la tête du Sauveur, on peut avoir une idée de cet affreux supplice.

M. Rohault de Fleury donne le catalogue de toutes les épines, branches de zizyphus et joncs que l'on possède encore, avec les noms des lieux où ces objets sont conservés. II y a sept branches de zizyphus, cent quarante-sept épines, dont cent trois vérifiées par l'auteur; le diadème de joncs est principalement à Paris, avec des fragments en cinq autres endroits, entre autres à Arras.

Les suaires et ~M d'ensevelissement. L'auteur commence par une longue série de renseignements tirés de l'Ecriture sainte, d'Hérodote, de Diodorc de Sicile, dAbd-Allatif, et des Egyptologues modernes, sur le mode d'ensevelissement usité chez les Egyptiens et chez les Juifs. Il décrit l'ouverture d'une momie et le déroulement des bandelettes, des suaires et linges divers~ et il n'étonnera personne de ceux


Tories ces reliques ayant été engagées par les empereurs de Con~ntinople pour avoir de quoi subvenir aux frais des grandes guerres qu'ils étaient obtins de soutenir, ce bon roi les dégagea e~ les rachoLa de ses

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propres deniers, et ensuite en obtint le don et rentière cession de l'empereur Baudoin II, comme on le voit par les le~res-pa~en~es de ce même empereur, données Saint~Germain en Laye l'an i247, au mois de juin, el le huitième de son empire, en comptant depuis son couronnement. La Sainte-Chapelle du Palais fut bâtie exprès pour les conserver avec plus d'honneur 1. Il est vrai que l'on montre à Rome, dans l'église de Saintqui ont vu et to~c~d comme lui ces objets, et je suis du nombre, quand il estime qu'il fallait une quantité de linge équivalente 'a orvhon trois cents mctrcs superficiels pour un ensevelissement de premier ordre. Il donne du reste un tahle.m trt-s-curietT.x de la. quaiitc des divers tissus compare- aux tissus modernes, et va jusqu'à retrouver ainsi le prix probable de tout cet ouvrage. Il estime également: avec facilita, puisque l'Evangile vient à son secours, la quantité des parfums, secs ou liqu:des, employés. On ne sera pas étonné, après ccht., de trouver en divers endroits de la. clirctic'ntc bien des suaires on linges. M. Rol~ult de Fleury fait l'histoire des prhicipau~. Celui de Besancon a disparu à la. l~olutior), et c'est e)]. vain que le c~r'linal ~lath~'u a fait des rccherciies pour le retrouver. Un autre, apr'js diverses pérégrinations, a été déposa à Chambcry, dans une charmante chapelle, ou d~rnicremei.t. j'ai pu. vulr son

histoire racontée en ma~nit9q~cs vitranx du wW süclo (et non pas du xrne, comme on me le d¡:dt)

mais la relique n'y est plus depuis longtemps elle est a Turin. Elle a quatre mètres eu lin uu peu ja".ni et i't.yë comme du basiM. On y voit de grandes taches de sang. dont quelques-unes indiquent ccrtainement la place de la tête.

On voit d'autres liages sacrés en d'autres cudroits à Aix-la-ChapeHe, dans plusieurs crises de Homo, à et à ~iay·enee, etc. 3lnis C;tlors cet riche et possc`.de le~ snaire de 1:z t~tc, en fin lin d'Egypte, trois doubles superposes, examinés et vo'incs par Cn~mpoltion. Il y a prieurs taches de sang deux en particulicr tr«vcrseut tous les doubles, C;uluuiu, duns le diooôae de Pél'igW:!l1x, pO.3sèdo' aussi un snaire, cl, 2 111. Sl sur 1 111. 13 il est l'objet d'une description d2taillée et nou~ lin linge fort orne, comme on en faisait alors, et que nous rappellent les linges ouvrés trouvés dans le tombeau de la sainte Vierge.

Les V~'f/fM. M. Hchault d" Fir'.ury donne cnsu~e quelques notions sur les Véroniques ou vo~cs avec image de la sainte r~f~, ft il t"i~te la question du portrait d; Notre-Sei~ueur envoyé a Abgar d'Edesse, ainsi que les ~<7; si Ypncrces des Grecs, et dont on voit sans cesse la reproduction im haut dm crufinx ru~scj et bizantius. Comme il n'y a rioti de positivement nouveau dans cette partie de son t.'avnti, uom indiquerons tout de suite ce qui vient après.

Les .M;M ~O&M. On conserve deux des vËten:e:its de Notre-Seigneur, l'un à Trêves, l'autre à Arg"ntcuii.

Ce est tissé en poi1.~ de cl;arn'2,~u\: et saas On en connait l'historique certain jusqu'à Cna.rlonagne, qui le donna, a ArgeuteuIL p:n'ce que s:). HUo Gisèle y était rcligiense~et de Ch'iL-magno on rennjii.tc au moins au vi~ sn'o: et jn'.qii h t'rr'~oire de Tours. La robe d'Argentcuil a 1 m. 3~ de haut sur 1 m. j~ de [ar~e en bas. )\i<i!!)cye.c.m":]t cette rche ]fp'~ plus entière~ le curé d'Argenieni.1 ayant en l'idée i)!f']-oyai.)'e, lors de la Hëvolution. d'en diviser une grande partie en un certain nombre de morce:i.)X, puur Ie~ donmr en garde à se:j m~i!Ieui'3 puroi-~iens.

La rube do Trûvc' c--t p!us belle et intacte. On en trouve la description dans plusieurs ouvr~~es~ et cette description est rc~rodu~te par i auteur. E!]e est fort vénérée. Qu~nd f:l.e fut exposée en 18Ht, il y eut plus de deux. ceut ji.nie pcicdns h la dernière exposition, en 13~4. h-'ur nombre dépassa un milUo)!. Les di:r'"n'.ions de la rob~ d~ TTuves sont. 1 m. 55 par devant, 1 m. G2 par derrifre pour la Io:!gne~r 1 m. 7~ de ]ongueur d'u: manche & l'autre ]ai-gcnr d'une manche, 0 m. 32, largeur de !n robe à la poitrine, 0 m. 73; en bas, 1 m. 1~.

L'auteur donne ensuite quoiques notions sur la valeur réelle des trente deniers, ou plutôt des trent& livre.. d'argent, sur la colonne de la tmget!alion, les ~cy' la senla ~c;~c, le roseau, l'epou~ la lance. La sainte lance est conservée a Rum' moins la pui;-te, qui était à Par;s, dans la Sainte-Chapelle. avant la dévolution, et qui a disparu. Le 6'aet'o C~~no, coupe ou calice de la Ccue, le fameux R<vM'~ des pnëtes du moyeu ag~, "st enduire l'objet, d'une T-ëfita.ble dibsertation. tci l'auteur a vu, m~u'e, d&ssine, et il nous demie l'image et les dInTLensio~s de ce vase certainement antique.

Il c.-t en verre de couleur d'ëmcraude. fondu et retravaillé an tour et avec le plus grand soin. II est à deux anses, d'une forme hexagonale. Le diamètre au bord supérieur est de trois cent v!.ngt-~ix miilimecres. La forme est élégante il y a quelques bulles dans la composition. H fut transporte a Paris lors de nos victoires, et reprit en 18i.f! lu chemin de Gênes. Mais il y arriva brise en partie, et il a faUu io sertir. Il renferme une capacité de trois ijtres. Quaresmius dit que ce vase de Gènes servit à la Pâq~e, mais n'est pas le calice de l'Eucharistie, loque) serait en argent et à Valence, eu Espagne.

Viennent apies cela beaucoup de détails sur les planches de la crèche, qui se voient a Rome sur les stations probables do la voie douloureuse, sans parler de la table de la Cène, qui est à Saiut-Jeau de Latran.

Nous avons omis plusieurs des titres de ce savant et pieux mémoire, tels que le manteau de pourpre, la ceinture, le voile, etc., ne pouvant tout dire et ne voulant pas faire nn livre à propos d'un autre livre, qu'il sera bon de consulter et d'étudier. Nous croyons en avoir dit assez pour donner une idée assez complète de ce travail d'érudition et de foi.

1. Voyez au 3 mai quel est l'état actuel de ces reliques.


Pierre, une lance dont on dit que le côté de Notre-Seigneur a été ouvert mais ce n'est peut-être autre chose que la lance dont un Juif perça une image de Jésus-Christ, d'où il sortit une très-grande quantité de sang, comme il est marqué au second Concile de Nicée, session quatrième, et dans le Martyrologe romain, le neuvième jour de novembre. Le dessein des ennemis du Sauveur était de l'ensevelir sans honneur avec les deux compagnons de son supplice car il leur était défendu par la loi écrite au Deutéronome, chap. xxi, de les laisser sans sépulture mais Dieu, qui avait fait prédire par un Prophète que son sépulcre serait glorieux, eut soin de le pourvoir d'une sépulture très-honorable. Joseph, natif d'une ville de Judée appelée Romathaïm ou Arimathie, personnage de grande vertu, fort riche et noble sénateur de la ville de Jérusalem, lequel n'avait point eu de part à la conspiration des Juifs contre lui, mais était au contraire de ses disciples et de ceux qui attendaient le règne de Dieu, quoique secrètement, parce qu'il craignait les Juifs, ce Joseph, disons-nous, prit en cette rencontre une sainte hardiesse, et allant trouver Pilate, il lui demanda avec beaucoup de courage et de fermeté permission d'enlever le corps de Jésus et de l'ensevelir. Pilate s'étonna qu'il fût mort si tôt, ne considérant pas qu'une flagellation, un couronnement d'épines, le poids de la croix dont on l'avait chargé et mille autres maux, l'avaient mis en un tel état, que c'était plutôt un miracle qu'il eût pu souffrir les douleurs du crucifiement. Il fit donc venir le centcnier qui l'avait gardé, et après s'être assuré qu'il était mort, il accorda à Joseph ce qu'il demandait. Ainsi Joseph, assisté du disciple bien-aimé, et peut-être de quelques autres des Apôtres, et de Nicodème, l'un des principaux d'entre les pharisiens, disciple secret de Jésus, détacha son corps sacré de la croix. La sainte Vierge, l'ayant reçu sur son sein, lui ferma les yeux, lui ôta la couronne d'épines qu'il n'avait point quittée dans tout le cours de cette horrible tragédie, et lui essuya le sang de ses plaies. Ensuite, ils l'embaumèrent avec des aromates dont Nicodème avait apporté cent livres pesant, et, l'ayant enveloppé dans des linceuls, ils lui mirent encore par-dessus un suaire fortblanc, acheté exprès par Joseph ce suaire, passant sur sa tête, s'étendait par devant et par derrière jusqu'à ses pieds. Après l'avoir ainsi enseveli, ils le portèrent dans un jardin qui n'était distant du mont du Calvaire que de quarante à cinquante pas, et là, ils le mirent dans un monument tout neuf où l'on n'avait encore mis personne et que Joseph s'était fait tailler pour lui-même dans un rocher. Et de peur que quelqu'un ne vînt y toucher, ils fermèrent l'entrée de ce monument avec une pierre d'une grosseur démesurée qu'ils y roulèrent à force de bras.

Marie-Madeleine, et Marie, femme d'Alphée, appelée autrement C!éophas, et nièce de saint Jacques le Mineur, et de son frère Joseph, et do ses deux filles, l'une nommée aussi Marie et l'autre Salomé, femme de Zébédée et mère de saint Jacques le Majeur et de saint Jean, et Jeanne, femme de Chusa, procureur d'Hérode, et plusieurs autres saintes femmes qui faisaient profession ouverte d'être disciples de Jésus, et qui ne l'avaient point quitté pondant tout le temps qu'il avait été sur la croix, observèrent fort soigneusement l'endroit où on le mettait, dans le dessein de le venir encore embaumer quand la solennité du Sabbat serait passée. Quant, aux princes des prêtres et aux pharisiens, ayant su la permission que Pilate avait donnée à Joseph de se saisir du corps du Sauveur et de lui donner la sépulture, ils s'assemblèrent chez lui et lui dirent qu'ils s'étaient souvenus que ce séducteur (c'est ainsi que ces impies appelaient le grand Docteur de ta vérité,


afin que ses disciples eussent sujet de se consoler et de se glorifier de lui être semblables lorsqu'on les calomnierait et qu'on les chargerait d'injures), que ce séducteur donc avait dit, étant encore vivant, qu'il ressusciterait le troisième jour après sa mort qu'ainsi ils le suppliaient de faire garder son sépulcre durant cet espace de temps, de crainte que ses disciples n'enlevassent son corps et ne fissent courir le bruit, parmi le peuple, qu'il était ressuscité, ce qui produirait un plus mauvais effet que tout ce qui était arrivé jusqu'alors. Pilate leur répondit: « Vous avez des gardes, faites-le vous-mêmes garder comme vous l'entendez o. Ils posèrent donc des gardes à leur guise autour de ce sépulcre, et, ne se contentant pas de cela, ils arrêtèrent encore davantage la pierre qui le fermait et la scellèrent de leurs sceaux; ainsi la sagesse infinie de Dieu se servit de leur fausse prudence et de leur malice pour rendre la résurrection de son Fils plus évidente et plus glorieuse, et pour les rendre eux-mêmes entièrement inexcusables s'ils ne la croyaient pas.

Voilà ce que les livres sacrés et les auteurs les plus autorisés nous apprennent de l'histoire de la Passion de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Il y aurait de merveilleuses réflexions a faire sur ce grand mystère, qui a étonné le ciel et la terre, et qui a été, selon saint Paul, une pierre de scandale pour les Juifs, et une pure folie dans l'esprit des Gentils mais qui est en vérité la vertu et la sagesse de Dieu, parce que ce qui est folie en Dieu est infiniment plus sage que la plus haute et la plus fine prudence des hommes. Mais comne ces réflexions passent l'historien, et que d'ailleurs on les trouve en grande abondance dans tous les auteurs qui ont donné des méditations au public, nous ne nous y arrêterons pas ici; nous dirons seulement, en finissant, que nous serions plus farouches que les tigres et plus insensibles que des rochers si, après que notre souverain Seigneur nous a aimés jusqu'au point de souffrir une mort si cruelle et si infâme pour notre salut, nous avions le courage ou plutôt l'effronterie de l'offenser, et si nous ne l'aimions pas de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. C'est pourquoi notre occupation continuelle doit être de l'aimer, de le servir et de l'honorer, de procurer l'augmentation de sa gloire et de lui témoigner, par toutes sortes de moyens, l'extrême reconnaissance que nous avons de sa bonté.

LA RÉSURRECTION DE N.-S. JÉSUS-CHRIST

Il n'y a point de jour que Dieu n'ait fait et qui ne reconnaisse ce grand et adorable ouvrier pour son principe. Comme c'est de lui que le soleil a reçu l'être, et qu'il reçoit encore à tous moments sa lumière, son activité et son mouvement, c'est aussi de lui que tirent nécessairement leur origine toutes les créatures, les mois et les jours formés par lesdin'érentes révolutions de cet astre. Néanmoins, ce n'est pas sans sujet que l'Eglise, se servant des termes du Roi-Prophète, appelle par excellence le jour de la résurrection de Jésus-Christ, « le jour qu'a fait le Seigneur'). (Ps. cxvn, 21.) Cet avantage, qui lui est commun avec les autres jours, lui convient d'une manière si particulière, qu'il peut passer pour sa propre différence. En


effet, quand Dieu produit les autres jours, il les produit par l'entremise du soleil, dont il répand les rayons du levant au couchant, et d'un hémisphère à l'autre hémisphère. Mais il a été lui-même l'aurore et l'orient de ce beau jour, puisqu'on sortant glorieusement du tombeau, il l'a éclairé de sa propre lumière et de cette splendeur admirable qui rejaillissait de son corps. Il est vrai que les soldats qui le gardaient ne la virent point car les Evangélistes, qui nous décrivent leur épouvante, en attribuent toute la cause au grand tremblement de terre qui se fit alors et à l'apparition de l'ange qui vint ôter la pierre qui fermait le sépulcre. Aussi n'étaient-ils pas dignes de ce bonheur mais les yeux purs de la sainte Vierge et ceux de tant de saints personnages qui ressuscitèrent avec ce premier-né d'entre les morts, reçurent cette consolation, et nous pouvons croire qu'ils s'écrièrent tous avec David que c'était. là véritablement le jour que le Seigneur avait fait. De plus, Nôtre-Seigneur a encore fait ce jour plus particulièrement que nul autre, en ce qu'il l'a rendu célèbre par de plus grands miracles de sa puissance et de sa bonté il s'est ressuscité lui-même par sa propre vertu il a donné à son corps mort, tout percé et tout défiguré qu'il était, une beauté divine et une vie glorieuse et incorruptible il est sorti de son tombeau sans y faire aucune ouverture; il est entré, les portes fermées, dans le lieu où ses disciples étaient assemblés; il a tiré des limbes ce grand nombre de Saints qui y gémissaient depuis tant de siècles; il en a ressuscité plusieurs avec les avantages admirables de l'immortalité il a rétabli son Eglise affligée, consternée, dispersée il a changé sa tristesse en des joies et des consolations indicibles; il a abrogé la loi ancienne, loi de crainte et de servitude, et institué la loi nouvelle, loi d'amour et de liberté enfin, comme un beau soleil qui se levait sur notre horizon, il a banni les ténèbres de l'erreur et du péché, et répandu en leur place les lumières vivifiantes de la vérité et de la grâce, suivant ces paroles de saint Jean « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité ont été apportées par JésusChrist )). (Jean, i, 17.) Sans doute tant de merveilles produites en ce jour méritent bien que nous l'attribuions particulièrement à ce jour et que nous rappelions par excellence le « jour que le Seigneur a fait ». Enfin Nôtre-Seigneur a encore fait ce jour d'une manière particulière en ce que d'un jour commun et ordinaire, il en a fait par sa résurrection le plus grand et le plus célèbre de tous les jours, la fête des fêtes, la solennité des solennités, le premier et le chef de tous les sabbats de la loi nouvelle, c'est-à-dire de tous les dimanches, qui ne nous représentent pas seulement le repos que Dieu a pris après avoir créé le monde par sa parole, mais encore celui qu'il a pris après l'avoir racheté par son sang en un mot, la Pâque chrétienne, dont la Pâque juive n'était qu'une ébauche et une figure imparfaite. N'est-ce pas là pour l'Eglise un motif suffisant de célébrer ce jour et de le décorer du titre excellent de « jour que le Seigneur a fait?') Nous nous sommes étendu sur cette matière afin de donner quelque lumière aux fidèles sur ce beau verset de David que l'on répète si souvent et avec tant de pompe pendant toute l'octave de Pâques u C'est là le jour que le Seigneur a fait, témoignons-y notre joie et entrons dans les sentiments d'une sainte allégresse u. (Ps. cxvil, 21.) Mais nous découvrirons encore mieux le sens de ces belles paroles par l'explication de tout le mystère de cette divine résurrection et des circonstances qui l'ont accompagnée. Nous avons déjà remarqué, dans l'histoire de la Passion de Notre-Seigneur, que le vendredi au soir, qui était un peu après sa mort, Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques, et une troisième Marie avec Salomé, et


Jeanne, femme de Chuza, et plusieurs autres saintes femmes dont on ne sait pas le nom, observèrent soigneusement l'endroit où l'on avait enseveli Jésus, dans le dessein de le venir embaumer une seconde fois, après que la solennité du Sabbat serait passée. Les Evangélistes ajoutent qu'elles eurent grand soin d'acheter les parfums et les aromates qui leur étaient nécessaires pour cet office de piété, et que, sur la fin de la nuit du samedi au jour suivant, qui est celui que nous appelons maintenant dimanche, l'aurore commençant déjà à paraître, elles sortiront de leurs maisons et se mirent en chemin pour aller au saint sépulcre, mais qu'elles n'y arrivèrent qu'après le soleil levé.

Ce fut pendant ce temps-là que l'âme sainte de Jésus-Christ, qui était descendue aux enfers, au moment de sa séparation d'avec son corps, pour y triompher dus démons, délivrer les âmes du purgatoire et béatifier celles des saints patriarches, qui étaient captives dans les limbes, en sortit glorieusement, accompagnée de ces nobles prisonnières dont elle venait de faire une conquête si illustre. Avec cette glorieuse troupe, elle se rendit au sépulcre, où son corps était gisant; elle se réunit à lui d'une union substantielle, l'anima et le vivifia comme auparavant, et le revêtit d'une gloire incomparable, par l'épanchement de celle dont elle jouissait dès le moment de sa conception. Ainsi, ces deux parties, qui avaient été séparées l'une de l'autre, sans être jamais néanmoins séparées de la divinité, furent parfaitement réunies, et ce composé merveilleux, que la mort avait détruit, fut réparé et rétabli dans toute son intégrité.

Dire au juste l'heure et le moment où se fit ce grand miracle, c'est ce qui nous est impossible, puisque l'Eglise'nous proteste, en la bénédiction du cierge pascal, qu'il n'y a que cette nuit en laquelle il fut accompli qui en ait la connaissance. Le plus probable est que ce fut avant le lever du soleil mais le jour commençant déjà un peu à paraître, parce que, d'un côté, un si'grand bien ne devait pas être longtemps différé, et que, de l'autre, il fallait accomplir ce que Notre-Seigneur avait dit qu'il serait trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Ce fut donc environ vers cinq heures du matin, puisque c'était encore au temps de l'équinoxe du printemps, où le soleil ne se lève encore qu'à six heures. Alors cet homme nouveau, victorieux de l'enfer et de la mort, sortit en un instant de son sépulcre, ce qu'il fit sans fendre le roc où il était taillé, sans remuer la pierre qui en fermait l'entrée, et même sans rompre ni endommager les sceaux qu'on y avait apposés. Les peintres nous représentent ordinairement les soldats, qui étaient là en garde, comme s'opposant à sa sortie néanmoins il est certain qu'elle se fit invisiblement et sans qu'ils s'en aperçussent, de sorte qu'ils ne purent pas tirer l'épée ni bander l'arc contre lui. Mais en même temps la terre trembla extraordinairement, et l'ange du Seigneur, descendant du ciel, renversa cette pierre que l'on avait scellée et s'assit dessus. Son visage était brillant comme un éclair, ses habits étaient blancs comme la neige, et l'on ne pouvait le regarder sans être ébloui. Les gardes le voyant, furent saisis d'une grande crainte; les cheveux leur dressèrent sur la tête, le sang se glaça dans leurs veines et ils devinrent comme morts, puis, étant un peu revenus à eux, ils prirent tous la fuite et se retirèrent.

Quant aux saintes femmes qui venaient au sépulcre pour satisfaire leur dévotion envers leur bon Maître, elles se disaient entre elles « Qui nous lèvera la pierre de l'entrée du sépulcre? Car elles se souvinrent alors qu'elle était extrêmement grosse et qu'il était impossible de la remuer sans


l'aide de plusieurs personnes. Mais elles furent fort surprises, lorsqu'arrivant sur le lieu, elles virent que cette pierre était déjà hors de sa place, et que le sépulcre était ouvert Madeleine, surtout, fut agitée en cette rencontre par diverses impressions. La vue de l'ange les épouvanta encore davantage mais, pour les rassurer, il leur dit « N'ayez point peur, il n'y a rien à craindre pour vous car je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié. Il est ressuscité, comme il l'a dit, il n'est plus ici. Venez et voyez le lieu où l'on avait mis le Seigneur, et allez promptement donner à ses disciples, et principalement à Pierre, des assurances de sa résurrection. Dites-leur aussi que le temps approche où il se rendra dans la Galilée, et que là ils le verront comme il l'a promis ». (Marc, xvi, 7.) A ces paroles, elles entrèrent dans la grotte où était le sépulcre, et elles pénétrèrent jusqu'au caveau où le corps du Seigneur avait été déposé. Là, le même ange qui. les y avait conduites, ou quelque autre qu'elles y rencontrèrent à la droite, les rassura et les fortifia encore do nouveau. Mais comme elles no trouvèrent pas le corps adorable qu'elles cherchaient, et que d'ailleurs le grand trouble où elles étaient les empêchait de faire assez de réflexions sur ce que ce messager céleste leur disait, elles en sortiresi. t toutes consternées.

Saint Luc dit qu'alors deux personnages vêtus d'habits resplendissants (ce sont peut-être ces mêmes anges) parurent auprès d'elles et leur dirent comme les reprenant de leur peu de foi « Pourquoi cherchez-vous entre les morts celui qui est vivant ? Sachez qu'il n'est plus ici et qu'il est ressuscité. Souvenez-vous de ce qu'il vous a dit étant en Galilée, qu'il fallait que le Fils de l'Homme tombât entre les mains des pécheurs et qu'il fût crucifié mais qu'il ressusciterait trois jours après sa mort ». (Luc, xxiv, 5.) Malgré toutes ces remontrances, elle ne purent se remettre entièrement de leur frayeur; mais elles coururent vers 'es Apôtres pour leur dire ce qu'elles venaient de voir et d'entendre ce qu'elles firent même avec peu de suite et de certitude, parlant selon les divers mouvements de douleur, de joie, de crainte ou d'espérance qui agitaient leur esprit. Madeleine, entre autres, leur dit qu'on avait enlevé le Seigneur du sépulcre, et qu'elles ne savaient où on l'avait mis. Les Apôtres, voyant qu'elles ne s'accordaient pas entro elles, n'ajoutèrent guère de foi à tous leurs rapports, qu'ils prirentpour des rêveries causées par quelque terreur panique. Néanmoins, saint Pierre et saint Jean partirent sur l'heure pour aller au sépulcre. Comme saint Jean était le plus jeune et le plus dispos, il courut le plus vite et y arriva le premier; mais, par respect pour saint Pierre, il l'attendit et n'y'entra qu'après lui. Ils virent donc que le corps de leur Maître n'y était plus, mais que les linceuls dont il avait été enveloppé et le suaire qu'on lui avait mis sur la tête y étaient demeurés, avec cette circonstance que ce suaire était en un lieu à part et plié, ce qu'ils prirent pour des signes de sa résurrection. Et ainsi, admirant en eux-mêmes ce qui s'était passé, ils se retirèrent et retournèrent vers leurs compagnons. Les saintes femmes, qui étaient revenues avec eux, les suivirent aussi à quelque distance. Il n'y eut que Madeleine qui ne put se séparer du tombeau de celui qu'elle aimait. Elle s'imaginait qu'à la fin elle y trouverait ce corps qu'elle y avait cherché tant de fois sans l'avoir encore aperçu. Ses larmes et sa persévérance lui méritèrent enfin la grâce d'être visitée la première d'entre les disciples par son cher Maître. D'abord elle vit deux anges, dont l'un était à l'entrée et l'autre à l'extrémité du caveau où l'on avait mis son corps. Les anges lui demandèrent ce qu'elle avait à pleurer. Elle leur répondit « C'est qu'ils ont enlevé mon


Seigneur, et que je ne sais où ils l'ont mis ». (Jean, xx, 13.) En disant cela, elle s'aperçut qu'ils faisaient une profonde révérence, comme pour saluer quelqu'un derrière elle. Cela l'obligea de se retourner, et, en se retournant elle vit Celui qu'elle souhaitait avec tant d'ardeur et qu'elle cherchait avec tant d'empressement. Cependant, elle ne le reconnut'pas jusqu'à ce qu'il l'appela par son nom et qu'il lui dit d'un accent dont la douceur et la force ne peuvent être représentées par nos discours « Marie » (Ibid., 16.) Nous ne nous arrêterons pas ici à décrire le colloque plein d'amour qui se fit entre eux, parce que nous en avons déjà parlé au vingt-deux juillet, dans la vie de sainte Mario-Madeleine. Nous passerons aussi sous silence une autre apparition de Notre-Seigneur, laquelle a sans doute précédé celle-ci, et a été, selon l'opinion commune des fidèles, la première de toutes les apparitions, à savoir celle dont il honora sa très-sainte Mère pour la consoler il était bien juste que, comme elle avait le plus participé aux douleurs de son Fils, elle participât aussi avant tout autre à la joie de sa résurrection nous n'en parlerons point, disons-nous, en ce lieu, parce que nous en devons traiter exprès dans la vie de cette auguste Vierge. Nous poursuivons donc le récit de l'Evangile.

Parmi les choses que le Seigneur commanda à Madeleine, la principale fut de porter aux Apôtres, qu'il appelle par honneur ses frères, les agréables nouvelles de sa résurrection. Mais, comme il était peu probable que le témoignage d'une femme seule pût faire impression sur des esprits ébranlés, qui semblaient avoir perdu toute espérance, il voulut aussi se faire voir à toute cette troupe de femmes pieuses qui étaient venues pour l'embaumer. Madeleine ne l'eut pas plus tôt perdu de vue, qu'elle courut après elles pour les faire participantes de sa joie mais à peine les eut-elle jointes, qu'il vint lui-même à leur rencontre et leur donna le salut le plus gracieux qui soit jamais sorti de la bouche d'un homme. Aussi n'était-ce pas un pur homme ni un homme passible et mortel qui le donnait, mais un Homme-Dieu dans l'éclat de sa gloire et dans la jouissance de son bonheur. Ces saintes femmes furent remplies d'une joie incroyable, et, instruites par M~dc!cinc, elles s'approchèrent de lui avec un respect angélique et, lui embrassant les pieds, elles l'adorèrent. Notre-Seigneur leur dit u Ne craignez point, allez dire à mes frères qu'ils s'assemblent en Galilée, et que c'est là qu'ils me verront )). (Matth., xxvm, 10.) Peu de temps après, il se fit voir aussi à saint Pierre en particulier, afin de le consoler dans l'extrême affliction où il était d'avoir renié un si bon Maître. Et saint Pierre le nt savoir aux autres Apôtres, qui ajoutèrent beaucoup plus de foi à son rapport qu'à tout ce que ces femmes leur disaient.

Sur le soir, ce vigilant pasteur courut après deux de ses ouailles qui s'égaraient Ctéophas et un autre disciple dont on ne sait pas le nom. Ils allaient ensemble à Emmaùs, petit bourg distant de Jérusalem environ de deux lieues et demie, afin de se soulager un.peu de la douleur qu'ils avaient conçue de la mort de leur Maître, et, en chemin, ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé à son égard depuis quatre jours au milieu de leur ville. Là-dessus, Notre-Seigneur s'approcha d'eux, mais sous un autre visage que le sien ordinaire, et leur ayant fait dire quel était leur entretien, il en proiita pour leur montrer, par la loi et par les prophètes, que le Christ devait souffrir, et que c'était par ce chemin qu'il devait entrer dans sa gloire. Ses paroles embrasèrent leurs cœurs, mais elles n'ouvrirent pas leurs yeux. Ils le prirent toujours pour un voyageur. Néanmoins, étant arrivés tard à Emmaùs, ils firent tant par leurs prières qu'ils le forcèrent de demeurer la


nuit avec eux. Il se mit donc à table,.prit du pain, le bénit, le rompit, et le leur donna; et à cette cérémonie, que les saints Pères croient avoir été consécratoire et avoir changé le pain en son divin corps, ils le reconnurent; mais avant qu'il pussent lui parler et lui rendre leurs respects, il disparut et se déroba à leurs yeux. Cela les obligea de retourner sur leurs pas à Jérusalem, pour faire savoir aux Apôtres ce qu'ils avaient vu, et les assurer que le Seigneur était ressuscité. Comme ils leur parlaient, ce bon Maître, non content d'être apparu aux uns et aux autres en particulier, les voulut honorer tous ensemble de l'une de ses visites. Ce fut la dernière de celles qu'il rendit ce jour-là, et elle fut signalée par un grand miracle qu'il faut rapporter ici. ·

Quoique les portes de la salle où ils étaient retirés par la crainte des Juifs, et où ils prenaient leur repas, fussent fermées avec grand soin, il ne laissa pas d'y entrer, pénétrant, par sa vertu, d'une manière invisible, l'épaisseur des murailles, comme il avait pénétré un peu auparavant la pierre de son sépulcre, de sorte qu'il parut tout à coup au milieu d'eux et leur dit ces paroles <! La paix soit avec vous » (Luc, xxrv, 36.) Cette apparition soudaine et imprévue les troubla extrêmement, et ils ne pouvaient en croire leurs yeux; mais, pour les rassurer, il leur montra, une par une, les plaies de ses pieds, de ses mains et de son côté, dont il avait conservé les cicatrices. Il les exhorta même à les considérer de bien près et à les toucher, afin de reconnaître par leur propre expérience qu'il n'avait pas un corps aérien comme ils se le figuraient, mais un corps véritable, composé de chair et d'os. Enfin, pour lever tous les doutes qui leur pouvaient rester dans l'esprit, il leur demanda s'ils n'avaient rien à manger, et aussitôt, les Apôtres lui ayant présenté un morceau de poisson rôti, avec du miel, il en mangea une partie en leur présence et leur en distribua les restes. Il ne faut point douter que cette manducation ne fût véritable, car les Saints, après leur résurrection, n'en sont pas incapables.

Ensuite il leur fit un don tout divin et qui leur était extrêmement nécessaire car, ne se contentant pas de leur donner sa paix encore une fois, en prononçant ces paroles « La paix soit avec vous 1 (Jean, xx, 21), il leur donna aussi l'auteur souverain de la paix, à savoir le Saint-Esprit, avec la puissance de remettre et de retenir les péchés; ce qu'il fit par un souffle de sa bouche, en leur disant « Recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Ibid., 22) )). Par ce moyen, il laissa ses Apôtres parfaitement consolés, et si remplis de joie qu'ils ne pouvaient s'empêcher de la faire paraître au dehors. En effet, aussitôt que saint Thomas, qui ne s'était pas trouvé à cette apparition publique de son Maître, rentra dans le logis, ils lui dirent que le Seigneur était vraiment ressuscité, qu'ils l'avaient vu euxmêmes, qu'ils lui avaient parlé, qu'ils avaient touché ses pieds et ses mains et qu'ils avaient eu l'honneur de manger avec lui. Thomas n'acquiesça point à leur témoignage, mais protesta qu'il ne croirait point cette résurrection du Seigneur, qu'il n'eût vu les marques des plaies, et qu'il n'eût même porté ses doigts dans la place des clous et sa main dans le côté de Jésus. Cette obstination donna sujet à ce bon Maître d'apparaître encore huit jours après à tous ses Apôtres assemblés, saint Thomas y étant présent. La vue et l'attouchement de ses plaies guérirent aussitôt cet incrédule, et en* firent un témoin d'autant plus zélé de ce grand mystère, qu'il avait eu plus de difBcuIté à le croire. Il crut même beaucoup plus qu'il ne voyait; car, ne voyant que l'humanité de son Sauveur, il crut à sa divinité, et s'écria


« Mon Seigneur et mon Dieu (Jean, xx, 28.) Nous trouvons encore dans les Livres saints trois autres apparitions publiques du Sauveur, jusqu'au jour de son ascension. La première eut lieu auprès de la mer de Tibériade, en présence de saint Pierre, de saint Thomas, de Nathanaël, des deux enfants de Zébédée et de deux autres disciples il y établit saint Pierre le pasteur de ses agneaux et de ses brebis, c'est-à-dire de tou te son Eglise. La seconde, sur une montagne de Galilée,quel'on croit être le mont Thabor, en présence de plus de cinq cents disciples, comme saint Paul l'atteste en écrivant aux Corinthiens il y ordonna à ses Apôtres d'aller prêcher l'Evangile par toutes les nations de la terre, et de les baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. La troisième, sur la montagne des Oliviers, auprès de Jérusalem, ou plutôt à Jérusalem même, le jour même de son ascension en présence de tous ses Apôtres et de plusieurs autres disciples, au nombre de près de cent vingt, comme nous le dirons en son lieu. Quant à ses visites particulières, nous ne doutons point qu'il n'en ait encore rendu beaucoup à ses plus intimes, durant les quarante jours qu'il a passés sur la terre avant de monter aux deux, comme à sa très-sainte Mère, à sainte Marie-Madeleine et à d'autres qui méritaient le plus cet honneur. Mais, tout ce que nous avons dit étant plus que suffisant pour montrer la vérité indubitable de la résurrection du Sauveur, il n'est pas nécessaire de nous arrêter davantage sur ce sujet.

Concluons seulement que si le corps adorable de Notre-Seigneur a changé de condition et pris des qualités nouvelles en sa résurrection, sa très-sainte âme a toujours retenu sa manière d'agir avec bonté et condescendance, et que si nous avons eu sujet, il y a trois jours, de nous écrier, dans l'office lugubre des ténèbres, que le vrai Pasteur, qui était pour nous une source d'eau vive, s'était retiré, nous pouvons bien aujourd'hui chanter avec joie, parmi les cantiques sacrés de nos Matines, que le bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses ouailles, et qui n'a point fait difficulté de mourir pour son troupeau, est véritablement ressuscité. C'est donc ici, pour le dire encore une fois, c'est ici le jour que le Seigneur a fait. Réjouissonsnous et témoignons-y une allégresse singulière. Comment ne nous réjouirions-nous pas en un jour où toutes les créatures sont en joie, comme elles ont toutes été dans le deuil au temps de la passion du Sauveur ? Le ciel est dans la joie, puisque ses habitants, les Anges, prennent des habits blancs et tout resplendissants, et descendent sur la terre pour y être les hérauts de la résurrection. La terre est dans la joie, puisqu'elle tressaille et bondit, au moment où sort de son sein ce germe du Seigneur, cette fleur du champ et ce fruit excellent et relevé dont il est parlé dans les Prophètes « Il se fit», dit l'Evangile, « un tremblement de terre )). (Matth., xxvm, 2.) L'enfer même est dans la joie, puisque le Rédempteur du monde y descend pour en délivrer ces anciens prisonniers que le malheur commun de toute notre nature y tenait captifs. Que personne donc, quelque grand pécheur qu'il soit, ne se pense exclu de cette fête elle est pour tous, elle profite à tous. La résurrection de Jésus-Christ, dit saint Maxime, donne la vie aux morts, le pardon aux pécheurs et la gloire aux Saints. Certes, si Jésus-Christ mourant sur la croix fut si favorable à un larron, comment ne nous le serait-il pas dans la gloire et les triomphes de sa résurrection ? et s'il lui promit le paradis, à l'instant même qu'il devait descendre dans les enfers, comment ne nous le donnerait-il pas bien volontiers, lorsque, sortant des enfers, il se prépare à monter au plus haut des cieux ? a (Hom. a.) Ainsi, coafesaons ingénument que notre espérance, notre vie


et notre salut sont ressuscités avec lui, et que chacun dise avec le Prophète « Mon cœur et ma chair ont tressailli de joie pour le Dieu vivant H. (Ps. Lxxxin, 8.)

Pour le faire avec plus de fruit, il faut que nous revenions encore une fois au Sauveur ressuscité, et que nous considérions en lui les qualités de la gloire, afin que nous puissions, suivant l'avis de saint Paul, nous former spirituellement sur sa vie nouvelle et glorieuse. Les théologiens en reconnaissent communément quatre, qui seront abondamment communiquées aux corps des prédestinés au moment de leur résurrection. La première est l'MMpasst'M: qui est nécessairement suivie de l'incorruptibilité et de l'immortalité. La seconde est la subtilité, que l'Apôtre appelle aussi spiritualité, et qui est toujours accompagnée de la vertu miraculeuse de pénétrer les corps les plus solides, sans y faire de division. La troisième est l'agilité, qui est une puissance de se transporter en moins d'un clin d'œil, et sans nulle peine ni danger de lassitude, dans les lieux les plus éloignés. La quatrième enfin est la clarté, à laquelle le même saint Paul donne le nom de gloire. Comme nous avons longuement parlé de toutes ces qualités dans le discours de la Fête de tous les Saints, il suffit ici que nous les fassions remarquer dans notre admirable premier-né d'entre les morts. Saint Paul rend témoignage de son impassibilité et de son immortalité, lorsqu'il dit que « Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, que la mort ne dominera plus sur lui parce que, quand il est mort, ç'a été pour détruire le péché, à quoi il a suffi qu'il mourût une fois mais quand il est ressuscité, il a pris une vie digne de Dieu M (Rom., vi, 9 et 10); c'est-à-dire une vie céleste et incapable de toute corruption. Sa séparation du commerce et de l'habitation ordinaire des mortels montre aussi qu'il n'est plus de ce nombre, et qu'ayant donné la mort à la mort même, il ne peut plus devenir sa proie. Il fait voir la subtilité de son corps et la vertu qu'il a de pénétrer les autres corps, en ce qu'il se rend visible ou invisible, palpable ou impalpable quand il lui plaît, en sortant de son tombeau sans rompre ni renverser la pierre, et en entrant, deux diverses fois, les portos étant fermées, dans la salle où ses disciples s'étaient retirés. Son a~e paraît évidemment en ce qu'il se trouve, presque en même temps, en des lieux fort éloignés, et qu'il va de l'un à l'autre, non pas en marchant sur la terre, mais d'une manière invisible et par le milieu de l'air. Pour ce qui est de sa clarté, nous n'en avons point de marques dans ces apparitions ordinaires; aussi est-il croyable qu'il ne la faisait pas paraître au dehors dans ces occasions, parce qu'il voulait s'accommoder à la vue de ses disciples, qui n'était pas capable de soutenir l'éclat d'un corps glorieux. Mais nous nous persuadons que, lorsqu'il apparaissait secrètement à sa très-sainte Mère, il lui découvrait quelques rayons de cette splendeur admirable dont, suivant la manière de parler du Roi-Prophète, il s'est orné comme d'un vêtement comment croire qu'il l'ait moins favorisée que ces trois Apôtres devant lesquels il s'est transfiguré sur. la montagne du Thabor?

Au reste, il faut en effet remarquer ici que toutes ces qualités glorieuses étaient dues au corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ dès le moment de sa conception dans le sein de la sainte Vierge, à cause de la dignité du Verbe divin, auquel il fut dès lors uni substantiellement et comme sa propre chair car cette union de la nature humaine à la nature divine fut cause de la gloire dont son âme fut remplie au même moment, et qui, par une suite que nous pouvons appeler comme naturelle, devait se répandre sur le corps; néanmoins, il en avait été privé jusqu'au temps de sa résur-,


rection, par une très-sage disposition de la divine Providence, afin qu~ fût capable de souffrir et de mourir, et d'opérer, par ce moyen, le grand ouvrage de notre rédemption. Ainsi, lorsqu'il reçoit ces qualités, ce n'est pas tant un don qu'on lui fait, qu'un bien propre dont il reprend possession ce n'est pas tant un miracle que la cessation d'un miracle. Mais parla Jésus-Christ est devenu, pour nous et pour toute son Eglise, l'exemplaire d'une vie nouvelle, car il est ressuscité glorieux afin que nous apprenions à vivre d'une vie céleste et divine, et avec une séparation d esprit et d'affection de toutes les choses de la. terre, de même que nous lisons dans i ms~toire qu'il y avait des personnes qui, après être mortes une fois, avaient été ressuscitées, et avaient recommencé à vivre parmi les hommes. C'est à quoi nous exhorte le grand Apôtre, lorsqu'il dit que <' Comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son Père, ainsi nous devons marcher dans une nouveauté de vie (Rom., vi, 4), c'est-à-dire en renon-,çant aux sentiments terrestres et corrompus de la chair et du monde, et en prenant les sentiments très-purs et très-saints de l'Evangile et de JésusChrist. Le même Apôtre l'explique divinement par ces autres paroles: «Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, recherchez les choses qui sont en haut, c'est-à-dire les choses du ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu Prenez goût aux choses qui sont en haut, et n'en prenez plus aux choses de la terre o. (Coloss., III, 1.) C'est comme s'il disait Ne vivez plus comme des gens de ce monde-ci, mais comme des gens de l'autre monde. Montez au plus haut des cieux, au-dessus des anges, des archanges, des chérubins et des séraphins, allez jusqu'à la droite du Père éternel et au trône de Jésus-Christ pour trouver en lui le modèle de votre vie et des règles assurées de votre conduite. C'est le chemin qu'ont tenu tous les Saints. A ce propos, saint Grégoire de Nazianze, parlant de lui-même, disait ces belles paroles « J'ëtais hier en croix avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je suis aujourd'hui glorifié avec lui. J'étais hier enseveli dans son tombeau Je suis aujourd'hui ressuscité avec lui.. Mais ce qui est bien à considérer, c'est que Jésus-Christ, ressuscitant et montant au ciel, nous donne des forces pour marcher par ce chemin, et que c'est en cela que consiste la grâce de l'Evangile et la plus grande gloire de sa résurrection. Aussi le même saint Paul, après avoir reproché à la mort qu'elle a été vaincue et qu elle a perdu son aiguillon, ajoute avec action de grâces que «c'est de Dieu que nous tenons cette victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ, en vertu de sa résurrection (I Cor., xv, 57.) Bienheureux celui qui meurt avec Jésus-Christ Bienheureux aussi celui qui ressuscite et qui vit avec Jésus-Christ, afin de régner éternellement avec lui, en la compagnie du Père et du Saint-bspnt 1 Ainsi soit-il.

L'ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JËSUS-CHMST Cette solennité, dit le pieux saint Bernard dans son deuxième sermon sur cette fête, est tout ensemble glorieuse pour Jésus-Christ, et pleine de joie et de douceur pour nous; parce que c'est l'accomplissement de tous


ses mystères et l'heureuse clôture de tout son voyage en ce monde, et que l'on y voit manifestement que son empire ne s'étend pas seulement sur les eaux, sur la terre et sur les enfers, comme il l'avait montré jusqu'alors, mais que l'air même, et le ciel, et le plus haut des cieux lui sont soumis; de sorte qu'il est le Maître et le Seigneur absolu de toutes choses. Elle est pleine de joie et de douceur pour nous, parce que si Jésus-ChrisL monte au ciel, c'est pour y attirer plus puissamment nos cœurs, pour y disposer des places proportionnées à nos mérites, pour nous y servir d'avocat et de médiateur auprès de son Père, pour en faire descendre sur nous le Saint-Esprit, avec la plénitude de ses grâces, et enfin pour nous y recevoir à l'heure de notre mort, si nous sommes fidèles dans l'observance de ses commandements. Il y avait déjà quarante jours qu'il était ressuscité, et qu'au lieu de cette vie mortelle et sujette à nos misères que la mort lui avait ravie, il avait repris une vie bienheureuse et immortelle. Il avait eu soin, pendant tout ce temps, de consoler souvent ses Apôtres par des visites publiques et particulières, de les confirmer de plus en plus dans la créance et la foi de sa résurrection, et de les instruire, comme dit saint Luc, du royaume de Dieu, c'est-à-dire de ce qui concernait l'établissement et la bonne conduite de son Eglise, dont il les faisait les fondateurs et les princes. (Act., i, 3.) Enfin, le quarantième jour étant arrivé, il leur apparut et les visita pour la dernière fois. Ni l'Evangile ni le Livre des Actes des Apôtres ne disent clairement en quel lieu se fit cette apparition, mais ils insinuent assez et nous donnent tout sujet de croire que ce fut à Jérusalem, dans cette maison où ils avaient coutume de se retirer. Après qu'il les eut salués à son ordinaire, en leur donnant sa paix, il leur fit ses plaintes de ce qu'ils avaient cru si difficilement et si tardivement à sa résurrection, malgré le témoignage des personnes qui l'avaient vu ressuscité. Ensuite, il leur dit qu'ils voyaient eux-mêmes l'accomplissement de ce qu'il leur avait prédit avant sa Passion, et lorsqu'il conversait avec eux sur la terre, à savoir qu'il devait être mis à mort et ressusciter le troisième jour, et les envoyer dans toutes les nations prêcher la pénitence et le pardon des péchés comme il était écrit de lui dans la loi, dans les psaumes et dans les Prophètes. En même temps, il leur ouvrit l'esprit pour entendre les Ecritures, et pour y reconnaître distinctement ces admirables prédictions ce qui leva entièrement tous leurs doutes et dissipa tous les nuages qui pouvaient être restés dans leur imagination. De plus, il les avertit que ce n'était pas assez qu'ils crussent ces vérités, mais qu'ils en devaient être aussi les témoins et les prédicateurs par tout le monde, et que, pour les rendre capables d'un si grand ministère, il leur enverrait le Saint-Esprit qu'il leur avait promis, et dans lequel ils seraient baptisés, comme les disciples de Jean avaient été baptisés dans l'eau. En attendant ce bonheur, et qu'ils fussent revêtus de cette vertu céleste, ils devaient demeurer en repos dans la ville et n'en point sortir. A ce sujet, quelques-uns de l'assemblée lui demandèrent si c'était en ce temps qu'il rétablirait le royaume d'Israël et lui rendrait son ancienne splendeur. Il leur répondit que ce n'était pas à eux de savoir les temps et les moments que son Père avait mis en sa puissance, mais qu'ils devaient seulement avoir soin de se bien disposer à recevoir la force que le Saint-Esprit leur viendrait communiquer, afin de publier hautement son Evangile dans Jérusalem, dans toute la Judée, dans toute la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre. Saint Luc, dans les Actes des ~pd<rM, nous apprend encore que Notre-Seigneur mangea pour lors avec eux. Il le fit, non pour les convaincre davantage de la vérité de sa chair, dont


ils ne pouvaient plus douter, mais pour leur montrer, par cette condescendance merveilleuse, que, quoiqu'il eût changé de condition et qu'il fût sur le point de monter au plus haut des cieux, et de s'asseoir à la droite de Dieu son Père, néanmoins il n'avait rien diminué ni ne diminuerait rien de son affection et de sa bienveillance envers eux.

Comme ce n'était pas dans la ville qu'il avait résolu d'accomplir le mystère de son Ascension, le repas étant fini, il les emmena dehors avec plusieurs autres disciples qui s'étaient joints à eux pour avoir part à cette grande fête, et qui pouvaient faire le nombre de cent vingt. Cette admirable procession passa en plein midi par les rues de Jérusalem. Les Juifs virent bien les Apôtres et les disciples qui passaient devant leurs portes avec une modestie angélique et un visage plein de la joie des Saints, mais ils ne virent pas le Sauveur qui marchait à leur tête, parce qu'il se rendit invisible pour eux, afin de ne pas leur découvrir ce qu'il allait faire. La haine qu'ils avaient conçue contre lui et contre les siens pouvait bien les porter à se jeter sur cette troupe sacrée mais le Saint-Esprit leur donna une telle impression de crainte et de révérence, qu'ils demeurèrent comme interdits et les laisseront passer en paix. Le Sauveur conduisit d'abord cette sainte troupe à Béthanie, chez ses bienheureuses hôtesses Marthe et Madeleine, où il est très-probable que sa très-sainte Mère, et plusieurs autres personnes qui lui étaient affectionnées, s'étaient retirées pour l'y attendre. Après les avoir remerciées pour la dernière fois des assistances qu'elles lui avaient rendues pendant le temps de sa vie mortelle, et les avoir divinement consolées sur sa séparation, il les invita à venir avec lui pour assister à son triomphe. Chacun étant prêt et brûlant du désir de voir une merveille si surprenante, il continua sa marche et prit le chemin de la montagne des Oliviers, où quarante-trois jours auparavant il avait sué sang et eau, et avait été pris et lié par les Juifs. C'éLait le lieu qu'il avait choisi pour le terme de son départ. Y étant arrivé, il donna le dernier adieu à cette grande assemblée d'hommes et de femmes, leur réitérant les anciennes promesses qu'il leur avait faites d'être toujours avec eux et de ne les abandonner jamais, de leur envoyer au plus tôt l'Esprit consolateur, de leur préparer des places dans le ciel, et de les y recevoir après qu'ils auraient combattu sur la terre avec courage et persévérance pour la gloire de son nom. Ensuite, il leur permit à tous, comme la piété nous oblige de le croire, de lui baiser les pieds et les mains, et nous pouvons même inférer de sa très-grande bonté qu'il honora sa divine Mère d'un baiser de sa bouche.

Enfin, ayant élevé ses mains au ciel, comme pour montrer le lieu d'où il fallait attendre toutes les grâces, il leur donna sa bénédiction, ce qu'il fit probablement en formant de la main droite un signe de croix, comme l'Eglise l'a toujours observé depuis dans ses bénédictions. On ne sait pas de quelles paroles il se servit en cette cérémonie. Peut-être prit-il celles du rituel des Juifs pour la bénédiction du peuple, qui sont les suivantes « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il vous montre sa face divine et qu'il ait pitié de vous. Qu'il tourne son visage vers vous pour vous regarder d'un œil favorable et qu'il vous donne la paix ».

En même temps, on le vit monter au ciel, non pas avec rapidité ni par une vertu étrangère, comme Enoch et Elie avaient été autrefois emportée dans l'air, mais par sa propre vertu et en s'élevant peu à peu, de même que l'on voit s'élever un rayon de fumée qui sort d'un parfum de myrrhe' et d'encens mis sur des charbons ardents. Nous n'avons pas de témoignage


évident dans l'Ecriture que les saints Pères, qu'il avait délivrés des limbes. ni que les chœurs des anges aient paru visiblement aux disciples en ce triomphe ni même qu'il s'y soit fait entendre d'eux par quelque harmonie corporelle et sensible. Néanmoins, il est certain que tous ces glorieux captifs y assistèrent, et que le Sauveur les emmena avec lui dans le ciel, comme le déclare le Roi-Prophète, et, après lui, l'apôtre saint Paul, en ces termes: <f Jésus-Christ, en montant en haut, a emmené les captifs qu'il avait conquis il a fait des présents aux hommes ». (Eph. iv, 8.) Ainsi, nous pouvons contempler autour de lui ces grands et admirables personnages, dont la foi et la piété sont si hautement louées dans les livres de l'Ancien Testament, savoir l'innocent Abel, le juste Noé, l'obéissant Abraham, le chaste Isaac, le fort Jacob, le prudent Joseph, le patient Job, le doux Moïse, le zélé Phinées, le fidèle Samuel, le bon Ezéchias, le puissant Elisée, l'éloquent Isaïe, le charitable Jérémie, le généreux Elzéar et mille autres semblables, et avec eux toutes ces saintes femmes de la loi de nature et de la loi écrite, qui ont immortalisé leurs noms par la grandeur de t~ur courage et par l'éminence de leurs vertus. Mais parmi tous les autres, on distinguait le divin chantre à qui Dieu avait manifesté, plus de mille ans auparavant, les plus belles circonstances de ce mystère. Ils publiaient tous à l'envi les plus hauts faits de leur libérateur, ils lui donnaient mille louan. ges, ils applaudissaient de tout leur cœur à la magnificence de son triomphe. Des chœurs se répondaient l'un à l'autre avec une douceur, une mélodie qui surpasse tous nos sens et qui n'est pas de ce monde. Nous ne voulons pas dire néanmoins qu'elle fut purement spirituelle car, puisque Notre-Seigneur avait un corps, il était raisonnable qu'il fût conduit dans le ciel avec une harmonie corporelle, et c'était là sans doute la partie de ceux qui, étant ressuscités en sa compagnie, montaient aussi avec lui en corps et en âme mais ce concert était tel qu'il n'y a rien de semblable sur la terre, et que l'ouïe des hommes mortels n'était pas capable d'elle-même d'en percevoir les célestes accords.

David entonnait les beaux versets qu'il avait autrefois chantés devant l'Arche d'alliance « Chantez o, disait-il, « chantez les magnificences de notre Dieu chantez, chantez les merveilles de notre Roi chantez les grandeurs de celui qui monte vers l'Orient sur le plus haut des cieux chantez à son honneur un cantique nouveau, parce que c'est un Sauveur fort et puissant qui a fait des choses admirables )). Certes, il était bien juste que l'on chantât, ce jour-là, un cantique nouveau, puisque la fête était toute nouvelle, et qu'il n'y avait rien de si surprenant que de voir notre nature, à laquelle on avait dit autrefois « Tu es poudre et tu seras réduite en poudre », être alors élevée, en Jésus-Christ, au-dessus des planètes et des étoiles, et ne trouver point d'autre terme de son exaltation que la droite du Père éternel et le trône de la divinité mais quel cantique nouveau pouvait-on chanter plus à propos que celui-ci « Oh que c'est une chose excellente et agréable que des frères vivent dans une société parfaite » (Ps. cxxxvn, 1.) L'esprit et le corps de Jésus-Christ étaient comme deux frères, mais qui avaient vécu dans des états et des conditions bien différents car, tandis que l'esprit jouissait de la béatitude et qu'il était inondé des délices ineffables de l'éternité, le corps avait la douleur pour son partage et était abîmé dans un océan de misères; mais, en ce jour, ils ont une parfaite communion et une société de biens, jusque-là que le corps quitte la demeure qui lui est naturelle, pour monter dans le pays des esprits et pour aller habiter dans le lieu où les seules intelligences avaient accès.


Quant aux chœurs des anges, il ne faut point douter qu'ils ne soient tous venus au-devant de leur Souverain, pour le congratuler de ses grandes victoires, pour lui faire une escorte pompeuse et magnifique, et pour le conduire d'une manière triomphante jusque sur le trône de son empire. Dire qu'ils aient articulé des voix et formé une harmonie capable de délecter les sens, c'est ce qui n'est pas entièrement assuré. Néanmoins, comme l'Evangile nous apprend qu'ils le firent au temps de sa naissance, et qu'il est probable que, dans le ciel même, ils forment un concert perpétuel, comme de toutes sortes d'instruments de musique, pour réjouir l'ouïe des corps glorieux, il y a grand sujet de croire qu'en ce triomphe ils joignirent à leurs louanges et à leurs adorations en esprit, une mélodie corporelle qui répondait à celle des Patriarches, des Prophètes et des autres Saints et Saintes d'entre les hommes. Et c'est peut-être dans cette vue qu'il est dit au psaume XLVi" « Dieu est monté au milieu des cris de joie, et le Seigneur au son des trompettes'). «Levez-vous, Seigneur'), chantaient ces troupes angéliques, « levez-vous et entrez dans votre repos. Levez-vous avec votre humanité sainte, avec l'arche de votre sanctification; cette arche que vous avez sanctifiée par vous-même et de toute l'onction de votre divinité cette arche dans laquelle sont renfermés tous les trésors de la bonté et de la sainteté de Dieu; cette arche, enfin, qui n'a été ouverte et percée sur la croix que pour répandre des torrents de sainteté dans le monde levez-vous avec cette arche, afin que, comme elle a été toute noyée dans la douleur, elle soit toute comblée de délices, et que, comme elle a porté le prix du rachat de tous les hommes, elle reçoive leur liberté pour récompense ». Pendant que Nôtre-Soigneur s'élevait ainsi vers le ciel, les Apôtres et les autres disciples qui ne le pouvaient suivre de tout le corps, le suivaient du cœur et des yeux. Mais lorsqu'il fut à une teHe'distance qu'ils ne le pouvaient presque plus apercevoir, une nuée le vint envelopper et le déroba entièrement à leur vue et au même instant, franchissant l'espace, il monta jusqu'au sommet du ciel; là, ayant présenté à son Père éternel les illustres captifs qu'il avait délivrés des enfers, il en reçut une louange audessus de toute louange, et une gloire au-dessus de toute gloire, et s'assit à la droite de sa divine Majesté; c'est-à-dire qu'il entra, même en tant qu'homme, dans la jouissance immuable et éternelle des honneurs souverains de la divinité. Cependant, ces pauvres disciples, quoiqu'ils ne le vissent plus, ne laissaient pas de demeurer toujours les yeux vers le ciel, comme des personnes transportées hors d'elles-mêmes et ravies en extase. Mais enfin, deux anges leur apparurent sous forme humaine et vêtus d'habits blancs, et leur dirent « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder fixement en haut? Ce Jésus, qui était au milieu de vous, et qui a été élevé au ciel, en descendra un jour de la même manière que vous l'avez vu monter aujourd'hui n. (Act., i, 11.) De ces paroles nous pouvons encore conclure l'excellence du triomphe de l'Ascension, puisqu'il est constant que quand Jésus-Christ descendra du ciel pour juger les vivants et les morts, ce sera avec une pompe et une gloire incomparables. Alors ces bienheureux témoins de notre mystère partirent de la montagne des Oliviers, retournèrent à Jérusalem, qui n'en était éloignée que d'une demi-lieue, et là se retirèrent dans leur domicile ordinaire, savoir les onze Apôtres, qui étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemi, Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon, dit le Zélé, et Jude, frère de Jacques, et plusieurs des disciples qui composaient, avec les Apôtres, à peu près le nombre de cent vingt, comme saint Luc l'a remar-


que en parlant de l'élection de saint Matthias comme douzième Apôtre. Leur occupation continuelle fut la prière, qu'ils faisaient tous ensemble d'un même esprit et d'un même cœur, avec les saintes femmes, et Marie, mère de Jésus, et quelques-uns de ses parents. Voilà jusqu'où le texte sacré du livre des Actes des j4po~'M nous conduit. Sur ces mystères, nous pourrions proposer beaucoup de considérations savantes et spirituelles pour servir d'instruction et de sujet de méditation aux lecteurs mais, comme elles se trouvent amplement dans le R. P. Louis de Grenade, au livre de ses Additions au Mémorial de la vie chrétienne, et dans plusieurs autres auteurs qui se sont appliqués, depuis lui, à donner des méditations au public, et que, d'ailleurs, nous ne voulons pas excéder les justes bornes d'une histoire, nous prions les personnes dévotes d'avoir recours à leurs écrits.

Au reste, Notre-Seigneur, en montant au ciel, voulut laisser sur la terre une marque visible de cette grande action car il imprima si fortement les vestiges de ses pieds sacrés à l'endroit d'où il s'éleva, qu'ils y demeurèrent toujours gravés, sans que ni le vent, ni la pluie, ni la neige, ni les plus grandes tempêtes fussent capables de les effacer. Saint Jérôme, écrivant sur ce miracle, assure qu'il durait encore de son temps quoique les fidèles prissent tous les jours, par dévotion, de la terre de ce même endroit, néanmoins ces vestiges ne disparaissaient point, retournant incontinent à leur premier état. Il ajoute que l'église au milieu de laquelle ils étaient, ayant été bâtie en forme de dôme tout rond, et d'une fort belle architecture, on ne put jamais, à ce que l'on disait, couvrir ni lambriser l'espace par où le corps du Sauveur avait passé mais que ce passage était demeuré ouvert depuis la terre jusqu'au ciel. Saint Optat, évêque de Milève, en Afrique saint Paulin, évêque de Noie, et Sulpice Sévère, rendent aussi le même témoignage. Mais ce qui est fort remarquable et fait voir encore davantage la grandeur du miracle, c'est que l'armée romaine, assiégeant Jérusalem, campa en ce lieu, comme l'historien Josèphe l'a remarqué dans ses livres de la Guerre des ./M: de sorte que les hommes et les chevaux le foulèrent aux pieds un million de fois ce qui était plus que suffisant pour effacer, non-seulement quelques légères marques, mais celles-là mêmes qui auraient été gravées sur le marbre et sur l'airain et néanmoins toute cette armée n'altéra en rien ces vestiges. Au temps du vénérable Bède, c'est-à-dire vers l'année 700, les choses étaient encore au même état, comme il l'écrit lui-même dans son livre des Saints-Lieux, où il dit aussi que, tous les ans, le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, après la messe solennelle, il avait coutume de venir du haut de cette église un grand tourbillon de vent qui couchait contre terre tous ceux qui étaient dedans, et que, la nuit d& la même solennité, l'on voyait comme en feu toute la montagne, avec les lieux d'alentour, par la quantité de flambeaux ardents qui y paraissaient. Mais enfin, par l'envie des ennemis de notre foi, la pierre où ces sacrés vestiges du Sauveur étaient imprimés, a été enlevée de sa place et employée à boucher la porte orientale de ce temple, qu'ils ont fait fermer. C'est ce qu'en rapportent les auteurs des derniers siècles qui ont fait la description des Saints-Lieux, et, après eux, le cardinal Baronius, au premier tome de ses Annales, sur la trente-quatrième année de Nôtre-Seigneur.


LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT

Nous avons, dans la sol&nnité de ce jour, l'heureux accomplissement de ce que le sage Ecclésiastique souhaitait avec tant d'ardeur, à savoir que Dieu changea de miracles et qu'il fit de nouveaux prodiges. (Eccli., xxxvi, 6.) Le Père éternel avait fait paraître la grandeur de sa puissance dans la création du monde et dans la délivrance du peuple d'Israël de la captivité de l'Egypte. Le Fils de Dieu, ou le Verbe divin, avait fait paraître les industries de sa sagesse, dans la rédemption du genre humain et dans la défaite du démon par l'infirmité de sa chair. Il ne restait plus autre chose, sinon que le Saint-Esprit fît paraître les merveilles de sa bonté, en se communiquant à nos âmes et en se répandant dans nos cœurs, afin que, par le moyen de ces effets et de ces attributs, nous vinssions à connaître ces trois personnes de la très-sainte Trinité, selon leurs propres caractères et leurs différences personnelles, avec lesquelles ces opérations ont un singulier rapport. Or, c'est ce que nous voyons parfaitement accompli dans le mystère de la Pentecôte, que l'Eglise honore aujourd'hui car le Saint-Esprit y descendit dans l'âme des Apôtres et de quelques autres Disciples, et y fit des prodiges qui n'avaient point encore été vus, ni dans l'Ancien Testament, ni même pendant le cours de la vie mortelle de NôtreSeigneur. C'est ce que l'on reconnaîtra aisément, en considérant l'histoire de ce qui s'y passa, comme nous l'allons rapporter d'après saint Luc, au chapitre second des Actes des Apôtres.

Le cinquantième jour après la résurrection de Jésus-Christ, et le dixième depuis son ascension au ciel, dans le temps où les Juifs célébraient leur fête de la Pentecôte en mémoire et en reconnaissance de la loi que Dieu leur avait donnée par Moïse, sur la montagne de Sinaï, tous les disciples étant assemblés en un même lieu, où ils avaient persévéré, depuis le départ de leur Maître, dans la prière et les larmes, en la compagnie de la sainte Vierge et de quelques autres saintes femmes, il se fit tout d'un coup, sur les neuf heures du matin, un grand bruit du ciel, comme d'un vent impétueux qui en descendait, et il remplit toute la maison où il~ étaient retirés; et, en même temps, ils aperçurent en l'air des langues, comme de feu, divisées en plusieurs parcelles, lesquelles se vinrent poser sur chacun d'eux, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit et commencèrent à parler diverses langues, selon que le même Esprit les leur faisait parler. La véhémence du bruit fit aussitôt accourir à cette maison une grande quantité de Juifs de toutes sortes de pays, venus en ce temps-là à Jérusalem pour la solennité de la fête, de la Perse, de la Médie, du pays des Elamites, de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, do la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Egypte, de la Syrie, qui est auprès de Cyrène, et de Home il y avait aussi des Juifs naturels et des prosélytes, des Crétois et des Arabes. Tous furent extrêmement surpris et comme hors d'euxmêmes, entendant ces disciples parler aisément et comme naturellement toutes leurs langues, quoiqu'ils ne fussent que de pauvres gens de Galilée, qui n'avaientjamais rien appris. Voilà le fonds et la substance du mystère qu'il faut expliquer un peu davantage, en déclarant, premièrement, qui


est ce grand Seigneur et cet Esprit vivifiant dont on nous expose la descente, et ce que les chrétiens sont obligés de croire de sa personne secondement, de quelle manière il s'est communiqué aux Apôtres, et les effets qu'il a produits dans leurs âmes et dans tout le monde, par leur moyen troisièmement, comment il se donne encore tous les jours aux fidèles et quelles dispositions il faut apporter pour le recevoir.

Voici ce que chaque chrétien doit nécessairement croire du Saint-Esprit pour être sauvé cet esprit adorable est la troisième personne de la très-sainte Trinité. Il procède des deux autres personnes, du Père et du Fils, comme d'un seul et unique principe, non par voie de génération, comme le Fils procède du Père, mais par une autre sorte d'opération qui, n'ayant point de nom propre et particulier, a retenu le nom commun de procession ce qui fait qu'il n'est pas Fils, cette qualité n'appartenant qu'à la seconde personne. Quoique nous l'appelions et qu'il soit effectivement la troisième personne de cette auguste Trinité, néanmoins il n'est point après le Père et le Fils, ni moindre qu'eux, ni d'autre condition qu'eux, mais il est parfaitement semblable et égal en toutes choses étant comme eux un, incréé, indépendant, immuable, éternel, immense, infini, incompréhensible, ineffable, l'Être souverainement parfait et bienheureux de sorte que ce mot de troisième ne signifie pas en lui une suite de temps, de nature ou de raison, mais seulement un ordre d'origine qui n'est autre chose sinon que le Père et le Fils sont son principe, et qu'il procède de l'un et de l'autre. Il a, pour sa nature et son essence, la propre nature et essence du Père et du Fils, sans nulle séparation ni distinction, à savoir l'adorable divinité. Il est donc un même et un seul Dieu avec ces deux personnes, il a le même entendement, la m6me volonté, la même puissance, la même sagesse, la même bonté, et ainsi des autres attributs essentiels ou absolus enfin, il est indivisiblement avec elles le principe de toutes les actions et opérations du dehors, soit dans l'ordre de la nature, soit dans les ordres surnaturels de la grâce et de la gloire, soit dans l'ordre de l'union hypostatique. Avec cela néanmoins il est, en tant que personne, distingué réellement et véritablement du Père et du Fils, comme de son principe, et par le rapport ou l'opposition relative qu'il a avec eux; car il n'est pas possible que celui qui procède et reçoit l'être, soit la même personne que celui dont il le reçoit, et qu'il regarde comme son origine. La théologie, fondée sur les textes de l'Ecriture sainte et sur les paroles des saints Pères, nous apprend aussi que l'émanation de ce divin Esprit se fait par voie de volonté et d'amour; c'est-à-dire par la fécondité infinie de cet amour, dont le Père et le Fils s'aiment mutuellement, et dont ils aiment, dans une indivisibilité parfaite, tout ce qui est en Dieu. De sorte que, comme le Fils est le terme de la connaissance du Père, et ensuite son image et son Verbe, de même le Saint-Esprit est le terme de l'amour un et mutuel, ou de la charité du Père et du Fils; et, partant, il est, pour ainsi parler, leur inclination et leur affection. Et c'est de là que sont dérivés tous ces noms admirables qui lui sont attribués, soit dans les saints Livres, soit dans les écrits des docteurs de l'Eglise, à savoir ceux d'amour, de charité, de joie, de feu, de flamme, d'ardeur, de baiser mutuel des personnes divines, de lien indissoluble de toute la très-sainte Trinité, de don, de communication, d'onction spirituelle, d'union des coeurs, de source d'eau vive, de rafraîchissement, de paraclet ou consolateur, et de parfait repos car tout cela convient admirablement bien au terme subsistant de l'amour divin, ou en tant qu'il est et qu'il vit dans le cœur de Dieu, ou en


tant qu'il se communique aux esprits créés, et qu'il répand en eux le trésor et la vie divine de la charité.

Le nom de Saint-Esprit lui est aussi donné pour la même raison car il est appelé Esprit, non-seulement parce qu'il est une substance incorporelle et immatérielle, car cela lui est commun avec le Père et le Fils, et c'est une perfection essentielle de la divinité, mais aussi parce qu'en qualité de terme subsistant de l'amour divin ou de l'amour personnel dans la divi-. nité, il est comme l'aspiration et la respiration du cœur de Dieu, et comme l'enlacement du Père vers lé Fils, et du Fils vers le Père, et de Dieu vers lui-même, et de nos cœurs vers Dieu ce que l'on exprime fort bien par le mot d'Esprit, qui signifie originairement l'haleine que nous respirons, et ensuite désigne par extension toute substance subtile, mobile, agissante et pénétrante, et tout ce qui suppose impétuosité et agitation mais cela doit se concevoir en Dieu d'une manière très-pure et très-relevée, et sans aucune ombre de mouvement ni d'imperfection.

Quant au nom de Saint, voici pourquoi il lui est approprié et joint à celui d'Esprit quoique la sainteté soit un attribut commun aux trois personnes divines, comme nous l'apprend le cantique de trois fois Saint, que les séraphins chantent perpétuellement devant le trône de leur majesté, néanmoins, comme cette sainteté consiste proprement dans une souveraine rectitude de la volonté et un parfait règlement de toutes les affections, et surtout de l'amour, elle a un rapport particulier à celle des trois personnes qui procède par voie d'amour, et qui est le terme de la volonté, et pour cette raison elle est très-justement appropriée au Saint-Esprit. Cette adorable personne est encore appelée Saint-Esprit, parce qu'en se communiquant à nos âmes, et en y faisant cette divine fonction de poids, d'attrait et d'impétuosité vers Dieu, elle nous dégage de la terre et de toutes les choses périssables pour nous unir à notre principe, et, ainsi, elle nous rend spirituels, célestes et divins, et produit en nous la véritable sainteté, qui consiste à se séparer de la créature et à s'approcher de Dieu. Il est vrai que cet effet est aussi l'effet des deux autres personnes, puisque tout ce qui est hors de Dieu reconnaît inséparablement toute la très-sainte Trinité pour principe, comme nous l'avons déjà remarqué mais il a une convenance particulière avec la personne du Saint-Esprit, à cause de cette propriété adorable de poids, d'attrait et d'impétuosité vers Dieu, laquelle lui convient en vertu de sa procession par voie d'âmour, et ainsi c'est avec beaucoup de raison qu'on lui attribue ce nom ce qui fait voir encore que tous les noms qui sont appropriés au Saint-Esprit sont dérivés de la condition de son émanation, c'est-à-dire de ce qu'elle se fait par voie d'amour, et de ce qu'il est le terme de la dilection mutuelle du Père et du Fils. C'est donc cet Esprit-Saint, cet Esprit consolateur, cet Esprit du Père et du Fils, et cet amour personnel de Dieu, qui est descendu visiblement sur les Apôtres au jour de la Pentecôte, et qui descend encore tous les jours invisiblement dans nos cœurs terrestres et charnels pour les rendre célestes et tout esprits. Ce qui nous doit faire reconnaître combien cette fête est relevée, et avec quels sentiments de dévotion, de reconnaissance et de joie spirituelle nous la devons célébrer. En effet, si nous y faisons réflexion, nous verrons que tout ce que Notre-Seigneur a fait, et tout ce qu'il a souffert pendant sa vie mortelle, n'a été que pour disposer les âmes à être les demeures et les temples du Saint-Esprit, et que son incarnation, sa naissance, sa circoncision, les travaux et les sueurs sa vie publique, les tourments et les ignominies de sa croix et de sa très-sainte mort, ne tendaient


à autre chose qu'à allumer ce divin feu dans les cœurs. C'est ce qu'il témoigne lui-même dans l'Evangile, lorsqu'il dit qu'il est venu apporter le feu sur la terre, et qu'il souhaite ardemment qu'il s'allume et qu'il produise un grand incendie. (Luc, xit, 49.) Mais ce n'était pas assez que JésusChrist eût consommé une vie très-laborieuse par une mort très-sanglante, afin que cet adorable Esprit fût donné il fallait aussi qu'il eût triomphé de la mort par sa résurrection, et, qu'après avoir quitté la terre il fût rentré dans le ciel, où est le trône de sa gloire et le siège de son empire, ce don incomparable ne devant être envoyé que par Jésus glorifié. C'est ce qui lui faisait dire à ses Apôtres « Si je ne m'en vais, l'Esprit consolateur ne viendra point vers vous mais si je m'en vais, je vous l'enverrai )) (Jean, xvr, 7); et c'est aussi ce que le disciple bien-aimé nous apprend, lorsqu'il dit que le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné, parce que Jésus-Christ n'était pas encore glorifié. (Jean, vn, 39.) Ainsi, une bonne partie de l'Evangile du Sauveur a été une prophétie de cette donation du Saint-Esprit; comme les Patriarches et les autres Samts de la loi ancienne ont été les Prophètes du Messie, de même ce Messie a été, pour ainsi dire, le Prophète de l'Esprit sanctifiant. Cela nous fait voir de plus en plus la dignité incomparable de notre mystère, car il n'y a rien de plus noble et de plus relevé que d'avoir eu pour prophète et pour précurseur celui qui est la fin de la loi et le centre de toutes les prophéties. Quelle chose étonnante et digne de toute notre admiration, qu'un Dieu si puissant, si glorieux et si indépendant, que le Saint-Esprit ait eu la bonté de descendre dans les âmes de quelques pêcheurs grossiers et ignorants, pour y établir sa demeure et pour en faire les objets de ses caresses, les sujets de ses profusions et les instruments de ses plus grands prodiges

Mais il faut considérer les symboles sous lesquels il y est descendu, et dont il s'est servi pour manifester sa venue et pour se faire reconnaître et apercevoir de tous les Apôtres. Il était apparu au baptême de Notre-Seigneur sous la figure d'une colombe, animal pur, doux et fécond, pour signifier que, possédant ces trois qualités, il les exercerait, dans le mystère du baptême, en faveur des personnes qui le recevraient. Sa pureté, en détruisant en elles le péché qui est la source de toute impureté; sa douceur, en leur remettant par miséricorde, non-seulement la coulpe du péché, mais aussi toutes les peines qui lui sont dues; et sa fécondité, en les régénérant par la grâce, et donnant, par ce moyen, à Dieu, une infinité d'enfants adoptifs. Il a voulu signifier aussi qu'il leur imprimerait ces mêmes qualités en créant en elles un cœur pur, un esprit simple, doux et miséricordieux envers le prochain, et une ardeur continuelle à faire de bonnes oeuvres. Il était apparu, dans la transfiguration, sous la forme d'une nuée lumineuse, dont le propre est de tempérer la lumière et l'ardeur du soleil, et les influences du ciel, pour les besoins des créatures d'ici-bas, et, ainsi, d'éclairer sans éblouir, d'échauG'er sans consumer et d'aider la fertilité de la terre sans la trop précipiter pour faire voir qu'il ferait quelque chose de semblable dans l'économie de notre salut; c'est-à-dire qu'il proportionnerait tellement à notre capacité les lumières de la divine sagesse, les impressions de son amour et les mouvements de sa grâce, qu'il nous conduirait avec beaucoup de sûreté et de douceur dans les voies de la sainteté et du bonheur éternel. Enfin, Notre-Seigneur, après sa résurrection, avait donné à ses Apôtres l'Esprit-Saint en soufflant sur eux, pour marquer que, selon sa propriété personnelle, cet esprit est comme le souffle amoureux de Dieu, et que, lorsqu'il vient dans une âme, il la purifie, il la nettoie, il


en chasse l'air corrompu et la mauvaise odeur du péché, il y éteint le feu de la convoitise, il y allume le feu de la charité, il y produit un doux et agréable rafraîchissement en un mot, il y fait spirituellement tout ce que notre souffle est capable de faire corporellement. Mais, au jour de la Pentecôte, il s'est manifesté sous deux autres symboles, savoir sous celui d'un grand bruit, comme d'un vent violent et impétueux, et sous celui de langues de feu divisées et dispersées en plusieurs endroits.

Quant à ce grand bruit causé par la violence et l'impétuosité du vent, c'était pour montrer: que l'opération du Saint-Esprit ne serait plus secrète et imperceptible, ni bornée à un seul peuple ou resserrée dans un petit coin de la terre, comme elle l'avait été jusqu'alors; mais qu'elle allait éclater dans tout le monde pour y faire des renversements prodigieux; 2° que les Apôtres, étant revêtus de sa vertu, voleraient avec une vitesse merveilleuse jusqu'aux extrémités de la terre, comme des nues qui sont portées par le vent qu'ils feraient résonner de tous côtés le bruit de la prédication de l'Evangile, et qu'ils terrasseraient avec une force surprenante tout ce qui s'opposerait à leurs conquêtes la puissance des rois, la sagesse des philosophes, l'éloquence des orateurs, le domaine de la concupiscence, l'empire de l'idolâtrie et la tyrannie du démon; de même qu'un vent impétueux renverse les chênes et les cèdres les plus enracinés, et même quelquefois les bois et les forêts entières. Entin ce bruit indiquait que tous ceux qui seraient remplis du même Esprit se porteraient avec promptitude et avec une sainte impétuosité à l'avancement de la gloire de Dieu et de leur perfection, et à procurer le salut du prochain, autant qu'ils en seraient capables et que leur état le leur pourrait permeLtre. Ce même bruit était encore pour rendre les Apôtres attentifs aux grandes merveilles dont ils allaient à l'heure même ressentir l'opération, et pour leur imprimer une crainte respectueuse envers cette divine personne qui descendait sur eux et venait loger dans leurs cœurs. 1~ avertissait toute la ville de Jérusalem de ce qui se passait dans le Cénacle en leurs personnes, et pour attirer autour d'eux cette grande multitude de Juifs et de toutes sortes de nations, afin qu'ils fussent les témoins des prodiges que le Saint-Esprit opérait en eux et par eux, et qu'ainsi ils pussent recevoir la foi et en porter les premières nouvelles dans leur pays.

Pour ce qui est de ces langues, voici ce qu'elles signifiaient comme la langue est de même substance que l'homme dont elle est l'organe, et qu'elle naît en quelque façon de son cœur, ainsi que le Saint-Esprit est de même substance qne le Père et le Fils, et procède de leur divin cœur, c'està-dire de leur volonté embrasée et consumée d'amour 2° comme c'est par la langue que nous découvrons et manifestons au dehors nos pensées et les conceptions de notre esprit, ainsi que le Saint-Esprit venait au monde pour manifester et faire connaître le Verbe, qui est la pensée et le concept infiniment parfait du Père éternel, et pour éclaircir les vérités et les mystères qu'il n'avait proposés qu'obscurément durant son séjour sur la terre, comme lui-même l'avait promis à ses Apôtres par ces paroles « Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Il découvrira au monde qui je suis et fera éclater ma gloire, parce qu'il prendra de la plénitude de ma divinité, et vous l'annoncera » (Jean, xvi, 13); 3" comme c'est par la langue que nous instruisons les autres et que nous leur communiquons nos lumières, ainsi le Saint-Esprit était le grand maître qui venait instruire admirablement les Apôtres de tout ce qu'ils devaient savoir pour


la fondation, le gouvernement et la conservation de l'Eglise, et qui, dans la suite du temps, instruirait et illuminerait la même église et chacun des fidèles en particulier. Ces langues représentaient surtout quatre grâces ~'atuites qui s'exercent par la langue, et que ces hommes divins allaient recevoir. La première était celle que saint Paul appelle le don de parler avec sagesse, c'est-à-dire d'expliquer et de confirmer les vérités évangéliques par des raisons divines et supérieures. La seconde, celle que le même Apôtre appelle le don de parler avec science, c'est-à-dire d'expliquer et de prouver les mêmes vérités par des raisons humaines et inférieures. La troisième, le don des langues, c'est-à-dire la connaissance de toutes les langues du monde et la facilité d'en user. La quatrième, enfin, le don de ~!H<e~or&~MM, c'està-dire la faculté d'interpréter les saintes Ecritures et les discours inspirés de Dieu, selon leur sens naturel et légitime, et selon les sens spirituels que le Saint-Esprit y a renfermés. Ces mêmes langues devaient encore nous apprendre que le Saint-Esprit est comme la langue de notre âme, qui nous fait discerner la douceur des biens de l'autre vie de l'amertume des choses de la terre et, de plus, que c'est au même Saint-Esprit à gouverner notre langue et à nous fournir des paroles saintes et édifiantes destitués de ce secours, nous ne pouvons pas prononcer une seule parole qui soit bonne et agréable à Dieu, suivant ce témoignage de saint Paul « Personne ne peut dire Seigneur Jésus, que par le Saint-Esprit ». (I Cor.,xm, 3.) Mais si, au contraire, nous sommes assistés de sa grâce, les paroles de vie et les réponses vigoureuses ne nous peuvent pas manquer, selon cette assurance de Notre-Seigneur « Lorsqu'on vous mènera devant les présidents ou devant les rois, ne pensez pas à ce que vous avez à dire ni comment vous le direz, parce qu'à l'heure même Dieu vous l'inspirera; car ce oe sera pas vous qui parlerez, mais l'esprit de votre père qui parlera en vous n. (Marc, xni, 11.) Ainsi il est fort aisé de voir que c'est avec beaucoup de sagesse et pour des raisons très-importantes que le Saint-Esprit a voulu paraître, en ce mystère, sous la figure de langues.

Ces langues étaient comme du feu, pour montrer :l"quo le Saint-Esprit, selon sa propriété personnelle, est un feu d'amour infiniment vif, subtil, agissant et pénétrant, et qu'ainsi ses paroles intérieures sont des paroles de feu qui entrent dans le fond du cœur et qui atteignent victorieusement leur but; que, lorsqu'il vient dans une âme, il fond ses glaces, il consume ses vices, il purifie sa vertu, il l'éclaire, il l'échauffe, il la remplit de ferveur et de zèle, il lui met dans la bouche des paroles ardentes pour embraser tout le monde du divin amour; 3" qu'il venait opérer tous ces grands effets dans la personne des Apôtres, et, de plus, les établir les prédicateurs de la loi d'amour et de grâce, laquelle, étant une loi de feu, ne devait être publiée et promulguée qu'avec du feu comme il en avait paru à la promulgation de la loi de Moïse, et lorsque la plupart des Prophètes de cette loi avaient reçu leur onction ou leur mission.

Ces langues étaient divisées et multipliées, et il y avait autant de langues ou de flammes que d'Apôtres et de disciples dans l'assemblée, et, de plus, chaque langue se partageait encore sur une même racine, par un mouvement continuel, en beaucoup de petites langues: ce qui fait dire à l'Eglise, dans le canon de la messe du jour, que ces langues étaient innombrables. C'était pour signifier que le Saint-Esprit communiquerait à chacun des assistants, avec ses sept dons et ses douze fruits, et plusieurs autres grâces gratuites, la science et le libre usage de toutes les langues du monde; de sorte que cette faveur ne consisterait pas en ce que l'un saurait une langue


et l'autre une autre langue, mais en ce que chacun en particulier les saurait toutes et les pourrait parler toutes.

Enfin, ces langues se vinrent arrêter et reposer sur ces bienheureux Apôtres, pour marquer que la grâce que le Saint-Esprit leur apportait serait stable et permanente, et qu'ils ne la perdraient jamais; 20 que cette grâce soutiendrait et fortifierait tellement leurs esprits, que les bons succès ne seraient pas capables de les élever, ni les mauvais de les abattre et de les décourager, et qu'elle entretiendrait au fond de leur âme un calme et une paix continuelle, qui ne pourrait être troublée ni par la grandeur de leurs occupations, ni par la multitude de leurs traverses et de leurs afflictions. Enfin, qu'elle les rendrait graves, sérieux et tranquilles, et bannirait de leur conversation et de leur conduite toute sorte de légèreté, d'immodestie et de précipitation. Quelques autres ont cru que ces langues se reposèrent sur leurs bouches; mais le sentiment commun des saints Pères est qu'elles se reposèrent sur leurs têtes, comme pour les établir docteurs, et pour signifier que leur esprit serait toujours élevé à Dieu par la sublimité de leur contemplation et par la pureté de leurs désirs et de leurs intentions.

Aussitôt que les Apôtres eurent reçu le Saint-Esprit avec cette admirable plénitude, ils firent voir, ce que saint Ambroise a écrit depuis, que la grâce du Saint-Esprit ne saurait souffrir de retardement car ils sortirent en pleine rue, et commencèrent à publier devant tout le monde les merveilles de la puissance et de la bonté de Dieu, et surtout celles qu'il avait fait paraître dans les mystères de l'Incarnation de son Fils et de notre Rédemption. Et, comme il s'assembla autour d'eux des Juifs de plus de dixsept nations, et de dix-sept langues différentes, ils s'expliquèrent en toutes ces langues pour se faire entendre des assistants, l'un parlant une langue et l'autre une autre langue, et les mêmes parlant tantôt l'une et tantôt l'autre, selon que le Saint-Esprit qui les possédait et les gouvernait les leur faisait parler. Nous croyons aussi qu'il s'est pu faire qu'un Apôtre, ne parlant qu'une langue, fût entendu de plusieurs auditeurs de divers pays et de diverses langues, comme s'il parlait chacune de leurs langues, et nous nous persuadons que cela arriva en ce jour de la Pentecôte, lorsque saint Pierre harangua toute cette grande assemblée; car autrement il n'eût été entendu que des Juifs naturels, et n'eût pas fait connaître à toutes les nations les mystères de la prédication évangélique.

Puisque nous lisons dans l'histoire de quelques Saints, par exemple de saint Vincent Ferrier et de saint François Xavier, que ce miracle est arrivé lorsqu'ils prêchaient à des auditeurs de plusieurs langues, nous devons croire, à plus forte raison, qu'il est arrivé dans la prédication des Apôtres et surtout dans cette première, qui était comme la semence de la foi de tous les peuples. Mais il se faut bien garder de croire que ce fut en cela que consista le don des langues, puisque ce don était une grâce propre au prédicateur, et, qu'au contraire, ce miracle ne s'exerçait que dans les sens et dans l'esprit des auditeurs. Comme l'o'-gueil des hommes qui bâtissaient la tour de Babel, dit saint Augustin, fut cause de la division des langues, l'humilité des disciples que Dieu avait destinés à être fondateurs de l'Eglise chrétienne, fut cause de leur réunion et, comme l'esprit d'arrogance, d'une seule langue en avait fait au moins soixante-douze, selon le témoignage du même saint Augustin et de saint Epiphane, le Saint-Esprit, qui est un esprit de simplicité, les réunit toutes ensemble avec celles qui avaient é),é inventées depuis, pour les faire servir au grand ouvrage de la conversion


du monde. Les auditeurs, étonnés de cette merveille, et n'en pouvant reconnaître la cause, se disaient entre eux « Qu'est-ce que nous voyons? a D'autres, moins religieux, s'en moquaient et reprochaient aux Apôtres qu'ils étaient ivres et pleins de vin nouveau cela était véritable en un sens, c'est-à-dire de l'ivresse spirituelle et de ce vin céleste qui fait oublier toutes les choses de la terre, pour se reposer suavement en Dieu. Néanmoins, saint Pierre, prenant la parole~pour tous, fit voir que cette accusation n'avait aucun fondement, puisqu'il n'était encore que trois heures du jour, c'est-à-dire huit à neuf heures du matin il faisait en cela allusion à une coutume reçue comme loi parmi les Juifs, de ne manger aux jours de fête qu'à l'heure de sexte, c'est-à-dire à midi. H parla aussi de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Nôtre-Seigneur, et de la venue du Saint-Esprit, dont ils voyaient les grands effets prédits par le prophète Joël. Puis, exhortant toute cette foule à ouvrir les yeux à la vérité et à reconnaître Jésus-Christ pour le vrai Messie qu'ils attendaient, il fut assez heureux pour convertir trois mille personnes, qui embrassèrent la foi eL se joignirent aux Apôtres et aux disciples.

Nous avons déjà parlé, en passant, et à l'occasion des symboles sous lesquels le Saint-Esprit est descendu sur ces hommes divins, des effet. merveilleux qu'il a produits dans leurs âmes il faut maintenant en parler exprès et en dire quelque chose de particulier. Premièrement, il remplit leurs esprits d'une lumière admirable il leur fit connaître avec beaucoup de clarté, autant qu'on le peut en cette vie, les perfections ineffables de la divinité, et tous ces grands mystères qu'ils devaient annoncer au monde et confier à la foi et à la doctrine de l'Eglise ce qu'il fit en un seul instant, parce que, comme dit saint Léon, lorsque c'est Dieu qui enseigne, on a bientôt appris ce qui est enseigné. De plus, il écrivit, sur les tables de leurs cœurs, la loi de la grâce et de l'Evangile, leur inspirant, en même temps, l'amour de cette loi, et leur donnant les secours et les forces nécessaires pour l'observer. En cela, cette loi était bien différente de la loi ancienne, qui ne fut écrite que sur des tables de pierre, et n'apportait avec soi nul secours, mais se contentait de défendre et d'ordonner. Aussi saint Augustin dit-il que la loi ancienne a été donnée afin que l'on cherchât la grâce; et que la grâce a été donnée afin que l'on pût observer cette loi; et saint Léon, que la loi ancienne était la préparation de la grâce, et que la grâce ou l'Evangile a été la perfection de la même loi. Mais le principal effet du Saint-Esprit dans le cœur des Apôtres, fut un grand brasier du divin amour qu'il y alluma, de sorte que, s'ils eussent eu mille vies, ils les eussent volontiers données et sacrifiées toutes pour la gloire et pour le service de Dieu. Et de là naissait aussi en eux un désir insatiable que Dieu fût connu, aimé et honoré par tout le monde, et un zèle si ardent du salut du prochain que chacun d'eux eût été content d'être anathème et exclu de Jésus-Christ, c'est-à-dire privé de ses faveurs particulières et comme rejeté et abandonné par lui, pour sauver une seule âme, comme saint Paul témoigne qu'il l'avait souhaité lui-même. Aussi ces pauvres pêcheurs, qui, au temps de la passion, s'étaient enfuis et avaient délaissé leur Maître, et qui, depuis ce tempslà, s'étaient toujours enfermés par la crainte des Juifs, paraissent maintenant très-librement en public, et prêchent hardiment devant tout le monde la divinité de Jésus crucifié et saint Pierre, qui n'avait pu supporter le petit reproche d'une servante, et s'était laissé aller à renier son Sauveur pour en éviter la honte, s'expose maintenant, avec un courage invincible, à la fureur des prêtres, des scribes et des pharisiens pris et cruellement


fouetté avec ses compagnons, et menacé des plus grands supplices, il méprise toutes ces menaces, fait trophée de toutes ces ignominies, et est tout comblé de joie d'avoir l'honneur de souffrir quelque chose pour le nom et la gloire de Jésus.

Mais si les effets que le Saint-Esprit a produits dans l'âme des Apôtres sont si prodigieux, ceux qu'il a produits dans le monde par leur moyen ne le sont pas moins chose surprenante t ces douze hommes, pauvres gens de la lie du peuple, n'ayant ni science, ni subtilité, ni éloquence, n'étant appuyés ni par les princes ni par les grands de la terre, ont vaincu les plus grands philosophes, les plus puissants orateurs, les plus adroits politiques et les monarques les plus terribles en mourant avec ignominie et comme des malfaiteurs, ils ont triomphé de la mort, surmonté ceux qui les faisaient mourir, donné la vie à une infinité de peuples, ruiné l'empire de Satan, et brisé le sceptre qu'il avait tyranniquement usurpé, en se faisant bâtir des temples et offrir de l'encens comme à un Dieu; enfin, ils ont changé le cœur des nations ils leur ont fait croire qu'un homme crucifié était le vrai Dieu, et qu'ils le devaient adorer pour tel ils leur ont fait embrasser une morale et une conduite de vie entièrement opposées aux inclinations de leur nature et à leurs coutumes les plus invétérées. Au reste, il ne se faut pas persuader que le Saint-Esprit ne se soit communiqué qu'aux seuls Apôtres et aux disciples qui étaient de leur compagnie, et que ses effets aient pris fin avec leur vie car il est constant qu'il a toujours résidé et qu'il résidera toujours dans son Eglise, suivant cette promesse de Nôtre-Seigneur « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur pour demeurer avec vous a jamais ». (Jean, xix, 16.) Il est dans cette Eglise comme l'âme est dans le corps et comme l'esprit est dans l'âme, parce qu'il lui donne la vie, la meut, l'instruit, l'échauffé, la gouvern,e, la forLiiie et fait en elle, à proportion, les mêmes fonctions que Famé et l'esprit font en l'homme. De plus, il vient encore chaque jour en nos âmes pour les vivifier et les sanctifier par sa grâce. Car il faut savoir qu'il y a deux sortes de missions, de venues et d'entrées du Saint-Esprit l'une visible et l'autre invisible. La visible s'est faite le jour de la Pentecôte, avec un vent impétueux, avec des langues de feu et d'autres miracles, moins nécessaires pour les Apôtres, à qui le Saint-Esprit était envoyé, que pour nous, qui devions croire par leur prédication saint Bernard le reconnaît par ces paroles: «Pourquoi Dieu donna-t-il aux Apôtres les langues des nations, si ce n'est pour la conversion des mêmes nations ? » (Serm. de la pénitence.) Quant à la mission invisible, elle dure toujours; car toutes les fois que les pécheurs sont justifiés, soit par les Sacrements, soit par des actes de contrition ou d'amour de Dieu, toutes les fois que les justes reçoivent une nouvelle augmentation ou dilatation de leur grâce, il se fait en eux une nouvelle mission, une nouvelle descente du Saint-Esprit. Et cette mission invisible est plus excellente que la visible, considérée comme telle et selon ses effets purement extérieurs, qui ne sont que des grâces gratuitement données et qui ne regardent que le salut d'autrui. Kotre-Seigneur nous a insinué cette belle vérité, lorsqu'il a dit « Celui qui m'aime gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui u. (Jean, xiv, 23.) Car il est certain que le Saint-Esprit vient dans une âme que le Père et le Fils honorent de leur présence ces trois personnes étant inséparables l'une de l'autre, et nulle no pouvant se rendre présente en un lieu, que les autres ne s'y trouvent pareillement. Mais il ne faut pas croire que le Saint-Esprit n'y vienne


que par l'effusion de ses dons il y vient par sa propre personne, se rendant de nouveau présent à l'âme qui passe de l'état du péché à celui de la grâce, ou d'une grâce faible et languissante à une grâce plus noble et plus vigoureuse. Il est dans cette âme, comme un soleil dans le monde, pour l'éclairer comme un roi dans ses Etats pour les gouverner; comme un père de famille'dans sa maison pour larégler comme un précepteur dans son école pour l'instruire, et comme un jardinier dans son parterre pour le cultiver. II y est encore comme un monarque sur son trône pour y faire paraître sa magnificence et l'éclat de sa majesté comme un Dieu dans son temple pour recevoir des adorations et des prières, et comme un époux bien-aimé avec son épouse, pour recevoir ses embrassements et la faire jouir de ses délices. C'est lui qui, s'insinuant doucement dans nos cœurs, nous donne du dégoût pour toutes les choses de la terre, et de l'amour pour toutes ies choses du ciel qui nous fait aimer ce que nous avions le plus en horreur, et avoir en horreur ce que nous aimions le plus passionnément; qui éteint nos convoitises, réforme nos appétits, règle nos sentiments et gouverne toutes nos puissances.

Le Saint-Esprit, dit saint Jean Chrysostome (Serm. de la pénitence), est la réformation de notre ressemblance avec Dieu, la perfection de notre entendement et le rétablissement de notre âme affaiblie et déchue par le péché. Il est l'auteur de notre foi divine, le soleil de notre esprit, la lumière de notre homme intérieur et le flambeau qui luit dans nos cœurs. Il est la richesse des enfants de Dieu, le trésor des biens éternels, l'assurance et le gage du royaume des cieux, les prémices de cette vie qui ne finira jamais, et le sceau de la grâce du baptême. C'est le Saint-Esprit qui nous donne la confiance que nous sommes adoptés de Dieu pour ses enfants qui unittrësétroitement nos cœurs à Jésus-Christ; qui, les ayant unis, leur sert d:aliment, et qui nous conjoint et nous lie tous ensemble, comme en Jésus-Christ. C'est lui-même qui remplit nos âmes de joie, qui fait tressaillir nos cœurs d'allégresse et qui envoie continuellement sur nous les gouttes de sa divine rosée. C'est lui encore qui console les affligés, qui dissipe la tristesse, qui met l'esprit dans un calme et un repos véritable, qui communique la sagesse, qui ouvre les trésors de la prudence et qui fait prédire les choses à venir. Par le Saint-Esprit, les Prophètes sont illuminés, les ignorants sont remplis des plus hautes sciences, les rois sont oints, les prêtres sont ordonnés, les docteurs sont gradués, les églises sont sanctifiées, les autels sont érigés, l'huile sainte est consacrée, les eaux sont purifiées, les esprits immondes sont chassés et les maladies sont guéries. Voilà ce que dit ce très-éloquent docteur. L'Eglise, remplie des mômes sentiments, implorant aujourd'hui le secours du Saint-Esprit par sa descente bienheureuse, lui donne, dans la prose de la messe, le titre de Père des pauvres, de distributeur des dons et de Lumière des cœurs. Elle l'appelle trèsbon Consolateur, très-doux Hôte de l'âme et son rafraîchissement trèsagréable. Elle lui dit qu'il est le repos dans les travaux, la modération dans les ardeurs trop violentes, et le soulagement dans l'oppression et dans les larmes. Elle ajoute que sans lui l'homme est nu, désarmé et exposé aux insultes de ses ennemis, mais qu'au contraire, celui qui est éclairé de sa lumière et fortifié de son secours, marche dans les voies de son salut et est invincible aux puissances de l'enfer.

Disposons-nous donc à recevoir cette divine et adorable Personne par une très-haute estime de son excellence, par un désir très-ardent de la posséder, par un parfait détachement des biens de ce monde et des plaisirs sensuels,


et par une grande pureté d'esprit et de cœur. Prions-la elle-même avec beaucoup d'humilité, de ferveur et de persévérance de venir visiter notre âme, d'y établir pour toujours sa demeure, et de l'enrichir de ses grâces et de ses bénédictions. Quant à la maison où le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres et sur les disciples, on croit que c'était la maison d'une sainte femme appelée Marie, mère de saint Jean, surnommé Marc, qui était du nombre des disciples et qui accompagna, depuis, saint Paul et saint Barnabe dans la prédication de l'Evangile. C'était là que Notre-Seigneur avait fait sa dernière Pâque et institué le sacrement adorable de la très-sainte Eucharistie; là. il était apparu à ses Apôtres le jour même de sa résurrection et encore huit jours après; là saint Pierre vint trouver les fidèles assemblés après qu'il eut été délivré, par un ange, des prisons d'Hérode. L'impératrice sainte Hélène y fit bâtir, dans la suite, la très-sainte Sion, une belle église de Jérusalem, que les actes de saint Barnabé, rapportés par Surius, le onzième de juin, appellentla plus grande de toutes les églises de cette ville, et que saint Cyrille appelle leur maîtresse. Saint Jérôme et le vénérable Bède disent que l'on y mit la colonne à laquelle Notre-Seigneur avait été lié pour la flagellation. Elle fut ruinée, pour la première fois, par les Maures, l'an 1460, et, ayant été réparée par les libéralités de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, elle le fut encore une autre fois par ces mêmes infidèles, peu d'années après de sorte que l'on n'y voit présentement que de tristes restes de ce grand et superbe édifice que cette pieuse impératrice, mère du grand Constantin, y avait fait élever.

Il est aisé de conclure de ce que saint Luc rapporte aux actes des Apôtres, que la sainte Vierge et les saintes femmes qui avaient suivi NotreSeigneur pendant sa vie et l'avaient vu monter au ciel, étaient présentes à la descente du Saint-Esprit; car il est dit qu'après cette glorieuse ascension, elles se retirèrent toutes, avec les Apôtres et un grand nombre de disciples, dans une même maison, et qu'elles y passèrent les jours et les nuits en prière c'était pour se disposer à recevoir cette divine Personne que Nôtre-Seigneur avait promise à toute son Eglise. Mais nous nous réservons de traiter plus au long cette matière dans la vie de la sainte Vierge.


Le livre de la Genèse nous.apprend que Dieu, au quatrième jour de la création du monde, forma deux grands luminaires dans le ciel un plus grand, qui est le soleil, pour présider au jour; et un moindre qui est la lune, pour présider à la nuit. C'était une figure de ce qu'il devait faire dans l'ouvrage de la rédemption des hommes et de la réparation de l'univers, et de ce qu'il a effectivement accompli lorsqu'il a donné Jésus et Marie au monde Jésus, comme la souveraine lumière de 'l'Eglise, le premier et le plus éclatant flambeau de nos âmes, et le véritable soleil de justice, de qui toute autre lumière dérive et Marie, comme une belle lune incapable de changement et d'éclipse, et exempte de toute tache une lune bienfaisante qui réfléchit heureusement sur nous les rayons de cet admirable soleil. Donc, il est juste qu'après avoir mis dans cette 7~M'<o:e des Saints, la vie en abrégé de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous fassions de même pour celle de Marie, sa très-sainte mère, et notre auguste dame et maîtresse. Il est vrai que nous la donnons tout entière dans l'explication des mystères qui la composent, savoir: de sa Conception, de sa Nativité, de sa Présentation au temple, de son chaste mariage avec saint Joseph, de son Annonciation et de l'Incarnation du Fils de Dieu dans son sein immaculé, de son Enfantement, de sa Purification, de sa Fuite en Egypte, de son retour à Nazareth, de la perte qu'elle fi de son fils à l'âge de douze ans et

DE LA

TRES-SAINTE VIERGE MARIE

MÈRE DE DIEU,

REINE DES ANGES ET DE TOUS LES SAINTS

Vtï'yo Maria, non est ~'&~ .<M?ï7!? t~fa

~ttHM)!f7o!'M~e~MK~'ere~.

~o~utro~Œ,

~?'a~SM<Ht,

Ora pro nobis, <aKc<a Dei GeK!'<rt'

0 vierge Marie, il n'y a pas de femme semblatic à

vous dans te monde. Vous êtes comme une l'ose

fleuric, comme un lis parfumé. Priez pour nous,

sainte Mère de Dieu.

Antienne de la Liturgie dominicaine.

VIE


VIE DE LA TR&S-SAfKTK VIERGE MARIE.

dn bonheur qu'elle eut de le retrouver, de ses douleurs au temps de sa passion, de la part qu'elle eut à sa Résurrection, à son Ascension et à la descente du Saint-Esprit, et enfin de son précieux décès et de son Assomption dans le ciel. Mais, comme les discours que nous avons faits sur ces sujets sont séparés les uns des autres, et qu'ils ne sont pas même dans l'ordre du temps où les mystères ont été accomplis, mais dans celui des jours où l'Eglise en solennise la mémoire, il n'est pas hors de propos de faire ici un corps entier de cette vie précieuse, que l'on ne peut lire assez souvent, et dont nous devons perpétuellement conserver la mémoire. Pour la voir dans toute son étendue, il ne faut pas nous borner au temps dans lequel Marie est née de saint Joachim et de sainte Anne, ce qui n'est arrivé qu'environ quatre mille ans après la création du monde ni à celui auquel elle a vécu et conversé sur la terre, ce qui n'a duré au plus que soixante-douze ans mais il la faut considérer dans la suite de tous les siècles qui l'ont précédée, où elle a toujours eu ses figures et ses ébauches, et même la rechercher dans le point immuable de l'éternité, où, par son élection et sa prédestination, elle a commencé d'être sans commencement, et a reçu une vie immortelle en Dieu avant de recevoir une vie mortelle en elle-même. Il est vrai que ce n'est pas une chose particulière à cette auguste Vierge d'être élue et prédestinée de toute éternité, puisque cette faveur convient à tous les Saints l'élection et la prédestination étant des actes intérieurs et immanents de l'entendement et de la volonté de Dieu, elles ne peuvent être qu'éternelles. Mais la prédestination de Marie a trois prérogatives qui l'élëvent admirablement au-dessus de la prédestination des autres Saints.

D'abord, comme le terme de la prédestination de Jésus-Christ en tant qu'homme n'a pas été la béatitude et la vie éternelle, qui est la fin de la prédestination des autres hommes, mais la filiation naturelle de Dieu, dont cette béatitude ne peut être qu'une suite et un apanage, selon ces paroles de saint Paul ~~M~'Ks~Ms est jpY/;MS Dei in ~r~e « il a été prédestiné à être le Fils de Dieu en vertu ') de même, le terme de la prédestination de la sainte Vierge n'a pas été la grâce et la gloire avec les opérations qui leur appartiennent, mais l'état singulier et incomparable de la maternité divine, dont ces opérations de grâce et de gloire ne sont que les fruits et les ornements de sorte que nous devons dire d'elle, par rapport à ce que l'Apôtre dit de son Fils .P~e~z'Ha~a est ~a~er Dei in virtute; « elle a

été prédestinée à être mère de Dieu en vertu '). Aussi les saints Pères ont toujours considéré cette éminente dignité de Mère de Dieu comme la source, la mesure et la fin de toutes ses perfections, et, lorsqu'ils veulent parler de la plénitude de sa grâce et de l'immensité de sa gloire, ils ont aussitôt recours à ce principe comme à une règle infaillible, sur laquelle on doit juger quelle abondance de sainteté et de bonheur lui a été donnée. Et les évangélistes mêmes, qui pouvaient s'étendre fort au long sur les mérites et les louanges de cette auguste Reine, ont jugé que cela n'était point nécessaire, et qu'en disant que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, était né de son sein virginal, et qu'il la reconnaît pour sa mère, de qua natus est Jesus, qui !;oca~tM' 67<M~, ils en disaient en abrégé tout le bien que l'on en pouvait dire.

Ensuite sa prédestination est si étroitement liée avec celle de JésusChrist, son divin Fils, que ces deux prédestinations ne semblent être qu'une seule prédestination. En effet, lorsque le Père éternel a fait le décret -de l'Incarnation du Verbe, qui est le même que celui de la prédestinaLion de


Jésus-Christ, il ne l'a pas fait seulement en commun et d'une manière indéterminée, c'est-à-dire sans résoudre si le Verbe prendrait un corps mortel ou immortel, et s'il viendrait au monde par voie de génération en naissant d'une mère, ou par voie de simple création, en se formant un corps et une nature humaine, indépendamment des causes secondes mais il a déterminé tout d'un coup, et dans le même signe de sa volonté, qu'il se ferait fils de l'homme, qu'il s'incarnerait dans le sein d'une mère, et qu'il y prendrait une chair passible et mortelle pour racheter le genre humain; car, ce qui fait que souvent nous ne formons nos desseins qu'en général, et sans en marquer les particularités, c'est que nous ignorons encore le moment le plus propre et le plus convenable de les exécuter, et que nous avons besoin de temps, de délibération et de conseil pour découvrir de quelle sorte nous les accomplissons plus utilement et plus parfaitement. Donc, puisque Dieu, par l'infinie pénétration de son entendement et par l'immensité de cette science que les théologiens appellent de simple intelligence, a toujours connu toutes les manières dont il pouvait faire ou accomplir ses décrets, et tous les motifs et les raisons de le faire de telle et telle manière, sans qu'il y ait jamais eu un seul instant de raison où rien de tout cela lui ait été caché, il est impossible d'admettre aucune suspension, aucune indétermination dans ses décrets; il faut nécessairement reconnaître qu'il n'a jamais résolu l'incarnation de son Fils, sans résoudre aussi qu'il aurait une chair passible, qu'il serait fils de l'homme et qu'il prendrait naissance d'une mère. Ainsi, il est aisé de voir que le décret de l'incarnation a toujours enfermé celui de la maternité divine, et que la prédestination de Jésus-Christ est, dans l'éternité, si étroitement liée avec la prédestination de Marie, que, comme Marie n'a été que pour Jésus-Christ, ainsi JésusChrist n'a jamais été prédestiné qu'avec Marie. C'est ce qui nous doit encore faire reconnaître que Jésus et Marie ont toujours été ensemble, et n'ont jamais été séparés ensemble dans le temps, ensemble dans l'éternité ensemble dans la consommation des siècles; ensemble dans l'exécution des œuvres de Dieu ensemble dans le conseil éternel de la volonté do Dieu. Aussi nous ne les devons jamais séparer, nous devons aller à Jésus par Marie, et toutes nos affections doivent tendre indivisiblement à Jésus et à Marie, suivant cette parole de l'Evangile « Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a conjoint ').

La troisième prérogative de la prédestination de Marie, qui suit évidemment les deux précédentes, c'est que, comme Notre-Seigneur est absolument le premier de tous les prédestinés, selon la doctrine de saint Paul qui dit, dans l'épître aux Ephésiens, que « nous n'avons été prédestinés qu'en lui, par lui et pour lui ;) et dans celle aux Romains, c que nous n'avons été prédestinés que par conformité à sa prédestination )) de même la sainte Vierge est la première prédestinée de toutes les simples créatures, sa prédestination étant dans le même signe que la prédestination de son Fils. Voilà pourquoi la sainte Eglise, conduite en toutes ses actions par les mouvements et l'inspiration du Saint-Esprit, ne fait point difficulté d'appliquer à Marie les textes de l'Ecriture, que les saints Pères expliquent ordinairement de la sagesse incréée selon sa naissance divine, ou de la sagesse incarnée, selon son éternelle prédestination. Aux Proverbes, chap. vm « Le Seigneur m'a possédée dans le commencement de ses voies,-lorsqu'il n'avait encore rien fait hors de lui-même. J'ai été ordonnée de toute éternité, et avant que la terre fût produite les abîmes n'étaient pas encore, ni les sources des eaux, ni les mtmtagues, ni les collines, que j'étais déjà


conçue et enfantée )'. Et dans l'Ecclésiastique, chap. xxiv « Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première-née avant toutes les créatures ». Nous pouvons aussi dire d'elle, selon son élection et sa prédestination, ce que le disciple bien-aimé dit de son Fils, selon sa première naissance dans .le sein de son Père « Au commencement était Marie, et Marie était en Dieu ». Elle n'y était point par son être naturel, mais elle y était par son être idéal, par l'amour que Dieu avait pour elle, par le dessein qu'il formait de la produire, par le choix qu'il faisait de sa personne pour mère de son Fils, et pour le canal précieux qui ferait couler sur nous toutes ses grâces, par sa prédestination à l'état incomparable de vierge-mëre et de mère-vierge, et par la complaisance qu'i] prenait en elle dans la vue de ses beautés et de ses perfections.

C'est en cet état que Marie a été une éternité tout entière elle y a, dis-je, été l'objet de l'amour de Dieu, le sujet de ses joies et de ses divins plaisirs, et le terme de son élection et de sa prédestination, mais d'une prédestination suprême, et au-dessus de la prédestination des autres Saints. Elle n'était pas vivante en elle-même, mais elle était vivante en Dieu et elle y était vivante et vie par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, dont elle devait être la Mère dans la plénitude des temps. Ajoutons, après le Sage, que c'est pour elle et dans la vue de sa gloire, que Dieu a préparé et prédestiné tout ce qui est au ciel et sur la terre. Il est vrai que Jésus-Christ, son Fils, en est la fin principale, Dieu n'ayant rien fait ni rien disposé dans ses décrets que pour le rendre plus glorieux. Mais Marie, qui lui est si étroitemcnt unie et qui participe, autant qu'il est possible, à ses excellences, en esL, après lui, le grand motif; de sorte qu'il n'y a point de prédestiné qni ne lui soit redevable de ce qu'il est et du bonheur de sa prédestination. C'est en ce sens que, selon l'explication de l'Eglise, Marie dit encore dans les Proverbes J'était présente quand Dieu se préparait à produire les cieux, quand il donnait les lois aux abîmes et qu'il les environnait tout autour d'un rempart pour les arrêter, quand il affermissait l'air pour soutenir les nues et qu'il pesait les fontaines des eaux je composais tout avec lui, et je me réjouissais perpétuellement en sa présence ». Et dans l'Ecclésiastique M C'est moi qui ai fait naître la lumière dans le ciel, et qui ai couvert toute la terre comme une nuée H. Elle n'était pas encore en sa propre substance; mais elle était dans la vue de Dieu, qui n'a pas jugé qu'un monde entier, avec toutes ses parties, fût trop pour honorer une si grande Reine qu'il destinait à être la Mère de l'auteur de toutes choses. Passons maintenant de l'éternité au temps, et de la préparation des créatures à la production des mêmes créatures. Marie, à la vérité, n'a été conçue et enfantée par sainte Anne que dans la suite des siècles mais il n'y a point de siècle du monde où elle n'ait été promise, ou prédite, ou figurée. Elle a été promise aux Patriarches, elle a été prédite par les Prophètes, elle a été figurée par les plus beaux mystères, et les plus illustres personnes de la loi de nature et de la loi écrite. C'est elle que Dieu promit à Adam, lorsque se tournant vers le serpent, il lui dit « Je mettrai des inimitiés entre toi et là femme, entre ta semence et la sienne elle écrasera ta tête et tu lui dresseras des embûches par derrière '). C'est elle qu'il promit à Abraham, à Isaac, à Jacob et à David, lorsqu' « il les assura qu'il leur viendrait un Sauveur qui serait de leur propre semence, c'est-à-dire qui naîtrait de l'une de leurs filles )'. C'est d'elle que parlait le prophète Isaïe, lorsqu'il disait qu'il naîtrait de la racine de Jessé une Vierge qui donnerait une fleur admirable, sur laquelle l'esprit du Seigneur se reposerait; et


ailleurs, qu'une Vierge concevrait et enfanterait un fils que l'on appellerait Emmanuel; et le prophète Jérémie, lorsqu'il disait que Dieu ferait une grande nouveauté sur la terre « qu'une femme porterait dans son sein un homme », c'est-à-dire un enfant qui, dans les faiblesses de l'enfance, aurait toutes les perfections d'un homme.

C'est encore la sainte Vierge que l'une et l'autre loi ont représentée par une infinité d'ombres et d'images, selon le dessein du Saint-Esprit, qui a voulu que ces deux lois fussent le crayon, la montre et l'ébauche de la loi de grâce. Aussi voyons-nous encore que les saints Pères et les théologiens, tant anciens que modernes, approprient à Marie tout ce qu'il y a d'honorable et d'éclatant dans les figures de l'Ancien Testament. C'est en ce sens qu'ils l'appellent l'Eden et le Jardin des Délices, où le nouvel Adam a choisi sa plus agréable demeure l'Arbre de vie, planté au milieu du paradis qui, seul, a été digne de porter le fruit du salut; la Fontaine très-claire qui est née de la terre pour en arroser toute la surface; l'Arche de Noé, et même une Arche, et plus large, et plus longue, et plus illustre que celle de Noé, par laquelle le monde a été sauvé du déluge du péché l'Arc-en-Ciel, qui nous assure de notre paix et de notre réconciliation avec Dieu l'échelle de Jacob, par laquelle on monte dans le ciel; la mer Rouge, où le Pharaon spirituel a été submergé; le Tabernacle, la Maison et le Temple de Dieu, où il habite dans toute sa gloire l'Arche de la nouvelle alliance, où se trouvent les tables, la verge fleurie et la manne descendue du ciel l'Autel des sacrifices, où Jésus, la victime du monde, s'est offert à son Père éternel le Propitiatoire de la terre, qui soulage tous ceux qui sont dans la peine; la Table des pains de proposition, où le pain de vie a reposé devant la face du Seigneur; le Chandelier d'or orné des sept dons du Saint-Esprit, comme de sept branches qui rendent une admirable lumière; la Coupe sacrée, qui nous a servi le vin qui purifie et consacre les vierges la Toison de Gédéon, qui a été trempée de la rosée de la grâce, tandis que toute la terre en était privée, et qui est demeurée sèche tandis que tout le reste du monde était, pour ainsi dire, chargé de la vapeur du péché; la Tour de David environnée de mille boucliers; le Trône de Salomon, qui n'a point son semblable dans tous les royaumes le Lit du roi pacifique gardé par soixante forts; le Chariot de feu où le véritable Elie est monté; la Nuée mystique qui a annoncé la fécondité à la terre; la Porte toujours fermée, par laquelle le seul Tout-Puissant a eu droit de passer; la Fournaise ardente où le Fils de Dieu a paru; la Piscine prob:tique qui guérit ceux qui s'y plongent. Il y a encore beaucoup d'autres figures que les mêmes saints docteurs lui approprient, et qui font voir que tous les siècles qui ont devancé l'Incarnation n'ont été qu'une peinture continuelle de Marie. C'est elle enfin qui a été figurée par toutes ces saintes femmes dont nous avons l'éloge dans la suite de l'Histoire sainte par la sage Rébecca, par la belle Rachel, par la pieuse Marie, sœur de Moïse; par la généreuse Jahel, qui tua de sa main Sisara, général des Chananéens; par la prophétesse Débora, qui marchait à la tête des armées de Dieu par la vertueuse Anne, mère de Samuel; par la prudente Abigaïl, qui préserva sa maison de la fureur de David par l'aimable Abisag, mariée et vierge par la chaste Judith, qui coupa la tête à Holopherne par la sainte reine Esther, qui fit mourir le superbe Aman et apaisa la colère d'Assuérus contre son peuple, et plusieurs autres, dont les perfections ont été heureusement réunies en Marie.

La plénitude des temps étant venue où, après tant de promesses, de


VIE DE LA TRÈS- SAINTE VIERGE MARIE.

prédictions et de figures, le mystère de l'Incarnation devait s'accomplir, Dieu, qui avait destiné saint Joachim et sainte Anne à être le père et la mère de cette incomparable Vierge, les fit s'unir par les liens du mariage, afin qu'ils pussent porter le fruit que tous les siècles et toutes les nations attendaient avec tant d'impatience. Cependant ils demeurèrent longtemps stériles, parce que, comme dit saint Jean Damascène, la nature sentant que cet ouvrage était au-dessus de ses forces, n'osa pas prévenir la grâce et se retira toute tremblante, jusqu'à ce qu'elle fût fortifiée et comme ressuscitée par la puissance de Dieu. Aussi était-il raisonnable qu'un aussi grand miracle, Marie, ne fût conçue que par miracle, et que celle qui était tellement au-dessus des autres hommes eût quelque chose de singulier et d'extraordinaire en sa génération. Joachim et Anne, se sentant stériles, eurent recours à Dieu par l'oraison pour être délivrés de ce mal, qui était un grand sujet de mépris parmi les Juifs. Vingt ans se passèrent sans qu'ils pussent obtenir ce qu'ils demandaient et quoique leurs larmes fussent continuelles, quoiqu'ils eussent fait trois portions de leurs biens, ne s'en réservant qu'une pour eux, distribuant les deux autres aux officiers du temple et aux pauvres, qu'ils considéraient comme les enfants de Dieu, le ciel, néanmoins, semblait être insensible à leurs prières. Enfin, étant un jour venus à Jérusalem pour y célébrer la Dédicace du temple, et s'y voyant rebutés par le grand prêtre pour leur stérilité, ils firent vœu à Dieu, s'il leur donnait un enfant, de le consacrer a son service, et se retirèrent séparément en solitude Joachim sur une montagne, où ses bergers paissaient ses troupeaux, et Anne dans son jardin, où elle s'était fait un lieu d'oraison; ils y redoublèrent leurs gémissements et leurs instances. Alors Dieu les exauça, et leur envoya un ange qui les avertit du bonheur qui leur devait arriver il leur dit qu'ils mettraient au monde une fille incomparable qui serait la consolation du peuple d'Israël et la joie de toute la terre. C'est ainsi qu'en parlent saint Epiphane, saint André de Crète, saint Jean Damascène et beaucoup d'autres Anne conçut donc le huitième 1. Joachim descendait de David par 1a branche royale de Salomon et de Roboam, troisième fils de Betluabee; car ces deux branches s'étaient grcn'écs pendant la captivité de Babylone, et réunies par les personnes de SaLithiel, fils de Jéchonias, le dernier roi de Juda, et de Zorobabel, le restaurateur de la nation après la captivité.

Joachim, ou Héli. le saint vieillard dont no'~s parlons, était fils de Mathat, fils de Lëvi, fils de Melchi, nous dit l'c~'ang~iiste s:Lint Luc, et Mcichi était. la quinzième génération depuis Zorobabel. Le même évangéliste nom dira bientôt que la fille bénie de Anne et de Joachim était cousine d'une sainte femme nommée l'Elisabeth, de la famille d'AarGn.

Cette parenté aurait pu venir du côté de Joachim, dont une sœur ou une tante se serait alliée à la famille sacerdotale; mais les traditions la font dériver du côté de Anne. qui était sortie elle-même de la famille sacerdotale, pour s'allier a la famille davidique. Anne aurait été fille d'un prêtre de Bethléem, nommé Matthias, qui eut deux autres filles nommées Sobe et Marie. Sobe devint mère de Salomé, et Marie mère d'Elisabeth. Tels sont les récits d'André de Crète, conformes d'ailleurs aux traditions plus anciennes. V7t'~o!'?'e de la sainte Vierge, par l'abbé Lecanu.

3. Les tr.ditions que nous venons de rappeler ont été fixées des la plus haute antiquité, et consacrées par un monument auquel des événements récents donnent M plus liante importance, l'e~lhc SainteAnne. celle dont la possession contestée a contribué à armer l'Europe en 185.5, et à amener la guerre do Crimée.

Cette église est construite sur l'emplacement do la maison habitée par saint Joaebim et sainte Anne pendant leur séjour ù Jérusalem. Si c'était leur propriété ou un domicile transitoire, l'histoire ne s'explique pas suinsamment à. cet égard, mais les souvenirs se portent de préférence vers un séjour quasi habituel. Par suite des nombreuses vicissitudes qu'a subies l'ëdince, vingt fois renversé, remplace par une voirie, puis relevé pom' être renversé encore, le sol s'est trouvé considérablement exhaussé, et la chambre dans laquelle la di'me mère du Sauveur fut appelée à l'être, est devenue un caveau. Il se trouve place sous le chœur de l'église; les religieux qui vont y dire la messe aux fêtes de la Vierge et de sainte Anne, et les pèlerine qui vont le visiter, no peuvent y pënc'trer que par le moyen d'une échelle. Tantôt église chrétienne, tantôt mosquée, successivement ruinée et relever, l'église Sainte-Anne tomba enfin tout à fait en 1761. En 1R42; Tajar, pacha gouverneur de Jérusalem, fit déblayer la place, et jeter 16~ decambre~ dans la piscine Probatique, dégradant ainsi deux monuments à la fois. En 1S&G, remplace-


jour de décembre de l'année 4037 de la création du monde, ou environ, avec tant de pureté, qu'il n'y eut dans cet excellent fruit aucune souillure qui pût servir de sujet à la concupiscence ni do foyer au péché. C'est ainsi que la divine Marie fut conçue pour concevoir, peu d'années après, d'une manière encore plus noble, et par la seule opération du Saint-Esprit., celui que Dieu conçoit dans l'éternité. Plusieurs docteurs pensent que son corps ne passa pas, comme celui des autres enfants, par la succession des trois formes différentes; il fut, disent-ils, disposé et organisé en très-peu de temps par un miracle de la puissance divine il reçut, le même jour et à la même heure, le don de l'âme raisonnable. Nous avons dit aussi, au huit décembre, que la tache originelle n'eut point de place en cette conception cette âme n'en fut nullement infectée elle se vit, au contraire, au moment de sa création, remplie d'une si grande plénitude de grâce, que celle des anges et des saints, dans leur consommation même, ne lui est pas comparable. Les neuf mois que Marie resta dans le sein de sainte Anne ne furent pas pour elle des mois vides ni un temps inutile elle les passa en des actes intérieurs de toutes les vertus; surtout dans des actes de foi, d'espérance, de charité, de religion, de gratitude, d'humilité et de zèle pour le salut des âmes car ayant reçu, selon la doctrine de saint Bernardin de Sienne, dès le premier instant de son origine, l'usage de la raison avec les sciences, les vertus et les idées nécessaires pour se porter à Dieu, elle en a sans doute usé d'une manière très-excellente elle a employé cette précieuse solitude à s'unir parfaitement à son principe. Après ces neuf mois, elle naquit à Nazareth, le huitième jour de septembre, comme une belle aurore qui annonçait au monde que le soleil de justice était proche, et elle envoya en même temps jusqu'au ciel une odeur si agréable et si charmante, que le Tout-Puissant même en fut ravi, comme elle dit elle-même dans le Cantique des cantiques Dum esset Rex :M accubitu suo nardus mea dedit odorem s!t6t!~a<M. Saint Ildefonse et saint Epiphane pensent que l'ange gardien qui lui fut donné fut saint Gabriel, qui semble avoir été chargé de tout ce qui la touchait. Au bout de huit jours, ses parents firent pour elle la cérémonie sacrée que l'on faisait ordinairement pour les filles, afin de les délivrer du péché originel non pas qu'elle eût besoin de ce remède, parce qu'elle était plus pure que les anges; mais il était à propos qu'elle passât par l'observance de toutes les cérémonies de la religion d'ailleurs, cette cérémonie-là avait encore un autre usage que de remettre le péché, c'était d'incorporer l'enfant à la synagogue et de le mettre en état de participer aux sacrements et aux sacrifices de la loi. Et certes, si Jésus-Christ, son Fils, qui est l'auteur de toute sainteté, s'est cependant soumis à l'observance de la circoncision, et si elle-même, après plus de quarante-quatre ans passés dans une suite continuelle d'actes héroïques, s'est assujétie au baptême du christianisme, comment, dans un temps où l'éminence de sa grâce était inconnue, n'aurait-elle pas reçu le sacrement que toutes les autres filles recevaient pour la rémission du péché originel? Il y eut cependant une différence les autres le recevaient sans connaissance et sans mérite mais Marie, déjà souverainement éclairée, et connaissant par la lumière divine ce qui se faisait autour d'elle, accompagna cette action de tous les actes intérieurs qui lui étaient convenables, et surtout d'une humilité profonde et d'une reconnaissance très-parfaite, meut et le peu de débris qui y restaient furent rendus à la fronce eu vertu des droits qui lui étaient conférés par les metennes capitulations. Maintenant une nouvelle église se relevé au même IIe~. Hisia:re de la mmte Vierge, par l'&bbe Lec~nu.


parce qu'elle savait que si elle était exempte de péché, ce n'était pas par sa nature, mais par la miséricorde infinie de son Dieu, qui l'en avait préservée.

Ce fut en cette même cérémonie qu'elle reçut le nom de Marie, qui, après le nom de Jésus, est le plus doux, le plus charmant et le plus salutaire de tous les noms. Il signifie, en syriaque, dame, maîtresse et souveraine, et en hébreu, étoile de la MM)' pour marquer que cette fille serait la reine des anges et la souveraine de tout l'univers qu'en nous donnant la véritable lumière, elle dissiperait les ténèbres dont la mer orageuse de ce monde était couverte et que ce serait elle-même qui, au milieu des tempêtes de cette vie, nous montrerait le port du salut et qu'enfin, comme dit saint Bernard dans son homélie sur l'Annonciation, elle n'enfanterait pas son fils avec moins de pureté et d'incorruption qu'une étoile produit ces rayons et les répand sur la surface des abîmes. Ce nom ne lui fut pas donné par hasard ni par le choix de ses parents, mais par un ordre du ciel, qui fut signifié à Joachim et à Anne dès le temps que la naissance d'une fille leur fut promise et il est probable que ce fut l'ange Gabriel qui leur déclara qu'ils devaient donner ce nom à leur enfant, comme il dit depuis à Zacharie qu'il devait donner à son fils le nom de Jésus. Le savant et pieux Idiota dit du nom de Marie, que toute la sainte Trinité en a été l'auteur; que tout ce qu'il y a de créatures au cièl, sur la terre et dans les enfers, doit iléchir les genoux à sa prononciation, et que toute langue en doit publier la grâce, la gloire et la vertu souveraine qu'il n'y en a point, après celui de Jésus, qui porte tant de bénédictions et de faveurs; qu'il guérit les malades, éclaire les aveugles, amollit ceux qui sont endormis, récrée et fortifie ceux qui sont fatigués, oint ceux qui combattent contre le péché et délivre enfin du joug du démon.

Après quatre-vingts jours, temps où les mères qui avaient mis une fille au monde se devaient purifier, Marie fut portée au temple par saint Anne et présentée à Dieu pour la première fois. On offrit pour elle le sacrifice ordonné par la loi, et elle s'offrit elle-même à son souverain Seigneur pour accomplir, en toutes choses, tout le temps de sa vie, son adorable volonté. De retour à Nazareth, elle n'y paraissait encore qu'une enfant mais elle était souverainement grande devant Dieu, et elle avait avec lui des communications merveilleuses par l'exercice d'une oraison continuelle. Le lait de sainte Anne nourrissait son corps, mais le lait des consolations divines, avec l'aliment solide des lumières de l'éternité, nourrissait et engraissait son âme et la faisait croître dans la pratique de l'amour divin. Ses parents l'ayant sevrée et la voyant en état de demeurer dans le temple, sous la garde des personnes qui avaient soin d'élever les enfants dévoués à Dieu et de les former au ministère sacré, se sentirent inspirés d'accomplir au plus tôt le vœu qu'ils avaient fait pour l'obtenir du ciel ainsi, quoiqu'elle n'eût encore que trois ans, ils la présentèrent une seconde fois, dans Jérusalem, au pied de l'autel du Seigneur, offrant pour elle un nouveau sacrince Ce fut le vingt et un novembre, jour où l'Eglise 1. Voici les prescriptions de la loi de Moïse relativement h ces sortes de vœux et de consécrations « Si quelqu'un a fait un vœu et engage sa v:e à Dieu, il la rachètera proportionnellement à son a~e depuis un mois jusqu'à cinq ans, pour un garçon cinq sieies, pour une fille trois sicies La même loi établit des vœux irrachetables, dont t'eftet dure a perpétuité, et qu'elle ttppetie c/tfrem Tout ce qui est consacré au Seigneur, soit un homme, un animal ou Un champ, no pourra être vendu, et le vœu ne sera point racheté. Ce qui aura été une fois cnns~crë, sera repute très-saint et la propriété du Seigneur U y avait aussi la consécration du nazaréat, différente de cetles-ci L'homme ou la femme qui auront Mt nu voeu de consécration au Seigneur ou de sanctification, s'abstiendront de vin et de toute iiquenr


honore ce mystère par une solennité particulière ce qui nous a donné sujet d'en traiter plus amplement en cet endroit. Il faudrait avoir l'esprit et la langue des anges pour parler dignement de la vie de Marie dans ce lieu consacré au culte de la Majesté divine. Rien n'était plus ravissant que sa modestie, son humilité, sa patience, sa douceur, son obéissance, son amour pour la retraite, sa sobriété, sa dévotion et sa mortification en toutes choses. Les prêtres et les lévites qui veillaient sur elle en étaient si étonnés qu'ils la regardaient comme un prodige de sainteté et comme le plus grand trésor qui eût jamais été vu dans le temple. Saint Ambroise, au livre second des Vierges, fait une excellente description de toute sa conduite. « Elle était vierge», dit-il, « non-seulement de corps, mais d'esprit, humble de cœur, grave en ses discours, prudente en ses actions elle parlait peu, mais elle s'appliquait beaucoup à la lecture des saintes lettres elle travaillait des mains avec une attention religieuse; lorsqu'elle était obhgée-de dire quelque chose, elle ne le faisait qu'avec une sainte pudeur. Elle ne cherchait point d'autre témoin de ses bonnes œuvres que Dieu seul. Ses jeûnes étaient continuels, et, quand la nécessité l'obligeait de manger elle le faisait avec tant de mortification qu'on voyait bien que c'était pour s empêcher de mourir et non pour goûter aucun plaisir. Elle ne dormait jamais que lorsqu'elle y était obligée par la faiblesse du corps; et tandis même que ses sens étaient assoupis, comme son esprit demeurait toujours éveillé, elle ne laissait pas de repasser ce qu'elle avait lu, ou de continuer ce qu'elle avait commencé avant le sommeit, ou de faire ce qu'elle avait réglé et disposé, ou de prévenir et de marquer par avance ce qu'elle serait ensuite obligée de faire.

Le même saint docteur ajoute qu'elle n'était jamais moins seule que lorsqu'elle paraissait seule, parce qu'elle conversait avec les archanges qui la visitaient souvent, et qu'elle s'entretenait avec les Patriarches et les Prophètes, qui lui parlaient par les Ecritures saintes. D'autres disent qu'elle était extrêmement assidue dans le lieu du temple qui était destiné aux vierges, et qu'elle y passait une grande partie des journées en oraison; et saint Germain, patriarche de Constantinople, assure même que le prêtre Zacharie, père de saint Jean et son cousin, lui donna place dans le sanctuaire, c est-à-dire, dans un endroit du temple où était l'arche et le taber~nev~e' durant le temps marqué par leur Pendant cc même temps, le fer ne pas leur chevelure. Telle est la loi ~t pour toute la durée du temps nxd dan. Je vœu de consécration ». Il ~T' pouvant être perpétuels ou temporaires. 0/v.~en outre, patle~mple de Samson, de J~mie. de saint Jean-liaptiste. que !e nf.zar~tMrr.etJ;et~ queiquefo.su.e vocation imposée de Dieu, et, par celui de Sa,nuei une servitude imposée par les parents. L exemple de ~on et de saint Jean-Baptiste prouve que ic, n~reen., nouent pas tous obligés de servir dans le temple; celui de Samuel, qu'ils y étaient n.,Ms admis dès renfance. s'était sans doute établi à cet égard des coutumes fixes et des re~. deter.uinee.ee des privilèges en faveur de cert.ines&m.Ues et dans certaines conditions; autrement le nombre des enfants consacreT~e de l'autel, part des familles pauvres, serait devenu une charge intolérable pour le

temple.

~n~e:"pre:e~e:°'°" celle de consécration ou du

vent les formalités prescrites.

Cette condition liait la famille seule; les prêtres ne pouvaient l'être d'aucune façon; il leur restait toujours 1. droit et le devoir de juger si le vceu était acceptable et dans quelles conditions. La personne liée par un vœu devait donc en tout état de cause se présenter ou être présentée au ==:~=~/=" en signe de nazaréat, se rachetCl' ou recevoir une consécra-

tiun définitive, Ces artielc3 sont clairs et précis, et il ne re.ste pas de place pour l'interpr6tation.

Or, s'il y eut des excédions et des privii~.iis durent être en faveur des familles davidioue et aaraonite, puisqu'elles étaient leurs membres, seuls capables de se

nourrir des aliments sanctifiés.

tJ~en' ~T"' et chrétienne tradition qui porte que Marie fut présent .u temple à l'a.. de trois ans, en vertu d,,n vœu fait par ses parents, est donc en parfait rapport avec les toi. de Mot e i~ m~ttt* de la nation et les grands exemples déjà donnés. n n..o.a de Mohe, leii


nacle, et que l'on appelait, par respect, le Saint des Saints. Il est vrai que par l'ordonnance portée au Lévitique, chap. xvi, il était défendu à tout autre qu'au grand prêtre d'y entrer. Mais cela s'entendait des solennités et du temps que ce prêtre y était pour faire les fonctions de sa charge, c'està-dire pour offrir la prière du peuple au Sauveur. Le reste du temps il n'était pas absolument défendu d'y entrer, soit par curiosité, pour voir un lieu si auguste soit par nécessité, pour le nettoyer et l'orner soit par dévotion, pour y faire oraison, et on le pouvait permettre à quelques personnes d'une innocence et d'une sainteté trës-éprouvée on peut donc croire que saint Zacharie et les autres prêtres, qui reconnaissaient en Marie quelque chose de divin et au-dessus des plus saintes filles, lui aient permis de s'y retirer quelquefois pour prier auprès de l'arche d'Alliance, qui n'était que sa figure et c'est aussi de cette manière que l'on peut croire que saint Jacques le Mineur y entrait, quoique nous ayons dit en sa vie, selon le sentiment de plusieurs auteurs, que le saint lieu où il avait pouvoir d'entrer n'était que la seconde partie du temple.

Epiphane, prêtre de Constantinople, et saint Anselme, disent qu'on apprit a Marie la langue hébraïque, qui n'était plus alors en usage parmi les Juifs, ce qui lui donna lieu de lire les Ecritures dans leur langue primitive. Et le même Epiphane ajoute qu'on lui montra aussi à travailler en toutes sortes d'ouvrages, qu'elle fit de ses mains sacrées plusieurs ornements pour l'usage des prêtres. Au contraire, le docte Christophe Vega, dans son grand ouvrage qui porte pour titre la Théologie de Marie, estime et prouve qu'elle n'a jamais eu d'autre maître que le Saint-Esprit, ayant reçu de lui immédiatement et par infusion toutes les sciences et tous les arts qui étaient capables d'enrichir son entendement; cela est d'autant plus probable que, selon le principe de saint Bernard, on ne peut pas lui refuser ce qui a été accordé à Adam et à Eve dans l'état d'innocence par exemple, les sciences et les arts, que ces deux auteurs de notre nature reçurent au moment de leur création. Mais, quoique la sainte Vierge ait reçu ces dons par infusion, elle se laissa néanmoins instruire à proportion qu'elle croissait en âge, soit par humilité, pour cacher cette grande prérogative qu'elle avait reçue du ciel, soit pour acquérir, par voie d'expérience, ce qu'elle avait déjà par voie d'infusion et par une lumière surnaturelle. Marie était encore dans le temple lorsque moururent saint Joachim et sainte Anne, l'un âgé de quatre-vingts ans et l'autre de soixante-dix-huit, laissant cette fille unique seule hériLière de tous leurs biens, qu'ils avaient néanmoins beaucoup diminués par leurs grandes aumônes et leurs libéralités envers les pèlerins et les pauvres. Comme elle n'avait encore que onze ans, elle ne sortit pas pour cela de ce lieu de sainteté, où la divine Sagesse, qui devait s'incarner dans son sein, la conservait hors des troubles du monde, comme une pierre précieuse et une fleur d'une beauté inestimable. Nous nous persuadons facilement que saint Joseph, qui probablement était son oncle, et frère de Joachim son père, prit soin de son héritage, et que ce fut aussi lui que la providence de Dieu avait destiné, de toute éternité, à être son époux, son gardien et son secours dans les peines qu'elle devait avoir après la conception de son Fils.

Lorsqu'elle eut quatorze ans, Dieu inspira aux prêtres de lui chercher un époux. D'après un ancien auteur, dont saint Grégoire de Nysse et Siméon Métaphraste rapportent les paroles, et qu'ils semblent approuver, la sainte Vierge, avertie de ce dessein des prêtres, leur remontra qu'il y avait deux choses qui la devaient éloigner du mariage; ses parents, avant sa nais-


sance, l'avait dédiée à Dieu pour toute sa vie, et elle-même avait fait vœu de garder perpétuellement sa virginité; cette déclaration les mit d'abord fort en peine, parce que, d'un côté, ils craignaient de violer une chose vouée et consacrée au Tout-Puissant, et de l'autre ils trouvaient beaucoup d'inconvénients de laisser une fille héritière sans mari; surtout parce que parmi les Juifs, toute la gloire des femmes était d'avoir des enfants, par le moyen desquels elles pussent contribuer à la naissance du Messie. Mais ils furent bientôt tirés d'embarras s'étant adressés à Dieu pour connaître sa volonté sur cette incomparable Vierge, dont le soin leur avait été commis, ils apprirent d'une manière extraordinaire et miraculeuse qu'ils lui devaient donner un époux pour être le gardien de sa pureté virginale. Cette histoire, néanmoins, souffre quelque difficulté, et elle ne s'accorde pas bien avec la doctrine de saint Jérôme et de beaucoup d'autres Pères, qui pensent que Dieu voulut que la Vierge fût mariée, afin que la voyant mère, on ne soupçonnât rien contre son honneur; car, si l'on eût su son vœu, le mariage n'eût pas empêché ce soupçon, et les prêtres, ne sachant pas le mystère de l'Incarnation du Verbe, n'eussent pu voir Marie devenue mère sans regarder cela comme l'effet d'une infidélité criminelle. Nous penserions donc plus volontiers que la sainte Vierge, ayant connu par révélation que le mariage ne nuirait point à sa virginité, tint son vœu sous le secret et laissa agir les prêtres, auxquels elle faisait profession d'obéir, parce qu'elle savait qu'ils agissaient par le mouvement et sous l'inspiration de Dieu. Pour réussir dans le choix de l'époux que la divine Providence lui avait destiné, les prêtres, sachant qu'étant héritière, elle ne devait pas, selon la loi, être alliée hors de sa parenté, assemblèrent, en une fête de la dédicace du temple, tous ceux de la famille de David qui pouvaient prétendre à une alliance si glorieuse. Après les avoir considérés, ils choisirent enfin Joseph; soit qu'ils connussent, en tirant au sort, que Dieu l'avait lui-même choisi; soit que son propre mérite le fît préférer à tous les autres; soit qu'il fût le plus proche parent, et qu'il eût, par conséquent, plus de droit de posséder l'héritière et l'héritage; soit enfin, comme porte la tradition, que l'ordre ayant été donné à tous les parents, qui n'étaient pas encore engagés dans le mariage, d'apporter chacun une baguette pour la mettre au pied de l'autel, la seule baguette de Joseph fleurit, et qu'une colombe plus blanche que la neige, qui représentait le Saint-Esprit, descendit du ciel et vint se reposer dessus. Car c'était une pratique autorisée par beaucoup d'exemples, que les oncles épousassent leurs nièces qui étaient demeurées orphelines et héritières des biens de leurs parents. Ainsi, Abraham épousa Sara, et Nachor, son frère, épousa Melcha, l'une et l'autre filles de leur frère Aran ainsi, Mardochée avait résolu d'épouser sa nièce Esther, si le roi Assuérus ne l'eût prise pour épouse. Dans cette coutume il faut voir une sage disposition de la Providence les alliances étant moins multipliées, on verrait plus clair dans la généalogie du Messie, qui était la fin de tous les mariages et de toutes les générations, tant de la loi de nature que de la loi écrite. Saint Epiphane, Cédrénus et Nicéphore disent que saint Joseph était déjà vieux cela signifie, sans doute, qu'il était dans l'âge mûr, qu'il avait de quarante à cinquante ans, suivant ces paroles de saint Luc ~MSMs est 6'a~e/j4~'e/Ms<K~ Virginem desponsatam uM'o; <f L'ange Gabriel fut envoyé à une Vierge mariée à un homme». Il y a quelques Pères qui assurent qu'il était ouvrier en fer; mais la plus commune opinion est qu'il travaillait en bois, et saint Justin, entre autres, dit qu'il faisait des charrues et des limons de là vient qu'il est ordinairement appelé charpentier; le mot


alors est pris dans un sens large pour désigner tout ouvrier qui fait de gros ouvrages de bois Cependant, ni son âge si avancé, ni la bassesse de son emploi, n'empêchèrent les prêtres de lui donner celle qu'ils regardaient comme le plus grand trésor du monde, parce qu'ils savaient que sa noblesse et ses incomparables vertus compensaient bien l'humilité de sa condition. Ainsi, ils l'unirent à Marie par le lien d'un chaste mariage, en mettant les mains de l'un dans celles de l'autre, selon l'usage du pays et du temps. Ce fut, selon Nicéphore, quatre mois avant l'Annonciation, c'est-à-dire au mois de novembre ou décembre; et, selon d'autres, deux mois seulement et deux jours, à savoir au 23 janvier, auquel jour un grand nombre d'Eglises célèbrent la solennité des épousailles de la glorieuse Vierge Joseph étant, en possession de cette fille merveilleuse, qu'il considérait comme le temple vivant du Saint-Esprit, comme le véritable sanctuaire de la Divinité, l'emmena à Nazareth pour vivre avec elle d'une manière angélique, et comme un frère avec sa sœur, et un tuteur avec sa pupille. Ils y renouvelèrent le vœu d'une chasteté perpétuelle qu'ils avaient fait l'un et l'autre, et promirent à Dieu, de nouveau, de vivre en la chair sans aucun commerce charnel. Ce vœu avait été i usqu'alors inouï dans le monde sans doute il y avaiteu des personnes de l'Ancien Testament qui n'avaient jamais 1. On se fait communément des idées trop exagérées de l'indigence de Joseph et de Marie la famille davidique n'était pas tombée dans l'abjection de la misère; rien ne l'indique du moins dans les souvenirs de l'antiquité chréti~'n'.m c'est plutôt le contraire nous avons parl3' de'j richesses traditionnelles du père de Marie. An rapport des historiens, deux petits-fils de saint Judc, frère du Seigneur, possédaient encore tr~m"<"uf arpents déterre, qu'ils cultivaient de leurs mains. Les souvenirs de la Palestine se rattachent h des propriétés de famille disséminées depuis liethlesm et Aïn jusqu'à Naziu'eth et Scpnorts. Le rang de la famiiio de Zaeharie exciut de ce côté l'idée de l'indigence; ]e long voyage a A!n, et le long séjour de Marie près d'Elisabeth, sans autre nécessite que les convenances, l'excluent également du côte de Joseph et de ~iarie.

Les parents de lt bienheureuse Vierge dit le savant pape Benoît XIV, <~ sans posséder de grandes richesses, comme l'ont avance quelques auteurs modernes, n'étaient pas tellement pauvres, qu'on doive les ranger dans la classe indigente, ainsi qu'ont ose le faire certains sectaires. Il est démontré, au contraire, que Joseph et Marie possédaient des héritages qui leur fournissaient les moyens de subsister aussi bien a Bethlecm qu'a Nazareth

Les objections qu'on élevé contre ce point d'histoire ne sont ni considérables, ni difEeiles à résoudre

1" Si Marie n'offrit, au jour de sa purification, que deux tourterelles, c'est que la loi en laissait la faculté à tout le monde, sans distinction de riches ou de pauvres; elle porte Si la femme qui se présente pour accomplir sa puri~ca~on, ne trouve pas sous sa main un agneau, ou ne peut se le procurer, elle offrira deux tourterelles ou deux jeunes pigeons

2° Si Joseph et Marie se virent contraints de se retirer dans une grotte en arrivant à Bethléem, ce n'était pas à cause de leur indigence, car l'hospitalité ne se payait pas chez les Juifs, et il n'y avait point de préférences à cet égard pour les riches.

3° Si le Sauveur disait plus tard en parlant de lui-même « Les oiseaux du ciel ont leur nid, les renards ont leur tanière, tandis que le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête '), c'est qu'alors il était tout entier à sa mission évangélique, ayant tout quitte sur la terre, pour vaquer aux choses du ciel. Celse avait tourné en objection contre le christianisme l'indigence prétendue do la sainte famille, prouvée, a ce qu'il croyait, par le travail manuel auquel Marie avait coutume de se livrer. Issue d'une si grande race », disait-il, « comment Marie était-elle &i oubliée et si pauvre? n

Pas si pauvre, lui répondit Origene il y a des personnes d'aussi grande lignée qui sont beaucoup plus pauvres et, dans le sens opposé, il en est qui sont partis de bien bas, pour s'élever bien haut, car tons les rois ne sont pas fils de rois.

Celse oubliait que les mœurs de la Judée étaient différentes des mœurs efféminées de Borne et d'Athènes. Les Romains ne demandaient que du pain et des spectacles; les Athéniens passaient leur temps a raconter eu à entendre des nouvelles; mais les Juifs vaquaient au travail. Nous dirons plus, il état: nécessaire qu'il en fût ainsi, car le Fils de Dieu, qui devait accomplir toute justice, n'aurait pas accompli la loi établie dès le commencement du monde, s'il avait pris naissance ailleurs que dans une famille laborieuse. Vie de la sainte Vierge, par l'abbé Lecanu.

2. Un grand tableau représentant cette scène délicieuse s'est vu pendant longtemps dans la grotte de l'Annonciation. Le moine Jean Phocas en parlait au xn* siècle avec admiration Au moment où l'ange apparaît dit U, la jeune vierge, dans son trouble, laisse échapper de ses doigts l'étoife précieuse, qui s'arrête sur ses genoux elle se retourne avec surprise, presque avec effroi, vers une amie, qu'on aperçoit dans un coin de la pièce ». Cette dernière particularité n'est pas eonfonne cependant aux traditions cvangcliqnes: Marie était seu'c. lorsque l'an~'e lui adressa cette salutation qu'aucune oreille humaine n'était sl digne d'entendre. Histoire de la sainte Vierge, par l'abbé Lecanu.


été mariées, comme Elie, Elisée, Daniel et les trois enfants de la fournaise de Babylone; mais nous ne voyons nulle part qu'ils se fussent obligés, par vœu, à un état si excellent. C'est Marie, dit saint Ambroise, qui a commencé à s'y engager, et qui, par le vœu qu'elle en a fait, a levé sur la terre l'étendard de la virginité, pour attirer après elle une infinité de filles à la suite de l'Epoux céleste, suivant ces paroles du Roi-Prophète Adducentur 7~ Virgines post eam <[ Plusieurs Vierges seront amenées au Roi après elle H. On ne sait pas en quelle année elle fit ce vœu il y en a qui croient qu'elle ne le fit qu'après la mort de~on père et de sa mère, lorsqu'elle fut entièrement maîtresse d'elle-même. D'autres pensent qu'elle la fit au moment de sa présentation au Temple, où, offerte par ses parents, elle s'offrit et se dédia elle-même de la manière la plus parfaite dont une pure créature se puisse dédier. D'autres, enfin, se persuadent qu'elle le fit dès ie temps de sa conception, où, souverainement éclairée sur l'excellence de la virginité et sur l'amour que Dieu a pour cette éminente' vertu, il était dimcile qu'elle ne s'y portât avec ardeur, et qu'elle ne l'embrassât de toutes les affections de son âme et ce sentiment, le plus commun parmi les théologiens, nous semble aussi le plus probable. Pour saint Joseph, il est à croire qu'il ne fit son vœu qu'en épousant cette auguste Vierge, quoiqu'il eût toujours gardé une chasteté inviolable; ce qui fait dire à saint Jérôme, dans son livre contre Helvidius, que Joseph a été vierge par Marie, c'est-àdire vierge par engagement et par vœu, au lieu qu'il l'était auparavant par vertu.

La vie de ces admirables époux était sans doute un grand sujet d'étonnement et d'admiration pour les esprits bienheureux, et nous nous persuadons que leurs plus grands plaisirs, après celui de la contemplation de Dieu, étaient de descendre sur la terre, pour y révérer cette sainteté qui surpassait toute celle qu'ils avaient eux-mêmes dans le ciel. Cependant, le temps où Dieu avait décrété d'envoyer son Fils au monde arriva, et l'ange Gabriel fut député vers Marie, pour lui annoncer que c'était dans son soin que ce grand mystère, depuis plus de quatre mille ans l'attente et l'espérance de toutes les nations, devait s'accomplir. Elle lui demanda de quelle manière il se ferait, puisqu'elle était vierge, et qu'elle ne pouvait en aucune manière violer son vœu de virginité que Dieu avait reçu et agréé, et qu'elle n'avait fait que par son ordre. L'ange lui répondit que sa virginité n'en recevrait aucun préjudice; mais qu'au contraire elle en serait infiniment ennoblie et relevée, parce qu'elle ne concevrait pas par le commerce d'un homme, mais par l'opération miraculeuse du Saint-Esprit. Elle acquiesça aussitôt à la volonté divine; et, par cet acquiescement qui a été la source de notre bonheur, sans cesser d'être vierge elle devint mère de Celui qui était son père par sa création et son époux par sa sanctification, et qui est le souverain Seigneur du ciel et de la terre Comme cette dignité de mère de Dieu l'éleva incomparablement au-dessus de toutes les créatures, et l'approcha 1. Livre de l'Instruction d'une Vierge.

2. S'il pouvait convenir à l'histoire de se livrer :t des considérations morales, nous ferions ressortir Ici la majesté de l'œuvre qui s'accomplit par ie concours distinct et simultané des trois adorables Personnes divines; œuvre plus grande que la création du monde, et qui déroge à tout ce qui s'est vujusquelà sur la terre et dans les cieux l'humanisation, nous pouvons employer ce mot après les Pères grecs. qui désignent ainsi fréquemment le mystère de l'Incarnation, l'humanisation de Dieu par l'Intermédiaire d'une Mère vierge, moyennant le concours du Père, qui donne son Verbe, de ce même Verbe qui accepte une nature créée, et de l'Esprit-Saint, qui l'en revêt.

Nous ferions remarquer la foi admirable de cette jeune Vierge, qui croit sans hésiter des merveilles incompréhensibles, lorsque le vieillard Zacharie, accoutumé au contact des merveilles divines, a refusé d'en croire de bien moins étonnantes; la promptitude de son obéissance, l'humilité et la modestie dt sa


de Dieu autant qu'une pure créature en peut approcher, on ne peut exprimer l'abondance des grâces et des prérogatives qui lui furent ensuite conférées. Sophrone, patriarche de Constantinople, saint Pierre Chrysologue et saint Bernard établissent par maxime, qu'il n'est pas permis de lui refuser aucune des faveurs qui ont été accordées à quelque autre créature que ce soit; et, tandis que les autres, disent-ils, ont reçu la grâce par parcelles, elle seule en a reçu la plénitude. Ce qu'il faut néanmoins entendre d'une plénitude inférieure à celle dont l'âme de Jésus-Christ a été favorisée. Mais comme nous avons traité cette maticre~dans le discours sur le mystère de l'Annonciation, il ne faut pas nous y étendre ici davantage. L'ange Gabriel avait découvert à Marie le bonheur qui était arrivé à sa cousine Elisabeth, qui, malgré sa stérilité, avait conçu et portait dans son sein celui qui devait être le précurseur du Sauveur. A cette nouvelle, la sainte Vierge se crut obligée de rendre une visite à cette sainte femme, que son âge, sa vertu et sa parenté lui rendaient trèsvénérable elle partit pour cela avec diligence, et étant, arrivée à sa maison, sur les montagnes de Judée elle y demeura trois mois; nous en avons parlé dans la vie de saint Jean, et plus au long encore dans le discours sur le mystère de la Visitation, que nous avons donné au second jour de juillet.

réponse; car la question qu'elle avait adressée d'abord Comment cela pourra-t-il s'accomplir? n'accuse pas le doute ni la résistance. disent avec justesse les Pères de l'Eglise, mais l'admiration d'une merveille aussi inouïe que la maternité dans la virginité.

Elle aimait la chasteté d'un amour bien puissant, et elle s'en était fait une loi bien spéciale et bien rigoureuse, celle qui y était af~'rmic au point de se trouver à l'épreuve des promesses du ciel. Qu'on le remarque bien également, ce n'est pas un acte de soumission vague et indéterminé a la volonté de Dieu que la jeune Vierge prononce, mais une adhésion spéciale à ce qui vient de lui être demandé, ni plus ni moins eUe ne dit pas Je suis la servante du Seigneur, et soumise en toutes choses à sa volonté mais Je suis la servante du Seigneur, et je consens a ce que vous m'annoncez. Ce n'est pas que nous entendions discuter le mérite de ces deux modes de soumission, afin de faire prévaloir l'un au-dessus de l'autre; mais montrer la noblesse et ia discrétion d'une pareille obéissance. Tout ceci n'est pas d'une sainteté commune, ni l'inspiration d'une âme vulgaire. e.

Mystères impénétrables! Jésus reçoit comme Verbe divin une naissance étcrnene d'un Père vierge, et comme Sauveur des hommes une naissance temporelle d'une Mère vierge. Générations inénarrables, qu'il ne faut point chercher à expliquer ni même à comprendre, mais qui indiquent peut-être en quel état l'homme était sorti des mains de son créateur, quelle fut la nature de sa faute, et quel genre de dégradation avait subi l'humanité, puisqu'il lui fallut un sauveur qui entrât dans le monde sous de telles conditions.

Le lieu où s'accomplit ce grand événement est demeuré l'objet de la vénération de tous les siècles. Histoire de la sainte Vierge, par l'abbé Lecanu.

1. La ville de Judée à laquelle Marie se rendit est celle d'A'in, a deux lieues de Jérusalem du côté de l'occident, sur la limite des tribus de Juda et de Benjamin, mais dans la première. Là se rapportent toutes les traditions, là sont les monuments qui rendent témoignage des faits il n'y a point à hésiter. La ville d'Aïn est représentée maintenant par le village qui porte le nom de Saint-Jean-de-la-Montagne, en mémoire de la naissance du Précurseur, et pour le distinguer d'un autre village, appelé Sain.-Jean <ht Désert, à une lieue plus à. l'occident, où il passa sa jeunesse.

Atn est à 27 lieues de Nazareth. Pour s'y rendre, on quitte la route de Jérusalem à Naplouse~ puis, prenant par la droite, on traverse les montagnes d'Ephraim ensuite on parcourt dans la plus grande partie de sa longueur la profonde vallée du Térébinthe.

Zacharie avait son habitation dans la ville même d'Am; l'emplacement en est connu et signalé à la piété des fidèles depuis l'origine du christianisme. Une basilique superbe, dans laquelle étaient renfermés les restes de cette sainte demeure, y fut érigée dès les commencements du rv siècle, mais non par sainte Hélène, comme le prétendent les écrivains grecs, puisque les auteurs contemporains d'Hélène n'en font pas mention.

Cette église a suivi le sort des autres monuments de la Terre-Sainte c'est-à-dire qu'elle a été souvent ruinée et souvent restaurée. Dans l'origine, elle fut gardée et desservie par un couvent de religieux. Au xn= siècle, suivant le témoignage de Jean Phocas, elle était renfermée dans les murs de la citadelle d'A!n. On pourrait encore appeler du même nom de citadelle le couvent actuel, dû à la magnificence de Louis XIV, construit en 1641, et habité par les Pères de la Terre-Sainte.

La chambre oh naquit le Précurseur était, selon l'usage de la Judée, une arrière-pièce creusée dans le roc. Les ruines entassées par tant de révolutions, et les dispositions même qu'il a fallu prendre pour la défense du lieu, en ont tellement obstrué l'entrée, que c'est maintenant un caveau, dans lequel on descend par un escalier, qui s'outre & la ~ttttche dn maitre-Mtol de l'église. Six lampes y brûlent conti-


A son retour, saint Joseph, voyant qu'elle avait ccncu, fut saisi d un trouble extraordinaire, et, dans la perplexité où une chose si surprenante le mettait, il pensa à se retirer secrètement; mais l'ange Gabriel l'instruisit du mystère qui s'était passé dans son épouse, et l'encouragea à demeurer avec elle, ce qu'il n'osait faire par humilité et par un bas sentiment qu'il avait de lui-même. La sainte Vierge passa ainsi les six autres mois en sa compagnie. Mais leur attention sur le Verbe incarné que cette auguste Mère portait dans son sein était si grande et si continuelle, qu'ils ne se parlaient presque point. Leur vie était un hommage et une adoration perpétuels, accompagnés de reconnaissance et d'amour. Les anges se faisaient leurs ministres, et considéraient comme une grande gloire de les servir, et le Père éternel, qui les regardait comme les dépositaires de son Fils unique et bien-aimé, les comblait d'une infinité de grâces, et se communiquait à eux, dans l'oraison, d'une manière ineffable.

Sur la fin des neuf mois, on publia l'édit de l'empereur Auguste qui ordonnait à chacun de se faire écrire sur le catalogue des sujets de l'empire, au lieu même de son extraction. Cela obligea la sainte Vierge et saint Joseph, originaires de Bethléem, comme David et Jessé, chefs de leur famille, à se transporter à Bethléem. Ce fut là que naquit le Verbe fait homme, dans une pauvre étable, qu'il fut couché dans une crèche, qu'il fut reconnu par les pasteurs, qu'il fut circoncis au huitième jour et que ie treizième il fut adoré par les rois Mages. Marie, qui faisait après Jésus la principale partie de ces adorables mystères, étant élevée à une très-haute contemplation, en conférait dans son cœur, où elle les a conservés précieusement, pour en faire part à toute l'Eglise. Les discours que nous avons faits en particulier sur ces sujets nous dispensent d'en parler ici plus au long.

Après quarante jours, c'est-à-dire le second de février, Marie et Joseph montèrent au temple de Jérusalem, pour y observer les lois de la Présentation du Fils et de la Purification de la Mère. Ils n'y étaient nullement obligés, comme nous l'avons dit à la fête de la Purification, parce que le Fils était parfaitement libre, et la Mère souverainement pure mais Marie voulut s'humilier jusqu'à la dernière extrémité, et en même temps donner aux femmes l'exemple d'une humilité profonde, comme son Fils en avait donné un aux hommes en voulant être circoncis. Elle porta donc entre ses bras son divin enfant Jésus, et étant entrée dans la partie du temple où les femmes avaient pouvoir d'entrer (le parvis), elle y fit à Dieu cette offrande nuellement; il y a un autel auquel on dit la messe tous les jour., et au devant une table de mMbre incrustée. dans le pavé, portant cette inscription

HIC FB~ECVRSOR DOMINI NATV9 EST.

Ici est né le Précurseur du Seigneur.

A cinq cents pas plus bas et plus au midi, était une maison des champs appartenant a Zacharie. Le Ueu so nomme Mar-Sakaria, la maison de Zacharie. Là également se voient les ruines d'un tfmpie magnifique, qui y fut érige, dit-on toujours, par sainte Hélène! ce qui signifie que sa fondation remonte aux premières années de paix données à l'Eglise. Ces ruines appartiennent aux Fer<M de la Terre-Sainte, qui vont de temps immémorial y dire la messe tous les ans, le jour de la Visitation, sur un autel toujours existant au milieu des décombres. On voit par la disposition des ruines que la maison de la Visitation était enfermée dans l'église et en occupait le centre. Là se trouvait momentanément EHsabeth. lorsque Marie arrivant à AIn, et n'y rencontrant pas celle qu'elle cherchait, vint la surprendre an milieu de ses occupations champêtres.

Auprès de ces ruines jaillit une belle fontaine, appelée par les Arabes mahométans Aïn-Karim, la fontaine des Agneaux, et par les chrétiens, Ain-Sitti-Miriam. la fontaine de Sainte-Marie. Cette sou'rca et le petit village de Saint-Zaeharie se trouvent dans nn des sites les plus délicieux de la Palestine. Rien n'est plus fécond que cette vallée, plus luxuriant et plus beau que le long ruban de verdure tracé par ie ruisseau dans son cours vers la vallée de Soi-rec.– Histoire de la sainte Vierge, par l'abbé Leetnn.


adorable dont les anciennes offrandes n'avaient été que les figures, et qui seule pouvait plaire au Père éternel. Ainsi, le temple de Zorobabel devint plus auguste que celui de Salomon dans celui-ci l'on n'avait jamais offert que du pain et des animaux dans le nouveau temple, on offrait la victime sacrée qui, dans ses images, avait été immolée depuis le commencement du monde. Le saint vieillard Siméon s'y rencontra à la même heure pour recevoir, de la part de Dieu, ce grand présent. Il le reconnut par la révélation du Saint-Esprit, et, le prenant entre ses bras, il prononça ce beau cantique que nous disons tous les jours a~omplies « C'est maintenant, Seigneur, que vous permettrez à votre serviteur de mourir en paix, selon votre parole, parce que mes yeux ont vu votre salut n. Il adressa aussi la parole à la sainte Vierge, et lui dit, par une prédiction pleine d'amertume « Voyez-vous cet enfant? Sachez qu'il servira à la ruine aussi bien qu'au salut et à la résurrection de plusieurs en Israël, et qu'il sera un signe auquel on contredira et, pour vous, le glaive percera votre âme, afin de faire connaître les pensées secrètes de plusieurs cœurs )). Marie ne fut point troublée par cette prophétie, et elle ne la reçut pas avec moins de force et de soumission à la volonté de Dieu, qu'elle en avait témoigné lorsque l'ange lui annonça l'heureuse nouvelle de sa maternité divine. Une sainte veuve, âgée de quatre-vingt-quatre ans, qui passait sa vie dans le temple en un jeûne et une oraison continuels, survint aussi là fort à propos lorsque se faisait cette auguste cérémonie, et dit des merveilles du saintEnfantàtous ceux qui attendaient la Rédemption d'Israël. Nous ne doutons point aussi qu'elle ne parla de la Mère, dont elle connaissait le mérite, non-seulement par la révélation de Dieu, mais aussi pour l'avoir vue plus de onze ans vivre avec tant d'innocence et de sainteté parmi les enfants dédiés au Seigneur que l'on nourrissait autour du Temple.

Dans la vie de Notre-Seigneur, nous avons fait remarquer qu'après cette cérémonie, la sainte famille s'en retourna à Nazareth, et y reçut du ciel, aussitôt après, l'ordre de s'enfuir en Egypte, par la crainte d'Hérode cependant quelques auteurs pensent que cet ordre fut donné à saint Joseph, tandis qu'il était à Jérusalem, et avant qu'il eût pu reconduire la mère et l'enfant en sa maison de Nazareth. Ce commandement de fuir n'étonna point la sainte Vierge, quoiqu'il semblât si peu conforme à la dignité d'un Dieu fait homme, et qu'il ne se pût exécuter sans occasionner de grandes incommodités et des peines incroyables. Le voyage fut fort pénible pour Jésus, qui n'avait pas encore deux mois, et pour Marie qui le portait sur son sein. Comme c'était en hiver, que le chemin était fort long et qu'il fallait passer par de grands déserts et de hautes montagnes, ce divin enfant fut souvent pénétré et transi de froid. La sainte Vierge souffrit aussi beaucoup, et du froid et de la lassitude. Mais sa plus grande douleur était celle de son Fils qui pleurait quelquefois et la regardait, comme pour lui témoigner sa peine et lui demander secours ce qui lui perçait le cœur et la remplissait d'une compassion plus douloureuse que tous les martyres. Toutefois, elle et saint Joseph, qui avait part à sa peine, recevaient, par les regards affectueux du Sauveur, des lumières admirables sur le mystère de cette fuite, qui leur en faisaient connaître la très-profonde sagesse, avec les fruits qui en naîtraient après l'établissement de l'Eglise.

Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, carmélite de Beaune, dans les visions éminentes qu'elle a eues sur ce sujet, dit que Notre-Seigneur, approchant de l'Egypte, disposa tellement les habitants, sans néanmoins se faire connaître à eux, qu'ils reçurent favorablement la sainte famille, lui don-


nèrent une petite maison et les choses nécessaires pour un ménage. « Tout barbares qu'ils étaient !), ajoute-t-elle, « ils se sentirent extrêmement heureux de posséder de si aimables personnes, et ils les regardaient quelquefois avec étonnement, selon qu'il plaisait au divin Enfant d'opérer dans leurs âmes. Ils ne pouvaient assez admirer la céleste douceur de Marie et de Joseph, et ils apercevaient même de temps en temps, dans l'Enfant, un petit rayon de sa divine beauté, qui les attirait invisiblement à l'aimer; ils se sentaient néanmoins touchés d'un si grand respect pour lui et pour ses saints parents, que nul d'entre eux ne put jamais prendre la liberté de traiter avec eux familièrement, comme avec d'autres personnes, ni en approcher qu'avec crainte et révérence. Cette humanité des Egyptiens ne leur était pas naturelle ils n'eussent pas reçu de la même manière d'autres personnes étrangères; mais ce fut un effet de la puissance divine qui opéra surnaturellement dans leurs cœurs; par cette même puissance, Joseph et Marie trouvèrent toujours de quoi vivre, sans être obligés de mendier; parce qu'il se présenta toujours à Joseph des occasions de travailler et de gagner, à la sueur de son front, ce qui était nécessaire pour faire subsister sa petite famille )).

On trouvera dans la vie de Notre-Seigneur les autres choses qui appartiennent à cette retraite de Marie et du Sauveur en Egypte. Après quelque temps, l'ange qui avait commandé à saint Joseph de les y conduire, lui donna un nouvel ordre de les en retirer, et de les ramener dans la terre d'Israël. Il le fit secrètement, laissant les Egyptiens dans une profonde tristesse ils pleurèrent la perte de ces saintes et vénérables personnes, dont la présence leur avait causé tant de joie et une si admirable consolation dans leurs peines.

De retour en Galilée, la sainte famille continua d'habiter à Nazareth la maison de la sainte Vierge, où s'était accompli le mystère de l'Incarnation du Fils de Dietr. A une distance peu considérable était situé l'atelier de saint Joseph où, sous la direction de son père adoptif, Jésus exerça jusqu'à l'âge de trente ans l'humble métier de charpentier. Dans les desseins de Dieu, Nazareth était destinée à être longtemps la demeure du Sauveur. Marie, renfermée dans son humble logis, remplissait en silence ses modestes devoirs d'épouse et de mère. La tradition n'a signalé aucun trait particulier de cette vie obscure et retirée. On voit encore aujourd'hui la fontaine où elle allait puiser de l'eau et qui s'appelle la fontaine de Marie. Les pèlerins viennent s'y laver la tête et les mains ils lui attribuent une vertu puissante pour la guérison de toute espèce d'infirmités.

Fidèles à remplir tous leurs devoirs religieux, Joseph at Marie, chaque année, se rendaient à Jérusalem pour la célébration des fêtes principales, et surtout do celle de Paques. Les femmes n'y étaient pas strictement obligées, non plus que les enfants au-dessous de l'âge de douze ans; mais les saints Pères nous enseignent que l'enfant Jésus, qui n'était pas venu détruire, mais accomplir la loi, accompagnait habituellement son père adoptif et sa mère. Ce fut dans l'un de ces voyages de dévotion que la sainte Vierge, ainsi que nous le lisons dans saint Luc, perdit son divin Enfant, âgé de douze ans, et qu'elle eut le bonheur do le retrouver, le troisième jour, dans le Temple, au milieu des docteurs, qui admiraient sa prudence et la solidité de ses réponses. Mais ces -simples mots du même évangéliste Et era< subditus !'?' « et le Verbe leur était soumis u, et obéissait à Marie comme un fils sa mère, ces simples mots sont un si grand éloge de la sainte Vierge et relèvent si admirablement son mérita


et sa dignité, qu'on ne peut rien dire qui en approche. En effet,, quel plus grand honneur pour une créature que de gouverner son eréaLcur, et d'avoir droit et autorité de lui commander ? Et quelle abondance de lumière et de grâce ne devait-elle pas recevoir à tous moments, pour être capable de former l'extérieur et de régler les actions de cet Enfant qui était la sagesse éternelle et la règle infaillible de toute justice? Il est vrai qu'il n'avait pas besoin de sa conduite, et que, gouvernant si sagement tout l'univers, il pouvait bien se conduire et se gouverner lui-même mais, comme il s'était assujéti aux faiblesses et aux degrés de notre enfance, il voulait, quant à l'extérieur, être élevé et formé peu à peu par ses soins, de même que les autres enfants, et se laisser appliquer par elle aux choses que son âge demandait.

On ne sait pas précisément à quelle époque elle perdit son époux Joseph mais tous ceux qui ont traité cette matière tombent d'accord qu'elle le perdit avant que Kotre-Seigneur commençât la prédication de son Evangile. Or, quoique la mort de ce grand patriarche eût été la plus heureuse et la plus souhaitable de toutes les morts, puisqu'il mourut par un ordre particulier de la divine Providence, après s'être parfaitement acquitté envers le Verbe incarné des devoirs de sa commission de gardien et de nourricier, et qu'il expira entre les bras et dans le sein de Jésus et de Marie cependant, la sainte Vierge, en qui la nature et la grâce étaient souverainement parfaites, sans que l'une empêchât les fonctions de l'autre, ressentit sans doute vivement cette séparation, et elle en eut plus de douleur que 1. Evangélistes et historiens nous laissent ignorer le temps auquel cet événement s'accomplit; les apocryphes ne sont pas même d'accord sur co point, les uns faisant mourir saint Joseph aussitôt après te retour dn pèlerinage à Jérusalem, les autres six ans plus tard; il en est qui prolongent sa vie jusqu'à une époque rapprochée de la prédication de l'Evangile. Nous pensons que ceux-ci sont les plus près de la vérité, et voici nos raisons

Les traditions des premiers siècles nous représentent le Sauveur accompagnant par la ville son père nourricier, vaquant avec lui aux mêmes travaux et l'aidant. Le Sauveur avait alors nécessairement plus de douze <'ns.

En outre, l'Evangéliste suint Luc nous apprend que Joseph, Marie et Jésus, allaient tous les ans à Jérusalem a la fête de Pâques n. Or, comme ils n'y allèrent pas du tout pendant le règne d'Archetatis, dont le sR'~e et prudent vieillard redoutait la cru:intë, l'expression ëvangelique c tous les ans ne peut s'appliquer qu'aux années postérieures a la disgrâce d'-i tyran, laquelle concourt avec la douzième de l'âge du Sauveur. H faut faire attention également qu'une telle expression suppose la quantité encore plus que l'ordre, et semble indiquer une longue suite d'années.

De plus, il existe un monument chrétien, que les connaisseurs font remonter unanimement au second siècle, sur lequel on voit le saint vieillard toujours vivant. lorsque déjà la Sauveur a atteint la force de la virilité; savoir, le disque de verre du musée uu Vatican, représentant la sainte famillo livres au travail de l'atelier. Nous ne prétendons pas (tonner a ça morceau de peinture la valeur d'un portrait; mais c'est l'expression fidèle des idées chrétiennes, et, par conséquent, des traditions de l'Ëglise au second siècle.

La sainte famille s'y trouve au complet, telle que l'Evangile nous la montre le Sauveur à l'âge do' vingt et un à vingt-cinq ans, dans l'attitude du comm'indement: ses quatre frères, suivant l'e~presjion évangélique, occupés au travail Joseph occupé comme eux, et la divine Vierge sous le costume (tu génie des arts.

Ce très-précieux monument prouve aussi que iej idées relatives à la beauté remarquable du Sauveur sont traditionnelles et non pas de convenance, comme on serait porté à le croire daprès certaines discussions modernes. Rien de plus majestueux et de plus viril que cette figure de jeune homme sous ia costume populaire d'un mattre artisan,

Le Sauveur est représente de face, debout; une équerre est passée dans sa ceinture; il tient d'une main un rouleau, de l'autre le long bâton à pomme qui n'a cessé d'être en Orient le signe du commandement et de l'autorité. Derrière lui, quelques personnages de différents âges et dans des postures diverses travaillent des pièces de bois. Dans un coin, un vieillard accroupi travaille également, et à un autre angle du tableau se voit une femme dans le costume et la pose de Minerve instruisant Erichtonius. Ce mélange d'une idée païenne à des idées chrétiennes se retrouve sur beaucoup d'autres monuments du l'époque, entre autres à un des plus beaux groupes des Catacombes celui qui représente Mario, Joseph et le divin Enfant dans la grotte de Bethléem, lequel est aussi du H* siècle. On y voit Marie dans l'ettitude et sous le costume de Pénélope.

Si la beauté de; ty: a séduit la main des artistes, l'idëe a un côté chrétien parfaitement applicable Marie, puisque jiliaerve et Pénélope sont les symboles, l'une de la virginité, l'autre ds la SdeUta c<m]<t-


nulle autre femme à la mort de son mari. En ce moment, comme elle avait été vierge-épouse et vierge-mère, elle devint vierge-veuve, afin d'être le modèle accompli des veuves, de même qu'elle avait été l'exemple ttes filles et des femmes mariées. Ainsi, c'est sur elle que les saintes veuves doivent continuellement jeter les yeux, et nous ne doutons point que saint Paul ne l'eût en vue lorsque, instruisant les femmes qui ont perdu leurs maris, il leur dit que, si elles sont véritablement veuves et désolées, elles doivent mettre toute leur espérance en Dieu, et passer les jours et les nuits en prière et en oraisons continuelles.

C'est en ces exercices que l'adorable Marie passa tout le temps de la prédication de son Fils, et, pour mieux dire, toute sa vie. Pour le détail de ces actions, ce que nous en pouvons savoir, c'est que, depuis le baptême de ce divin Sauveur et son retour du désert, dans lequel il avait été tenté par le démon, elle demeura encore près d'un an avec lui à Nazareth, il commença à assembler des disciples et à découvrir les mystères du royaume de Dieu. Mais le sixième de janvier de l'année suivante, ayant été invitée à des noces qui se faisaient à Cana, petite ville de Galilée, ce qui peut faire juger que quelqu'un des mariés était de ses parents, elle s'y trouva pour la consolation de la compagnie, et Notre-Seigneur avec ses nouveaux disciples s'y trouvèrent aussi. En telle occasion, voyant qu'il n'y avait plus de vin pour achever le festin, ce qui couvrirait de confusion ceux qui l'avaient invitée, elle s'adressa à son Fils, et, sans lui demander de miracle, ni le presser de rien, parce qu'elle savait qu'il était plein de bonté, et qu'il avait une infinité de moyens de suppléer à ce défaut, elle lui dit simplement Ils n'ont point de vin.

La réponse que lui fit Notre-Seigneur semble rude, et les re~MMMM'es qui ferment opiniâtrément les yeux aux véritables lumières de l'Ecriture l'ont voulu faire passer pour une sévère réprimande faite à la sainte Vierge Quid mihi et tibi est, HM~ïM' ? « Femme, que nous importe à moi et à vous ? » Ou « Femme, qu'y a-t-il entre moi et vous? » Mais les saints docteurs, à qui les sens cachés de la parole de Dieu ont été découverts, en ont jugé bien autrement. Ils disent que Notre-Seigneur appelle Marie femme, plutôt que mère, premièrement, pour prévenir l'extravagance de quelques hérétiques, qui ont dit depuis qu'elle n'était pas véritablement une femme, mais une créature céleste, et que son corps n'était pas de même qualité que le notre, mais d'une substance incorruptible ce qui irait à détruire le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption. Secondement, pour nous marquer que, comme il est l'homme et le fils de l'homme par excellence, elle est aussi la plus digne et la plus parfaite de toutes.les femmes; qu'elle gale. La présence de la crèche, du boSnf et de l'âno traditionnels, lep~M~ ou bâton de voyage à la main de Joseph, ne peuvent laisser de douter sur l'intention de ce second monument. (Voyez R. Rochetté, Tableau des Ca~comtM.

Il ne saurait en exister non plus sur l'origine chrétienne du premier. On lit & l'exergue DEDALI. ISPESTUA PIE ZESES.

En rétablissant l'orthographe, altérée peut-être à dessein, on a

DEDALI. IS SPES TUA.

Dédalius, celui-ci est ton espérance.

Dédttlius peut être également un nom propre ou professionnel.

L'acclamation PIE ZESES, corrompue du grec T'ts ~'i~t;~ bois et vis. est celle des agapes, et se lit sur une foule de monuments de la même époque. On y lit aussi PIE ZESIS, pour 7T<'5 ~csf?. bois, et tn vivras. (Voyez Perret, Les Catacombes, tom. iv, pi. xxii, n" 14.) L'abbé Lecanu, Histoire de la sainte Vierge.


est cette femme forte dont parle Salomon dans les Proverbes, et qu'il assure être d'un si grand prix et si difficile à trouver qu'elle est cette femme extraordinaire, qui, selon la prédiction de Dieu au second chapitre de la Genèse, devait écraser la tête du serpent; qu'elle est enfin cette femme incomparable qui devait réparer l'honneur de son sexe et le délivrer de l'opprobre dont la prévarication de la première femme l'avait couvert. Troisièmement, pour nous montrer que, dans l'opération des miracles et dans le grand ouvrage de l'établissement de la loi nouvelle, il n'agissait plus dans la dépendance de sa sainte mère, comme jusqu'alors, mais par une autorité souveraine que lui donnait sa qualité de Fils de Dieu et de chef des anges et des hommes, et pour nous apprendre en même temps qu'il ne faut point entrer dans les fonctions ecclésiastiques par condescendance pour ses parents, mais seulement par la vocation et le mouvement de l'Esprit divin il nous enseigne aussi que, dans l'exercice de ses fonctions, il ne faut point agir par complaisance pour les désirs de ses proches, mais dire généreusement à son père et à sa mère Je ne vous connais point;et à ses frères Je ne sais qui vous êtes; comme le porte le Deutéronome, chap. xxxm.

C'est dans le même dessein qu'il ajoute Quid m:'At et tibi est? « Qu'y a-t-il entre moi et vous? Car, par ces paroles, il ne veut pas disputer à la sainte Vierge l'honneur d'être sa mère, ni renoncer au rapport qu'il avait avec elle comme son fils, ni enfin la rebuter, comme mécontent de sa demande et de la proposition qu'elle lui avait faite mais seulement témoigner que les prodiges qu'il devait faire pour la conversion des hommes et pour la fondation de son Eglise, n'étaient pas des actes de soumission, mais des actes de souveraineté, d'indépendance, et de cette puissance infinie qu'il tirait de sa génération éternelle et de l'excellence de sa divinité. Aussi la sainte Vierge, qui comprenait bien ce mystère, bien loin de se troubler de sa réponse, dit à l'heure même à ceux qui servaient « Ne manquez pas de faire ce qu'il vous dira ». En effet, les serviteurs ayant rempli d'eau six grands vaisseaux de pierre qui étaient là, Nôtre-Seigneur changea toute cette eau en vin, qui fut trouvé incomparablement meilleur que celui que l'on avait servi jusqu'alors. Ainsi l'auguste Marie fut cause du premier miracle public de Jésus-Christ, et, par là, elle nous donna l'espérance qu'elle serait notre puissante médiatrice auprès de lui, et qu'elle nous obtiendrait, par son intercession, le changement de nos affections terrestres et charnelles, représentées par l'eau, en une sainte ferveur signifiée par le vin.

Après ce premier miracle, le Fils de Dieu ayant choisi la ville de Capharnaüm, comme la plus grande et la plus peuplée de toute la Galilée, pour le lieu de sa retraite et le siége de sa prédication, la sainte Vierge s'y retira pareillement, afin de l'entendre plus souvent et de ne rien perdre des paroles de vie qui sortaient de sa bouche. C'est ce que nous apprend l'évangile de saint Jean; chap. n. Saint Epiphane (~cM-M. ~xxvm) saint Bernard, Siméon Métaphraste et l'abbé Guerric nous assurent aussi qu'elle était souvent à sa suite, participant avec joie aux fatigues de ses voyages et à la rigueur de ses persécutions. Ainsi, elle alla avec lui à Jérusalem à la Pàque suivante, pour y célébrer en sa compagnie cette solennité religieuse et elle alla ensuite avec lui au bord du Jourdain, où il commença à conférer son baptême. C'est une vérité incontestable qu'elle reçut de lui ce sacrement, puisque l'Ecriture et les Pères de l'Eglise,,et surtout saint Augustin, nous apprennent qu'on ne peut entrer dans le royaume des


cieux sans l'avoir reçu, et qu'il ouvre la porte des autres sacrements d'ailleurs, comment admettre qu'elle ait été baptisée par d'autres que par son Fils? Euthymius nous assure aussi ce fait comme l'ayant appris des auteurs des premiers siècles. Il est vrai que saint Evode, patriarche d'Antioche, rapporté par Nicéphore (I. n, 3), et Clément d'Alexandrie, rapporté par Sophrone, dans le Pré spirituel, disent que NotreSeigneur ne baptisa de ses propres mains que saint Pierre mais ils ne parlent en cette occasion que des disciples, parmi lesquels saint Pierre seul reçut le baptême des mains du Fils de Dieu les autres le reçurent des mains de saint Pierre. Pour la sainte Vierge, qui était dans un ordre à part, au-dessus de tous les hommes, elle ne pouvait pas être moins privilégiée que le prince des Apôtres, et, par conséquent, il est bien raisonnable de croire qu'elle reçut le baptême des mains de l'auteur même du baptême et qu'elle fut baptisée avant tous les disciples. Nous laissons aux théologiens à expliquer ce que ce sacrement opéra dans son âme il est certain qu'il ne lui ôta aucune tache ni de péché originel ni de péché actuel, puisque c'est en elle que s'est accomplie cette parole du Cantique des cantiques klacula non est in « Nulle tache n'est en vous o mais il lui conféra le caractère baptismal, lui augmenta la grâce sanctifiante, qui eût ôté le péché s'il s'en fût trouvé, la fit appartenir à Jésus-Christ, son fils, et dépendre de ses mérites et du sang précieux qu'il allait bientôt répandre d'une manière spéciale, et lui donna de nouvelles grâces actuelles et une nouvelle vigueur pour opérer surnaturellement, conformément à l'état de chrétienne, de fille, de disciple et de membre de Jésus-Christ.

Coc~me ce divin maître demeura neuf mois en Judée, c'est-à-dire depuis la fête de Pâques de son année trente et unième jusqu'au mois de décembre suivant, on peut croire que la sainte Vierge y demeura autant de temps. De là après l'emprisonnement de saint Jean-Baptiste, elle le suivit à Capharnaüm, où il se retira pour la seconde fois elle y demeura depuis le mois de janvier de sa trente-deuxième année jusqu'au mois de septembre de sa trente-troisième, qui fut le temps auquel il retourna en Judée pour la fête des Tabernacles. Da~s cet intervalle, nous n'avons que deux rencontres où il soit parlé d'elle dans le saint Evangile. Voici la première Un jour Notre-Seigneur donnant des instructions admirables au peuple qui l'écoutait, une pieuse femme éleva la voix au milieu de la troupe et s'écria u Bienheureux le sein qui vous a porté, et bienheureuses les mamelles qui vous ont allaité M Nôtre-Seigneur, voulant donner en toutes choses des exemples d'humilité et nous apprendre comment nous nous devons comporter dans les louanges et les applaudissements des hommes; voulant aussi encourager ses auditeurs et leur faire connaître qu'ils n'étaient pas exclus de cette grande prérogative, Notre-Seigneur répondit « mais, surtout, bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui sont soigneux de l'observer '). Il ne nie pas, par cette réponse, les paroles de cette pieuse femme, ni un éloge dont l'Eglise se sert continuellement pour honorer la sainte Vierge; mais il ajoute ce qu'elle n'avait pas dit, et nous montre que le bonheur de cette incomparable mère ne consiste pas seulement à avoir donné un corps et une nouvelle vie au Verbe divin dans ses chastes entrailles, mais encore à l'avoir conçu, à lui avoir donné la vie dans son cœur par la foi, l'obéissance et l'amour ce que saint Augustin exprime par ces deux mots CoKecp~ mente et ventre.

Peu de temps apl'cs. cette aimable mère étant arrivée au lien où son fils prêchait et ayant prié qu'on lui fît place pour entrer dans l'auditoire,


parce que la presse était extrême et qu'elle lui voulait parler, un des assistants dit au Sauveur « Voilà votre mère et vos frères (c'étaient quelquesuns de ses parents) qui souhaitent de vous parler )). Alors ce grand maître fit encore voir d'une manière admirable comment le prédicateur évangélique doit se détacher de ses parents car, adressant la parole à celui qui t'avait interrompu, il lui dit « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Et en même temps, étendant la main sur ses disciples, il ajouta « Voilà ma mère et mes frères car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère a. Paroles merveilleuses qui montrent l'étroite alliance que nous pouvons avoir avec le Fils de Dieu en faisant la volonté de son Père mais paroles qui, bien loin de rabaisser la dignité souveraine de Marie, font voir, au contraire, qu'elle a été doublement mère de Jésus mère en l'enfantant, en le mettant au monde, et mère en faisant la volonté de Dieu son père, de la plus excellente manière qu'aucune créature l'ait jamais faite.

Lorsque Notre-Seigneur alla à Jérusalem, en sa trente-troisième année, pour la fête des Tabernacles, elle ne manqua pas de l'y accompagner; elle le suivit aussi dans les déserts de Judée et dans Béthanie, lorsque la persécution des Juifs l'obligea, après la fête de la Dédicace, de s'absenter de Jérusalem. Enfin, elle rentra dans cette ville lorsque, le temps de la passion approchant, il y rentra lui-même pour n'en plus sortir que la croix sur les épaules et la couronne d'épines sur la tête. Le lieu où elle se retira fut la maison de Marie, mère de Marc, qui a été consacrée par l'institution de l'Eucharistie et par la descente du Saint-Esprit. Elle n'assista pas à la dernière cène, où le Fils de Dieu célébra la première messe en instttuant le sacrement adorable de son corps et de son sang mais il est croyable qu'elle fit en même temps la cérémonie de la Pâque des Juifs, dans une autre chambre de la même maison, avec les saintes femmes qui suivaient NotreSeiguenr.

Lorsqu'il sortit du cénacle pour aller au jardin des Oliviers, où il devait être pris par l'ordre du grand prêtre et du conseil des Juifs, elle s'enferma dans un lieu secret, attendant, avec une force et un courage invincibles, l'accomplissement des desseins de Dieu sur lui. Nous ne savons point ni les lumières qu'elle y reçut, ni les actes qu'elle y produisit, ni tout ce qui se passa entre elle et les personnes divines sur le mystère étonnant de la Passion et de la mort prochaine de son Fils. On ne sait pas même assurément en quel temps elle parut pour assister à une exécution si terrible on ignore si elle fut au prétoire de Pilate, si elle se trouva au palais d'Hérode, si elle assista à sa flagellation, à son couronnement d'épines et à la confusion que lui fit le président en le présentant ait peuple dans l'état déplorable où les soldats l'avaient mis ou si elle se montra seulement lorsqu'on le conduisait au Calvaire, portant sur ses épaules l'instrument de son supplice, comme on le croit plus communément Ce qui paraît indubitable, c'est que rien de ce qui se passait ne lui était caché qu'elle voyait tout par une lumière surnaturelle bien plus claire et plus distincte que celle par laquelle les Prophètes connaissaient les choses qui se faisaient en 1. C'est un fait certain, d'une certitude absolue quoique extra-évangélique. La tradition qui le rapporte, remonte aux temps apostoliques. Une belle église. dédire à Notre-Dame du Spasme, et dont il existe encore des restes, fut cjn~tmite à la place même dès le temps de Constantin; les historiens grecs disent par sainte Hélène. Les souverains Pontifes ont assigné ce lieu pour une des stations de la voie do~lonrense, et y ont attaché des indulgences. Des les siècles les plus reculés, la Pierre de la Vierge était conservée dans l'église du SpaMe, c~mme un monument d'uue certitude incontestable. Histoire n~«.c ~(~c, par i'atjbë Lecauu.


des lieux éloignés de leur présence qu'elle ne se montra que selon l'ordre qu'elle en reçut de Dieu, et au moment que le Saint-Esprit lui fit connaître qu'elle le devait faire; car elle ne courut pas vers son Fils par un emportement de mère, mais par la conduite de ce divin Esprit qui lui réglait toutes ses actions et qui les disposait selon qu'il était convenable à l'accomplissement du mystère de notre Rédemption.

L'Evangile nous apprend seulement que Marie était sur le Calvaire au pied de la croix de son Fils Stabant,juxta crucem, dit saint Jean, chap. xix, Mater p/'MX et soror ~a~M c/!M Maria Cleophx et ~an'a Magdalene; « Sa mère, et Marie, femme de Cléophas, sœur de sa mère, et Marie-Madeleine étaient debout auprès de sa croix ». Elle eut part, en ce lieu, à tous ses opprobres et à toutes ses douleurs elle ressentit toutes les plaies dont son corps adorable était couvert, elle fut percée dans son âme de tous les clous et de toutes les épines qui perçaient sa chair, et elle devint, après lui, la première et la plus souffrante de tous les martyrs. Un sujet si important nous arrêterait en cet endroit, si nous n'avions résolu d'en donner un discours exprès après cette vie, à propos de la fête de la Compassion de Notre-Dame, que l'on célèbre en plusieurs églises le vendredi d'après le dimanche de la Passion. Au reste, comme sa constance merveilleuse et sa résignation à toutes les volontés de D ieu n'empêchèrent point la grandeur de sa douleur, ainsi cette douleur, qui n'eut jamais sa pareille dans 1. Le lien ou Marie se tenait, est enfermé dans une petite chapelle appelée Notre-Dame des Douleurs, et adossée à réalise du Saint-Sépulcre.

Lorsqttenfin te Sauveur est élevé sur la croix, suspendu par quatre blessures entre le ciel et la terre, en qualité de médiateur entre l'une et l'autre, les bras étendus vers l'univers, la face du côté de l'occident, la dos Jérusalem, l'épouse désormais répudiée; lorsque les bourreaux se sont écartes, Marie sa rapproche vivement, elle a arraché le voile de sa tête, elle en fait une ceinture, enlace de ses deux bras son Fils adorable et couvre sa nudité.

A part même la tradition qui relate ce touchant détail, et dont saint Bonaventure s'est fait l'écho lointain, on peut affirmer qu'il en fut ainsi, puisque cela dut être, et que le voile qui couvre nos erucinx est un souvenir antique, bien plus qu'une rigoureuse exigence de la modestie.

Ce pieux devoir accompli, Marie s'ëcarta de quelques pas, ec se tint la face tournée vers le Rédempteur, debout, dans l'attitude héroïque de la douleur muette, de la résignation courageuse, de la plus symp~t'~quc compassion.

Jadis un petit sanctuaire était élevé sur le lieu que pressèrent les pieds de la divine Vierge pendant les trois heures terribles de ce supplice du Fils et de la Mère. Mais il a été supprimé ensuite, pour plus de régularité dans le grand monument de Constantin une pi~co de marbre désigne maintenant et depuis longtemps la place, à quelques pas de l'entaille où fut plantée la croix. 1

« Dix-huit siècles se sont écoulés; des persécutions sans fin, des révolutions sans nombre, n'ont pu effacer ou cacher la trace d'une mère qui vient pleurer son fils (Chateaubriand) C'est que cents était le Sauveur, et cette mère, la Mère du genre humain.

!1 était midi, lorsque le Sauveur fut elev~ sur la croix; il était trois heures, lorsqu'il expira; il était 411 six heures, lorsqu'il fut détache. Marie ne le quitta point pendant les trois premières heures; elle employa les suivantes à préparer avec deux des amis les plus dévoués de son fils, Nicodème et Joseph d'Arimathie, les moyens d'un ensevelissement immédiat, rendu nécessaire par rapproche du grand sabbat, qui allait commencer; car les corps des suppliciés ne devaient point rester a la croix en ce jour solennel.

Au moment de la descente de croix, elle reçut dans ses bras maternels son Fils expiré. Elle s'assit, supportant sur ses genoux les épaules de la sainte victime du péché, sur son cœur~ la tête de son bienaimé, tandis que ses pieux amis nettoyaient la pierre sur laquelle ils allaient étendre le corps inanimé, et disposaient les parfums dans lesquels ils allaient l'ensevelir.

Elle le leur rendit, en lui disant adieu pour trois jours, et s'enferma dans une cellule voisine, d'oh elle pouvait voir rentrée du tombeau, et épier le moment de la résurrection. Tous ces détails sont tradiditionnels mais ces traditions. l'Eglise les avoue, l'Evangile les appuie, les monuments les consacrent. Tous les jours, dans la chapelle du saint tombeau, un prêtre catholique récite une prière où elles sont reproduites.

A quinze pas à l'orient de ce même tombeau, la place où Marie reçut son Fils dans ses bras et oh elle demeura pendant l'embaumement, est marquée par une tablette de marbre blanc à fleur de pavé. Quelques pas à côté est la pierre même sur laquelle le corps fut embaumé; on l'appelle la Pierre de l'Onction. L'empereur Manuel-Comnène la fit enchâsser dans l'or; maintenant elle est recouverte d'une table de marbre, qui la protège contre les dégradations d'une piété indiscrète. Guillaume de Tyr nous apprend qu'elle était surmontée d'une petite chapelle <Mdt<e a Marie. Histoire de la «tmtc VM~f. par l'abbé Leunau.


aucune autre créature, ne diminua rien de sa constance. Tout fut incomparable en cette excellente mère elle accepta la mort de son Fils en union aux décrets de la justice divine; elle en fit elle-même en son cœur le sacrifice, mais elle ne la ressentit pas pour cela moins vivement et n'en fut pas moins pénétrée. Et quoique l'Ecriture ne parle point de ses larmes, mais seulement de son courage, suivant cette parole de saint Ambroise Stantema !7/aHî lego, /~M<<?m non /<~o,- « Je lis qu'elle était debout et je ne lis pas qu'elle fût éploré& )) parce qu'on pouvait douter de sa constance, au lieu que sa qualité de mère fait assez juger de sa tristesse; il faut néanmoins avouer, avec saint Antonin, qu'elle était /ac~mM~&MN!, doloribus immersa; « Toute fondante en larmes et tout abîmée dans la douleur.

Alors son Fils étant près d'expirer jeta les yeux sur elle, et, voulant lui témoigner son respect, son amour, et ses soins jusqu'à l'extrémité, lui dit, en regardant saint Jean, le plus cher de ses disciples ~M~, ecce ~Ms tuus « Femme, voilà votre Fils »; c'est-à-dire voilà celui qui tiendra ma place auprès de vous, celui qui vous rendra tous les devoirs et toutes les assistances qu'un fils doit rendre à sa mère; celui qui sera le vicaire de l'amour et de la tendresse que j'ai eus pour vous; et adressant ensuite la parole à saint Jean, il lui dit, en regardant Marie « Voilà votre mère; elle est la mienne et je la fais la vôtre; je l'ai respectée et aimée comme ma mère, je veux que vous la respectiez et que vous l'aimiez comme la vôtre'). Saint Jean gagna infiniment par cette disposition testamentaire, et nous pouvons dire qu'il reçut, par ce seul legs, mille fois plus que le centuple de ce qu'il avait laissé pour Jésus-Christ. Pour Marie, elle eût infiniment perdu si, en recevant Jean pour son fils, elle eût cessé d'être mère de Jésus, si Jésus eût cessé d'avoir pour elle l'affection et la providence filiale; mais il est et sera son Fils pour l'éternité. Il faut ajouter que Jésus, en donnant à Marie saint Jean pour son fils, lui a donné en même temps tous les chrétiens, qui étaient représentés par ce disciple de sorte que nous appartenons à Marie comme des enfants à leur mère, et que nous sommes les frères de Jésus-Christ, non-seulement par rapport au Père éternel, dont il est le premier-né, mais aussi par rapport à Marie, dont il est en même temps le Fils unique et le Fils aîné.

On peut demander pourquoi, dans un moment où Jésus-Christ devait témoigner tant d'affection à sa sainte Mère, il ne l'appela pas sa mère, mais seulement femme. D'après saint Jean Chrysostome, ce fut par compassion pour elle et pour ne point augmenter sa douleur, en lui parlant d'une manière trop tendre et capable d'émouvoir de nouveau ses maternelles entrailles. Suivant d'autres, ce fut dans la crainte que le nom de mère n'irritât contre elle les Juifs et les bourreaux qui étaient présents, et ne fût cause qu'ils lui fissent quelque outrage. D'autres croient que ce fut par respect, et que c'était de cette manière que les personnes nobles parmi les Juifs, après être sorties de l'enfance, en usaient en parlant à leurs mères. D'autres ajoutent, fort judicieusement, que ce fut pour nous apprendre que Marie était la seconde /eaMKe qui devait réparer, sous l'arbre de la croix, l'infamie que la première avait contractée sous l'arbre fatal de la science du bien et du Nous croirions encore que Notre-Seigneur en usa ainsi pour se mettre, avant sa mort, dans le dernier excès du dépouillement, en se désappropriant, pour ainsi dire, de sa sainte Mère, et de la qualité de son Fils, c'està-dire des plus grands trésors qu'il eût au monde, et les transférant en la personne de saint Jean.


Après qu'il fut mort, et que son côté eut été ouvert d'un coup de lance, la sainte Vierge, qui l'avait vu expirer, et qui avait reçu ce coup dans le plus profond de son cœur, au milieu des douleurs inexprimables dont elle était pénétrée, ne laissa pas de prendre le soin de trois choses de grande importance elle fit descendre de la croix le corps adorable de ce cher Fils, après en avoir obtenu la permission de Pilate, par l'entremise de Joseph d'Arimathie. Elle le fit embaumer, ensevelir et renfermer dans un sépulcre, auprès du lieu où il avait été crucifié elle remplit ce pieux devoir de ses propres mains, avec l'assistance du même Joseph, de Nicodème, de saint Jean, des saintes femmes et peut-être de quelques-uns de ses disciples. Elle recueillit, et même elle acheta à prix d'argent les choses qui avaient servi à sa passion pour en enrichir l'Eglise, et servir de consolation aux fidèles jusqu'à la consommation des siècles. Car c'est sans doute grâce à ses soins que nous sommes en possession, non-seulement de sa croix et de ses clous, mais aussi des fouets, des épines, des cordes, de la colonne, du roseau, du manteau de pourpre, de l'éponge, du fer de la lance, et des autres instruments qui ont été employés à son supplice. Quelques auteurs ajoutent même, qu'étant au pied de la croix, elle avait reçu, dans un vase, le sang et l'eau qui coulèrent de la plaie de son côté, et qu'elle avait ramassé d'autres gouttes de son sang, mêlées avec la poussière, qui étaient coulées de ses pieds et de ses mains.

Simêbn Mé~aphraste et Nicéphore disent qu'elle demeura constamment au pied du sépulcre jusqu'au moment de la résurrection de son Fils mais cela n'est guère probable. La retraite des autres saintes femmes après qu'elles eurent bien considéré la disposition du lieu, nous doit faire juger que la sainte Vierge se retira aussi dans la maison de Marie, mère de Marc. Comme elle avait la foi entière, l'espérance ferme, la charité parfaite, elle attendit là avec une assurance indubitable le précieux instant de la renaissance du Sauveur au troisième jour. Le texte sacré ne dit point qu'il lui apparut après être ressuscité, et même ne parle nullement d'elle dans toute l'histoire de la résurrection; mais il ne faut point douter qu'elle n'ait été la première qu'il ait visitée dans son état glorieux et immortel. Il était bien raisonnable, que, l'ayant reçu la première lorsqu'il est venu au monde dans une chair passible, elle le vît la première lorsqu'il est revenu au monde dans une chair impassible il était bien juste qu'ayant participé plus que nul autre aux douleurs et aux humiliations de sa Passion, elle participât, avant tous les autres, à la joie et aux splendeurs de sa résurrection. C'est aussi ce que nous apprennent le prêtre Sédulius, saint Anselme, l'abbé Rupert et plusieurs autres saints docteurs 1.

1. C'est un point constant de la tradition chrétienne, que Marie jouit de la vue de son Fils an moment de sa sortie du tombeau, et s'entretint, avec lui. Il apparut ensuite à Madeleine la première, ainsi que le dit l'Evangile. Pour Marie, ce n'était point une apparition; pour Madeleine, au contraire, c'en était une.

Le lieu on Marie s'entretint avec son Fils est renfermé dans une chapelle, qnl s'appelle du nom de l'Apparition. Celui où il apparut à Madeleine est à peu de distance, et s'appelle Ne me <o!tcAe;; pas, de la parole même adressée par Jésus à cette sainte amie. Celui-ci est à douze pas du saint Sépulcre, vers le nord le premier est plus éloigne; 11 y avait alors un olivier auquel Marie s'appuyait en regardant vers l'entrée de la grotte, et c'est pendant son entretien avec Jésus, que Madeleine et les autres saintes femmes arrivèrent.

Les processions commémoratives de la passion du Sauveur partent de la chapelle de l'Apparition, et visitent les suivantes en cet ordre de la Flagellation, de la Prison de Jésus, du Titre de la Croix, de la Division des vêtements, de l'Invention de la croix, de Sainte-Hélène, de l'Impropcrc, dn Crncînement, de la Plantation de la croix, de la Pierre de l'Onction, du Saint-Tombeau, dn Ne me touchez pas; elles rentrent ensuite à la chapelle de l'Apparition. Les choses se passent ainsi de nos jours elle se passaient de même au moyen ~âge, le cardinal de Vitry et Marin Sanudo en sont les garants; saint Cyrille de Jérutaiem nous apprend, dans sa XH' Catéchèse, qu'elles étaient ainsi établies de son temps depuis une


Si l'on demande pourquoi donc l'Evangile ne fait point mention de cette apparition, le même saint Anselme répond qu'il n'en fait point mention, parce que l'Evangile ne dit rien d'inutile ni de superflu. Or, ce serait une chose tout à fait superflue de dire que le Fils de Dieu apparut à la sainte Vierge avant d'apparaître aux autres femmes et à ses disciples puisqu'on ne peut penser à sa qualité de mère, à la part qu'elle avait eue à sa passion, ni à la tendresse qu'elle avait pour elle, sans en être entièrement persuadé. Il n'était donc ni nécessaire ni convenable que l'Evangile fit mention de cette apparition. Si l'on oppose encore que saint Jean dit que NotreSeigneur apparut premièrement à Madeleine, l'abbé Rupert répond que cela se doit entendre à l'exception de la sainte Vierge et par rapport aux témoins que Dieu avait choisis pour publier ce grand mystère dans le monde.

Les âmes pieuses se représentent des choses merveilleuses qui se passèrent dans cette entrevue de Jésus ressuscité et de sa sainte Mère on les pourra voir dans les livres spirituels. Une des principales circonstances est que Notre-Seigneur se fit accompagner dans cette visite par tous les Pères de l'Ancien Testament qui étaient ressuscités avec lui, etm'eme par les âmes de ceux qui n'étaient pas ressuscités, qui témoignèrent tous une bien vive reconnaissance à la sainte Vierge, pour leur avoir donné un Sauveur et Libérateur. Ils la reconnurent pour leur reine et souveraine maîtresse ils la proclamèrent cent fois bienheureuse; ils lui firent hommage de tout ce qu'ils avaient de grâce et de gloire, comme étant des fruits de sa foi et de sa pureté enfin, ils mirent leurs couronnes à ses pieds. Quelques auteurs ajoutent qu'il est fort croyable que Notre-Seigneur, en ce moment, lui fit voir sa divine essence, non pas d'une manière stable et permanente, mais en passant, afin de la récompenser des douleurs qu'elle avait ressenties dans sa passion, de lui donner des gages et comme une montre de la gloire qu'elle devait recevoir à la fin de sa vie, et de la consoler en quelque façon du long retardement de cette gloire qu'elle ne devait recevoir que dans vingtquatre ans.

Peu de temps après la résurrection, les saintes femmes et les Apôtres lui vinrent sans doute raconter ce qu'ils avaient vu au sépulcre, et, après les apparitions de Notre-Seigneur, ils lui en firent le récit avec une joie mêlée d'inquiétude et de tristesse. Elle les fortifia dans la foi de ce mystère autant qu'ils en étaient capables et le temps marqué par Notre-Seigneur pour se rendre en Galilée étant arrivé, elle s'y transporta avec eux, et eut le bonheur de l'y voir et de l'y adorer avec plus de cinq cents disciples. La piété nous oblige de croire qu'outre cela, Notre-Seigneur lui rendit de fréquentes visites dans les quarante jours qu'il demeura en ce monde avant de monter au ciel. Car, quel lieu était plus digne de le recevoir que l'oratoire secret de Marie, et quelle conversation lui pouvait être plus agréable que celle qu'il avait avec Marie? Ne pouvons-nous pas dire qu'elle seule lui rendait la terre plus précieuse que le ciel, et lui faisait quelque violence pour y demeurer, puisqu'il trouvait en son âme plus de grâce, de sainteté et d'amour que dans tous les anges ensemble ?

Le temps de l'Ascension approchant, Marie revint de Galilée à Jérusalem pour être présente, sur la montagne des Oliviers, à ce spectacle merveilleux où notre nature terrestre devait être élevée en Jésus-Christ, non-seulement époque indéterminée. Ce ne sont donc pas des invantions modernes et de pieuses cérémonies seulemeut, mais des traditions vieilles cem~~leohn~tmaii.me.M~a.e de <<tMm« t'ierge, par l'abbé Lectum.


au-dessus des nues, mais aussi au-dessus de tous les cieux et de toutes les hiérarchies des anges. Notre esprit est trop faible pour pouvoir concevoir les sentiments du Fils et de la Mère au moment de leur séparation. Tout ce que nous en pouvons dire, c'est que le corps de Marie demeura sur la terre, mais que son cœur monta avec Jésus-Christ dans le ciel. Elle se retira ensuite avec les~Apôtres dans le Cénacle, pour y attendre la descente du SaintEsprit, et elle le reçut au bout de dix jours avec une nouvelle plénitude, qui nt encore dans son âme un accroissement de grâce inestimable. Une sainte contemplative du xvn° siècle a laisse par écrit que cette flamme merveilleuse, sous laquelle le Saint-Esprit apparut, se reposa d'abord tout entière sur la tête de la sainte Vierge, et qu'ensuite elle se divisa en une infinité de langues, pour s'aller reposer sur la tête de chacun des disciples, afin de faire connaître que Marie recevait elle seule ce don céleste avec plus d'abondance que tous les Apôtres et tous les disciples ensemble, et qu'elle était l'organe par lequel cet Esprit-Saint répandrait ses faveurs sur les autres. Aussi, ses dispositions étaient merveilleuses, et l'on ne peut concevoir avec quelle perfection et quelle ferveur elle avait passé ces dix jours de retraite entre l'Ascension et la Pentecôte. Mais l'Ecriture nous le donne bien à entendre par ce seul mot, savoir que les Apôtres avaient demeuré tout ce temps en oraison avec Marie, mère de Jésus.

Le reste de la vie de Notre-Dame fut toujours entremêlé de consolation et de tristesse. C'était pour elle un grand sujet de joie lorsqu'elle voyait les grands miracles qui se faisaient au nom de son Fils; le moindre des Juifs et des Gentils qui embrassait sa religion; la sainteté des premiers chrétiens, qui se dépouillaient de leurs biens pourne rien posséder qu'en commun, et qui n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme. Mais ce lui était aussi un grand sujet de douleur de voir toutes les puissances du monde conspirer contre eux pour les détruire et pour empêcher la propagation de l'Evangile de voir, disons-nous, que les uns étaient fouettés, les autres lapidés, les autres précipités des plus hautes tours, les autres décapités, les autres brûlés tout vifs, et tous généralement haïs et persécutés des plus grands de la terre. Elle demeura dans Jérusalem jusqu'au temps où les Apôtres furent contraints d'en sortir par la persécution des Juifs, vers l'année quarantecinq de Notre-Seigneur; et saint Jean, qui l'avait en sa garde, la mena à Ephèse, comme il paraît par la lettre du Concile d'Ephèse au clergé de Constantinople.

On ne sait pas précisément le temps qu'elle resta en cette ville; mais il est certain qu'elle retourna à Jérusalem avant sa mort. Son occupation continuelle était la communion de tous les jours, l'entretien avec la trèssainte Trinité dans l'oraison, la méditation des mystères de notre foi, la visite des saints lieux où l'œuvre de notre Rédemption a été opérée et l'instruction privée des fidèles et des Apôtres mêmes, qui avaient recours 1. Il est de tradition que ses plus chers délassements, en attendant )e jour o!t il plairait à son Fils de rappeler à lui, consistèrent à accomplir de pieux et commémoratifs pèlerinages aux lieux on s'étaient consommés les mystères auxquels elle avait pris une si grande pM't Betliieem et le nr'nt des Oliviers, le mont du Calvaire et la voie douloureuse. le tombeau de son Fils et le jardin des Oliviers. Le jardin des Oliviers est situé sur le revers occidental du mont de l'Ascension, presque au pied. du cMe de Jérusalem, au bord du torrent du Cédron, en face du parvis du tempie et de la porte Dorée. Les huit oliviers témoins de tant de mystères de salut, arrosé3 des pleurs de Je'sm. honorés des visites de Marie, existent toujours. Objets d'un culte constant pour les chrétiens de toutes les communions et les musulmans eux-mêmes, ils sont entretenus avec un soin merveilleux dans tin pays où il n'y y a de souci ni de vigilance pour rien. Les naturalistes les premiers considèrent avec admiration, et sont Obligés de convenir du nombre prodigieux de leurs années.

Le mont de Sion, où fut l'habitation de Marie, c'élève bilisqtiement an-dessus de 1~ vallée d'Himon.


à elle dans leurs difficultés, et qui n'entreprenaient rien en sa présence, sans la consulter et lui demander son avis. C'est ce qui fait que le savant Idiota l'appelle Doctricem doctorum, Magistram ~o~o&)fMm/ « celle qui enseignait les docteurs, et qui servait de Maîtresse aux Apôtres H. Et l'abbé Rupert, au livre i~ sur le Cantique, assure qu'elle suppléait, continuellement, par ses instructions, à ce que le Saint-Esprit, qui s'était donné par mesure aux Apôtres et aux disciples, n'avait pas voulu leur découvrir, suivant cette parole du même cantique .FoHS hortorum, Puteus aquarum viventium; « la Fontaine des jardins et le Puits des eaux vives )). Surtout, les saints Pères sont d'accord que, comme il est écrit dans l'Evangile, en parlant du mystère de l'enfance de Notre-Seigneur Maria conservabat omnia !)~a /:a?e con ferens !H corde suo; n Marie conservait toutes ces paroles et les comparait ensemble au fond de son cœur )), c'est elle qui les a déclarées à saint Luc, qui les a rapportées dans les premiers chapitres de son Evangile.

La glorieuse Vierge, ayant ainsi passé plusieurs années à former l'Eglise naissante, et voyant qu'elle s'était étendue de tous côtés et que le nom de son Fils était adoré par toute la terre, souhaita avec une grande ardeur de quitter le monde pour aller jouir de sa vue et de sa possession dans le ciel. Elle lui demanda cette grâce avec beaucoup d'instances, sachant bien que la prière est le grand moyen pour obtenir des faveurs de sa libéralité. NotreSeigneur souhaitait lui-même ardemment de la tirer des misères de cette vie pour la faire jouir du bonheur de son éternité, où il lui avait préparé un trône d'une beauté inestimable il lui envoya une des intelligences célestes pour lui annoncer que ses désirs seraient bientôt accomplis, et qu'en un certain jour elle serait conduite en triomphe au lieu où il était, pour y recevoir la récompense de ses travaux. On ne peut exprimer la joie qu'une si heureuse nouvelle lui donna; elle en rendit mille actions de grâces à son Fils, et se disposa, par de nouveaux actes d'amour, à entrer dans cette consommation de l'amour divin. Saint Jean et les chrétiens de Jérusalem étant avertis que l'heure de son départ approchait, s'assemblèrent autour d'elle pour assister à un décès si précieux. On dit même que ceux d'entre les Apôtres qui étaient encore vivants, et qui étaient répandus dans les nations pour y prêcher l'Evangile, furent alors transportés par les anges à Jérusalem, pour y rendre cette solennité plus auguste. Saint Denis et domine Jérusalem, dont il est séparé par la va]lée de Tyrop~on, jadis beaucoup plus profonde. Le Cénacle en occupait le point le plus avancé vers le midi.

Ce saint édinee, la maison de Marie et celle de l'Evangéliste saint Jean, qui lui étalent continues. durent être des premiers relevés de leurs ruines au moment où la paix fut rendue à l'Eglise par Constantin. Au vue siècle, suivant les témnignages d André de Crète et de saint Areuiphe, ils étaient en état de conservation, et formaient l'ensemble d'une belle église, environnée d'un tr~s-nombreux monastère. Les souvenirs des réunions apostoliques, du séjour et de la mort de Marie, de la dernière cène et de ia descente du Saint-Esprit en étaient insdparaMes. Le moine Jean Fhoeas nous les montre restaurés et environnés des mêmes respecta au xm* siècle. Alors ta maison de Marie était séparée du reste des édifices, environnée d'une belle grille en fer, et convertie en une chapelle dont la voûte reposait sur deux gros piliers de maçonnerie. La voûte et les piliers existent toujours et doivent être de cette époque, vn le style de leur construction.

Les Pères de la Terre-Sainte possédèrent ces lieux jusqu'en l'an 1580 environ alors les Turcs les chassèrent, et convertirent en mosquée la chapelle de Marie. Depuis ce temps, quelques pèlerins seulement ont pu y pénétrer à la dérobée et au péril de leur vie.

Mais il reste du moins à une faible distance un monument accessible à tous. que les musulmans euxmêmes ont en grande vénération et auprès duquel ils vont accomplir leurs dévotions savoir, la fontaine de Marie, ainsi nommée des les temps les plus anciens. C'est une source profonde, recouverte d'une voûte sombre, et au niveau de laquelle on descend par deux rampes, l'une de 18, l'autre de 14 degrés l'eau s échappe de son bassin par des canaux souterrains, et va former de l'autre cMe de l'ados du mont Motiah. environ à M mètres de distance, dans la vallée de Tyrop~on, la fontaine de Siioe. qui sort à fleur de terre, et s'écoule dans 1.! lit dn C~dron. Histoire dé la sainte Vie; par l'abbé Leenu~.


l'Aréopagite s'y trouva aussi avec saint Dorothée, saint Timothée et beaucoup d'autres disciples des Apôtres. Une assemblée si illustre et si sainte donna une nouvelle joie à Marie; elle bénit Dieu de lui avoir fait la grâce de pouvoir réunir, avant son départ, ces hommes admirables qui travail laient à établir son règne dans le monde. Elle leur parla avec beaucoup d'amour, les remercia de l'honneur qu'ils lui faisaient, leur fit entendre qu'enfin elle allait rejoindre celui qu'elle avait porté neuf mois dans son sein, qu'elle avait mis au monde pour le salut de tous les hommes, et leur donna sa bénédiction avec toute l'affection qu'une telle mère pouvait avoir pour de tels enfants. Ils fondaient tous en larmes, et pleuraient la perte que l'Eglise naissante allait faire par la mort d'une si chère et admirable Maîtresse mais elle les supplia d'essuyer leurs larmes, son décès n'étant pas un sujet de douleur, mais un sujet de consolation et de joie « Vous ne devez pas pleurer o, leur dit-elle, « ni pour vous, ni pour moi. Vous ne devez pas pleurer pour moi, puisque vous savez où je vais, et que je ne ferai que changer cette vie mortelle en une vie glorieuse et immortelle. Il y a tant d'années que je suis séparée de mon Fils et mon Dieu; et depuis ce temps-là je ne fais que regretter mon éloignement et soupirer après l'heure qui me rendra celui qui est tout l'objet de mes désirs; voilà maintenant cette heure arrivée; si donc vous avez de l'amour pour moi, vous devez m'en féliciter et employer tout ce que vous avez de force pour en rendre des actions de grâces infinies au Tout-Puissant. Vous ne devez pas non plus pleurer pour vous-mêmes, puisque si j'ai assisté l'Eglise pendant que j'ai été sur la terre, je l'assisterai bien plus puissamment lorsque je serai dans le ciel, à côté de votre Sauveur et du mien, où je lui représenterai les besoins de tous les fidèles ». A peine ces paroles purent-elles apaiser leurs soupirs. Cependant on alluma beaucoup de flambeaux, et la sainte Vierge, ayant disposé du peu de meubles qu'elle avait en faveur des filles qui l'assistaient, vit son aimable Fils descendre du ciel avec un nombre infini d'anges de tous les ordres, pour recevoir son bienheureux esprit et le conduire en triomphe dans le lieu de l'immortalité. Son âme fut alors embrasée d'un feu d'amour si ardent et si merveilleux, qu'elle se détacha d'elle-même de son corps pour s'aller rendre entre les mains de celui qui l'invitait à la solennité de son festin nuptial. Ce ne fut point une maladie ni une défaillance de nature qui la fit mourir, mais cet effort amoureux qu'elle fit pour s'unir à son principe.

Il y a diverses opinions touchant l'âge qu'elle avait lorsqu'elle mourut on croit généralement qu'elle était âgée de soixante-douze ans. On en peut voir les preuves dans le cardinal Baronius; nous en avons traité amplement au jour de l'Assomption de cette auguste Vierge; c'ést aussi là que nous avons parlé des hymnes d'allégresse que les Anges et les Apôtres chantèrent autour de son corps, des miracles qui furent faits par l'attouchement de ses membres sacrés et par l'eau dont ils avaient été lavés, de l'honneur de son convoi et de 'sa sépulture de sa résurrection au troisième jour, de 1. Le village de Gethsémani est situé au pied du mont des Oliviers, au bord du torrent de CëJron, à deux cents pas au nord du jardin des Oliviers. Là est le tombeau de Marie, presque en face et à l'orient de l'ancienne porte des troupeaux, dite maintenant porte de Saint-Etienne, et porte de Sainte-Marie, liabcl-Sitti-Miriam.

Voici l'état actuel du tombeau de Marie. On arrive par le sud à une belle esplanade, au fond de laquelle un petit édifice de style gothique donne accès à un superbe eseatierde ] 5 pieds de largeur comptant 48 degrés de marbre blanc, par lequel on descend dans une hypogée ou église souterraine, qui a 95 pieds de longueur, 20 de largeur, et prolonge de l'occident à l'orient. En descendant l'escalier, on aperçoit à droite, dans un renfoncement, lej monuments de saint Joachim et de sainte Anne; un peu plus b~s, du côté opposé, ceux de saint Joseph et du juste Siméon. Au pied de l'escalier à droite, une


son assomption en corps et en âme dans le ciel, de son exaltation au-dessus des hiérarchies célestes, et jusques à la droite de Jésus-Christ, de son couronnement par les mains de son Fils et de toute la très-sainte Trinité, de l'empire qui lui fut donné sur toutes les créatures, et des grâces que l'Eglise et les fidèles ont reçues et reçoivent continuellement de sa bonté. Les saints Pères et les auteurs ecclésiastiques ont fait le portrait de son corps et de son âme. Ils disent qu'elle était d'une stature médiocre, qui est la plus convenable à son sexe; qu'elle avait le visage long et un peu brun, les cheveux blonds, les sourcils noirs, les yeux vifs et ardents, les prunelles approchant du jaune et comme de couleur d'olive, le nez d'une juste grandeur, les joues à demi pleines, les lèvres vermeilles et fleuries; que la pudeur et l'honnêteté couvraient tellement sa face, qu'on ne pouvait la regarder sans être touché de respect; qu'il n'y avait rien d'étudié dans son port ni dans sa démarche, mais une aimable simplicité et un air de sagesse et de modestie qui ravissait tous ceux qui la voyaient; que ses habits furent toujours propres et honnêtes, mais pauvres, communs et sans nul ornement. Et pour son âme, ils nous la représentent comme une image parfaite de la Divinité, comme un exemplaire de toutes les vertus, comme le sujet des plus rares qualités dont un esprit soit capable, et comme le chef-d'oeuvre de Dieu, après la trës-sainte humanité de son Fils. porte de fer cache un monument inconnu, peut-être l'ancien passage qui conduisait à la grotte de l'Agonie, peut-être le tombeau de la reine Mélisende, inhumée, disent les historiens, dans le monument de saint Joachim et de sainte Anne.

Le vaste escalier débouche latéralement dans l'hypogée, sous le dôme de laquelle, à peu près aux deux tiers de la longueur vers l'orient, on aperçoit en entrant le tombeau de Marie.

C'est un monument creusé dans la roche et ensuite isolé, de 9 pieds de hauteur, 7 pieds de longueur intérieure et 6 de largeur, dans lequel on entre par deux portes, au couchant et au nord. Le plan de l'église qui lui sert de reliquaire, forme une croix, dout le chef et les deux bras, creusés dans la roche, se terminent en absides. Un autel appartenant aux catholiques est adossé au tombeau de la Vierge; dans l'abside de gauche, est l'antei des grecs l'abside de droite est un lien d'oraison réservé aux musulmans; au-delà du tombeau de M~rie est une citerne, et plus loin, au fond de i'abside principale, l'autel des Abyssins.

L'église reçoit le jour par l'escalier et par une ouverture pratiquée à l'abside principale. Un grand nombre de lampes y brûlent continuellement, ainsi que dans le tombeau de Marie.

Après le creusement du chœur et des absides dans le rocher, des murailles et des voûtes ont été ajoutées. pour faire le prolongement de la nef, puis le tout a été recouvert de terres de rapport. L'egiise s'écarte de la forme grecque, et affecte celle d'une croix latine des mieux caractérisées. Originairement il n'en était pas ainsi, le tombeau de Marie était renfermé dans une rotonde. La construction actuelle est due aux croisés, qui, n'ayant trouvé là que des ruines, sauf peut-être le monument de Marie, toujours demeuré intact, à ce qu'il semble, furent obligés de bâtir à neuf. La reine Mettsendo y eut la plus grande part, ou y mit la dernière main.

Il résulte de la disposition générale des lieux que le caveau dans lequel reposa le corps de la divine Marie était creusé au fond d'un pli naturel d'environ cent pieds de retraite, au flanc du mont des Oliviers, et que les caveaux de saint Joachim et de sainte Anne, de saint Joseph et du vieillard Siméon, dans une position plus élevée, s'ouvraient, non pas an fond, mais sur le côté du même pli qui fait face au nord, en retour d'équerre avec celui de Marie. Celui-ci avait son ouverture à l'occident, et c'est la même qui existe.

Si ceux-là sont des sépulcres: plutôt que des monuments commémoratifs, le lieu était donc consacré a la sépulture d'une des branches de la famille davidiqne, puisque cette partie de la vallée de Josaphat abonde en pareils souvenirs. Le tombeau d'Absalon n'est pas éloigné.

Quoi qu'il en soit, ces cinq tombeaux existaient là au vu* siècle, suivant le rapport de saint Arculphe; seulement le tombeau de Marie était dans un monument distinct et sans communication avec celui qui fenfermait les quatre autre), Histoire de la MM<e VM'e, par l'abbti Lecana.


L'HISTOIRE DU DIMANCHE

Le dimanche est le premier jour de la semaine, que les Grecs et les Romains appelaient le jour du soleil, dies depuis qu'ils eurent donné à chaque jour le nom d'une des sept planètes, et que les chrétiens ont toujours appelé par excellence le jour du Seigneur, dies Dominica, parce que c'est le jour auquel s'est accompli le grand mystère de notre rédemption, par la triomphante résurrection du Sauveur, arrivée le premier jour de la semaine in prima Sabbati, c'est-à-dire, le premier jour après le samedi. C est pour cela que les Grecs appellent le dimanche Anastasime, qui signifie jour de la résurrection; aussi chaque dimanche en est l'octave continuelle. Comme ce grand mystère est le plus solide fondement de notre foi et de notre espérance, et la base, pour ainsi dire, de toute la religion, Dieu a voulu que tous les huit jours nous en renouvelassions la mémoire Saint Jean a remarqué que ce fut le huitième jour après Pâques que les Apôtres étaient assemblés pour la prière, lorsque le Sauveur se présenta à eux et convainquit 1 Apôtre incrédule de la vérité de sa résurrection en lui montrant ses plaies. Le Fils de Dieu voulut sans doute apprendre à ses Apôtres par son exemple, avant que de les instruire par ses paroles, que ce premier jour de la semaine devait être désormais un jour solennel parmi les chrétiens, jour consacré au culte divin, jour auquel il répandait sur les fidèles assemblés les trésors de ses miséricordes et ses plus signalées faveurs, s'ils étaient exacts à sanctifier ce jour par les exercices de religion et singulièrement par la prière.

Il n'y a point de doute que le Sauveur, après sa résurrection, instruisant ses Apôtres sur tous les points de religion, et formant son Eglise durant cet espace de temps, fut encore visiblement avec eux sur la terre; il leur déclara que le dimanche devait succéder à la solennité du Sabbat, comme la nouvelle loi succédait à l'ancienne; que les cérémonies légales étant abolies, il allait renouveler toutes choses dans le nouveau système de religion, et que comme le septième jour de la semaine avait été fêté jusqu'alors par les Juifs, en mémoire de ce que Dieu se reposa le septième jour après 1 ouvrage de la création, il voulait que désormais le premier jour de la semaine fût religieusement fêté par les chrétiens, en mémoire de ce que le Sauveur du monde s'était reposé, pour ainsi dire, ce jour-là, après avoir accompli le grand ouvrage de la rédemption de tous les hommes. On ne peut disconvenir que le nom de dimanche ou de jour dominical, ne soit presque aussi ancien que l'Eglise, puisqu'il se trouve employé dans l'Apocalypse comme d'un usage déjà tout commun parmi les fidèles. Ce fut le jour du dimanche, dit saint Jean, que le Seigneur me révéla les mystères les plus cachés M Spiritu M ~M~ die. Saint Paul passant par Troade en Phrygie pour aller à Jérusalem, ne manqua pas de se trouver le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le dimanche, dans l'assemblée des fidèles. Il y prêcha, il y fit ses prières, il y offrit le divin sacrifice, et donna la communion à tous. Comme nous nous étions assemblés le premier jour de la semaine pour la fraction du pain, disent les Actes des Apôtres, Una Sabbati cum convenissemus ad /~eM~ panem, Paul, qui


devait partir le lendemain, entretint les disciples et poussa le discours jusqu'à minuit. Erant lampades copMMa', protraxitque sermonem usque in mediam noctem. Personne n'ignore que par la fraction du pain, on entend toujours dans l'Ecriture, la divine Eucharistie; et ce fut en la donnant aux pèlerins d'Emmaüs que le Sauveur se fit connaître à eux Cog'MOï~'Mt~ eum in fractione panis.

L'assemblée des fidèles en ce premier jour de la semaine, dans un lieu orné et éclairé par quantité de lampes, pour y assister aux divins mystères, pour y communier et pour y entendre la parole de Dieu, marque assez quels étaient dès lors les pieux exercices de ces premiers chrétiens pour la célébration du saint jour du dimanche.

Au jour du dimanche, que vous appelez le jour du soleil, dit saint Justin martyr, qui vivait dans le second siècle, tous ceux qui demeurent dans les villes ou à la campagne s'assemblent en un même lieu. On y lit les écrits des Apôtres, ou les livres des Prophètes, autant que le temps le permet ~«' solis urbanorum ac rusticorum eœ<!M ~MH~, ubi Apostolorum proBAe~Mm~Me~~a'~Mo<!<po<M<e?-~MK<M?-. Le lecteur ayant fini, le prêtre ou l'évêque qui préside prend la parole, etfaitune exhortation pour animer les assistants à pratiquer ce qu'ils ont entendu Pe~a facit adhortatoria ad imitationem. Nous nous levons ensuite pour prier tous ensemble. La prière finie, on offre le pain, le vin et l'eau Quibus /~M)'M profertur panis, vinuna et aqua. Après la consécration, le prêtre donne la communion à ceux qui sont présents; et les diacres portent à ceux qui n'ont pas pu y assister la divine Eucharistie. /H~ consecratx distribuuntur singulis, et absentibus mittuntur per diaconos. Enfin, avant que de se séparer, ajoute le même Père, ceux qui ont de quoi contribuent selon leur volonté au soulagement des pauvres et à la délivrance des prisonniers. Ditiores, si libeat, M'a sua quisque voluntate con ferunt pupillis,, viduis, vinctis, ~e~n'KM. Telle était la célébration du saint jour du dimanche dès ces premiers jours de l'Eglise on se rendait en foule de toutes parts à l'église, on y assistait à la messe; tous y communiaient, on y entendait la prédication; on y faisait de grandes charités on y passait le jour à la lecture des livres de piété et à la prière. La loi de sanctifier ainsi le dimanche n'a pas vieilli, le précepte est encore dans toute sa vigueur. Les chrétiens de nos jours sanctifient-ils ainsi le dimanche ?

Mes frères, écrivait saint Ignace, martyr, disciple des Apôtres, aux Magnésiens, vous n'êtes plus obligés d'observer le jour du Sabbat, mais vous êtes indispensablement obligés d'observer et de sanctifier par les actes de religion les plus parfaits le saint jour du dimanche. Saint Denis de Corinthe, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, saint Cyprien, et les autres saints Pères de l'Eglise primitive, sont tous autant de témoins de cette tradition 'apostolique et de sa religieuse observation, de la ferveur, du zèle, de la tendre dévotion avec lesquels le dimanche était sanctifié et célébré par les fidèles.

La sanctification du dimanche était si religieusement observée par les premiers fidèles qu'elle semblait faire leur caractère dans l'esprit des païens; aussi les magistrats demandaient-ils souvent aux chrétiens s'ils s'étaient trouvés à l'église le dimanche, comme si toute la religion chrétienne eût été enfermée dans ce seul acte de la religion. « Oui, je suis chrétienne )), s'écriait la généreuse Thelica; «et c'est parce que je suis chrétienne que j'ai observé le saint jour du dimanche, que je me suis trouvée dans l'assemblée des enfants de Dieu; que j'ai assisté à la célébra-


tion de nos divins mystères /K collecta fui, et Dominicum cum fratribus celebravi, quia christiana sum ». Nous ne craignons point de célébrer le saint jour du dimanche, parce qu'on ne peut s'en dispenser sans péché..S'eeMn Dominicum celebravimus, quia non potest Dominicum intermitti. La loi de Dieu l'ordonne et cette même loi nous apprend comme nous devons l'observer: ZM? sic jubet, lex sic docet; et nous en dût-il coûter la vie, nous observerons, nous sanctifierons ce saint jour. « Ignorez-vous, Seigneur », disait Félix au proconsul Anulin, <; que c'est dans la célébration des sacrés mystères, et dans la religieuse observation du dimanche, que le chrétien fait une profession solennelle de sa religion, et que cette religieuse observation est une preuve éclatante de la foi des fidèles? An nescis in Dominico christianum, et in christiano Dominicum co?M<<M<Mm ? Je ne te demande pas si tu es chrétien, disait, ce juge au saint martyr, mais si tu as observé le dimanche ». En bonne foi, la manière si irréligieuse, on peut même dire si scandaleuse, dont la plupart des chrétiens observent aujourd'hui ce saint jour, pourrait-elle être une preuve de la pureté de leur foi et de la sainteté de leur conduite ?

Théophile d'Alexandrie marque la solennité avec laquelle on est obligé de célébrer ce saint jour Et consuetudo, dit-il, et o/~e: ratio postulat ut <~?H.CoHM'HM'M?KAoKo~e?KM~ eumque festum habeamus ». La loi, l'usage, la solennité de l'office du jour, tout demande que nous honorions le dimanche comme le jour du Seigneur, et que nous le célébrions comme une fête solennelle c'est le même esprit qui a fait dire au sixième concile de Paris, en 829, que ce jour est plus solennel et plus vénérable que tous les autres Z~MHC diem exteris diebus celebriorem et venerabiliorem. Aussi une des premières lois que publia l'empereur Constantin après sa conversion, fut d'ordonner que le dimanche serait célébré par tout l'empire romain avec une ponctualité et une célébrité singulière déchargeant tous les soldats chrétiens, ce jour-là, de toutes fonctions militaires; ordonnant même par un second édit que les soldats païens sortissent en pleine campagne ce jourlà, pour faire tous ensemble au seul vrai Dieu la prière qui leur était marquée, voulant que le dimanche fût révéré et religieusement observé par tous les peuples qui lui étaient soumis Cunctis sub imperio romano degentibus prxcepit ut Dominico die /<MM'~M<M~. Le pieux empereur crut que la loi du prince par la crainte du châtiment corporel servirait à faire garder avec encore plus d'exactitude la loi de Dieu sur l'observation du dimanche. A la vérité, la solennité du saint jour du dimanche a toujours été regardée comme un devoir de religion des plus essentiels, comme une loi sacrée respectable à tous les fidèles. Dieu, souverain maître, pouvait exiger que tous les jours de la semaine fussent uniquement consacrés au culte divin il ne s'est réservé qu'un seul jour, mais il veut que tout ce jour se passe à son service. Non-seulement toute œuvre servile est interdite sous peine de péché mais il veut encore que tout ce jour soit sanctifié par les exercices de religion et par la pratique des bonnes œuvres. Saint Théodore de Cantorbéry dit qu'au jour du dimanche on ne se mettait point en mer, on ne montait point à cheval, on n'écrivait point pour le public, on ne voiturait point, si ce n'est pour mener à l'église ceux qui ne pouvaient y aller à pied on ne cuisait point de pain, et on ne faisait point de voyage. L'obligation de chômer le dimanche est aussi ancienne que la subrogation de la fête à celle du sabbat. Durant un fort long temps la solennité du dimanche, et par conséquent la cessation de toute œuvre servile, durait depuis les Vêpres du samedi jusqu'aux secondes Vêpres du dimanche, à


l'exemple des Juifs, à qui Dieu avait ordonné d'observer le sabbat, depuis le soir de la veille jusqu'au soir du lendemain A vespere usque ad vesperam celebrabitis sabbata vestra. Jamais les Juifs n'ont paru si exacts à observer ce commandement envers le sabbat, que l'ont été les chrétiens envers le saint jour du dimanche Dies dominica a vespera usque in vesperam servetur, dit le concile de Francfort en 794. Dès les Vêpres du samedi, qui sont les premières Vêpres du dimanche, toute plaidoirie et toute œuvre servile cessaient. Les magistrats de police, conformément aux saints canons et aux ordonnances des princes, étaient si attentifs à faire observer cette loi, qu'au dernier coup des Vêpres du samedi on voyait fermer les boutiques. L'office du dimanche, commençant par Vêpres, continuait alors par celui de la nuit que l'on passait souvent tout entière dans l'église; c'est ainsi que l'on satisfaisait à la sanctification du dimanche, jusqu'à ce que cessant de veiller la nuit, et l'Eglise pour de bonnes raisons interdisant les assemblées nocturnes, a transporté la fête du dimanche au jour civil qui est d'un minuit à l'autre; elle a pourtant conservé toujours l'ancien usage dans l'office divin, qui commence toujours par les premières Vêpres, qui sont toujours la partie la plus solennelle de l'office, lequel finit par les Vêpres et les Complies du lendemain.

Ce n'est pas dans la seule cessation des œuvres serviles que l'Eglise fait consister la célébration du dimanche; elle nous oblige à sanctifier ce jour privilégié par les plus saints exercices de religion, et par la pratique exacte de toutes les vertus chrétiennes. L'observation de la loi ne se réduit pas toute à entendre la sainte messe. Peu de fidèles anciennement qui ne participassent par la communion, ce jour-là, aux sacrés mystères; nul ne se dispensait d'entendre la parole de Dieu. La prière, la lecture des livres de piété, la méditation, les bonnes œuvres, sont les seules occupations qui conviennent au saint jour du dimanche. C'est encore pour marquer la solennité de cejour, et pour le distinguer de tous les autres de l'année, que l'Eglise a ordonné qu'on ne jeûnerait point ce jour-là, et qu'on suspendrait même les autres exercices extérieurs de la pénitence. Comme le dimanche est la mémoire et l'octave continuelle du jour de la résurrection, l'Eglise ne veut pas que rien trouble la joie de ce mystère. L'usage de prier debout le jour de Pâques et tout le temps pascal est mystérieux, l'Eglisé voulant nous faire entendre par cette posture, qu'étant ressuscités avec Jésus-Christ, nous ne devons plus tenir à la terre Si consurrexistis cum Christo, o'Ma? sursum sunt ~t<aM- ~t<a* sM~sMm sunt sapite, non ~Ma° super terram. Et c'est encore l'usage que garde l'Eglise le dimanche en priant debout, singulièrement en disant l'Angelus et les antiennes de la sainte Vierge qu'on dit après Complies.

Quel fonds de réflexions ne fournit point tout ce qu'on vient de dire d& l'institution, de la solennité, de la sainteté du dimanche.! Le célèbre-t-on aujourd'hui dans le même esprit de religion, avec les mêmes sentiments de piété, avec la même vénération, la même exactitude ? Le sanctifie-t-on par les exercices de dévotion et par la prière ? Hélas peu de jours, ce semble, sont plus profanés Combien de gens n'emploient le dimanche qu'à des occupations, qu'à des divertissements, qu'à des exercices profanes? Pourvu qu'on ait assisté rapidement, et plutôt en païen qu'en chrétien, au redoutable sacrifice de l'autel, on croit avoir suffisamment satisfait à l'étroite obligation de sanctifier le dimanche. Une messe entendue sans dévotion, sans respect, on pourrait dire sans sentiments de religion, tient lieu à bien des gens de toutes les pratiques de piété enjointes indispensablement à tous


les fidèles. S'il y a une partie de plaisir, une partie de campagne, un repas somptueux à donner, en un mot, tout ce qu'il y a de moins chrétien, pour ne pas dire de plus païen, est renvoyé au saint jour du dimanche. Peut-on, en bonne foi, l'appeler aujourd'hui le jour du Seigneur ? Hélas le Seigneur n'y a presque plus de part; n'aurait-on pas plus de sujet de l'appeler le jour de l'homme, puisque c'est le jour de débauche, de jeu, de divertissements puisqu'il n'est employé qu'à ce qui favorise, qui nourrit l'amourpropre, les penchants, les passions de l'homme; et l'on s'étonne après cela si le Seigneur est irrité, si le ciel n'exauce plus nos vœux, si la corruption du cœur et l'erreur de l'esprit inondent presque partout on s'étonne si la foi s'éteint, si le nombre des élus est si petit, s'il se trouve partout si peu de vrais fidèles. On peut dire que la profanation du saint jour du dimanche est la source de tous les malheurs.

Quoique tous les dimanches de l'année soient solennels, l'Eglise les distingue en deux classes ceux de la première classe dont la célébrité et l'office ne s'omettent jamais, sont le premier dimanche de l'Avent, le premier dimanche du Carême, le dimanche de la Passion, celui des Rameaux, celui de Pâques, le dimanche suivant, qu'on appelle de Quasimodo, la Pentecôte, et le dimanche de la Trinité. Ceux de la deuxième classe, qui ne cèdent leur office et leur solennité qu'à la fête du patron, du titulaire d'une église, ou de sa dédicace, sont le second, le troisième et le quatrième dimanche de l'Avent et du Carême ceux de la Septuagésime, de la Sexagésime, et de la Quinquagésime, qui sont tous les dimanches privilégiés les autres dimanches sont tous d'une solennité ordinaire.

Le Père Croiset.

LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT

Le premier dimanche de l'Avent est le premier jour de l'année ecclésiastique, et le commencement de ce temps privilégié qui précède la fête de Noël, et qui, selon l'intention de l'Eglise, n'est qu'une préparation à cette grande fête. Quelques-uns ont cru que l'Avent était d'institution apostolique ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas moins ancien dans l'Eglise que la fête de Noël. Dès qu'on a célébré le jour de la naissance du Sauveur, l'Eglise a exhorté les fidèles à se préparer à la célébration de cet heureux jour, et elle leur en a donné l'exemple, et par les prières qu'elle a multipliées en ce saint temps, et par les exercices de la pénitence qu'elle a inspirés aux fidèles.

Comme l'Avent n'est autre chose dans l'usage de l'Eglise qu'un temps prescrit avant la fête de Noël, pour se préparer par la prière, par le jeûne, et par les exercices de piété à célébrer, et à se rendre favorable l'avénë~ment, c'est-à-dire la venue de Jésus-Christ qui est marquée par le mot d'Adventus, il n'est point de pratiques de pénitence et de dévotion que les fidèles ne missent en usage durant ce saint temps. Saint Perpet, évequo de Tours, qui vivait vers le milieu du cinquième siècle, voyant que la ferveur de ses diocésains se ralentissait tous les jours dans les pieux exercices de ce saint temps, et surtout qu'on s'était beaucoup relâché dans le jeûne, or-


donna qu'on jeûnerait du moins trois jours la semaine durant tout l'Avent, qui était alors de six semaines, comme le Carême. Le premier concile de Mâcon, FanSSi, ordonna la même chose; et il ajouta qu'on y célébrerait la messe et l'office divin selon l'ordre et la règle qu'on observe en Carême Ut a feria sancti ~:WM< usque ad natale Domini, secunda, quarta, et sexta Sabbati jejunetur et quadragesirnali or~'He sac~~cta debeant celebrari.

Ce canon du concile de Mâcon, qui ordonne de célébrer la messe durant l'Avent comme en Carême, nous fait assez connaître que l'Avent a toujours été regardé comme le Carême de Noël; c'est dire que comme le Carême de quarante jours avait été institué dans l'Eglise pour servir de préparation à la fête de Pâques, de même l'Avent fut établi pour nous disposer à la célébration de celle de Noël. Les jeûnes de l'Avent répondaient assez à ceux du Carême dans les églises où l'on jeûnait tous les jours, depuis le lendemain de la fête de saint Martin et c'est ce qui donna occasion aux réjouissances qu'on a faites en cette fête, ainsi qu'on fait la veille du Carême, parce qu'il était permis en ce jour de manger de la chair, et que ce n'était que le lendemain qu'on commençait l'abstinence et le jeûne. Dans quelques Eglises, l'Avent commençait au mois de septembre mais comme on ne jeûnait que trois fois la semaine, on y trouvait toujours quarante jours de jeûne jusqu'à Noël. Le second concile de Tours, en 567, obligeait tous les religieux à jeûner seulement trois jours la semaine pendant les mois de septembre, d'octobre et de novembre mais pour le mois de décembre, ils devaient le jeûner tout entier jusqu'à Noël de Decembri usque ad natale Domini, omni (&e~'Mne~. Tout cela fait assez voir que le temps de l'Avent n'a pas été d'un nombre de jours égal partout; il a été plus long ou plus court, plus suivi ou plus interrompu en des temps et des lieux différents on trouve cette diSérence de temps et d'usage dans les anciens sacramentaires cette pratique d'observer un Avent de quarante jours ou de six semaines subsistait encore au treizième siècle, au moins dans quelques Eglises et parmi les moines et depuis que l'Eglise a réduit le temps de l'Avent à quatre semaines, l'abstinence et le jeûne sont une règle indispensable dans plusieurs Ordres religieux.

Les capitulaires de Charlemagne font l'Avent de quarante jours, aussi lui donnent-ils le nom de Carême Legitima jejunia, quadraginta dies ante Ma~'f!<a<eM .DoMM'n:. Cet endroit des capitulaires n'attribue qu'à la coutume ces pieux exercices de l'Avent mais il ne laisse pas de déclarer que c'est un temps de prière, de jeûne, de pénitence Quanquam enim nonnulla ex /<:S~'e/MH!M canonica priventur auctoritate, nobis tamen omnibus simul propter consuetudinem plebis, et p<M'eM<Mm nostrorum ?HO~'em, /<a'e observare convenit. Et quoique tous les jours de l'année, ajoutent-ils, doivent être des jours de prière et de pénitence, les jours de l'Avent doivent être singulièrement consacrés à ces saints exercices de religion Et licet omnibus diebus orare et <ï&s<M~'e conveniat, /MS tamen temporibus amplius jejuniis et ~œM~e~MB ser!)M'e o~or~. Le bienheureux Pierre Damien donne encore à l'Avent le nom de Carême Initio illius pMa~'s~es:ma! ~Ma? nativitatem Domini ex institu'<one ecclesiastica ~a'ceo~. Le pape Nicolas 1" exposant aux Bulgares qui étaient nouvellement convertis à la foi les usages de l'Eglise catholique, n'oublie pas le Carême de l'Avent, comme étant fort ancien dans l'Eglise romaine Nec non jejunia ante natalis Domini solemnitatem ~McB~c/'MHM sancta romana Ecclesia suscepit antiquitus. Rodulphe, doyen de 'Tongres, 'dit que l'Avent était de six semaines à Milan et à Rome, et qu'à Rome on le jeû-


nait encore tout entier en son temps Apud Romanos etiam in adventu Domini jejunium agitur. Le pape Boniface VIII déclare dans la bulle de la canonisation de saint Louis, que ce grand prince passait les quarante jours avant la fête de Noël en jeûnes et en prières Quadraginta dies festum nativitatis Domini ~a?ce~M<M, in jejuniis et orationibus exigebat. Saint Charles ne faisait que renouveler les anciens canons de l'Eglise, quand il voulait qu'on exhortât vivement tous les fidèles à communier du moins tous les dimanches de l'Avent, ordonnant aux curés de porter leurs paroissiens à observer religieusement l'ancien statut du pape Sylvestre, qui dit que ceux qui ne communient pas fort souvent communient au moins tous les dimanches de l'Avent et du Carême ces paroles sont remarquables Ut qui sxpius non communicant, singulis saltem dominicis diebus in Quadragesima C<M*pus Domini sumant, ac p~cB~CN diebus dominicis Adventus.

Saint Charles adressa encore à ses diocésains une lettre pastorale en langue vulgaire, où il leur enseigne que si l'Avent était de six semaines dans l'Eglise de Milan, c'était pour se préparer à recevoir le Fils de Dieu qui, du sein de son Père, vient sur la terre pour converser avec nous; qu'il fallait donc tous les jours de l'Avent dérober quelque temps aux autres occupations, pour méditer en secret, qui est celui qui vient, d'où il vient, comment il vient, quels sont les hommes pour qui il vient enfin quels sont les motifs, et quel doit être le sujet de sa venue il ajouta qu'il fallait se préparer à le recevoir en désirant sa venue aussi ardemment que les Prophètes et les justes de l'Ancien Testament l'ont désirée; et en se purifiant par la confession, par les jeûnes, et par la communion sacramentelle. Il leur apprend qu'on avait autrefois jeûné tout l'Avent, comme si tout ce temps n'eût été que la veille de Noël l'excellence, la sainteté et la célébrité de cette fête demandant bien, dit-il, une aussi grande préparation et une aussi longue veille il les exhorte à jeûner quelque jour de la semaine durant l'Avent, ou plusieurs jours, chacun selon sa dévotion, et à répandre plus abondamment les charités et les aumônes sur les pauvres, en ce temps, dit-il, où la charité du Père éternel nous donna et nous donne encore tous les ans son propre Fils, comme un trésor infini de tous les biens, et comme une source de grâces et de miséricordes qu'il fallait être plus appliqué que jamais aux bonnes œuvres et à la lecture des livres de piété enfin qu'il fallait se disposer de telle manière à ce premier avénement du Fils de Dieu, que nous puissions attendre son second avènement, non-seulement sans craindre, mais avec cette confiance et cette joie qui accompagnent toujours la bonne conscience. Jusqu'ici est le précis de cette admirable instruction de saint Charles, qui instruisant les peuples autant par son exemple que par ses paroles, avait obligé tous les ecclésiastiques de sa maison de faire du moins maigre durant tout l'Avent, selon l'ancien usage des gens d'Eglise, disent les actes de l'Eglise de Milan, per adventum autem MCMH~MM antiquam ecclesiasticorum hominum consuetudinem C!'&:S ~Ma<&'a~MMHaM:M utantur.

On a été de tout temps si persuadé que l'Avent était un temps de pénitence, de prière et de recueillement, que les évêques de France prirent la liberté de représenter au roi Charles le Chauve, en 846, qu'il ne convenait point aux évêques de se trouver à la cour ni durant le saint temps de l'Avent, ni durant le Carême, sous quelque prétexte que ce fût; et qu'ils priaient Sa Majesté de leur permettre de se retirer dans leurs diocèses, pour instruire les peuples et les préparer à la fête de Pâques, et à celle de Noël. Maxime in sacratissimis temporibus ():<sc&'a~sMHœ scilicet et ~<~eN~


Voilà quelle a été de tout temps l'idée qu'on a eue dans l'Eglise du saint temps de l'Avent, qu'on a toujours mis presque de pair avec le saint temps du Carême. Que si tous les dimanches de l'année, comme on a dit, doivent être sanctifiés avec tant de religion, dans quels exercices de dévotion et avec quelle sainteté ne doit-on point sanctifier tous les dimanches de l'Avent si privilégiés sur tous les autres de l'année. L'office commençait anciennement par cet invitatoire Ecce venit rex, occurramus obviam Salva<o~' nostro <( Voici notre roi qui vient, allons au-devant de notre Sauveur H. On disait ailleurs, comme on le dit encore aujourd'hui regem, venturum dominum, venite adoremus Venez, mes frères, adorons notre divin Seigneur, notre souverain roi, qui doit venir dans peu de jours ». En quelques églises, comme à Auxerre, on disait pour invitatoire Ecce lux vera; a voilà que la vraie lumière vient '), et pendant ce temps, un enfant venait de derrière l'autel jusqu'au siége des chantres avec un cierge allumé. A Marseille, pendant l'Avent, après Matines, avant que de commencer Laudes, on interrompait quelque temps l'ofEce pour soupirer après l'avénement du Sauveur et l'attente du salut tout le chœur se mettait alors à genoux on chantait solennellement Emitte, Domine, dominatorem <e~a?.' « Envoyez, Seigneur, le divin Agneau maître de toute la terre ') ce qui était continué jusqu'à la veille de Noël. C'est ainsi que de tout temps on n'a rien oublié pour ranimer durant l'Avent et la religion et la dévotion des fidèles. C'est pour nous y exciter que l'Eglise propose tout à la fois en ce jour les deux avènements de Jésus-Christ, comme le double objet de la dévotion dont elle veut que nous soyons occupés pendant tout ce saint temps persuadée que si nous savons profiter du premier, le second ne saurait manquer de nous être favorable. L'Evangile de ce jour est de ce second avènement; et l'Epître est une vive exhortation à sortir du sommeil léthargique où nous vivons, et à profiter de ces jours de salut, pour ne nous rendre pas inutile le premier avènement du Sauveur que nous devons célébrer le jour de sa naissance.

Le Père Croiset.

DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Tout le temps de l'Avent étant singulièrement consacré au culte divin et aux exercices de piété, et les dimanches étant des jours qui demandent une application plus particulière à la prière et à tous les devoirs de la religion chrétienne, il est aisé de voir combien doit être sainte la célébration des dimanches de l'Avent. On a pu voir dans le discours du dimanche précédent ce qu'en dit saint Charles dans son admirable instruction à son peuple. La vigilance et la sollicitude infatigable de ce prélat lui fit réitérer ces exhortations touchant l'Avent dans ses Conciles provinciaux, dans ses synodes diocésains et dans ses lettres pastorales, dans une desquelles il n'oublie rien pour porter ses ouailles à communier tous les dimanches de l'Avent, et à jeûner du moins le mercredi, le vendredi et le samedi de chaque semaine de ce temps de pénitence.

Le second dimanche de l'Avent, qu'on appelait autrefois le troisième d'avant Noël, paraît tout consacré à la célébration du premier avènement


du Sauveur, et à nous préparer à la solennité de sa naissance. L'Epître qu'on lit à la messe de ce jour est prise de la lettre de saint Paul aux Romains, à qui cet Apôtre dit que tout ce qui a été écrit l'a été pour notre instruction, afin que par la patience et par la consolation qui se tire des Ecritures, nous concevions une ferme espérance de voir arriver tout ce qui a été prédit voici les promesses que Dieu avait faites aux Patriarches et aux Prophètes. Voici ce qui avait été écrit Pro~~aw gente tua, et de fratribus <MM sicut me suscitabit tibi Dominus Deus tuus ~~Mm NMN!<'S/ Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi, de votre nation, et d'entre vos frëres c'est lui préférablement à tout autre que vous devez écouter H. C'est Moïse qui, inspiré de Dieu, parle au peuple et leur prédit le Messie qui devait être l'auteur et la source de leur félicité, après avoir été l'objet de leurs désirs et de leurs vœux. Toute sorte de devination était interdite aux Hébreux. Quando ingressus /Me~s terram ûKOM Dominus Deus tuus dabit tibi, leur dit le Seigneur, cave ne imitari velis abominationes illarum gentium; « Lorsque vous serez entré dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera, prenez bien garde de vouloir jamais imiter les abominations de ces peuples H. Ces abominations étaient les superstitions des païens pour tâcher de connaître l'avenir ou de prévenir les accidents fâcheux de la vie comme de prétendre purifier les enfants en les faisant passer par le feu Qui /M~'e< ~'MM suum, aut filiam ducens per ignem. Et c'est sans doute de là qu'était venue la superstition dont parle saint Chrysostome, laquelle se pratiquait en sautant par-dessus des feux allumés; superstition que Théodore et le Concile in Trullo condamnent avec raison comme un reste des anciennes impiétés du paganisme; de même de consulter les devins, de croire aux songes, et de consulter les augures, et ceux qui se mêlent de deviner Qui ariolos sciscifetur, et observet somnia atque auguria, et toutes les autres superstitions dont Moïse fait un détail dans le xvm" chapitre du Deutéronome, et que le Seigneur a en abomination. Omnia enim hxc abominatur Dominus. Vous ne devez point appréhender, ajoute le Prophète, de manquer de personnes qui vous découvrent les choses futures et inconnues; Dieu suppléera bien au défaut des devins et des magiciens, des enchanteurs et des augures, par un prophète qu'il suscitera au milieu de vous, et qui vous instruira de ses volontés, vous n'aurez que faire d'en chercher dans les nations étrangères. Dieu vous donnera un prophète suscité du milieu de vous, qui n'aura pas moins de connaissance que moi, et qui vous apprendra la véritable voie du salut et le droit chemin qui conduit à la vie. Prophetam de gente tua, et de fratribus <MM sicut me suscitabit tibi Deus. Il dit qu'il sera comme lui Sicut me, c'est-à-dire prophète, législateur, roi, médiateur, chef du peuple de Dieu, en un mot qu'il sera la réalité de ce dont Moïse n'était que la Sgure.

Il est évident que ce prophète dont parle ici Moïse n'est autre que le Messie promis. Aussi les Juifs, même du temps de Jésus-Christ, ne doutaient point que ce ne fût du Messie dont Moïse parlait en cet endroit. Les Apôtres supposent dans le peuple cette opinion comme un sentiment coinmun et universel. Saint Pierre, dans son premier discours qu'il fit dans le temple de Jérusalem, après la guérison du boiteux, ne fait point difficulté d'avancer qu'on voit enfin dans la personne de Jésus l'accomplissement de la promesse que Moïse leur avait faite autrefois, prédisant que Dieu leur susciterait un prophète comme lui au miiieu de leurs frères. Saint Etienne relève le même passage en faveur de Jésus-Christ. L'apôtre saint Philippe dit à Nathanaël qu'il avait trouvé le prophète dont Moïse a parlé dans la


livre de la loi Quem scripsit Moïses m lege et propltetis, invenimus Jesum a Nazareth. Enfin le peuple juif ayant vu la multiplication des cinq pains ne douta plus que Jésus ne fût ce grand prophète promis par Moïse. Dicebant quia hie est fet'e propheta qui MM~MfMS est in MMM~m. Dans les derniers temps, dit Isaïe, la montagne de la maison du Seigneur sera fondée sur le haut des montagnes, et elle s'élèvera au-dessus des collines, toutes les nations y accourront en foule. Il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers; parce que la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem. Erit in HOM'MMMM diebus ~a-paratus mons domus 7)oMMM!HMeWM'<' montium, et fluent ad eum OMneS~M. Et docebit nos vias suas, et ambulabimus !M semitis ejus quia de Sion exibit lex, et verbum Domini de Jerusalem. La loi nouvelle est sortie de Sion. L'Evangile, le Christianisme a pris naissance dans la synagogue. JésusChrist n'a prêché que dans la Judée. Il n'est pas venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir et la perfectionner. Enfants de Sion, s'écrie le prophète Joël, soyez dans des transports d'allégresse, réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, parce qu'il vous a donné un Maître qui vous enseignera la justice Filii Sion, exultate, et lxiamini in Domino Deo vestro quia dabit vobis ~oc~o~m Justitix. On voit en cent autres endroits de l'Ecriture le véritable portrait de Jésus-Christ dans les prophéties. C'est ce qui fit dire à la sainte Vierge, dans le premier entretien qu'elle eut avec sa cousine sainte Elisabeth « Le peuple d'Israël a reçu l'accomplissement de la promesse faite à nos pères, à Abraham, et à tous ses descendants, depuis que le Verbe s'est incarné dans mon sein )). Suscepit Israel puerum suum. sicut ~ocM<Mse~N~Pa~MHOS~os~'aAa?K, et MtKtH:e;MS:H~CM~. Voilà ce que saint Paul voulait faire comprendre aux chrétiens de Rome dans la lettre qu'il leur écrit, quand il dit que toutes les choses qui ont été écrites l'ont été pour notre instruction; et que si le ministère de Jésus-Christ regardait singulièrement le peuple circoncis, c'est-à-dire, si le Sauveur a voulu naître de la race de David et au milieu des Juifs, s'il a daigné se soumettre lui-même à la loi de la circoncision pour être de leur peuple, s'il leur a prêché lui-même, ce qu'il n'a pas fait aux Gentils, s'il a fait ses miracles sous leurs yeux, s'il a opéré le salut du monde au milieu de la Judée, tout cela s'est fait pour accomplir les prophéties et vérifier les promesses que Dieu leur avait faites; privilége que n'ont pas eu les Gentils, quoiqu'ils n'aient pas été exclus du bienfait de la Rédemption, et que Dieu eût fait annoncer leur vocation et leur conversion dans un grand nombre de passages des Prophètes, dont saint Paul parle dans l'épître de la messe de ce jour. Mais on peut dire que la prédilection avait été pour les Juifs, de laquelle ce peuple ingrat s'est rendu indigne. Aussi le saint Apôtre, en faisant sentir dans cette épit.re ces prérogatives en faveur des Hébreux, n'oublie pas la miséricorde que Dieu a faite aux Gentils, et de laquelle avaient si souvent parlé les Prophètes. La tige de Jessé paraîtra, dit Isaïe, et celui qui en sortira pour être le Maître des Nations est celui en qui toutes les nations mettront leur espérance in eum gentes sperabunt.

Il est aisé de voir combien cette épître convient à ce jour, singulièrement consacré à célébrer l'accomplissement des divines promesses que Dieu avait faites, non-seulement aux Juifs, mais encore à toutes les nations du monde, lorsqu'il dit à Abraham que toutes les nations de la terre seraient bénies dans un de ses descendants Benedicentur in semine tuo omnes gentes <en~.

L'Evangile de ce jour répond parfaitement au dessein qu'a l'Eglise en


ce saint temps, de nous disposer à célébrer dignement l'avénement du Sauveur du monde; car on y voit le témoignage que son saint précurseur lui a rendu, afin que nous apprenions qui est celui qui va venir, par la prédication de celui qui a été destiné pour l'annoncer.

Saint Jean, rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère, nourri dans le désert, s'y était fortifié beaucoup plus selon l'esprit que selon le corps. Il sortit enfin de la solitude, et parut devant le peuple d'Israël, en la trente et unième année de son âge, qui était la trentième du Sauveur, et la quinzième de l'empire de Tibère. C'est en ce temps-là que le premier héraut du Rédempteur, cet homme né par miracle et nourri dans les rigueurs de la plus austère pénitence, cet admirable solitaire, caché jusqu'alors dans le fond de son désert, reçut ordre de commencer à faire sa charge. On vit donc paraître le précurseur du Messie, que les Prophètes avaient nommé l'Ange de Dieu, non-seulement parce qu'il était envoyé de Dieu, mais parce qu'il avait reçu de grandes lumières du ciel, et qu'il vivait ici-bas plutôt en ange qu'en homme. C'était cette voix puissante, qui, selon Isaïe, devait retentir dans le désert et apprendre aux peuples à se disposer à la venue de leur roi. Il annonça le royaume de Dieu, il cria contre les vices qui régnaient parmi le peuple et la cour; et il n'épargna ni les grands, ni le prince même.

Ce prince était Hérode Antipas, qui entretenait scandaleusement Hérodias, femme de son frère Philippe. Saint Jean, qui avait quelque crédit auprès de ce prince, ne pouvant le voir vivre dans un adultère scandaleux, lui reprocha son crime. Hérodias, irritée du zèle de l'homme de Dieu, obligea Hérode de le faire arrêter. Tandis que le saint précurseur était en prison, le Seigneur remplissait toute la Judée de ses merveilles; il venait de guérir à Capharnaüm le serviteur du centenier, et de ressusciter le fils de la veuve de Naïm, et l'on ne parlait partout que des miracles de ce nouveau prophète. Le bruit de tant de prodiges et la réputation de celui qui les faisait parvinrent jusqu'à saint Jean. Le saint précurseur voulant faire connaître à ses disciples le mérite et la qualité de celui dont il savait bien qu'il n'était que le héraut, prit cette occasion de lui envoyer deux de ses disciples les plus distingués, pour lui faire cette demande en son nom et au nom de tous « Etes-vous celui qui doit venir, ou si nous devons en attendre un autre ? ') Le Sauveur ne leur répondit d'abord que par des miracles. H rendit la vue à beaucoup d'aveugles en leur présence, il guérit sur-le-champ plusieurs malades, et délivra un grand nombre de possédés; après quoi il leur dit « Allez dire à Jean-Baptiste ce que vous venez de voir et d'entendre dites-lui que quand je commande, les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux deviennent nets, les sourds entendent, les morts ressuscitent; dites-lui enfin que les pauvres qui sont le rebut du monde, les pauvres, tout misérables, tout ignorants et grossiers qu'ils sont, viennent à moi, que je les instruis, qu'ils reçoivent et embrassent mon Evangile; pendant que les sages et les grands de la terre ne peuvent ni le comprendre, ni se résoudre à en observer les préceptes et les maximes. Vous savez que si l'on en croit les Prophètes, c'est à ces marques qu'on doit reconnaître le Messie et néanmoins, quelque sujet qu'on ait de croire que je suis véritablement ce Messie si attendu et si souhaité, je trouve peu de créance parmi le peuple.Oh qu'heureux sera celui qui demeurera ferme dans la foi quand il me verra persécuté, qui au milieu de mes souffrances ne perdra rien de l'estime ni de l'amour qu'il avait pour moi, et à qui ma vie pauvre et mes humiliations ne seront point une occasion de scandale a.


Le Sauveur ayant renvoyé les deux disciples de saint Jean s'étendit fort sur les louanges du saint homme et s'adressant à ceux qui étaient autour de lui « Quand vous êtes allé voir Jean dans le désert », leur dit-il, « que pensez-vous avoir vu ? un homme inconstant dans ses résolutions, et léger comme un roseau dont le vent se joue ? un homme sensuel, délicat, somptueux dans ses habits, et nourri dans la mollesse? ce n'est pas dans le désert, mais à la cour, où règnent la vie molle et le luxe, qu'on trouve ces sortes de gens. Quel est donc cet homme que vous êtes allé voir ? Peutêtre me direz-vous que c'est un prophète; mais moi je vous dis qu'il est plus que prophète; que c'est un ange de qui le Seigneur parlant au Messie dit dans l'Ecriture « Voici mon ange, voici votre précurseur, voici celui que j'envoie devant vous, pour vous aplanir les chemins '). Ces paroles que le Sauveur cite ici sont du prophète Malachie, dans le chapitre m', qui est tout de la venue du Messie.

Ce prophète venait de faire un sanglant reproche aux Juifs sur la manière impie dont ils traitaient le Seigneur, en l'accusant d'injustice :<f Vous avez fait souffrir le Seigneur par vos discours », leur avait-il dit en finissant le chapitre précédent Laborare fecistis Dominum in sermone. Et en qui, dites-vous, l'avons-nous fait souffrir Et dixistis in quo eum fecimus laborare ? En ce que vous avez dit Tous ceux qui font le mal passent pour bons aux yeux du Seigneur, et ces personnes lui sont agréables /M eo quod dicitis OMMM qui facit malum, bonus est in conspectu Domini, et tales ei p/acent. Où est donc ce Dieu si juste ? aM/ certe, ubi est Deus judicii? o Le Prophète, pour répondre à ces plaintes des Juifs, raconte ce que le Seigneur a dit lui-même « Le Seigneur dit », ajoute-t-il, « qu'il va venir pour punir les méchants, dont l'impunité avait scandalisé les faibles de son peuple '). Le Prophète nous décrit d'abord la venue de son Précurseur, et ensuite la venue du Seigneur lui-même. Il y mêle les menaces avec les promesses, parce que sa venue dans le monde devait être tout à la fois et pour le salut et pour la perte de plusieurs de ceux d'Israël en effet, -la plupart sont restés dans un pitoyable endurcissement qui dure encore.

Quant au sens des paroles de Malachie, rapportées dans l'Evangile, quelques anciens, et entre autres Origène, ont cru que le Prophète annonçait la venue d'un ange véritable, et que saint Jean était un ange incarné et saint Cyrille d'Alexandrie a même prétendu que cette erreur qu'il réfute avait été commune dès le temps de Jésus-Christ, et que l'apôtre saint Jean l'Evangéliste avait eu en vue de s'y opposer et de la détruire par ces parole « Il y eut un homme appelé Jean, qui fut envoyé de Dieu H. Mais le vrai sens des paroles du Prophète, selon tous les saints Pères, c'est que Jean-Baptiste était un ange, non par sa nature, mais par sa fonction de Précurseur et par la pureté et l'innocence de sa vie.

Le Père Crouet.


TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Le troisième dimanche de l'Avent, qu'on nommait autrefois le second d'avant Noël, n'est pas moins solennel dans l'Eglise que les deux précédents. Comme l'avénement du Sauveur du monde doit faire l'objet de la dévotion, des prières, et de tous les pieux exercices de ce saint temps, l'Eglise a soin tous les dimanches, jours singulièrement consacrés à renouveler la ferveur des fidèles, d'exciter leur foi et leur espérance, à mesure qu'on approche du jour de la naissance du Rédempteur; afin que leur zèle se réveillant aux approches d'une si grande fête, ils mettent tout en œuvre pour s'y bien disposer.

L'introït de la messe de ce jour est tout propre à exciter ce zèle. Gaudete in Domino semper, nous dit le prêtre en montant à l'autel Iterum dico gaudete réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, mes frères, je le dis encore, réjouissez-vous, non pas de cette joie vaine et tumultueuse, qui naît plutôt des sens que du cœur, laquelle n'ayant pour principe qu'un bien vide et apparent est toujours accompagnée d'amertume, et est d'ordinaire suivie d'un repentir; mais réjouissez-vous d'une joie véritablement chrétienne, et par conséquent humble, modeste, mais pure, solide, réelle; d'une joie qui, n'ayant que Dieu pour principe, est inaltérable, remplit le cœur et rassasie l'âme. Que votre modestie paraisse aux yeux de tous les hommes et que votre allégresse éclate parce que le Seigneur est proche en effet, quel sujet plus juste d'une sainte joie Seigneur, vous avez rendu vos bénédictions à votre héritage, continue-t-il, vous avez mis fin à la captivité de Jacob. ~CMe~KeM< Domine, terram ~<a?H avertisti captivitatem Jacob. Vous avez eu compassion de votre peuple, et vous avez enfin exaucé ses vœux. La Judée, pour qui vous aviez eu autrefois tant de bonté, et que vous aviez depuis rejetée avec horreur, comme une terre souillée par les crimes de ses habitants, a de nouveau trouvé grâce à vos yeux, vous lui avez enfin envoyé le Messie, ce Roi si longtemps attendu, ce Maître tantdésiré,ce Sauveur l'objet de tant de vœux, et l'accomplissement de toutes vos promesses va paraître quel plus juste sujet de faire éclater notre joie! C'est ainsi que l'Eglise console et instruit ses enfants en ce jour, au commencement de la Messe.

C'est de l'Epître que l'apôtre saint Paul écrit aux Philippiens que sont tirées ces paroles, qui sont le commencement de l'Epître du jour. Saint Paul ayant été appelé de Dieu en Macédoine, vint à Philippes, ville de Macédoine, bâtie par Philippe qui lui donna son nom. Le saint Apôtre y convertit d'abord une marchande de pourpre nommée Lydie. Cette conversion fut bientôt suivie d'un grand nombre d'autres, etles fidèles crurent si fort en peu de temps, que les magistrats alarmés firent arrêter saint Paul et Silas son compagnon, les firent battre de verges, et les envoyèrent en prison. Durant la nuit il se fit un tremblement de terre qui ébranla jusqu'aux fondements le lieu où ils étaient. Les portes de la prison furent ouvertes, et les liens des prisonniers furent rompus. Le geôlier étant accouru, et croyant que les prisonniers s'étaient sauvés, voulait se percer de son épée. Mais saint Paul le rassura, le convertit, et l'ayant instruit, le baptisa avec toute


sa famille. Le jour étant venu, les magistrats envoyèrent dire au geôlier de laisser aller Paul et Silas. Mais saint Paul leur fit dire qu'on ne traitait point de cette sorte des citoyens romains. Les magistrats vinrent à la prison, lui firent des excuses, et le prièrent de sortir de leur ville. Le saint Apôtre alla de Philippes à Thessalonique mais il conserva toujours beaucoup de tendresse et de bonté pour les Philippiens. Il dit lui-même qu'il se souvenait toujours d'eux dans ses prières. Les Philippiens aussi eurent pour saint

Paul une reconnaissance très-vive, et ne cessèrent de lui envoyer du secours dans tous les lieux où il prêchait. Ayant appris qu'il était en prison à Rome, ils prièrent Epaphrodite, leur évêque, de lui porter quelque secours d'argent et ce fut par le retour du saint prélat, que saint Paul écrivit aux Philippiens la belle lettre dont l'Epître de ce jour est tirée. Il les appelle sa joie et sa couronne Gaudium meum, et corona mes. Cet éloge fait beaucoup d'honneur à ces fervents fidèles et après les avoir exhortés à persévérer dans la foi, dans la crainte et l'amour du Seigneur, il leur recommande de se réjouir sans cesse en Notre-Seigneur; et la raison qu'il leur apporte, c'est, dit-il, que le Sauveur est proche. C'est le même motif qui l'oblige de les exhorter à avoir une modestie plus édifiante et plus chrétienne et par le mot de modestie, le saint Apôtre entend la pratique de toutes les vertus, de cette charité, de cette douceur, de cette patience, de cette mortification si propre à nous rendre l'avénement du Sauveur favorable. Soit que saint Paul, en disant aux Philippiens que le Seigneur est proche, ait voulu dire que le Seigneur est continuellement auprès de nous pour nous assister, ou qu'il ait entendu l'anniversaire de sa naissance, tout ce qu'il dit dans ce chapitre renferme les plus saintes dispositions où l'on doit être pour en profiter. Le recueillement et la prière accompagnés toujours d'actions de grâces pour ses bienfaits, doivent nous être plus familiers en ce saint temps: /H omni oratione, et obsecratione, cum gratiarum actione. La paix et la tranquillité du cœur préparent l'âme à ces célestes visites c'est au milieu du repos de la nuit que le divin Epoux arrive et rien n'est plus opposé à ces communications intimes de Dieu avec l'âme, que le tumulte du monde et la dissipation du cœur. C'est ce qui fait dire au saint Apôtre Et ~s.e Dei CMS~o~a~ cor~a fM~'N, e< !H<e~:yen<!as ues~YM !H 6V~:s<o Ve~M. C'est pour cela

aussi qu'on recommande tant, surtout pendant l'Avent, le recueillement

et la retraite c'est toujours dans la solitude que Dieu parle au cœur. Dès ce troisième dimanche, nul laïque, anciennement, n'entrait dans le chœur, jusqu'à la veille de Noël, parce que les chanoines étaient censés y être comme en retraite; et l'on ne voulait pas qu'ils fussent distraits dans la solennité de l'office du jour. Du reste, ajoute le même Apôtre, dans le même chapitre duquel l'Epître de la messe est tirée, que tout ce qu'il y a de vrai, tout ce qu'il y a de pur, tout ce qu'il y a de juste, tout ce qu'il y a de saint, tout ce qui mérite notre estime et notre amour, tout ce qui fait une bonne réputation, tout ce qu'il y a de vertu, tout ce qu'il y a de louable en fait de discipline et de conduite, que ce soit là ce qui occupe vos pensées et vos désirs, surtout dans ce saint temps Si qua laus ~Me~&MeB, AaK* cogitate.

L'Evangile de ce jour rapporte le témoignage authentique que saint Jean rend aux Juifs de la venue du Messie dans la personne de Jésus-Christ. L'Eglise ayant choisi pour les dimanches de l'Avent tout ce qui a le plus de rapport à la naissance, après avoir rapporté dans l'Evangile du dimanche précédent les preuves que Jésus-Christ donne de sa divinité, et la mission aux disciples de saint Jean, rapporte dans l'Evangile de ce jour le témoi-


gnage que saint Jean rend de Jésus-Christ devant les principaux de la nation, et devant tout le peuple.

Le Sauveur ayant voulu s'humilier jusqu'à recevoir le baptême de la pénitence, que saint Jean-Baptiste, son précurseur, prêchait, s'était retiré dans le désert pour y jeûner durant quarante jours, avant que de se manifester au monde. Cependant saint Jean prêchait le long du Jourdain avec tant de succès et de fruit, que le peuple quittait les villes pour aller entendre ce nouveau prédicateur, et il semblait que Jérusalem n'avait pas assez d'habitants pour lui fournir des auditeurs et des disciples. De tous les endroits de la Judée, principalement des bords du Jourdain, on courait en foule pour l'entendre et plusieurs, touchés d'une véritable douleur de leurs offenses, lui en faisaient une sincère confession, et demandaient son baptême. Il n'y avait pas jusqu'aux superbes pharisiens, et aux sadducéens, gens sans loi et sans piété, qui ne voulussent en être baptisés et la réputation de l'homme de Dieu faisait tant de bruit, que le grand Sanhédrin, qui était le grand conseil des Juifs, dans lequel se décidaient les affaires de l'état et de la religion, lui fit une députation célèbre.

Les principaux d'entre les Juifs savaient assez par les oracles de leurs Prophètes, et surtout par les semaines si célèbres de Daniel, qu'enfin le temps était proche, auquel le Messie devait naître. D'ailleurs ils voyaient qu'on ne parlait de tous côtés que de Jean-Baptiste que ce saint homme faisait paraître des vertus plus divines qu'humaines, et que dans un corps mortel il semblait avoir l'impassibilité d'un ange. Tout cela faisait qu'ils commençaient à donner dans le sentiment du peuple, qui prenait le précurseur du Messie pour le Messie même, attendu depuis si longtemps et si ardemment désiré de tout le peuple. Cependant, comme il n'est rien de plus incertain qu'un bruit populaire, ils ne crurent pas devoir y ajouter foi, qu'auparavant ils n'eussent envoyé des prêtres et des lévites vers l'homme de Dieu, pour savoir de lui qui il était, quelle qualité il prenait, et en vertu de quoi il prêchait la pénitence. Ils choisirent des personnes de ce caractère, parce qu'ils étaient du corps des ecclésiastiques, auquel seul il appartenait d'examiner ceux qui s'ingéraient de prêcher, et d'expliquer en public la loi au peuple.

Jérusalem, cette ville si célèbre, vit donc alors les premiers d'entre ses prêtres et ses lévites sortir bien accompagnés, pour aller à plus de vingt lieues de là s'informer des qualités et de la mission du nouveau prophète, ne sachant pas qu'ils allaient recevoir le témoignage le plus éclatant de la venue du Messie la divine Providence ayant dirigé cette députation pour apprendre aux Juifs, à n'en pouvoir jamais douter, que Jésus-Christ, qu'ils devaient un jour si maltraiter, était véritablement le Messie. Les députés trouvèrent saint Jean aux environs de Bethabara, qu'on nommait aussi Béthanie. C'était une ville située au-delà le Jourdain, éloignée de près de vingt lieues du bourg de Béthanie. Saint Jean prêchait en deçà dans une campagne, où il n'avait point d'autre couvert que le ciel. Il y formait un grand nombre de disciples pour celui qu'il reconnaissait pour son Maître, et tout son soin était de les disposer, tant par sa doctrine et par ses exemples, que par son baptême, à la loi de Jésus-Christ. Ce fut là que les députés du Sanhédrin lui représentèrent combien le conseil avait d'estime et de vénération pour lui que la sainteté de sa vie montrait assez qu'il n'était pas comme le reste des hommes, qu'il passait déjà dans l'esprit du peuple pour le Messie, et qu'ils n'étaient pas éloignés eux-mêmes de cette opinion, tant les choses qu'il faisait leur paraissaient


au-dessus des forces humaines mais que, pour la satisfaction commune, et pour une plus grande assurance, ils voulaient savoir de sa propre bouche qui il était.

Le saint homme n'hésita point il nia fermement qu'il fût celui qu'ils croyaient; et afin qu'ils ne prissent pas sa réponse pour quelque détour d'une humilité peu sincère, il leur dit en termes formels, et il le répéta même plusieurs fois, qu'il n'était rien moins que le Messie Et con fessus est. Il déclara hautement et sans biaiser qu'il n'était pas le Christ Et confessus est quia non sum ego Christus. Quelque nette, quelque précise que fût cette réponse, les députés ne purent effacer de leur esprit l'idée qu'ils avaient de son mérite. Il leur vint donc en pensée, que s'il n'était pas le Messie, il pourrait bien être un nouveau prophète, égal aux anciens, ou même Elie puisqu'il vivait comme lui outre qu'ils savaient qu'Elie n'était pas mort, et que, selon la prophétie de Malachie, il devait revenir dans le temps d'un des deux avènements du Messie, avant le grand jour du Seigneur Ecce ego, dit le Seigneur, mt~am vobis Eliam Prophetam antequam veniat dies Domini magnus et terribilis. Saint Jean s'affligeait de voir qu'on fît tant de cas de lui, et qu'on l'égalât aux grands prophètes. Plus on lui témoignait d'estime, plus il s'abaissait. Non-seulement il nia qu'il fût Elie, mais il ajouta qu'il n'était pas même prophète il voulait sans doute faire connaître à ces docteurs et à ces prêtres, ce qu'ils ignoraient, et ce qu'il leur importait de savoir, que le temps des prophéties était passé qu'il ne venait pas, comme on faisait anciennement, pour leur promettre le Messie mais pour leur apprendre que le Messie était venu, qu'il était au milieu d'eux, et pour leur montrer du doigt celui que leurs Pères n'avaient vu que confusément et de fort loin, par un esprit de prophétie. Mais comme ils ne pouvaient tirer de saint Jean que des réponses négatives, et qu'il leur disait non ce qu'il était, mais seulement ce qu'il n'était pas, ils le pressèrent de leur déclarer ce qu'on devait penser de lui, en quelle qualité il prêchait, et ce qu'ils devaient répondre à ceux qui les avaient envoyés pour savoir de lui-même ce qu'on en devait croire. Le saint ne put alors s'empêcher de satisfaire leur curiosité. Il s'ouvrit à eux, et leur déclara, avec beaucoup de modestie et de candeur, qu'il était celui dont Isaïe avait parlé, lorsque voyant en esprit le Messie qui devait venir, il lui semblait entendre déjà la voix de son précurseur dans le désert, qui exhortait les peuples de se préparer à la venue Vox c~a~ in deserto p<K~e viam Domini. Je suis cette voix, leur dit-il, qui vient préparer les voies au Messie, et disposer, par la pénitence que je prêche et par le baptême que je donne, les cœurs et les esprits à recevoir celui qui vient pour les sauver. Ces pharisiens, plus ardents à maintenir leur autorité qu'à travailler à leur salut, se choquèrent de cette réponse, et répliquèrent avec hauteur Si vous n'êtes donc, ni le Christ, ni Elie, ni prophète, pourquoi baptisez-vous? Saint Jean qui, par son humilité, voulait abattre leur orgueil, ne leur parle, ni de sa mission qu'il avait reçue immédiatement de Dieu, ni de l'éminente charge dont le ciel l'avait honoré il se contente de leur répondre pour leur instruction, et pour celle de tout le peuple, que l'eau de son baptême ne faisait, à l'égard des plaies de l'âme, que ce que l'eau commune fait à l'égard des plaies du corps, qu'elle ne les guérissait pas, qu'elle servait seulement à les laver, afin qu'étant nettes, on les vît et on les pansât; que cet hotame divin qu'ils cherchaient, et qui véritablement était leur Messie, leur conférerait bientôt un nouveau baptême dont le sien n'était que l'ombre, un baptême qui guérirait toutes les plaies de


leurs âmes; que pour lui, il avait bien reçu d'en haut une grâce particulière pour découvrir aux hommes leurs erreurs et leurs vices, mais qu'il était incapable d'y remédier que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de les exhorter à reconnaître leur véritable médecin, et le seul dont ils devaient attendre leur guérison. Qu'au reste, il ne fallait pas qu'ils allassent chercher bien loin qu'il était dans leur pays, et au milieu d'eux, qu'il était de tour nation, et du sang royal, conformément à ce qu'avaient prédit de lui les Prophètes qu'à la vérité ils ne le connaissaient pas encore, mais que ses merveilles dont ils seraient eux-mêmes les témoins le leur découvriraient bientôt. Pour moi, ajouta-t-il, je le connais, et je suis venu devant lui, afin do vous annoncer sa .venue que s'il ne vient qu'après moi, c'est parce qu'il est le maître, et qu'il envoie son serviteur pour avertir qu'il viendra bientôt. Et certainement je suis si peu de chose en sa présence, que je ne mérite seulement pas de lui rendre les derniers services. Il peut tout, et je ne puis rien mon baptême n'est que pour un temps, et n'a nulle vertu en comparaison du sien qui sera, jusqu'à la fin du monde, une source inépuisable de grâces et de salut. Il ne vous lavera pas simplement avec do l'eau, mais il vous baptisera dans le Saint-Esprit, et ce sanctificateur descendra sur ceux qui recevront le nouveau baptême il se communiquera à eux, les animera par sa présence, les fortifiera de sa grâce, les embrasera de ce feu divin, qui produit dans les âmes saintes des effets merveilleux Ipse vos ~a~H;(ï~ in Spiritu sancto et ~?M. Il est vrai que le baptême de saint Jean n'était qu'une préparation à celui de Jésus-Christ, il disposait les pécheurs, par la pénitence et par les œuvres de justice, à écouter le Messie, et à recevoir la rémission de leurs péchés par lo baptême du Sauveur. Le saint appelle ce baptême un baptême de feu, et par le Saint-Esprit, c'est-à-dire que ce ne sera pas une simple ablution où le corps est plongé dans l'eau, mais que par la vertu du sacrement, l'âme étant puriBée de toutes ses taches, elle sera échauffée et éclairée du SaintEsprit. On sait qu'au jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit descendit sur les disciples en forme de langues de feu. Saint Jean peut avoir eu en vue, non-seulement l'effet du sacrement, mais aussi ces symboles. Le saint Précurseur, après avoir donné ce témoignage de la venue du Messie aux députés, continua, dans toutes les occasions, de publier le mérite, la sainteté et la toute-puissance du Sauveur du monde. Dès le lendemain, saint Jean voyant Jésus qui venait à lui voilà l'Agneau de Dieu, s'écria-t-il, voilà celui qui efface le péché du monde. C'est de lui que j'ai dit il vient après moi un homme qui est avant moi; pour moi, je ne suis venu donner un baptême d'eau, qu'afin qu'on le connaisse en Israël. J'ai vu descendre du ciel, ajonte-t-il, l'Esprit-Saint, sous la figure d'une colombe, et il s'est arrêté sur lui. Et celui qui m'a envoyé pour donner un baptême d'eau m'a dit Celui sur qui vous verrez que l'Esprit descendra et s'arrêtera, c'est lui qui donne le baptême de l'Esprit-Saint. J'ai vu cela moi-même, et j'ai rendu témoignage que c'est là le Fils de Dieu. Et ego vidi et testimonium perhibui, ~MM/M'e M<7~7:MS~ Rien ne pouvait mieux convenir au dessein de l'Eglise que cet Evangile, si propre à ranimer notre foi et à exciter notre ferveur dans un temps qui en demande beaucoup, pour nous préparer à recevoir dignement celui que les Juifs n'ont pas voulu reconnaître. Inexcusables après le témoignage de saint Jean, encore plus criminels après avoir été témoins de ses merveilles, les Juifs refusèrent opiniâtrément de recevoir celui qu'ils avaient si ardemment demandé et si longtemps attendu, et le rassasièrent d'opprobres. Ne serions-nous point


coupables autant que ces impies, et encore plus que ces impies, et encore plus que ces ingrats, si, connaissant et confessant Jésus-Christ pour notre Sauveur, nous négligions de nous disposer de bonne heure à le recevoir avec joie, avec empressement, avec ferveur, et pour ainsi dire, avec dignité, le jour de sa naissance 1

Le Père Croiset.

QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Le quatrième dimanche de l'Avent, qu'on nommait aussi le premier d'avant Noël, doit d'autant plus exciter notre ferveur et notre dévotion, qu'il est plus près de la solennité qui demande tout notre zèle. C'est dans cet esprit, et pour cette fin, que l'Eglise fait précéder du jeûne des QuatreTemps ce dimanche, c'est-à-dire du jeûne du mercredi, du vendredi et du samedi précédents.

On appelle les Quatre-Temps, les jeûnes que l'Eglise prescrit de trois en trois mois, le mercredi, vendredi, et samedi de la même semaine, pour consacrer les quatre saisons de l'année par la pénitence de quelques jours de jeune; pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre; pour le remercier de ceux qu'il a déjà donnés, et pour obtenir qu'il donne à l'Eglise, dans ces temps des ordinations, de saints ministres. L'Eglise, connaissant la faiblesse de ses enfants, a voulu leur faire entendre qu'il n'y a point de temps dans tout le cours de l'année où il leur soit permis de se relâcher, ou d'interrompre l'exercice de la pénitence, parce qu'on a besoin en tout temps de purifier l'âme par le fréquent usage des sacrements, par la prière et par le jeûne et c'est ce qui l'a portée à déterminer trois jours de jeûne dans chacune des quatre saisons de l'année et c'est ce qu'on appelle les Quatre-Temps. Saint Léon dit que cette observance n'a été attachée à ces Quatre-Temps ou saisons, qu'afin que cette succession continuelle de temps avec le retour de l'année nous apprît que nous avons besoin continuellement d'être purifiés, et que nous devons toujours faire nos efforts pour effacer, par les jeûnes et les aumônes, les taches que nous contractons presque sans cesse par la fragilité de la chair, durant la vie. Il n'est peut-être point d'observance plus ancienne dans l'Eglise que celle des Quatre-Temps, puisque, selon le même Saint, elle nous vient des Apôtres mêmes, Jejunium quod M? .4po~o/!ca traditione sM&seyM!'<M?'. Il y avait des jeûnes déterminés, et fixés à certains mois de l'année dans l'ancien Testament. Voici ce que dit le Dieu des armées, dit le prophète Zacharie ~7xc dicit Dominus exercituum. Les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois seront changés, pour la maison de Juda, en des jours de joie et d'allégresse, et en des fêtes solennelles Vp/MHiMm quarti, et jejunium ~M!'K~ et jejunium Sep<:MM, et jejunium decimi erit <&)?: Juda in gaudium et /tB~fMK, et in solemnitates ~a'c~as. Saint Léon croit que ces jeûnes, aussi bien que quelques préceptes moraux, sont du nombre de ces choses saintes et utiles que les Apôtres ont voulu retenir de l'ancienne loi pour les usages de l'Eglise mais pour des motifs bien plus spirituels et plus parfaits que dans l'Ancien Testament Decimi hujus mensis


solemne jejunium quod non ideo MC~MOMMÎ PS<, quia de O~M~NM~'a veteris legis assumptum est. Ce qui n'était dans l'ancienne loi qu'une simple figure, continue le même saint Pontife, a cessé par la réalité dans la loi nouvelle; mais pour les jeûnes, ils nous sont trop nécessaires et trop utiles, pour que l'Eglise ait jamais pensé à les faires cesser Illa enim ~Ma* ?'erM'M /<<Mra7'Mm /~Mr<M gerebant, impletis ~Mc6 S~H~ca~g~, finita sunt. Yg/MHMrMM?. vero utilitatem novi testamenti gratia non ~MO!M<. Et il ajoute que l'Eglise, conduite et dirigée par le Saint-Esprit, a tellement distribué le jeûne dans les quatre saisons de l'année, savoir les Quatre-Temps du printemps en Carême, ceux de l'été dans l'Octave de la Pentecôte, les Quatre-Temps de l'automne dans le mois de septembre, et les Quatre-Temps de l'hiver dans ce dixième mois, que les quatres saisons de l'année se trouvent sanctifiées par la pénitence. ~Ma? jejunia ex doctrina Spiritus sancti, ita per totius anni circulum distributa sunt, ut lex a~~HeH<eB omnibus sit adscripta temporibus. Siquidem jejunium Vernum in Quadragesima; xstivum in Pentecoste, autumnale in mense septimo, hyemale autem in hoc qui est decimus, celebramus. Les offices de la messe de ces trois jours des Quatre-Temps de l'Avent sont particuliers et conformes aux mystères et à la sainteté de ce temps. On lit toujours à la messe du mercredi des Quatre-Temps deux épîtres, pour faire connaître, dit Alcuin, à ceux qui devaient être examinés ce jour-là, pour être ordonnés le samedi suivant, qu'ils devaient avoir une grande connaissance de l'Ecriture sainte. Les deux épîtres qu'on lit à la messe du mercredi de la troisième semaine de l'Avent, sont tirées du second et du septième chapitre d'ïsaïe, où ce prophète parle si clairement de la venue du Messie, et des grands avantages qui en doivent venir aux hommes, et où il prédit qu'une Vierge sera la Mère de ce Sauveur Fcce Virgo concipiet, et par~ jp!7!Km. L'Evangile qui suit ces deux épîtres contient l'histoire de l'Annonciation du mystère de l'Incarnation, faite par l'ange saint Gabriel à la sainte Vierge, selon qu'elle est rapportée par saint Luc. L'épître de la messe du vendredi suivant se prend de la même prophétie d'Isaïe, où il prédit qu'il sortira un rejeton de la tige de Jessé, père de David, qu'il s'élèvera une fleur de sa racine, et que l'esprit du Seigneur s'y reposera. L'Evangile du jour est la suite de celui du mercredi précédent, où saint Luc décrit la visite que la sainte Vierge alla rendre dans les montagnes de Judée à sa parente Elisabeth, grosse de saint Jean, peu de jours après que l'ange Gabriel l'eut quittée, ayant reçu son consentement pour l'Incarnation du Fils de Dieu dans son sein. A la messe du samedi des QuatreTemps, qu'on nomme aussi le samedi des douze leçons, parce qu'anciennement on avait coutume à Rome de lire en grec et en latin les six leçons que nous lisons encore aujourd'hui à cette messe, les premières pour les Grecs qui se trouvaient à l'office, et qui étaient en grand nombre à Rome, et les secondes pour les Latins et on les a appelées douze leçons, que parce que chacune était lue deux fois en différeptes langues; à la messe, dis-je, de ce samedi, on lit encore aujourd'hui ces six leçons latines, les quatre premières sont prises d'Isaïe, dont la prophétie n'est proprement que l'histoire prophétique du Sauveur; aussi c'est du livre de ce Prophète que l'Eglise a jugé plus convenable de composer les offices du temps de l'Avent. La cinquième épître est prise du prophète Daniel, commune à tous les samedis des Quatre-Temps, où la merveille des trois enfants dans la fournaise de Babylone est rapportée. La sixième est de l'épître de saint Paul aux fidèles de Thessalonique « Nous vous prions, mes frères u, leur dit-il, « par Jésus-Christ Notre-Seigneur qui doit venir, et par l'union qui


se doit faire de nous avec lui, de ne pas permettre qu'on vous fasse aisément changer de croyance n. Quoique l'Apôtre parle en cet endroit du s&cond avénement du Fils de Dieu, l'Eglise l'applique au premier, pour réveiller la foi des fidèles. L'Evangile du samedi de ces Quatre-Temps est de la prédication de saint Jean, commençant sa fonction de précurseur, d'ange, ou d'envoyé de Dieu, pour préparer les voies et disposer les esprits à recevoir le Messie.

La messe de ce quatrième dimanche de l'Avent n'est proprement qu'une vive expression du désir ardent qu'a l'Eglise de voir naître son Sauveur, et de porter tous les fidèles à célébrer avec dignité et avec fruit le jour de sa naissance. florate <'a~' desuper, et nubes pluant Justum, s'écrie-t-elle avec le Prophète dans l'introït de la messe. <t Cieux, envoyez d'en hautvotre rosée, et que les nuées fassent descendre le Juste comme une pluie salutaire ». j4~M!~ terra, e~M'MMMC~ Salvatorem « Que la terre s'ouvre, et que nous voyions paraître le Sauveur », comme nous voyons sortir la tige de son germe. Ces paroles marquent le transport et l'impatience des Prophètes et des justes de l'Ancien Testament, qui désiraient de toute l'ardeur de leur âme la venue du Messie.

L'épître qu'on lit à la messe est tirée de la première lettre de l'apôtre saint Paul aux Corinthiens, et elle regarde les ministres de Jésus-Christ, qui sont les dispensateurs des mystères de Dieu et les pasteurs des âmes. ,L'Apôtre les exhorte ici à ne point faire consister leur habileté et leur mérite dans la doctrine, ni dans l'art de bien parler, mais à être fidèles dans leur ministère, et à soutenir par la régularité et la sainteté de leur vie la dignité de leur emploi. L'Eglise, après avoir exhorté tous ses enfants à se disposer par la pénitence et par la piété à la venue du Sauveur, s'adresse en particulier en ce jour aux ministres sacrés, et les exhorte à se distinguer autant du reste des fidèles par leur vertu, qu'ils le sont par leur caractère et que comme ils doivent présenter au Sauveur naissant les vœux du peuple, en qualité de ministres de Jésus-Christ, et de ses premiers officiers, ils n'oublient rien pour être eux-mêmes plus agréables à ses yeux dans les fonctions sacrées de leur ministère.

L'Evangile est le même que celui du samedi précédent; c'est l'histoire de la prédication de saint Jean-Baptiste, et de la première fonction de ce saint homme en qualité de précurseur du Sauveur, comme saint Luc la raconte. Le Fils de Dieu, cette vraie lumière qui éclaire quiconque vient au monde, avait demeuré inconnu à Nazareth, et comme caché dans l'ohs.curité d'une vie privée, lorsque Jean-Baptiste sortit du désert pour lui préparer les voies semblable à. l'aurore qui précède le soleil et qui fait le commencement du jour, il n'était pas lui-même la lumière, mais il était pour rendre témoignage de la lumière. Ce saint homme avait passé toute sa jeunesse dans la solitude, dans l'exercice de la plus rigoureuse pénitence, sans autre adoucissement que celui qu'il goûtait dans les douceurs de la contemplation. Enfin, il parut devant le peuple d'Israël dans la trentième année de son âge, et la vingt-neuvième de Jésus, qui était la quinzième de l'empire de Tibère. Ce fut en ce temps-là que le premier héraut du Sauveur, cet homme né par miracle, cet admirable solitaire, caché dans le fond de son désert, reçut ordre de commencer à remplir sa mission. Le royaume qu'Hérode l'Ascalonite avait possédé tout entier était alors divisé en quatre principautés. La première et la plus considérable, qui était celle de Judée, ayant été soumise à l'empire romain, depuis le bannissement d'Archélaiis, ne faisait plus qu'une partie de la province de Syrie. Ce


n'est pas qu'elle ne fût gouvernée par Ponce Pilate, à qui les Juifs donnaient !e titre de président, quoique les Romains ne le donnassent qu'à ceux qui étaient gouverneurs en chef; mais son gouvernement était subalterne et dépendait de celui de Syrie, en sorte qu'il ne le tenait que comme agent, ou pour parler selon les Romains, comme procureur de César T~'oeM~CH~ .PûM~'o Pilato ./Mo'cMMï. Les trois autres avaient leurs princes particuliers qu'on nommait simplement Tétrarques, mot qui, d'après son étymologie, signifie un prince qui possède la quatrième partied'un grand Etat maison donnait ordinairement ce nom à ces petits princes qui gouvernaient avec une autorité souveraine; et les Evangélistes donnent même quelquefois à Hérode, Tétrarque de la Galilée, le nom de roi, que les Romains lui avaient permis de porter. Cet Hérode était fils du premier Hérode, dit le Grand, et possédait la Galilée qui était une partie de la Palestine, au bord de la Samarie. Philippe, son frère, régnait de même dans l'Iturée et la Trachonite, vers le septentrion c'était une province située vers les sources du Jourdain laquelle avait fait partie de la Syrie. Enfin un certain Lysanias, descendu peut-être de cet autre Lysanias, que Marc-Antoine avait fait roi des Ituréens, commandait dans un quartier de la Céiésyrie, qu'on appelait Abilène, entre le Liban et l'Antiliban. Pour ce qui regarde la religion, comme les Romains étaient les maîtres dans un Etat conquis, et qu'ils tenaient la capitale où étaient le temple et le siége du grand prêtre, il est probable qu'ils disposaient à leur gré des dignités ecclésiastiques, et que, voulant profiter de l'ambition démesurée d'Anne et de Caïphe, qui prétendaient l'un et l'autre au pontificat, ils y avaient mis l'alternative entre ces deux concurrents, dont l'un était beau-père de l'autre; de sorte qu'ils l'exerçaient tour à tour durant une année, ce qui paraît par ce que dit l'apôtre saint Jean dans l'Evangile que Caïphe était grand prêtre l'année que Jésus-Christ mourut F?~ poH<M? a'MH: illius. La venue du Messie était une époque si importante et si distinguée, qu'il ne fallait pas moins que ce détail précis de toutes les circonstances du temps auquel tout ce que les Prophètes avaient prédit touchant la venue du Messie et de son précurseur se trouvait accompli.

Ce fut dans ce temps de désordres et de confusion dans la religion et dans l'Etat, qu'on vit paraître le précurseur du Messie, que les Prophètes avaient nommé l'ange de Dieu, cet homme sanctifié dans le ventre de sa mère, dont la vie était un prodige de sainteté et de pénitence. Car son vêtement était un rude cilice, fait de gros poil de chameau, qu'il tenait serré autour de ses reins avec une ceinture de cuir, pour condamner la délicatesse et le luxe. Pour son vivre, il n'avait que des sauterelles sans assaisonnement et sans apprêt, nourriture assez commune parmi les pauvres dans la Palestine, et du miel sauvage, de mauvais goût, qu'il rencontrait dans des trous de rochers et dans le creux de quelques arbres. Sa demeure ordinaire était un affreux désert entre Jéricho et Jérusalem, et c'est de là qu'il sortit pour aplanir les voies au Seigneur, c'est-à-dire pour préparer les esprits et les cœurs à la venue du Sauveur, en leur prêchant la pénitence et par ses exemples et par ses paroles. Il était cette voix puissante qui, selon Isaïe, devait retentir dans le désert, et apprendre aux peuples à se disposer à la venue de leur Roi et de leur Rédempteur Vox clamantis in 6~p?'~o .Parole viam Domini, s'écriait le prophète Isaïe, ayant en vue le saint précurseur qui s'est appelé lui-même la voix de celui qui crie dans le désert. C'est lui, en effet, qui prépara les voies à Jésus-Christ, en préparant les peuples à le recevoir comme leur Sauveur, et leur apprenant que c'était' le Messie. Rien n'est plus clair, rien n'est


plus précis que ce que dit le Prophète, touchant la venue du Sauveur du monde, en cet endroit Consolamini, eoM<o~M:'H: joopM~e meus, dicit Deus vester; K Consolez-vous, mon peuple, consolez-vous, dit votre Dieu ".Le Prophète, dans ce chapitre et dans les suivants, nous décrit le bonheur des Israélites après le retour de leur grande captivité de Babylone mais cet objet n'est pas ce qui l'occupe davantage. La venue du Messie, son règne, l'établissement de son Eglise, la vocation des Gentils à la foi, sont ses premières vues. Saint Luc fixe ce vrai sens, en rapportant sur le sujet du saint précurseur les paroles du Prophète <'Parlez au cœur de Jérusalem, et diteslui que ses maux sont finis, que ses iniquités lui sont pardonnées a Loquemini ad cor Jerusalem, e<<K&oea~eaM,<yMû?Man! completa est malitia, diniissa est iniquitas !7/:Ms. Dieu va enfin vous envoyer un Sauveur; j'entends déjà la voix de son Précurseur, continue Isaïe, qui crie dans le désert comme son héraut, qui annonce sa venue, et qui dit Parate ï):'<MM Domini, rectas /<ci' semitas ejus; « Préparez-lui les voies pour entrer dans votre cœur, en réformant vos cœurs, et rendant droite votre conduite par la pénitence ». Que toutes les montagnes soient aplanies, que les vallées soient comblées, que les chemins tortus soient redressés~ et que tout ce qui est tortu, raboteux, escarpé, que tout soit aplani Omnis vallis exaltabitur, et omnis tKOMs~ collis ~M!K!7!'aMMr. C'est-à-dire, que ces âmes timides prennent confiance, que ces âmes terrestres et matérielles cessent de ramper et s'élèvent désormais audessus des sens, que tout esprit vain et orgueilleux s'humilie par la pénitence Et aspera in Mas p/<HMs. Enfin, que l'innocence ren;ne partout Et videbit omnis earo M/M~re ~c! K Et alors tout homme verra le salut envoyé de Dieu ». Le texte dit que toutes les vallées seront élevées et les montagnes humiliées Omnis t'n~M <?.xo/~a'&!7Mt~ et omnismons AMmi'V:a&i'7My,'ce qui, selon le sens moral, signiMc que le Sauveur venait humilier l'orgueil du monde et confondre toute sa fausse sagesse, en choisissant pour fonder son Eglise des hommes simples, pauvres et ignorants, et la mort~ même sur la croix pour sauver les hommes ./H/~w<a mMn(/:e~<y:< Z)et<s M< coH/MKtfa~ /b~M!, dit saint Paul '< Dieu a choisi ce qui est faible devant le monde, pour confondre ce qu'il y a de plus fort n. Le salut est offert à tous les hommes, puisque Jésus-Christ s'est incarné, est ne, et est mort pour le salut de tous les hommes mais combien de gens refusent le salut, ô mon Dieu, que votre bonté leur présente 1 0 qu'on est digne de votre colère, Seigneur, quand on méprise vos bontés! A mesure qu'on approche de la fête de Noël, l'Eglise redouble ses invitations et ses exhortations pour porter les fidèles à redoubler leurs soins et leur ferveur pour se mettre en état de recevoir, dans de saintes dispositions, le Sauveur de nos âmes, sans lesquelles on a beau célébrer sa naissance, on n'a point de part à ses dons.

LeFcreCroIsct.

LE DIMANCHE D'ENTRE NOEL ET L'EPIPHANIE

L'espace qui est compris entre la fête de Noël et celle de l'Epiphanie, se nomme chez les Grecs le I)odecameron, parce qu'il est composé de do.zs jours. Il a été considéré longtemps comme une suite de fêtes continuelles,


au moins pour la célébration des offices, et pour la cessation du barreau, et des affaires du palais. Il ne peut y avoir que deux dimanches dans cet espace. Les Grecs donnent au premier le nom de dimanche d'après la naissance du Sauveur et ils appellent le second le dimanche d'avant les lumières c'est le nom qu'ils donnent au jour de l'Epiphanie, à cause que le baptême de Jésus-Christ, dont ils font la grande fête en ce jour, est appelé chez eux illumination.

L'Eglise latine appelle ces deux dimanches Vacans, parce qu'ils n'ont point l'office propre du dimanche on ne fait même aucune commémoration du second, quand il s'en trouve deux; et le premier n'a de propre que la Messe. Comme celui-ci n'est jamais omis, et qu'il est même célébré quand il arrive le trente du mois de décembre, on a cru devoir donner l'explication de ce qu'il a de propre et de particulier.

L'introït de la Messe est pris du dix-huitième chapitre du livre de la Sagesse Durn medium silentium ~MCren~ omnia, et nox in suo cursu medium !<C~ haberet, dit le Sage, omnipotens sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus venit. Lorsque tout reposait dans un profond et paisible silence, le texte dit: CïNK quietum silentium coM~'ne~en~ omnia, et que la nuit était au milieu de sa course, votre parole toute-puissante, Seigneur, est venue du ciel en terre elle est descendue du trône royal que vous avez dans le ciel. L'Eglise applique ces paroles à la naissance de Jésus-Christ, vrai Dieu, le Verbe éternel, qui s'étant fait homme, est né au milieu de la nuit, et dans un temps où tout l'univers était en paix, sous l'empire d'Auguste. Il est évident que cette parole toute-puissante qui est venue du haut du ciel, et du trône royal de Dieu même, signifie, dans le sens allégorique et figuré, le Verbe fait chair, par qui toutes choses ont été faites, et de ce qui a été fait, rien n'a été fait sans lui.

L'Epître est tirée du chapitre quatrième de la lettre de saint Paul aux Galates; on assure que les Gâtâtes sont originaires des Gaules. Quelques troupes de Gaule s'étant répandues dans la Grèce, et ensuite dans l'AsieMineure, sous la conduite de Brennus, fixèrent enfin leur habitation entre la Cappadoce et la Phrygie, dans une province qui de leur nom fut appelée Galatie. On l'appelait encore Gallo-Grèce, pour marquer qu'elle était occupée par des Gaulois et des Grecs. Les Galates étaient païens. Saint Paul leur prêcha la foi de Jésus-Christ avec un succès prodigieux; il y fit un grand nombre de conversions, et y forma une Eglise considérable. La première fois qu'il y vint, il y fut reçu comme un ange de Dieu. Saint Pierre y avait prêché l'Evangile aux Juifs saint Paul y prêcha ensuite aux Gentils. On croit que ce furent les Juifs convertis par saint Pierre, toujours entêtes de leurs observances légales, qui causèrent parmi les Gentils convertis les troubles qui donnèrent occasion à saint Paul de leur écrire cette lettre dans laquelle il fait voir qu'avant la naissance de Jésus-Christ, les Juifs étaient sous la conduite de la loi, comme une pupille sous la conduite d'un tuteur mais que ce divin Sauveur les avait retirés de l'esclavage de la loi, en les faisant devenir par la foi enfants d'adoption. Comme il y avait parmi ces Juifs convertis de faux docteurs qui enseignaient hautement la nécessité de la circoncision et de la loi de Moïse, il y en avait un entre autres qui se distinguait par ses emportements et qui sema dans cette Eglise un levain d'une mauvaise doctrine, comme il paraît par le verset septième du premier chapitre de cette épître, où l'Apôtre se plaint qu'il y a des gens parmi eux qui mettent le trouble et qui veulent altérer l'Evangile de JésusChrist. Saint Paul montre, par diverses preuves tirées de l'Ecriture, que ni


la circoncision, ni la loi de Moïse, ni les autres cérémonies légales ne servent. plus de rien; que les bénédictions promises à Abraham sont pour les ildcks qui ont cru en Jésus-Christ; que ce divin Sauveur et ses disciples sont les vrais enfants d'Abraham et les héritiers des bénédictions et des promesses; que les juifs charnels sont figurés par Agar et Ismaël, et au contraire les chrétiens par Sara et Isaac; que par la foi nous sommes délivrés de la servitude de la loi, et nous sommes entrés dans la liberté des enfants de Dieu que les Hébreux n'ont été que des esclaves que la loi ancienne ne leur a été donnée que pour arrêter leurs transgressions que tous ceux qui vivaient sous la loi étaient soumis à la malédiction que Jésus-Christ seul nous a délivrés de cette malédiction, en satisfaisant abondamment à la justice divine, en se chargeant de nos dettes, et les payant par la mort de la croix, qu'il avait bien voulu souffrir pour l'amour de nous. Enfin, il les fait ressouvenir que c'est par la foi et non par la loi qu'ils ont reçu les dons surnaturels du Saint-Esprit, ce qui était à leur égard une preuve sensible et sans réplique que la loi n'était nullement nécessaire pour recevoir la grf.cc de la justification, depuis la naissance et la mort du Sauveur du monde. Saint Paul leur prouve clairement son apostolat et sa mission il déclare que Dieu l'a choisi dès le ventre de sa mère, et l'a appelé par sa grâce pour annoncer la foi aux Gentils; que l'Evangile qu'il a prêché aux Galates est le pur Evangile de Jésus-Christ qu'il n'y en a point d'autre et que quand ce serait lui-même qui leur annoncerait un autre Evangile que celui qu'il leur a prêché, ou quand ce serait un ange venu du ciel, qu'il soit anathème « Oui », ajoute-t-il, « je le dis encore, si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ». Bon Dieu, que le sens de ces paroles bien entendu aurait démasqué de faux docteurs et qu'une foi vive et une soumission entière à l'Eglise auraient préservé de l'erreur des fidèles qui, ayant l'esprit flottant comme des enfants, se sont laissé emporter çà et là à tout vent en fait de doctrine, séduits par la malice des hommes, comme parle saint Paul, et par les ruses dont ils se servent pour engager les simples dans l'erreur /H nequilia AoMXMMM, M! astutia, ad eM'eMMt;eH~'oMm

e~'c?~.

Tout le temps que l'héritier est enfant, il n'est distingué en rien de l'esclave, dit le saint ApôLre, mais il dépend des tuteurs, et de ceux qui agissent pour lui, jusqu'au temps marqué par son père Usque ad'~M'a?/:M!<Mm ~em~MS a patre. Saint Paul veut faire voir aux Juifs la différence de l'état sous la loi écrite, et de l'état sous la loi de grâce. L'état des Juifs sous l'ancienne loi était un état de contrainte, un état imparfait, qui ne devait durer qu'un temps, et ce temps était passé; au lieu que l'état de la loi de grâce est un état exempt de toute servitude, un état stable, supérieur a tout autre c'est un état parfait et permanent, qui doit durer autant que le monde, et qui ne se borne qu'à la bienheureuse éternité. Saint Paul, pour rendre cette vérité plus sensible, se sert de la comparaison d'un enfant qui est sous la conduite des tuteurs qui le gouvernent, et qui administrent son bien jusqu'au temps prescrit par son père. En cet état un enfant, quoique le maître de tous ses biens par le droit de sa naissance, ne diffère en rien néanmoins d'un serviteur, puisqu'il est soumis à la volonté de ses tuteurs. Ce pupille, selon les saints Pères et les interprètes, est la nation juive, héritière des bénédictions du Père céleste, par les promesses faites aux saints patriarches de l'Ancien Testament; ses tuteurs, pour ainsi dire, sont la loi et les Prophètes. Ce peuple privilégié est


demeuré comme en tutelle sous leur dépendance jusqu'à la venue de Jésus-Christ, qui l'émancipé et le met en liberté, le délivrant de la servitude de ces observances légales, dont le détail était un joug pesant. Le dessein de saint Paul est de persuader aux Juifs convertis que la loi ancienne n'obligeait plus depuis que Jésus-Christ était venu établir la nouvelle, dont celle-là n'était que comme le prélude et la préparation. Les Juifs étaient les enfants d'Abraham, et par conséquent les héritiers de tous les biens spirituels que Dieu avait promis de donner un jour à la postérité de ce patriarche. Jusqu'à ce que ce temps fût venu, Dieu les regarda et les traita comme des enfants qui ne sont pas encore capables de jouir de leur héritage lorsque nous étions des enfants, nous vivions comme des esclaves, dans la dépendance, dans la crainte, dans l'assujétissement; on nous traitait aussi comme des enfants, on ne nous apprenait que ce dont les enfants sont capables, on ne. nous enseignait que les premiers éléments de la science de la religion nous n'eussions pas été capables de comprendre ces grandes vérités, ces dogmes sublimes qui demandent un âge mûr, un esprit formé, une pénétration qui ne se trouve point dans l'enfance. On ne nous gouvernait que par une loi écrite et détaillée, qui réglait jusqu'au nombre de nos pas, jusqu'à la qualité de nos actions, jusqu'aux moindres cérémonies. On ne nous promettait que des biens terrestres et qui tombent sous les sens, que des récompenses temporelles et sensibles « Gardez ma loi », nous disait le Seigneur Dieu, « obéissez à mes ordres gardez avec ponctualité tous mes commandements, et je multiplier ai vos revenus je vous donnerai une terre fertile qui coule en fleuves de lait et de miel; je vous rendrai puissants et riches en blé, en vin, en bétail, en toutes sortes de denrées, récompenses toutes terrestres Vino <on?M~M'M tua re~MH~M?~. Votre moisson ne sera pas battue a, dit-il ailleurs, a que vous serez surpris par la vendange; et la vendange, avant d'être achevée, sera pressée par le temps des semailles » Apprehendet MpsMMtH tritura M'M~HM'am~ et vindemia oceM~6!&< sementem. L'état d'enfance tel qu'était celui des Juifs n'était pas capable d'une doctrine plus relevée. Mais quand le temps marqué par le Père a été accompli, Dieu a envoyé son Fils né d'une femme, né sujet à la loi, pour racheter ceux qui étaient sujets à la loi, afin que nous devinssions des enfants d'adoption Ut aafop~'oMftK /oyMM! ~ecxpe~emus. Le temps de la majorité du peuple de Dieu est celui de la venue du Messie. Ce n'était pas seulement le peuple juif qui vivait dans l'enfance ce peuple dont parle l'Apôtre, dit saint Jérôme, était tout le genre humain; aussi n'est-ce pas seulement ce peuple que Jésus-Christ est venu mettre en liberté ce divin Sauveur est né et est mort universellement pour tous les hommes il n'y a point acception de personnes auprès de Dieu Non enim est accepte p~oM~MM o~M~ Deum; parce qu'il n'y a point de distinction entre le Juif et le Gentil; aussi n'y a-t-il qu'un même Seigneur de tous ./VOM enim est distinctio VM~a;! et 6'?*a?C:, nam idem Dominus 0)HM:MN!/ et parce que tous ceux qui ont reçu la foi, et qui ont reconnu et reçu Jésus-Christ, sont devenus les enfants de Dieu Quotquot NM~em receperunt eum, cledit eis ~o~~a~m /<M Dei /M?'i! Dieu a répandu dans leurs cœurs l'Esprit de son Père; ainsi on n'est plus esclave ni du péché, comme ont été les Gentils, ni sous la loi, comme ont été les Juifs, mais on est fils par adoption; que si on est fils, on est héritier par la grâce de Dieu. Quelle folie donc de vouloir renoncer à cette liberté, pour s'assujétir de nouveau à la servitude C'est ainsi que saint Paul démontre aux Juifs l'inutilité des cérémonies légales dans l'état de la loi de grâce, qui nous en affranchit.


Par tout ce raisonnement si juste de l'Apôtre, on reconnaît clairement pourquoi la morale et le dogme de la loi ancienne ne s'élevaient guère au-dessus des sens et pourquoi les grandes et sublimes vérités de la religion ne leur ont été enseignées que fort imparfaitement et en figure. Ils étaient tous comme des enfants, terrestres, d'un esprit borné, tous matériels, incapables de ces connaissances surnaturelles ~KMKs~s AoMO non pM'e~):'< ea ~Ma?~MH< Spiritus Dei « L'homme animal ne conçoit point ce qui est de l'Esprit de Dieu. Car c'est une folie à'son égard, et il n'y peut rien comprendre, parce que c'est spirituellement qu'on en juge» ~<M/a enim est illi, et non potest intelligere, ~M! spiritualiter examinatur. Il n'y avait que l'Esprit de Dieu qui pût nous donner cette capacité, cette intelligence et cet Esprit de Dieu ne devait être le don que d'un Homme-Dieu. C'est le Verbe fait chair qui est la vraie lumière, laquelle éclaire quiconque vient au monde. Lux vera qux illuminat oMtM~K hominem <;gH!'eH~m m hune mun~Mm. Aussi n'y avait-il que les vrais enfants de Dieu, sortis de la tutelle, et mis en liberté, qui fussent capables de croire toutes les sublimes vérités de la religion mystère de la Trinité, Incarnation du Verbe, Mort du Rédempteur, Résurrection glorieuse, Royaume tout spirituel, estime et amour de la chasteté, précepte du pardon des injures, de la mortification des sens, conseil de la pauvreté volontaire enfin toutes ces importantes vérités de la religion chrétienne, qui sont un scandale à l'égard des Juifs, et une folie à l'égard des Gentils non convertis; mais qui sont la force de Dieu et la sagesse de Dieu, à l'égard des Juifs et des Gentils qui sont appelés ~M~M ~MM/<?M scandalum, Gentibus autem ~M~'atH; ipsis <f!fW! vocatis Judxis atque 67-a'CM CAn'~MK Dei M~M~n, et Dei sapientiam. Cette science surnaturelle, inconnue jusqu'alors, devait être l'apanage des chrétiens et le fruit de la naissance du Sauveur des hommes.

L'Evangile de ce jour est pris du chapitre second de saint Luc, où le saint évangéliste décrit la réception que le saint vieillard Siméon et la prophétesse Anne firent à l'enfant Jésus au temple. La sainte Vierge, après les quarante jours qu'elle devait se purifier après ses couches, porta le Sauveur à Jérusalem, pour l'offrir au Seigneur, ainsi qu'il était ordonné par la loi, a laquelle elle obéit toujours avec une ponctualité exemplaire. Ce fut la première fois que le Fils de Dieu parut avec sa mère dans le temple; mais tous ceux qui s'y trouvèrent n'eurent pas le bonheur de les reconnaître. Cette grâce ne fut accordée qu'à deux personnes d'une éminente vertu. La première fut un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, vénérable par son âge et encore plus par sa piété. Ce saint vieillard soupirait depuis longtemps après la venue du Sauveur, qui devait être la consolation de son peuple. Il était plein du Saint-Esprit, et ce fut cet Esprit saint qui le conduisit au temple, dans le temps même que Marie et Joseph y allaient avec l'enfant aussi lui avait-il été promis qu'il ne mourrait point qu'auparavant il n'eût vu le Messie, le Christ du Seigneur. Le cardinal Baronius, après un grand nombre d'anciens auteurs chrétiens, croit que Siméon était prêtre de la loi. Il ne se peut dire avec quel transport de joie le saint vieillard prit l'enfant Jésus entre ses bras, ni avec quel sentiment de reconnaissance il se mit à louer Dieu et à le bénir, en disant « Seigneur, me voilà tout disposé à mourir, il est temps que mes yeux se ferment, puisqu'ils n'ont plus rien à voir après celui que vous avez envoyé pour sauver le monde, celui qui devait instruire les nations et dissiper par sa lumière les ténèbres de l'erreur et de l'infidélité, répandues sur toute la face de la terre celui enfin qui doit être la gloire de votre peuple d'Israël,


de ce peuple bien-aimé, lequel aura seul l'avantage de le posséder visiblement, d'entendre sa parole et d'être témoin de ses miracles a. Erant Joseph et Maria, Mater Jesu, mirantes super his ~M~ dicebantur de illo. Tandis que l'homme de Dieu parlait ainsi des grandeurs et de la puissance de l'enfant Jésus, le père et la mère en étaient dans l'admiration. L'Evangile donne à saint Joseph la qualité de père de Jésus, parce que la qualité d'époux de la sainte Vierge lui donnait un droit particulier sur la personne du Sauveur. Il lui tenait lieu de tuteur et il était chargé de le nourrir et de l'élever. Ainsi, le nom de père de Jésus-Christ qu'on lui donne n'est pas simplement un titre d'honneur il en a fait les fonctions et rempli les principaux devoirs. Joseph et Marie étaient en admiration sur ce qui se disait de lui. L'un et l'autre étaient parfaitement instruits de ce qui était annoncé par Siméon, ils n'ignoraient pas le mystère; mais l'ouvrage de la rédemption des hommes, dont il s'agit ici, et l'amour excessif que Dieu témoigne pour ces hommes peuvent-ils être jamais considérés sans un nouvel étonnement? L'admiration de saint Joseph et de la sainte Vierge ne tombait point sur le fond du mystère, mais sur cet enchaînement de faits merveilleux, sur cette suite de merveilles que la Providence ménageait avec tant. de soin pour manifester à un petit nombre d'âmes choisies la majesté et la gloire de Jésus naissant. Ce qui s'était passé à l'égard de JeanBaptiste et d'Elisabeth, à l'égard de saint Joseph et des bergers, ce qui venait d'arriver à l'égard de Siméon et d'Anne, était certainement de grands sujets d'admiration.

Ce n'en fut pas un moins touchant, lorsque le saint vieillard les ayant bénis, c'est-à-dire les ayant congratulés sur l'honneur qu'ils avaient d'avoir pour fils le Messie et le Sauveur des hommes, et souhaité toute sorte de biens, s'adressant à Marie, lui dit qu'encore que Dieu eût dessein de sauver généralement tous les hommes, son fils néanmoins serait un jour le sujet et l'occasion de la ruine de plusieurs, aussi bien que la cause du salut de beaucoup d'autres en Israël. Tant qu'il vivra en ce monde, ajouta-t-il, il paraîtra aux yeux du peuple comme un prodige et cependant, quelque passionnés que soient les Juifs pour le merveilleux, ils conspireront contre lui ils s'opposeront à sa doctrine, ils n'oublieront rien pour le détruire par leurs calomnies ce seront ses plus mortels ennemis. Puis s'adressant à Marie <t Ne croyez pas », lui dit-il, « que vous soyez épargnée en le tourmentant, ils vous causeront un cruel martyre, vous aurez beaucoup à souffrir, et un glaive de douleur percera votre âme, à la vue du dernier supplice de ce fils mourant. Les outrages qu'on fera à votre fils seront pour vous comme autant de coups de poignard qu'on vous enfoncera dans le sein. Tout cela, au reste, arrivera comme je vous le prédis, afin qu'on découvre dans le fond des cœurs les pensées que plusieurs auront sur son sujet et sur le vôtre. Les persécutions que souffrira ce divin Sauveur feront éclater la foi et la fermeté de ceux qui demeureront attachés à sa doctrine, et elles serviront à faire le discernement de ses vrais disciples )). On peut dire, en effet, que la Passion et la mort du Sauveur furent une épreuve qui fit voir ceux qui étaient sincèrement à lui c'est la croix et les humiliations du Sauveur qui éprouvent encore aujourd'hui les vrais et les faux fidèles. Le vrai chrétien ne rougit point de la croix de son Dieu. Les adversités sont de fortes épreuves. Une vertu applaudie est toujours douteuse dans la prospérité c'est dans l'adversité que paraît la fidélité du vrai disciple. L'autre personne qui reconnut et adora Jésus dans le temple, fut une sainte veuve, âgée de quatre-vingt-quatre ans, nommée Anne, fille de


Phanuel, de la tribu d'Aser, célèbre pour le don de prophétie qu'elle avait reçu de Dieu et pour la vie sainte qu'elle menait depuis la mort de son mari, avec lequel elle n'avait vécu que sept ans, étant demeurée veuve encore fort jeune. Son abstinence était continuelle, elle employait les jours et les nuits à la prière le Temple, pour ainsi dire, était sa maison, et elle en sortait rarement. Elle s'y trouva en même temps que Siméon, et, remplie d'une joie pareille à celle du saint vieillard, elle commença de son côté à louer le Seigneur et à annoncer à tous ceux qui étaient présents et qui attendaient la rédemption d'Israël, Qu'enfin leurs souhaits étaient accomplis, que le Sauveur tant désire était venu, et que leurs vœux devaient se changer désormais en actions de grâces. Joseph et Marie, ayant accompli tout ce qui était prescrit par la loi, s'en retournèrent à Nazareth, qui était le lieu de leur demeure, et l'Evangéliste ajoute que l'Enfant Jésus, plein de sagesse, devenait plus grand et plus fort, et que la grâce de Dieu était en lui. Jésus-Christ fut toujours plein de sagesse, lui qui était la sagesse même mais il en faisait plus paraître, à mesure qu'il avançait en âge. Le Sauveur s'étant fait enfant, n'est venu que par degrés à l'âge parfait, afin d'être notre modèle dans tous les âges. Dans cet âge si tendre, il possédait tous les trésors de la sagesse, de la science, de la grâce étant Dieu, il ne pouvait recevoir d'accroissement, et en tant qu'homme, il ne pouvait non plus croître en sagesse, en perfection, en mérite, en science, en grâces; mais il pouvait en donner des marques plus ou moins sensibles, suivant les règles qu'il s'était prescrites, s'accommodant à l'âge et au temps, selon l'ordre de sa sagesse et de sa providence.

DEUXIÈME DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE

Comme l'espace qui est compris entre la fête de Noël et celle de l'Epiphanie, appelée communément la fête des Rois, n'est composé que de douze jours, il ne peut y avoir dans cet espace que deux dimanches, qu'on appelle vacants, parce qu'ils n'ont point d'oifice propre ou dominical, étant occupés de celui de quelque fête de saint, ou de celui de l'octave de Noël pour le premier, ou de celui de la veille de l'Epiphanie, quand elle se trouve le dimanche. Ainsi on no dit rien ici de ce dernier, qui a déjà été rempli dans le mois de janvier. Le dimanche dans l'octave de l'Epiphanie a été fixé, dans nos exercices de piété, au neuvième jour de janvier, où on en rapporte toute l'histoire. Il ne reste donc, jusqu'à la Septuagésime, au plus que cinq dimanches, qui sont même souvent en plus petit nombre, selon l'époque du jour de Pâques, qui règle tous les dimanches et toutes les fêtes mobiles de l'année. Ce sont les exercices de piété propres de ces dimanches et l'histoire prise de l'Evangile du jour qu'on va donner ici. L'Eglise commence la messe de ce jour par ces paroles du troisième verset du psaume cinquante-cinquième, où David invite toute la terre à adorer et à bénir le Seigneur 0)KMM ~va a<~M'e~ te, e~'N~ tibi, psalmum dicat nomini tuo, j4~MSMHe « Que toute la terre vous adore et vous bénisse, qu'elle chante des cantiques à la gloire de votre nom, ô Très-Haut » David, dans ce psaume, fait parler le peuple Juif, qui remercie Dieu de sa déli-


vrance, et qui invite toute la terre à se joindre à lui pour remercier le Seigneur. Les Juifs délivrés de leur captivité sont la figure des Gentils tirés de l'esclavage du démon par le baptême. On peut dire que le Prophète parle encore au nom de tous les hommes rachetés par Jésus-Christ. L'Épître de la messe est prise du chapitre douzième de la lettre de l'apôtre saint Paul aux Romains, où il les avertit de s'arracher à la vanité du siècle pour se donner entièrement à Dieu, sans s'élever à cause des dons qu'ils ont reçus, et sans passer les bornes de ces dons, chacun s'appliquant aux fonctions de son ministère, et à remplir les devoirs de son étaL rapportant toutes choses à l'utilité du prochain, avec lequel ils doivent faire un tout, comme font les membres d'iin même corps, sans que l'un s'inoerc de faire les fonctions d'un autre. La comparaison dont se sert ainsi le saint Apôtre est expressive. Comme nous ne faisons tous qu'un seul corps de Jésus-Christ, nous sommes tous réciproquement les membres les uns des autres pour nous soulager par la fonction qui est propre à chaque membre en particulier. Ainsi, comme nous avons tous des dons diiférents selon la grâce qui nous a été donnée, il faut que chacun emploie ses talents pour le bien commun. De même que dans un seul corps chaque membre a ses fonctions particulières, qu'il exerce sans jalousie de la part des autres membres, ainsi, dans l'Eglise, chaque fidèle a reçu de Dieu le don qui lui est propre, et il ne doit point envier aux autres ce qu'ils ont reçu, mais se contenter de la mesure de la grâce qui lui a été accordée. La charité doit nous rendre communes les faveurs qui sont faites à nos frères; et nous ne devons pas plus les leur envier, que la main n'envie à l'œil la faculté de voir, et au pied celle de marcher. Il faut qu'il y ait une subordination des uns aux autres, et une communication de services semblable à celle qui se trouve dans les différents membres d'un même corps. Que celui qui est préposé pour prêcher l'Évangile et pour interpréter les Écritures, le fasse non pas selon les lumières de son propre esprit, mais selon celles de la foi, de l'esprit de Dieu et de l'Église, aux lumières de laquelle tout esprit particulier doit être soumis et que ceux que Dieu n'a pas choisis pour ce ministère se gardent bien de dogmatiser. Que celui qui a reçu le don d'enseigner le fasse avec soin, et que celui qui est chargé de la conduite des autres se comporte avec beaucoup de douceur et de charité. Après avoir instruit ceux qui sont dans les emplois, l'Apôtre donne des leçons générales et propres pour tous les fidèles. « Ne soyez point lents o, ajoute-t-il, « à rendre à vos frères tous les bons offices que vous pourrez, et ne faites point attendre vos services, encore moins faut-il les leur faire acheter trop cher. Soyez fidèles à vous acquitter avec ponctualité de toutes vos obligations. Ayez toujours une nouvelle ferveur dans le service de Dieu. Prévenez-vous de civilité les uns les autres; l'honnêteté, la politesse même sans affectation et sans fard font honneur à la piété et lui sont ordinaires. L'espérance chrétienne doit nous inspirer sans cesse de la joie. Persévérez dans la prière et dans l'exercice des bonnes œuvres. Prenez part aux nécessités des iidèles, et soulagez-les par vos charités. Aimez à pratiquer l'hospitalité. La patience est la vertu des pauvres; la charité doit être la vertu des riches ils n'ont reçu plus de bien que les autres, que pour en soulager les besoins de ceux qui vivent dans la pauvreté, et qui manquent souvent de tout. Faites du bien jusqu'à vos ennemis; voilà jusqu'où doit aller l'héroïsme et la perfection de la charité chrétienne c'est cette héroïque vertu qui doit faire ressentir au chrétien tous les biens et tous les maux qui arrivent à ses frères. Il augmente leur joie dans leur prospérité par la part qu'ils le voient y


prendre, et il adoucit leurs larmes en mêlant les siennes aux leurs. Ne contestez point; la diversité des sentiments aigrit autant le cœur que les esprits. Dès que la dispute s'échauûo, elle refroidit d'abord la charité. N'avez point de pensées présomptueuses de vous-mêmes. La présomption est une sotte vanité qui vient de l'aveuglement où nous sommes à l'égard de nous-mêmes. Rien n'est plus opposé à l'esprit du christianisme que cette ridicule vanité. Soyez humbles, compatissants, doux et modestes; ne soyez point sages à vos propres yeux, ils nous trompent toujours sur notre compte ». On peut dire que cette épître est le précis de toute la morale chrétienne.

L'Évangile n'est pas moins instructif. C'est l'histoire du premier miracle de Jésus-Christ, fait aux noces de Cana, à la prière de la sainte Vierge. Voici comme saint Jean la raconte.

Le Sauveur avait déjà commencé de prêcher au sortir de son jeûne de quarante jours dans le désert, où il était allé après que saint Jean-Baptiste eut rendu de lui un si éclatant témoignage. Il venait même de se choisir quelques disciples saint Pierre, saint André, saint Philippe et Nathanaël avaient été déjà appelés et s'étaient attachés à sa personne, lorsqu'il fut prié de se trouver à une noce qui se faisait à Cana de Galilée, qui était un bourg éloigné de trois petites journées de Bathabara, où était alors le Sauveur. La sainte Vierge s'y trouva, c'était apparemment quelqu'un de ses parents qui se mariait. On présume qu'elle était alors veuve, selon la remarque de saint Épiphane, puisque dans tout le reste de l'histoire de Jésus-Christ, il n'est pas dit un mot de saint Joseph. Quelques-uns ont cru que ces noces se faisaient dans la maison d'Alphée ou de Cléophas, qui mariait son fils Simon dit le Chananéen. D'autres ont prétendu que c'était saint Barthélemi, nommé Nathanaël; mais le vénérable Bède, saint Thomas et plusieurs autres croient'que c'était saint Jean l'Evangéliste que le Sauveur appela de l'état du mariage à l'Apostolat, et qui demeura toujours vierge, ayant quitté son épouse le jour même de ses noces. Quoi qu'il en soit, le Fils de Dieu voulut faire voir en cette occasion que l'on peut le trouver non-seulement dans la retraite, mais même dans les compagnies, quand les devoirs ou la bienséance l'exigent, et que tout y est chrétien. On demande pourquoi Jésus-Christ s'est trouvé avec sa mère et ses disciples à ces noces. Il semble que la vie austère et retirée dont il ne s'est jamais départi ne convenait guère avec la joie et le divertissement qui accompagnent ordinairement ces sortes de fêtes. La plupart des Pères disent que ce fut afin d'approuver par sa présence le mariage. Comme il devait, et par son exemple et par ses discours, conseiller à tous ses disciples le célibat, et exhorter tous les chrétiens à garder la chasteté dont il faisait en toute occasion de si magnifiques éloges, il voulait faire voir aussi qu'il ne désapprouvait pas le mariage dont il devait faire même un sacrement. Il est assez croyable que comme il y avait là une grande assemblée de ses parents, et tout ce qu'il avait alors de disciples, il voulut faire en leur présence son premier miracle, afin d'affermir la croyance de ceux qui le reconnaissaient déjà pour le Messie, et de se faire connaître à ceux qui ne croyaient pas encore en lui.

Sur la fin du repas, la sainte Vierge remarqua qu'on manquait de vin, et elle s'aperçut aisément de l'embarras où étaient ceux qui servaient, et du chagrin que causait à ceux qui faisaient la noce ce manque de prévoyance. Comme c'était la charité plutôt que la compagnie qui l'y avait attirée, elle résolut de leur épargner cette confusion, et d'y pourvoir sans


bruit, mais d'une manière efficace. La voie qu'elle prit fut de s'adresser à Jésus qui était placé auprès d'elle. Elle savait bien qu'il n'avait pas moins de bonté que de puissance, et qu'il suffisait, pour l'engager à faire un miracle, de lui témoigner seulement le besoin et l'embarras où l'on se trouvait. Se tournant donc vers lui, elle se contenta de lui dire « Ils manquent de vin H. Le Sauveur qui en répondant à sa Mère voulait nous instruire, et nous faire connaître qu'il n'agissait que par des motifs surnaturels, et nullement par aucune vue humaine, lui dit d'un ton respectueux qu'il connaissait assez le besoin où l'on était, et qu'elle n'avait que faire de s'en mettre en peine; qu'il ferait tout ce qu'il faudrait dans son temps mais le temps de manifester ma puissance et ma gloire, ajouta-t-il, n'est pas encore venu. Saint Augustin, saint Chrysostome et plusieurs Pères disent que le Sauveur -attendait que le vin manquât absolument, afin qu'on ne crût pas qu'il eût simplement augmenté cette liqueur, ou qu'il eût fait un simple mélange de l'eau au vin. Il voulait que son premier miracle fût incontestable, et que toute la noce en fût témoin. Jésus-Christ voulait faire connaître encore par cette réponse, que s'il n'avait point fait éclater jusqu'alors sa puissance par des miracles, ce n'était point par manque de pouvoir, mais parce que le temps déterminé par sa sagesse n'était pas encore venu. Il semble bien aussi qu'il voulut faire connaître combien était efficace l'intercession de sa Mère et le pouvoir qu'elle avait sur lui, puisqu'ayant dit que son heure de faire des miracles n'était pas encore venue, il ne laisse pas d'en faire un des plus éclatants, dès qu'elle témoigne le souhaiter. C'est aussi ce que la sainte Vierge comprit parfaitement. Car sans insister, ni s'expliquer davantage avec lui, elle appelle ceux qui servaient, et leur dit de faire tout ce que Jésus leur ordonnerait. Plusieurs s'étaient déjà aperçus qu'il n'y avait plus de vin, et l'époux lui-même l'avait bien remarqué, lorsque Jésus-Christ commanda à ceux qui servaient d'emplir d'eau six cuvettes de pierre, c'est-à-dire, six cuvettes d'une espèce d'albâtre ou de pierre ophite, destinées aux purifications des Juifs, qui, avant le repas, avaient coutume de laver leurs pieds, leurs mains, depuis le coude jusqu'au bout des doigts, leurs vases à boire, leurs couteaux et autres choses dont on se servait à table. Chacune de ces cuvettes tenait deux ou trois mesures d'eau, c'est-à-dire, cinquante ou soixante pintes. Quand elles furent pleines jusqu'au haut, l'eau en un moment changea de couleur et de nature, et se convertit en un vin excellent, par la vertu de celui qui, par un seul acte de sa volonté, de rien a fait toutes choses. Alors Jésus dit aux serviteurs a Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin afin qu'il en goûte )). Celui qui présidait au festin était ordinairement, si l'on en croit les traditions judaïques, un de leurs prêtres, lequel avait soin de régler tout, et d'empêcher qu'on ne fît rien contre l'honnêteté et la bienséance. Ce fut donc au prêtre que par l'ordre du Sauveur on présenta de ce vin nouveau. Il en goûta, mais comme occupé à bien des choses il ne savait rien de ce qui s'était passé, il fut surpris de l'excellence de ce nouveau vin. Il appela aussitôt l'époux, qui, selon la coutume allant par les tables, donnait ordre que tout fût servi à temps, et qu'on ne manquât de rien. a Quoi 1 lui dit-il en souriant, <f est-ce ainsi que vous nous trompez? Les autres, selon la coutume, servent le bon vin au commencement du repas, et donnent le pire quand ils voient qu'on a assez bu; mais vous, au contraire, vous avez gardé le bon pour la fin '). Cette parole fut remarquée, et chacun reconnut au goût, qu'un vin fait immédiatement par le Créateur est meilleur sans comparaison que celui que la nature produit. Ainsi le Sauveur commença


à faire éclater son pouvoir par cette action qui fut le premier de ses miracles publics; car il n'y a point do doute, dit Maldonat, que le Sauveur n'en eût fait un grand nombre d'autres, connus seulement de la sainte Vierge et de saint Joseph; mais comme le temps déterminé pour se faire connaître n'était pas encore venu, ces miracles étaient inconnus au public; Ce fut ici le premier par lequel le Sauveur manifesta sa gloire aussi ne servit-il pas peu à le faire connaître et à affermir ses disciples dans la foi. Les disciples de Jésus-Christ avaient cru en lui dès qu'ils avaient eu le bonheur de le voir et de l'entendre; une preuve de leur croyance, c'est qu'ils l'avaient suivi et s'étaient attachés à lui, s'étant fait ses disciples; mais ce miracle dont ils furent témoins les affermit dans leur foi. Si cette merveille manifesta la gloire et le pouvoir du Sauveur sur toutes les créatures, si elle fit connaître à cette nombreuse compagnie ce qu'il était, elle ne doit pas moins servir à faire connaître à tous les fidèles le pouvoir que la très-sainte Vierge a auprès de son cher Fils, et la déférence que ce divin Fils a aux volontés de sa très-chère Mère. Quelques-uns ont cru que le Sauveur ne voulut faire le premier de tous ses miracles qu'à la prière de la Mère de Dieu, et qu'il voulut même, ce semble, prévenir le temps de manifester son pouvoir dès que la sainte Vierge lui eut témoigné l'envie qu'elle avait qu'il opérât cette merveille. Grand sujet de confiance en la Mère de Dieu, disent les saints Pères que ceux-là, sont heureux, pour qui Marie s'intéresse 1 Nous savons, dit saint Anselme, que la bienheureuse Vierge a auprès de Dieu tant de pouvoir, que tout ce qu'elle veut ne saurait manquer d'avoir son effet Ut nihil eonMM ~McB fe~ possit e~ec~M carere. Le Père Croiset.

23

JANVIER

LA FÊTE DES NOCES DE MARIE ET DE JOSEPH

La sainte cierge avait fait vœu de virginité, et 41 semblait qu'elle ne dût pas contracter d'union parmi les hommes mais Dieu, qui voulait que son divin Fils naquit d'une Vierge, avait ses raisons pour que cette Vierge fût mari 6e. S'il en eût été autrement, les infidèles auraient méprisé JésusChrist, comme un enfant illégitime, et la sainte Vierge n'aurait pas été à l'abri du déshonneur et aurait encouru la peine infligée dans la loi juive à la femme adultère. Saint Ignace nous indique une autre raison au mariage de la sainte Vierge. Dieu voulait que l'enfantement de son Fils fût dérobé à la connaissance du démon, et pour cela il fallait que Marie fût unie à un homme, et que la naissance de Jésus-Christ fût cachée sous le voile du mariage. Pour accorder le vœu de virginité de la sainte Vierge avec son mariage, on peut supposer que le Seigneur fit connaître à Marie par révélation


que saint Joseph, qui devait être son époux, était comme elle dans l'intention de garder la virginité par conséquent qu'elle ne s'exposait à aucun danger dans le mariage. C'est l'opinion de saint Thomas.

La sainte Vierge, quand elle épousa saint Joseph, avait quatorze ans, selon l'opinion la plus commune. Saint Joseph, choisi par le ciel pour être l'époux de la sainte Vierge, était déjà avancé en âge. La Providence l'avait préparé à l'insigne honneur qu'elle lui destinait par bien des vertus solides. Ce fut un moment solennel que celui où, en présence du grand prêtre et des anges, qui n'ignoraient sans doute pas les destinées de cet hymen, la sainte Vierge mit sa main dans la main virginale de saint Joseph et reçut de lui cet-anneau mystérieux, symbole des cœurs.

Voici l'histoire de l'institution de cette fête et de son office. Au XV siëcle, un chanoine de Chartres mourut après avoir spécifié dans son testament sa volonté de voir le chapitre honorer, au jour anniversaire de sa mort, saint Joseph d'un culte tout spécial. Il savait par expérience, disait-il, que les honneurs rendus à saint Joseph rejaillissaient sur la sainte Vierge. Gerson, chancelier de l'université de Paris, indiqua comme moyen de remplir la volonté du chanoine, la célébration d'un office des noces de la sainte Vierge, et il composa cet oflice que le légat du Pape imposa à l'église de Chartres et aux contrées soumises à sa légation. Paul 111, dans le xvi" siècle, accorda aux Sœurs et aux Frères Mineurs de réciter, le jour de cette fête, l'office de la Nativité, en remplaçant le mot de Nativité par celui de Mariage, et il assigna pour la Messe un Evangile particulier. En même temps il demandait à un prédicateur célèbre du temps, Pierre Doré, de composer un office spécial des noces de la sainte Vierge. L'office fut approuvé. Le pape Benoît XIII fit, le 22 août 1725, une obligation à toutes les églises de ses Etats de célébrer cette fête et d'en réciter l'office.

Pérouse garde l'anneau qui fut mis au doigt de la sainte Vierge le jour de son mariage. On le découvrit sous Grégoire V, dans la ville de Chiusi, alors Clusium. Les habitants de Pérouse l'eurent de là, mais les habitants de Chiusi intentèrent un procès et ordre fut donné à Pérouse de rendre l'anneau qu'à son tour Innocent VIII fit remettre à Pérouse. L'authenticité de cette relique s'appuie sur des preuves propres à porter la conviction dans l'esprit. Les actes de Sixte IV et d'Innocent III prouvent cette authenticité, mais ne la dénnitisent pas.

TROISIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Ce dimanche n'a rien de particulier qui intéresse. On trouve seulement qu'anciennement ce dimanche était nommé indifféremment dimanche du lépreux, dimanche du centenier, ou dimanche d'après la chaire de saint Pierre les deux premières dénominations étaient prises du sujet de l'Evangile, l'autre venait de ce que ce dimanche est toujours le premier qui suit la célébration de la chaire de saint Pierre à Rome, qui est fixée au 18 de janvier.

La messe de ce jour commence par ces belles paroles du verset huitième


du psaume xcvt" Adorate Deum omnes Angeli ejus audivit et /cB/a<a est Sion et e.cM~a!~e~MH< /?~ VM~. Anges du Seigneur, adorez ce Sauveur et ce Juge souverain des hommes et le vôtre Sion a été transportée de joie au récit de la gloire de son roi. Les filles de Juda ont tressailli de joie, Seigneur, en apprenant que vous devez juger l'univers. David, rétabli sur son trône prend occasion du châtiment de ses ennemis pour décrire dans Ce psaume le second avénement de Jésus-Christ au jour du jugement universel. Le Prophète invite les anges à adorer cet Homme-Dieu. Il expose la joie que Sion a ressentie en apprenant quelle doit être un jour la puissance de son Roi. Enfin, il exhorte les hommes à fuir le mal, afin de mériter par leur innocence la protection et les récompenses de leur souverain Juge. C'est ainsi que les saints Pères interprètent ce psaume Adorate eurn omnes Angeli ejus esprits saints, ministres du Seigneur, adorez ce souverain Maître de l'univers, et suppléez au déi'aut de ces hommes ingrats, de ces hommes vains et impies qui le méprisent, jusqu'à ce qu'il se rende justice lui-même au jour terrible du jugement universel. Anges du Seigneur, rendez à ce Juge de toute la terre des adorations et des respects dignes de sa Majesté, puisque nous sommes si peu capables de lui rendre les honneurs qu'il mérite Za;~a est Sion toute l'Eglise dont Sion est ici la figure triomphe de joie et les tilles de Juda, c'est-à-dire toutes les âmes justes, ces âmes fidèles F~M~o-M~, font éclater leur allégresse, lorsqu'elles pensent qu'en ce grand jour de vos récompenses et de vos vengeances, vous vous rendrez justice à la face de tout l'univers, en récompensant d'une gloire éternelle ceux qui vous ont servi avec une fidélité inviolable, et en punissant d'un supplice éternel ces impies qui vous ont si fort méprisé.

L'Epître de la messe de ce jour est la suite de celle du dimanche précédent, elle est tirée du même chapitre xn de la lettre de saint Paul aux Romains. L'Apôtre continue d'y marquer aux Romains les principaux devoirs de la vie chrétienne. Comme il s'était glissé parmi les fidèles qui étaient à Rome nous ne savons quel esprit imparfait, à quoi l'amour-propre et la jalousie avaient beaucoup de part, par lequel les fidèles de cette Eglise s'élevaient les uns au-dessus des autres, les Juifs se préférant aux Gentils, comme ayant été choisis de Dieu pour être la nation privilégiée, parmi laquelle devait naître le Messie et les Gentils se préférant aux Juifs qui avaient été si ingrats et si impies qu'ils avaient fait mourir sur la croix le Messie si attendu, l'Apôtre s'efforce en plusieurs endroits de cette lettre de rabaisser la vanité des uns et des autres par la considération de leurs propres misères, et par la vue de la miséricorde de Dieu, à laquelle seule ils devaient tout le bien qui était en eux. Il les exhorte à étouffer entièrement cet esprit de nationalité si opposé à l'esprit de Dieu, cet esprit de parti qui règne quelquefois parmi des gens qui font profession de piété, et qui ne tend qu'à nourrir la division, à affaiblir la charité et à fomenter l'esprit de cabale. Saint Paul recommande à tous l'humilité, mais une humilité sincère qui

consiste, non en un mépris extérieur et aCecLé de soi-même, mais en une connaissance intérieure de sa bassesse et de son infirmité une humilité de cœur qui aime l'humiliation sans en vouloir faire parade. Comme l'humilité de cœur est inséparable de la douceur, le saint Apôtre l'inspire à tous les fidèles, en les exhortant à pardonner de bon cœur les injures, bien loin de prévenir la vengeance que Dieu tirera lui-même de l'injustice qui leur peut être faite, et à faire du bien à ceux qui nous font du mal par là, ditil, vous leur entassez sur la tête des charbons ardents. Selon saint Jérôme


et saint Augustin, entasser des charbons sur la tête de son ennemi, c'est amollir à force de bienfaits la dureté de son cœur, lui causer une vive douleur d'avoir outragé des personnes qui le comblent de biens, le forcer à les aimer comme malgré lui. Pour peu qu'on ait de l'honneur et de la religion, rien ne comble tant de confusion un homme que de se voir comblé de bienfaits par celui qu'on vient de charger d'injures, et à qui on a nui. Autant ce contraste fait d'honneur à l'un, autant fait-il de tort à l'autre. L'éclat de la vertu de l'homme chrétien fait paraître dans un grand jour toute la malignité et les vices d'un cœur ulcéré et d'un mauvais esprit. Enfin, conclut l'Apôtre, ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais tâchez de vaincre le mal'par le bien. Qu'il y a de gloire et de mérite dans cette victoire! On est vaincu par le mal, lorsque, n'ayant pas la force de supporter les outrages d'un ennemi, on tombe soi-même en l'outrageant dans le même péché à son égard où il est tombé au nôtre. Vaincre le mal par le bien, c'est l'effet le plus glorieux de la magnanimité chrétienne, c'est la preuve la plus authentique d'une héroïque vertu.

L'Evangile de ce jour contient l'histoire de la guérison du lépreux, et celle du serviteur du centenier, rapportée par saint Matthieu au chapitre huitième. Jésus ayant appelé à sa suite saint Pierre, saint André, saint Jacques et saint Jean, parcourut a<ec eux plusieurs villes, bourgs et villages, enseignant et faisant des miracles partout. S'étant un jour retiré sur une haute montagne, il y fut bientôt suivi d'un grand peuple que ses miracles attiraient après lui, et qui ne pouvait se lasser de l'entendre. Ce fut là qu'il fit ce grand sermon qu'on peut considérer comme le précis de toute la doctrine du Sauveur, et comme l'abrégé de toute la morale chrétienne. Etant descendu de cette montagne, un lépreux vint se présenter à lui. Ce pauvre malade faisait horreur à voir, il était tout couvert d'ulcères ou de taches hideuses en forme d'écailles de poisson par tout le corps, et tout son corps n'était qu'un ulcère. H était si affreux qu'il n'osait se montrer, aussi se prosterna-t-il aux pieds du Sauveur, le visage contre terre, il l'adora humblement, et, lui embrassant les genoux, animé d'une vive foi et plein d'une ferme confiance « Seigneur », dit-il, « je sais que rien ne vous est impossible, je suis sûr que si vous le voulez, vous me pouvez guérir de ma lèpre, ma santé est entre vos mains. Vous êtes plein de miséricorde, vous voyez mon mal, et cela suffit ». A peine eut-il dit cela, que Jésus avance la main, le touche, le rend plus net et plus sain qu'il n'avait jamais été, sans dire autre chose, sinon « Je le veux, soyez guéri ». Mais ce Maître toutpuissant, qui remédie aux infirmités de l'âme aussi bien qu'à celles du corps, voulant nous apprendre, dit saint Ambroise, l'humilité, défend au lépreux de publier le miracle de sa guérison, et la défense qu'il lui en fait est accompagnée de menaces. Il le renvoie même si promptement, qu'il semble plutôt le chasser d'auprès de lui, que le congédier « Allez », lui dit-il, « et gardez-vous bien de parler de tout ceci à qui que ce soit; montrez-vous seulement au prince des prêtres, et offrez-lui ce que la loi de Moïse ordonne de lui offrir, afin que sans son aveu vous ne rentriez pas dans le commerce du monde, et que lui et tous les prêtres soient témoins de la déférence que j'ai rendue à la loi ».

La loi établissait les prêtres juges de cette maladie; c'était à eux à déclarer si ceux qu'on leur présentait en étaient atteints, ou s'ils étaient bien guéris. Ceux dont la guérison était reconnue offraient d'abord deux passereaux, et huit jours après ils offraient deux agneaux et une brebis s'ils étaient pauvres, un agneau et deux tourterelles après quoi ils étaient remis


dans la société des hommes. Le prêtre les introduisait ensuite dans la ville, puis dans le Temple, où ils offraient leur présent, comme il était ordonné par la loi.

Cet homme qui devait sa vie et sa santé à Jésus sut bien distinguer les deux choses qui lui avaient été dites. Pour la première, qui était de ne point parler de la guérison, il ne la considéra nullement comme un précepte, mais seulement comme une leçon ou comme un exemple d'humilité, dit saint Ambroise c'est pourquoi, dès qu'il put paraître en public et que le temps de sa réparation fut uni, selon l'ordre de la loi, il publia hautement tout ce qui s'était passé, si bien que le bruit s'en étant répandu partout, on ne parlait partout que de ce miracle. La seule prière de ce lépreux, dit saint Chrysostome, marque la grandeur de sa foi, sa ferme confiance et sa parfaite résignation; c'est un des plus beaux modèles de prières que l'on voie dans l'Evangile. Quelques-uns croient que la défense que fit le Sauveur au lépreux de publier sa guérison miraculeuse ne devait s'entendre qu'avant qu'il eût satisfait à la loi, qui l'obligeait de s'aller présenter aux pr81res, de faire son offrande à Dieu dans le Temple avant de se montrer en public.

Le miracle du lépreux guéri s'était fait à la porte de Capharnaüm ou fort près de la ville. Jésus y étant entré, treuva d'abord les anciens et les plus qualifiés des Juifs, qui vinrent le prier, de la part du centurion, de vouloir bien guérir un serviteur qui était dangereusement malade et qui était fort cher à cet officier. Saint Matthieu, pour abréger la narration, ne dit rien de l'entremise des Juifs, et raconte les choses comme si elles ne s'étaient passées qu'entre le Sauveur et le centurion. Saint Luc, qui circonstancie ce fait plus au long, ne dit pas que le centurion soit venu luimême, mais seulement qu'il fit prier Jésus-Christ par les plus notables des Juifs, qui lui parleraient en son nom, se servant même de ses propres termes. Il n'y a rien de plus commun dans l'Ecriture que d'attribuer à quelqu'un ce qu'il fait faire ou dire par un autre. Il est vraisemblable que la première prière fut faite par les anciens des Juifs au nom du centurion, et que cet officier, apprenant que Jésus venait chez lui, alla au-devant luimême.

Le centurion, qui était un officier romain d'infanterie, qui avait sous lui cent soldats et qui commandait alors à Capharnaüm, ayant su que Jésus était dans la ville, voulait aller en personne le trouver et lui dire « Seigneur, j'ai un serviteur chez moi qui est cruellement tourmenté d'une paralysie, que vous seul pouvez guérir B mais ceux qu'il avait choisis pour entremetteurs se chargèrent, selon l'usage et du temps et du pays, de porter cette parole en son nom; et, non contents de cela, ils y ajoutèrent en leur particulier des sollicitations pressantes, disant au Sauveur « Cet homme mérite bien que vous lui accordiez la grâce qu'il vous demande, car, tout étranger qu'il est, il aime notre nation, et il nous a même fait bâtir une synagogue

Ils ne pouvaient raisonnablement appréhender d'être refusés de celui dont la bonté, non plus que la puissance, n'a point de bornes. Le Sauveur, en effet, leur accorda plus qu'ils ne demandaient <f J'irai moi-même », leur répondit-il, « et je guérirai le malade il partit à l'heure même et s'en alla avec eux. Le centurion, averti que Jésus venait chez lui, va audevant de ce tout-puissant médecin, et lui ayant fait une profonde révérence « Seigneur », lui dit-il, « ne vous donnez point la peine d'aller plus avant, car je ne mérite pas que vous entriez chez moi. Je ne me suis pas


même jugé digne de vous aller trouver en personne je suis sûr que vous pouvez, sans passer outre, dire une seule parole, et il n'en faudra pas davantage pour guérir mon serviteur. Vous ne recevrez l'ordre de qui que ce soit, parce que vous n'avez personne au-dessus de vous. Il paraît bien que toute la nature vous obéit comme à son maître souverain, et je suis sûr qu'il n'y a point de maladie que vous ne dissipiez en disant un seul mot; car moi, qui n'ai qu'une autorité subordonnée, je me fais pourtant obéir de mes inférieurs au moindre signe de ma volonté à combien plus forte raison trouverez-vous tout soumis à votre seule parole ». Ce discours plut au Sauveur, et il ne put s'empêcher d'en témoigner de l'admiration. Ce n'est pas que l'admiration qu'il fit paraître vînt d'ignorance ou d'étonnement et de surprise, comme dans nous, puisqu'il savait tout, qu'il prévoyait tout, que rien ne pouvait lui être nouveau c'était plutôt un effet de l'extrême satisfaction qu'il eut de la foi de cet officier romain, et ce qui lui fit dire à tout le peupte qui le suivait <' En vérité, je n'ai point trouvé tant de foi dans tout Israël, dans aucun de ceux à qui j'ai fait le plus de bien, et qui sont le plus obligés de croire et de se confier en moi non, il s'en faut bien que votre foi soit aussi ferme que celle de cet étranger H. Le Fils de Dieu parlait de ceux qui étaient présents et de tout le peuple juif. Il en faut toujours excepter la sainte Vierge, saint JeanBaptiste et les Apôtres, et cette exception n'empêche point que la foi de cet étranger n'eût de quoi confondre l'incrédulité de la nation juive. « Aussi », ajouta le Sauveur, « devez:vous tenir pour certain, et je vous le prédis aujourd'hui, que beaucoup de gens venus de l'extrémité de l'Orient et de l'Occident, auront place, avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume du ciel qu'ils y seront, avec ces saints patriarches, dans les délices et les réjouissances d'un festin perpétuel, tandis que les enfants de la maison, qui pouvaient prétendre les premiers à ce royaume, comme à l'héritage qu'on leur destinait préférablement aux autres, seront déshérités et jetés dans l'abîme, où ils ne verront jamais le jour, où il n'y aura pour eux que larmes et que grincements de dents ». Ce que le Fils de Dieu venait de dire marque assez la vocation des Gentils, lesquels, par leur docilité à recevoir l'Evangile, méritèrent d'être substitués à la place des Juifs et de succéder à tous leurs droits. Ils seront assis au festin avec Abraham, Isaac et Jacob c'est-à-dire que les promesses faites aux anciens patriarches, d'une terre de délices et d'une félicité éternelle, s'accompliront en leurs personnes, tandis que les Juifs, sujets naturels pour ainsi dire du royaume du Messie, n'en profiteront point. Après s'être exclus eux-mêmes de l'Eglise de Jésus-Christ et être demeurés dans l'aveuglement, ils seront bannis pour jamais de la salle du banquet céleste, et seront jetés dans les ténèbres extérieures et précipités dans les flammes de l'enfer. Cet oracle terrible regarde encore les mauvais chrétiens qui, ayant été appelés au festin mystérieux et étant entrés même dans la salle avec tous les invités, n'auront pas apporté la robe nuptiale, c'est-à-dire qu'ils auront perdu l'innocence et seront morts dans le péché.

Le Sauveur n'avait jusqu'ici que loué la foi héroïque du centurion, mais il n'avait point encore répondu à la prière de ce nouveau fidèle, ni à ceux qui l'en sollicitaient de sa part. Aussi, n'osaient-ils le presser sur cette guérison, soit par quelque sorte de respect ou parce qu'ils savaient bien que quand il le voulait et en quelque lieu qu'il fût, présent ou absent, il guérissait les malades. Enfin, s'adressant au centurion « Allez M, lui dit-il, « je veux que votre désir soit accompli, et que ce soit là la récompense de


votre foi '). Et à l'heure même, le malade fut parfaitement guéri de sa paralysie. Cette merveille n'opéra pas seulement la guérison du corps tous ceux qui en furent témoins en eurent de l'admiration, et la plupart crurent au Sauveur, charmés et persuadés par l'efficacité de sa parole.

Le Père Croiset.

QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Comme c'est le jour de Pâques qui détermine le nombre des dimanches et d'après l'Epiphanie et d'après la Pentecôte, ceux d'après l'Epiphanie, dont la Septuagésime interrompt le cours, sont renvoyés pour remplir ceux qui se trouvent vides jusqu'à l'Avent, au-delà du nombre des vingtquatre d'après la Pentecôte. La mobilité, pour ainsi dire, de ces dimanches, a fait qu'on ne leur a point assigné d'office propre pour la messe du jour; et de là vient que l'Introït, ou commencement de la messe du troisième, du quatrième, du cinquième et du sixième dimanche d'après l'Epiphanie, est. le même. Il est pris du huitième verset du psaume xcTi", comme on a dit le dimanche précédent l'Epître seulement et l'Evangile sont propres à ce dimanche. Adorate Deum omnes Angeli p/tM/ audivit et ~a<0! est Sion; et exultaverunt /a? y~a?. Anges du Seigneur, adorez ce Juge souverain des hommes et des anges Sion a été transportée de joie au récit de la gloire de son Roi, et les filles de Juda ont tressailli de joie,'Seigneur, en apprenant que vous devez j uger l'univers. ~ctMt'HMs ~Ha~!<, c;cM/~ <emt ~e~Mr MMM/a' MM~. Le Seigneur est le Roi de tout l'univers; que tous les habitants du continent et de toutes les îles de la mer en témoignent leur joie et fassent éclater leur a)!égresse. On a déjà dit que les saints Pères interprètent et expliquent ce psaume du premier et du second avénement de Jésus-Christ, de son règne dans l'Eglise et de la vocation des Gentils. Saint Paul lui-même nous détermine à ce sens dans l'Epître aux Hébreux, oit il cite.les paroles de ce psaume, en parlant du Verbe fait homme Et cum Ï'MM M~O~MC~ Primogenitum in orbem <er?'e&, ~C~ et adorent eum omnes ~Hye~' et lorsqu'une seconde fois Dieu fait entrer dans le monde son Fils premier-né, il dit « Que tous les anges de Dieu l'adorent )). Il est tout visible que par cette seconde entrée du Fils de Dieu dans le monde, l'Apôtre entend parler du second avénement du Sauveur, comme Juge souverain des vivants et des morts. Saint Paul l'appelle le premier-né du Père, non que Jésus-Christ ait d'autres frères de même nature, ou que Dieu en ait engendré d'autres de sa substance après lui. Ce terme de premier-né, P~mogenitus, ne marque que sa grandeur suréminente, sa génération éternelle et sa supériorité infinie au-dessus des anges et des hommes, auxquels l'Ecriture donne quelquefois le nom d'enfants de Dieu, mais dans un sens bien différent. On prouve qu'il s'agit ici du second avénement en qualité de juge, et par les paroles du texte Cum iterum M~oa~e~, lorsqu'il ie fait entrer de nouveau cela est relatif à une première entrée qui a précédé, et parce que le psaume d'où ce verset est tiré semble regarder tout entier le second avènement. Il y a toutefois plusieurs Pères, entre autres s~int Chrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie, qui, par la première introduc-


tion du Fils de Dieu, entendent sa génération éternelle, et par la seconde, son incarnation ou sa naissance temporelle.

L'Epître de ce jour est la suite de l'Epître du dimanche précédent. Elle est tirée du treizième chapitre de la lettre que saint Paul écrit aux fidèles de Rome. Il exhorte les inférieurs à obéir à leurs supérieurs, même par un principe de conscience, ce qui fait voir qu'on ne peut désobéir aux puissances Intimes en matière griève sans péché mortel. Il exhorte les fidèles à rendre à chacun ce qui lui est dû. Il parle ensuite de l'amour du prochain, auquel se rapporte toute la loi. Soumettez-vous non-seulement en vue de la punition, dit-il, mais encore en vue de la conscience Sed etiam propter conscientiam. C'est comme s'il disait, en obéissant extérieurement aux hommes, vous évitez de leur part la peine de la désobéissance; mais en leur obéissant par cette seule crainte, vous n'évitez point le châtiment de la part de Dieu, qui voit le cœur et qui fait attention au motif et à la disposition intérieure. C'est peu de chose d'échapper à la vengeance des hommes; c'est dans les mains du Dieu vivant qu'il est horrible de tomber. Rendez donc à chacun, continue l'Apôtre, ce que vous lui devez, le tribut à qui est dû le tribut, les impôts à qui sont dus les impôts; la crainte à qui est due la crainte; l'honneur à qui est dû l'honneur Cui tributum, tributum cui vectigal, vectigal; cui ~mo~M, <MMo?'e?H/ cui honorem, honorem. C'est ainsi que la loi chrétienne affermit et qu'elle élève en même temps les devoirs de la vie civile, par les vues saintes dans lesquelles elle les fait pratiquer. Le tribut est proprement ce que les princes lèvent sur leurs sujets à raison de leurs biens, ou par capitation. L'impôt, ce qui se lève sur les marchandises qui entrent dans un pays ou qui en sortent. Mais par ces deux mots, disent les interprètes, il faut entendre généralement toutes les sortes de redevanoes, de contributions et de charges que les princes et seigneurs sont en droit d'exiger de leurs inférieurs. Nemini quidquam debeatis, nisi ut invicem diligatis. Tâchez de ne devoir rien à personne que la charité mutuelle. L'Apôtre veut dire qu'après s'être acquitté de toutes les dettes temporelles à l'égard du prochain, il en reste encore une dont on demeure chargé toute la vie, et cette dette, c'est l'amour du prochain. Les devoirs de charité qu'on a pu lui rendre par le passé ne dispensent point de l'obligation de lui en rendre continuellement de nouveaux. Comme c'est sur l'amour que nous devons avoir pour Dieu, que la charité envers le prochain est fondée, et que le second précepte est semblable au premier Secundum autem simile est huic, la loi est aussi indispensable qu'elle est universelle et l'ingratitude ne dispense pas de ce devoir. Que mon prochain soit vicieux, qu'il soit malin, je dois haïr ses défauts, mais aimer sa personne CA<H':<<M 6pe<< MM<~M<&'nem peccatorum, dit l'apôtre saint Pierre la charité couvre le grand nombre des péchés, elle en dérobe même la vue aux âmes chrétiennes quand on aime véritablement Dieu, on n'aperçoit point les défauts que les autres ont, on ne fait attention qu'à ceux qu'on a. Qui aime son prochain a accompli la loi, continue l'Apôtre. ()u:cM:~< proximum, legem M?<CM<. Qui aime son prochain ne peut manquer d'accomplir tout ce que la loi lui commande à l'égard du prochain. L'Apôtre en apporte la raison c'est que les autres préceptes du décalogue qui regardent le prochain se réduisent à défendre de lui nuire en rien. Or, l'amour du prochain empêche de rien faire qui puisse lui nuire; ainsi toute la plénitude de la loi à l'égard du prochain consiste dans l'amour qu'on a pour lui..P/e/M~M~o ergo legis est dilectio toute la plénitude de la loi consiste dans l'amour; c'est-à-dire, que la charité qu'on a pour le prochain est


la consommation, la parfaite observation de la loi, en ce qui regarde nos devoirs envers les hommes. Elle nous empêche de leur faire aucun tort; ce n'est pas assez elle nous porte à leur faire toute sorte de biens, ainsi on peut dire avec saint Grégoire le Grand, que tous les préceptes de la loi n'ont pour objet que la charité Omne mandatum de sola dilectione est, et omnia unum pr~e~MM sunt quia quidquid p?'a?c:p!~M~ in sola eAa?'t'<a<e ~o/datur. Vous aimerez votre Dieu de tout votre cœur, dit le Sauveur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces. C'est là le plus grand commandement et le premier; mais il y en a un second semblable au premier, c'est-à-dire aussi indispensable, c'est que vous devez aimer votre prochain comme vous vous aimez vous-même. L'amour que chacun a pour lui-même doit être la mesure et le modèle de l'amour que nous devons avoir pour le prochain; même attention à écarter, à prévenir même tout ce qui peut lui nuire; même ardeur, même empressement à lui faire du bien. De ce principe peut-on conclure qu'il y a bien des gens qui aiment véritablement le prochain ? L'aimons-nous comme nous nous aimons nousmêmes ? C'est là pourtant l'esprit du précepte, la preuve et la mesure de cet amour.

L'Evangile qu'on lit à la messe de ce jour est pris du huitième chapitre de saint Matthieu, où l'historien sacré raconte la tempête qui s'éleva tout à coup sur la mer de Galilée pendant que le Sauveur dormait sur une barque de pêcheurs, et qu'il apaisa à son réveil sur l'heure même. Jésus se voyant un jour environné d'une grande foule de peuple sur le rivage de la mer de Galilée, c'était la seconde année de sa prédication, monta sur une barque, et ordonna à ses disciples de le passer de l'autre côté du lac; ce qu'ils firent. La mer de Galilée était un grand lac qui avait environ huit lieues de long et trois ou quatre de large de sorte que quand il s'élevait du vent, l'eau en était furieusement agitée, jusqu'à submerger quelquefois les bateaux dont on se servait pour pêcher dans le lac, et pour passer d'un bord à l'autre. Quelques autres barques, dit saint Marc, se joignirent à celle où Jésus était, pour lui faire compagnie. Les vrais disciples de Jésus-Christ ne craignent ni les fatigues, ni les dangers quand il s'agit de le suivre; les mers mêmes ne mettent point de bornes à leur zèle. Quand on fut bien avant sur ce grand lac, il s'éleva une si furieuse tempête, que les flots entrant avec impétuosité dans la barque, elle en était toute couverte, et l'eau la gagnait de telle sorte, qu'il semblait à tout moment qu'elle allait sombrer.

Jésus cependant n'oubliait pas ses chers disciples, mais il attendait l'extrémité pour les secourir, voulant cependant éprouver leur foi et leur confiance. Il était alors à la poupe, où il dormait tranquillement, la tête appuyée sur une pièce de bois qui lui servait d'oreiller. Là il prenait son repos au milieu de la tourmente, comme si c'eût été dans le calme et loin du péril. Jésus dort au plus fort de la tempête. C'était ainsi qu'il formait ses disciples à la vie apostolique, leur apprenant quelle devait être la situation de leur cœur au milieu des dangers et des persécutions qui les attendaient, et qui devaient mettre dans la suite leur confiance et leur foi à de si rudes épreuves.

La barque couverte de flots, disent les Pères, désignait l'Eglise au milieu des persécutions, exposée au milieu du monde de cette mer orageuse, exposée à mille tentations et à de violentes tempêtes. Jésus est dans la barque, il ne la quitte point, mais il dort; on dirait même qu'il ignore le danger; il sait pourtant l'état où elle est. Ne craignons rien, it saura bien


s'éveiller à propos pour la secourir. Quels orages, quelles tempêtes n'a pas excités contre l'Eglise cette nuée d'hérétiques, de schismatiques! elle s'est trouvée bien des fois couverte de flots; on eût dit qu'elle allait être submergée, lorsque Jésus-Christ s'éveillant, pour ainsi dire, aux cris des vrais fidèles, qui à l'exemple des disciples de notre Evangile, n'ont cessé de crier dans tous les temps Domine, salva ?Ms,~e~MM~ Seigneur, nous sommes perdus, si vous ne nous sauvez, l'Eglise a vu périr tous ses ennemis, par la tempête qu'ils avaient eux-mêmes excitée. Les feux dé la fournaise ont consumé ceux qui les avaient allumés; et lorsque tout semblait désespéré, l'Eglise a vu naître le calme. On peut dire que l'histoire du miracle que raconte l'Evangile de ce jour est l'image ou le précis de celui que JésusChrist fait tous les jours en faveur de l'Eglise. Les chrétiens sont presque à toute heure battus de la tentation, comme un vaisseau l'est de la tempête c'est là surtout le temps d'appeler Jésus à notre secours, et de lui dire Domine, salva nos, perimus. Seigneur, sauvez-nous, sans quoi nous sommes perdus. Revenons à notre Evangile.

Les disciples effrayés viennent à Jésus, et l'éveillent en disant « Seigneur, hâtez-vous de nous secourir; voulez-vous que nous périssions? sauvez-nous vite, autrement nous sommes perdus». Le Seigneur, qui voulait être prié, leur répond d'un air doux et serein, qui montrait bien que le sommeil naturel à la vérité, mais volontaire, ne lui avait pas dérobé la vue du danger qu'il avait résolu de faire cesser par'un insigne miracle « Que craignez-vous, et où est votre foi? et pour peu que vous en ayez, tandis que vous êtes avec moi, qu'avez-vous à craindre? » Jésus ne condamne point ici la prière de ses disciples, mais leur peu de fermeté et de constance. Les tentations, les persécutions, les divers accidents de la vie, peuvent bien nous assaillir, nous agiter; mais le Sauveur n'a qu'à parler pour dissiper la tempête. S'il ne le fait pas toujours aussitôt que je voudrais, il le fait toujours au temps qui me convient, lorsque je n'y mets pas d'obstacles. Le Seigneur semble dormir lorsqu'il laisse ses élus, ses disciples bien-aimés, son Eglise même dans la tribulation et dans les adversités; mais sa patience que nous prenons souvent pour un sommeil n'est pas involontaire. Dieu ne permet les adversités, les fâcheux accidents, que pour sa gloire et pour notre salut. En effet, le Sauveur n'eut pas plus tôt fait ce petit reproche à ses disciples, lequel était pour nous une leçon, qu'il se lève, parle en maître au vent et aux flots, et leur commande de s'apaiser, et à l'heure même les flots se calment et la tempête cesse. Ce fut alors que la crainte du naufrage et de la mort se changea en admiration. Ce prompt calme de la mer interdit d'abord tous ceux qui en furent témoins. Le respect et la vénération succédèrent à la frayeur et revenus de leur étonnement, ils s'écrièrent « Quel est cet homme merveilleux qui commande aux vents et aux flots avec tant d'autorité, que dès qu'il a parlé tout est calme)).

On est étonné, ô mon Sauveur, de vous voir ainsi commander aux vents et à la mer; l'empire que vous exercez sur nos cœurs par la force de votre grâce est bien plus admirable encore. Le mien, vous le savez, est comme une mer toujours agitée par le mouvement des passions qui y règnent; commandez-leur de s'apaiser, afin que le calme succède à la tempête, et que je ne suive plus que les douces et paisibles impressions de votre amour.

Le Père Croiset.


CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

On ne trouve rien de particulier dans l'histoire de ce dimanche. Comme c'est un de ceux qui sont d'ordinaire renvoyés ou omis, il n'y a que l'oraison, l'épître et l'Evangile qui lui soient particuliers. L'introït de la messe est le même que celui du dimanche précédent; il est tiré, comme on a déjà dit, du psaume xcvi". Les commentateurs et les interprètes disent que l'hébreu ne donne point de titre à ce psaume, et plusieurs anciens exemplaires Grecs nous en avertissent. Ceux qui s'attachent à la Vulgate croient que ce psaume fut composé par David, lorsque, après la mort de Saûl, il se vit paisiblement dans son pays et en possession du royaume que le Seigneur lui avait promis. D'autres, comme Bellarmin et Tirin, le rapportent au temps qui suivit la mort d'Absalon. Quelques-uns croient qu'il renferme les actions de grâces des Juifs délivrés de la captivité de Babylone, et la description de la vengeance que le Seigneur a exercée contre les Babyloniens. Mais tous les saints Pères l'interprètent et l'expliquent du premier et du second avénement de Jésus-Christ, de son règne dans l'Eglise et de la vocation des Gentils. Saint Paul lui-même, comme on a déjà dit, le cite dans le même sens, et on n'a qu'à lire ce psaume pour y trouver une description prophétique de la majesté éblouissante du souverain Juge, et de l'appareil effrayant du dernier jugement. Il viendra un jour sur la terre entouré d'épais nuages, dit le Prophète son trône sera soutenu par la justice et par la sagesse TVM~M et ca/:<yo in cireuitu ejus. Il sera précédé d'un feu dévorant, qui se répandra de toutes parts et qui embrasera ses ennemis ignis ante !p.<;MM~a'CM~. Tout l'univers sera consterné à la vue des éclairs qui brilleront dans les airs de tout côté illuxerunt fulgura ejus orbi <e~a? vidit et commota est terra. Les montagnes, toute la terre semblera se dissoudre à la présence du Seigneur, comme la cire se fond au feu Montes sieut cera /M.rcrMH< a /ac«? Domini; a /ac!'e .ComM: omnis terra. Les cieux, par une infinité de prodiges, annonceront aux hommes que le temps de sa justice sera venu, et tous les peuples seront alors témoins de sa gloire Annun<a!)erMH< cœMs~'am ejus, e~K~MH< <wmM~o~M/! gloriam ejus. Alors seront confondus ceux qui adorent les idoles et qui s'appuient sur la protection des vaines figures qu'ils ont fabriquées, c'est-à-dire, toutes ces personnes mondaines esclaves de leurs passions, tristes victimes de leur ambition, idolâtres du monde: CoM/MHa~M~ omnes qui adorant sculptilia, et qui gloriantur in simulacris suis. Anges du Seigneur, s'écrie alors le saint Prophëte. par un subit enthousiasme, anges du Seigneur, adorez ce Juge souverain Adorate eum omnes Angeli ejus; et c'est par ce verset que l'Eglise commence aujourd'hui la messe exhortant en même temps tous les justes à se réjouir, et à faire même éclater leur joie Audivit et /a?<a<<: est Sion, et exultaverunt /a' VM~. Enfin David finit ce psaume par inviter toutes les âmes justes à mettre toute leur joie et leur gloire à servir le Seigneur: Za'M:H:M~ in Domino. Quelle peinture plus vive et plus précise du jugement dernier ? voilà le véritable sens du psaume xcvi", dont l'Eglise se sert pour l'Introït de la messe.

L'épître est prise du troisième chapitre de l'admirable lettre que saint


Paul écrivit aux fidèles de Colosses, vers l'an 62 de Jésus-Christ. La ville de Colosses était une des principales villes de Phrygie, voisine de Laodicée qui était la capitale de cette province. Plusieurs croient que saint Paul n'avait point prêché à Colosses, il semble l'insinuer lui-même dans le second chapitre, quand il dit Je veux bien vous faire savoir quelle est l'inquiétude où je suis sur ce qui vous touche, vous et ceux qui sont à Laodicée aussi bien que tous ceux qui ne m'ont jamais vu en ce corps mortel. On croit que c'était Epaphras qui les avait instruits et convertis à la foi. L'Evangile y avait produit beaucoup de fruits. Les Colossiens étaient remplis de charité envers tous les fidèles, et la foi y triomphait avec éclat. Les faux Apôtres convertis du Judaïsme, que le démon a toujours eu soin de susciter dans l'Eglise pour semer de l'ivraie parmi le bon grain, et qui couraient parmi toutes les églises des Gentils convertis à la foi, pour y faire des prosélytes, vinrent à Colosses et y prêchèrent la nécessité de la circoncision et des observances légales et mêlant plusieurs autres grossières erreurs avec les superstitions de leur propre esprit, ils tâchaient d'inspirer aux Gentils convertis un fantôme de religion abominable. Saint Paul, informé de tous ces pernicieux abus, ou par Epaphras qui était alors à Rome dans les liens avec lui, ou par une lettre que ceux de Laodicée lui avaient écrite, crut qu'en qualité d'Apôtre des Gentils, il devait employer son autorité et ses lumières à soutenir les Colossiens et à réprimer la hardiesse des faux Apôtres, qui répandaient partout leurs pernicieuses maximes sous le masque du zèle. Il relève d'abord la grandeur de Jésus-Christ qui est l'image du Père, le Médiateur et le Réconciliateur des hommes avec Dieu, le chef de l'Eglise qui répand dans tous ses membres l'action, le mouvement, l'esprit et la vie. Il leur dépeint d'une manière vive et démonstrative les faux Apôtres, et leur montre que JésusChrist est le seul auteur du salut, qu'en lui subsiste essentiellement la divinité, qu'il est infiniment au-dessus de toutes les puissances et de toutes les vertus célestes que dans lui ils ont reçu la vraie circoncision du cœur que c'est par son sang qu'ils ont été régénérés, et qu'ils sont ressuscités avec lui par le baptême et de tout cela il infère l'inutilité des cérémonies légales et la nécessité qu'ils ont de se dépouiller du vieil homme, et de se revêtir de l'homme nouveau et à l'occasion de ces vérités, il leur apprend la plus solide et la plus sublime morale. Saint Paul était alors à Rome prisonnier pour Jésus-Christ; et saint Chrysostome remarque que de toutes les épîtres de saint Paul, les plus belles, les plus instructives et les plus touchantes sont celles qu'il a écrites dans les liens; telles sont celles qu'il a écrites aux Ephésiens, aux Philippiens, à Philémon, à Timothée et aux fidèles de Colosses.

Revêtez-vous comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, leur dit-il, des entrailles de miséricorde, de douceur, de-modération, de patience; vous supportant mutuellement et vous entre-pardonnant, si quelqu'un a sujet de se plaindre d'un autre et comme le Seigneur vous a pardonnés, usez-en aussi de même. Mais sur toutes choses ayez la charité c'est la première et la plus importante de toutes les vertus; c'est le lien de la perfection ~Mc~/MM ~e~MKM. Sans elle toutes les autres vertus ne sont rien et disparaissent. Elle unit les fidèles à l'Eglise et entre eux; elle les unit à Jésus-Christ qui est leur .chef, ainsi elle est le. plus parfait de tous les liens, et sans ce lien nulle persévérance. Que la paix de Jésus-Christ, ajoute-t-il, triomphe dans vos cœurs; qu'elle soit inaltérable au milieu des persécutions, des adversités et de tous les fâcheux accidents de la vie.


C'est un fruit qui ne saurait croître dans le monde. ~a.c, p<tr, et non erat pax. Elle n'est le partage que des gens de bien il n'y a que la paix de Jésus-Christ qui puisse régner dans le cœur. Où Jésus-Christ n'est pas, il n'y a que du trouble, et s'il s'élève quelque tempête il sait la calmer. Que la parole de Dieu, continue-t-il, soit en vous dans toute sa plénitude, avec une parfaite sagesse, en l'écoutant, la méditant, la mettant en pratique. Animez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels. H faut certainement que la terre soit bien ingrate, que le cœur soit bien endurci, ou que les ronces et les mauvaises herbes soient bien abondantes, quand un grain si fécond ne produit rien. Enfin, conclut-il, tout ce que vous faites, soit que vous parliez ou que vous agissiez, faites le tout au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, rendant par lui des actions de grâ.ces à Dieu le Père. Bon Dieu, que ce peu de mots renferment un grand sens c'est le précis de toute la perfection chrétienne. Voilà la juste idée de la sainteté. Ne rien dire, ne faire rien dont Dieu ne soit la fin et l'objet. N'avoir en vue que la pure gloire de Dieu, ne chercher en tout et partout qu'à lui plaire. 0MS placita sunt ei, facio semper. C'est ce que Jésus-Christ dit de lui-même c'est ce que les plus grands Saints ont pu dire c'est ce qui caractérise les plus grands Saints. Ne rechercher ni les biens de ce monde, ni les honneurs, ni la réputation, ni sa satisfaction, ni les commodités de la vie mais ne se proposer en toutes choses que la gloire et la volonté de Dieu quelle vie plus sainte, mais quelle vie plus douce, plus tranquille et quelle plus douce et plus précieuse mort 1 Si votre esprit ne peut pas avoir toujours une intention actuelle de plaire à Dieu, dit saint Thomas, il faut que cette intention soit toujours habituelle, et qu'elle persévère continuellement dans votre cœur, si vous voulez agir d'une manière méritoire et vivre conformément à l'esprit de votre religion.

L'Evangile de ce jour est pris du treizième chapitre de saint Matthieu, où le Sauveur propose au peuple qui le suivait la parabole du semeur et de la zizanie. Comme la foule était grande, il était monté sur une barque avec ses disciples, et c'est là qu-'il prêchait et qu'il instruisait ses disciples à rechercher eux-mêmes le sens de ses paraboles, qui, étant simples et familières, leur faisaient connaître d'une manière agréable et sensible les choses de Dieu et de la religion. Il comparait le commencement et le progrès de la religion dans la loi nouvelle, tantôt à du blé, parmi lequel on a semé de l'ivraie, et qui ne laisse pas de croître insensiblement tantôt au grain de moutarde, tantôt au levain, ou à d'autres choses fort communes, et qui sont connues et familières aux plus simples et aux plus grossiers, leur parlant toujours en paraboles, pour leur faire comprendre plus aisément les vérités de l'Evangile Et /oeM<tM est mM/<s parabolis. Parler en paraboles, c'est se servir de comparaisons prises de choses vraies ou vraisemblables, d'où l'on tire ensuite une moralité. Ce style figuré a toujours été fort en usage parmi les Orientaux. Voici comme le Sauveur parle dans l'Evangile de ce jour Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Cette façon de parler dont se sert ordinairement Jésus-Christ en proposant une parabole, ne veut pas dire le royaume des cieux, par lequel il entend tantôt l'Eglise, tantôt le séjour des bienheureux dans le ciel, quelquefois le salut, souvent la prédication de l'Evangile, ne veut pas dire, disons-nous, que le royaume des cieux soit précisément semblable à la chose dont il s'agit; mais seulement que la parabole prise en gros marque ce qui se passe dans


le royaume des cieux. Voici donc ce que signifient ces paraboles en cet endroit Il arrivera dans le royaume des cieux, c'est-à-dire dans la prédication de l'Evangile, quelque chose de semblable à ce qui arrive dans un champ, où un homme ayant semé du bon grain, son ennemi vient la nuit semer de l'ivraie et se retire aussitôt à la faveur des ténèbres. La bonne semence et.la mauvaise se mêlent ainsi dans le même fonds. Dès que l'un et l'autre grain lèvent, ils sont si semblables, et leurs tiges sont si ressemblantes, qu'on s'y méprend aisément; et comme les yeux de l'homme ne pénètrent point dans la terre, et ne démêlent pas aisément ce qui est mauvais de ce qui est bon, lorsque l'un est confondu avec l'autre, ce mélange ne se découvre que quand le blé est déjà monté en herbe et en épi, car alors l'ivraie paraît avec le froment. De quoi les serviteurs étonnés viennent à leur Maître et lui disent: Seigneur, qu'est ceci? n'aviez-vous pas semé du bon grain dans votre champ? d'où est donc venue cette ivraie? Ce ne peut être, leur répond-il, que mon ennemi qui l'ait semée; à ces mots les serviteurs pleins d'indignation et d'un xc)c pi'écipif.é pour les intérêts de leur Maître, lui demandent permission d'aller sur l'heure arracher l'ivraie. Gardez-vous-en bien, leur dit-il, car en arrachant l'ivraie, vous arracheriez aussi le froment soit à cause de la ressemblance de ces deux plantes, soit parce que leurs racines sont presque toujours mêlées ensemble. Laissez croître l'un et l'autre jusqu'au temps de la moisson. Dès qu'ils seront mûrs, je commanderai aux moissonneurs de les séparer, de mettre l'ivraie à part et de la jeter au feu. Pour le froment, je leur dirai qu'ils le cueillent, qu'ils n'en perdent pas un grain, et qu'après l'avoir ramassé, ils le portent dans mes greniers.

Ce champ du Seigneur, c'est le monde où Dieu a ses enfants qui en sont le bon grain, et où le démon a aussi les siens qui en sont l'ivraie mais ce champ est aussi le cœur de chacun de nous en particulier, où Dieu répand sans cesse la semence de sa grâce, pour nous faire produire des fruits de vertu; tandis que le démon, de son côté, ne perd aucune occasion d'y répandre la semence du vice. Cet ennemi mortel de notre salut, ne pouvant se rendre maître de notre cœur malgré nous, tâche de s'y insinuer sans être aperçu, et il prend pour cela le temps où nous veillons le moins sur nous-mêmes. Notre amour-propre, n-os passions, nos sens mêmes ne sont que trop d'intelligence avec lui. Le Seigneur a semé du bon grain par sa grâce dans ce cœur, le démon par le moyen de nos passions et de notre amour-propre y en a semé de très-mauvais, tout lève, tout pousse en tiges, tout paraît bon; mais à la mort, qui est le temps de la moisson, on démêlera le bon grain du mauvais, le froment de l'ivraie. Que d'actions spécieuses et louables en apparence, qui se trouveront très-défectueuses pour avoir été faites par de mauvais motifs 1 Cum <MM'yeH< homines. L'ennemi, pour venir à ses fins, ne prend jamais le temps qu'on veille. On peut entendre, par le temps du sommeil, le temps où les pasteurs ne veillent pas à la conservation de leur troupeau, c'est-à-dire sur les personnes commises à leurs soins. Les méchants dans ce monde seront, toujours mêlés avec les bons. Ce n'est point aux pasteurs de l'Eglise, qui cultivent le champ du Seigneur, à exterminer les méchants, ils doivent seulement travailler à les rendre bons. Tel qui n'est aujourd'hui que de l'ivraie, pourra devenir dans la suite de très-pur froment, par les soins et la patience d'un ministre charitable. Un zèle trop dur et trop amer révolte le pécheur, et scandalise ordinairement le juste. « Voulez-vous, que nous allions arracher l'ivraie? )) C'est ainsi que parle un zèle peu discret et peu con-


forme à l'esprit de Dieu. La douceur et la patience font en partie le caractère du Père des miséricordes. Nul faux Prophète, nul faux Apôtre, nul hérétique qui n'ait un zèle dur et amer.

T~e Père Croiset.

SIXIEME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Comme le jour de Pâques, qui est toujours le dimanche qui suit le quatorze de la lune de mars, règle le nombre des dimanches depuis l'Epiphanie jusqu'à la Septuagésime il arrive ordinairement que ce sixième dimanche est transféré, et il est rare qu'il y ait six dimanches depuis la fête des Rois jusqu'à la Septuagésime. C'est sans doute ce qui a fait que ce sixième dimanche a été si longtemps sans avoir un office particulier lorsque ce sixième dimanche arrivait, on y répétait l'office entier du dimanche précédent, et ce fut le Pape saint Pie, cinquième du nom, qui y attacha une Epître et un Evangile propres, avec l'Introït et les autres parties de la messe, qui sont devenues communes à tous les dimanches, depuis le troisième d'après l'Epiphanie, jusqu'à la Septuagésime, comme on a déjà dit. L'Introït de la messe de ce jour est le même que celui de la messe des trois dimanches précédents, duquel on a déjà parlé on ajoute seulement ici, que saint Paul cite ce passage à la troisième personne Que tous les anges /'a<if<M'~)<, dit-il, qu'ils rendent leurs hommages et leurs adorations au Fils unique de Dieu le Père, revêtu de notre chair. L'hébreu ajoute à la signification d'anges, celles de toutes les puissances de la terre. Que toutes les puissances de la terre, et principalement les juges et les princes, que quiconque sur la terre exerce quelque autorité sur les autres hommes, quiconque porte un caractère de grandeur, d'indépendance, de supériorité, vienne rendre hommage au souverain Monarque des monarques, au souverain Juge des juges mêmes )) et selon le Chaldéen: H Que les anges, que les grands de la terre, que tous les adorateurs des idoles viennent adorer le Seigneur unique et seul vrai Dieu ».

L'EpîLre de la messe est prise du premier chapitre de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. Le saint Apôtre ayant été contraint de sortir de Philippes, après y avoir été battu de verges publiquement et souffert une rude prison pour Jésus-Christ, vint à Thessalonique, ville de Macédoine, où les Juifs avaient une synagogue. Saint Paul s'y rendit, selon sa coutume, et il leur fit pendant trois jours de sabbat des discours tirés de l'Ecriture, leur déclarant et leur faisant comprendre qu'il avait fallu que le Christ soutint et qu'il ressuscitât; et c'est, disait-il, ce Jésus-Christ, le vrai Messie, que je vous annonce. II y eut un grand nombre de Juifs et encore plus de Gentils qui crurent et qui se joignirent à Paul et à Silas, son disciple et son compagnon mais le saint Apôtre fut bientôt obligé de quitter cette ville, par la malice et la jalousie des Juifs, qui l'accusèrent de révolter le peuple et de prêcher un nouveau roi, qui était Jésus-Christ. De Thessalonique, l'Apôtre alla avec Silas à Bérée. Il y prêcha, et y tit plusieurs conversions; mais les Juifs de Thessalonique, en ayant été informés, y vinrent pour les en faire sortir, sous les mêmes faux prétextes qu'ils avaient


employés à Thessalonique. Les fidèles conduisirent donc saint Paul jusqu'à la mer, où il s'embarqua pour Athènes. Silas et Timothée demeurèrent à Bérée, pour confirmer la nouvelle Eglise, qui venait d'y ôtre fondée. D'Athènes, saint Paul passa à Corinthe il était cependant dans d'étranges inquiétudes sur l'état des nouveaux fidèles qu'il avait laissés en Macédoine, lorsque Silas et Timothée arrivèrent et le comblèrent do joie et de consolation, en lui apprenant la persévérance et la ferveur des fidèles de Thessalonique et de toute la province. Ils lui rapportèrent qu'ils persévéraient constamment dans la foi et dans la charité, malgré leurs souffrances et les persécutions qu'on leur suscitait; en sorte qu'ils avaient souffert de la part de leurs concitoyens les mêmes traitements que les fidèles de la Judée avaient soufferts de la part des Juifs. Us lui dirent aussi qu'il y en avait parmi eux qui s'affligeaient trop de la mort de leurs proches. Saint Paul ayant reçu des nouvelles si consolantes de cette Eglise naissante, écrivit Cette lettre aux Thessaloniciens, où, après avoir rendu grâces à Dieu, il les loue de ce qu'ayant une fois reçu la foi, ils l'ont conservée dans sa pureté et de ce qu'en suivant l'exemple, non-seulement de saint Paul, mais du Seigneur, ils sont devenus un modèle pour tous ceux qui croient; par où ils font connaître à tout le monde quel fruit a fait parmi eux la parole de Dieu qu'il leur a prechée.

:< Nous rendons à Dieu pour vous tous de continuelles actions de grâces a, dit-il, « sans vous oublier jamais dans nos prières; ayant devant Dieu notre Père, le souvenir de ce qu'opère votre foi, de vos travaux, de votre charité, de votre fermeté dans les dangers et dans les persécutions c'est dans ces rencontres que la foi paraît dans toute sa force, c'est là où paraît son utilité et où il faut principalement en faire usage. Aussi savons-nous, mes frères chéris de Dieu, comment vous avez été choisis, au milieu de tant d'autres, qui restent ensevelis dans les ténèbres de l'erreur, tandis que vous avez été appelés à la foi et à la connaissance de son nom faveur pour laquelle vous ne sauriez assez remercier le Père des miséricordes. A la vérité, ajoute l'Apôtre, la vertu du Saint-Eprit et les miracles ont accompagné ma prédication mais aussi vous avez bien répondu à la grâce et vous avez fait de si grands progrès dans les voies de Dieu, que vous êtes devenus un modèle pour tous les fidèles de la Macédoine et de l'Achaïe; et votre foi en Jésus-Christ, votre courage dans les dangers, votre constance dans les plus violentes persécutions et dans toutes sortes d'épreuves ont attiré l'admiration de toutes les Eglises; et ce qui est consolant et pour moi, et pour vous, votre vertu vous a fait autant d'imitateurs que d'admirateurs. C'est par la croix que Jésus-Christ est entré dans sa gloire c'est par les travaux que les Apôtres ont fait triompher l'Evangile c'est par les souffrances que les chrétiens se perfectionnent et qu'ils arrivent au bonheur qui leur est préparé. Certainement, rien ne contribua plus dans les commencements au progrès de l'Evangile, que la vie pure, irréprochable, édifiante des premiers fidèles rien aussi ne contribuerait plus encore aujourd'hui à la conversion des pécheurs et des hérétiques, que la pureté des mœurs et la piété des chrétiens de nos jours. em'M de KO&M annuntiant. On ne parle partout que des merveilles que Dieu a faites parmi vous, par notre ministère, continue-t-il; votre conversion éclatante autorise merveilleusement notre doctrine; on publie partout un changement de mœurs si frappant, une conversion si extraordinaire, et l'on conclut de tout ce qu'on admire en vous, de cette innocence qui ne s'est jamais démentie, de cette modestie si exemplaire, de cette charité si universelle, do


cette piété, de cette hospitalité, de cette si bienfaisante cordialité, qui font tant d'honneur au christianisme, on conclut de tout cela, qu'une religion qui fait tant de prodiges et qui est si efficace et si sainte, ne saurait être que la seule véritable religion n. Concluons aussi nous-mêmes, que si tous les fidèles vivaient aujourd'hui en chrétiens, il y aurait bientôt peu d'hérétiques et d'infidèles.

L'Evangile de la messe de ce jour est la suite de celle du dimanche précédent, tirée du treizième chapitre de saint Matthieu, où le Sauveur continuant d'instruire le peuple, leur propose encore deux paraboles familières, très-propres à rendre dociles les esprits les plus grossiers et les rendre spirituels.

Le Sauveur venait de comparer l'Eglise à un champ fertile et cultivé, où l'ennemi du salut avait pendant la nuit semé de l'ivraie parmi le bon grain. Il avait encore comparé sa doctrine avec la semence, qui ne demande plus de culture, après que le laboureur l'a jetée en terre; elle germe, elle croît sans qu'il sache de quelle manière cela se fait, et sans qu'il y mette la main. Cette dernière parabole éLait. trop claire pour avoir besoin d'explication. On voyait assez que le bon grain désignait la bonne doctrine, qui, étant reçue dans une bonne âme, y fait des effets prodigieux mais d'une manière si douce, qu'à peine s'en aperçoit-on. Ce qu'il y avait à craindre, c'est que les disciples du Sauveur, dit le savant de Montereul, se voyant en petit nombre et environnés d'ennemis, ne se laissassent aller à la tristesse et au découragement. Il voulut donc les fortifier, en leur faisant voir comment son Eglise, si petite dans sa naissance, croîtrait tellement un jour, qu'elle remplirait toute la terre. c A quoi », disait-il, « comparerai-je le royaume de Dieu, et de quelle parabole me servirai-je pour vous en donner une véritable idée ? Figurez-vous d'une part un grain de sénevé et de l'autre un peu de levain. Ce grain si petit parmi les diverses espèces de graines, quand il est semé ou dans un jardin, ou dans un champ bien cultivé, ce grain, dis-je, produit une plante qui monte à une telle hauteur, que non-seulement elle couvre tous les légumes, mais qu'elle pousse de grandes branches, et peut passer pour un grand arbre. En effet, ses branches sont si étendues, si épaisses et si fortes, que les oiseaux, las de voler, viennent y chercher de l'ombre, s'y reposer et y faire même leurs nids. C'est là une image assez naturelle de mon Eglise, qui doit s'étendre d'une manière incompréhensible aux sages du monde et à tout esprit humain ». Représentez-vous eneore, ajouta-t-il, un peu de levain, qu'une femme met dans trois mesures de farine, et qui se répandant partout, a la force de faire lever toute la pâte. C'est ainsi que le Sauveur instruisait le peuple, se faisant un plaisir de traiter avec les plus simples, jusqu'à se familiariser avec eux, ne leur disant rien qui fût au-dessus de leur portée, ne leur proposant dans ses paraboles que des choses fort connues et d'un usage ordinaire, et s'accommodant au caractère d'esprit de tous ses auditeurs, par ce langage figuré si commun aux gens du pays. De cette manière le Maître de tous les docteurs vérifiait en sa personne ce qu'un prophète avait autrefois prédit de lui Aperiam os meum in parabolis Je parlerai en paraboles; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde. La religion chrétienne, la prédication de l'Evangile, l'Eglise désignée ici sous le nom de royaume des cieux, est semblable, dit le Sauveur, à un

grain de sénevé, l'un des plus petits grains de toutes les semences parce que cette Eglise qui ne fut d'abord qu'un petit nombre d'hommes simples et grossiers, attaches a Jésus-Christ, s'est élevée dans la. suite au-dessus de


tontes les fausses religions du monde, qu'en peu de siècles elle a effacé et fait disparaître toutes les autres religions, malgré le pouvoir, l'étendue, l'ancienneté du paganisme. Les oiseaux de l'air sont venus se percher sur ses branches. C'est-à-dire qu'elle s'est tellement accrue que les grands du siècle, les esprits les plus sublimes et les plus distingués par leur science, n'ont plus rougi de la simplicité de l'Evangile et de l'humilité de la croix. Ce n'est rien d'abord, ce semble, que la première semence de la grâce dans un cœur; mais soyons-y fidèles, et nous verrons ce qu'elle y peut produire. Il ne faut pas s'étonner, dans les œuvres de Dieu, d'y voir de faibles commencements; c'en est le caractère propre.

Ce levain, dont parle ici le Sauveur, c'est la doctrine évangéliquo qui, cachée d'abord dans un coin de la Judée, étend ensuite et répand sa vertu par toute la terre c'est la grâce dans un cœur qui la conserve en secret et qui lui donne le temps d'opérer son changement. C'est cette grâce qui doit se répandre et se communiquer secrètement dans toutes nos actions pour les rendre méritoires. C'est le levain qui fait lever la pâte; sans la grâce toutes nos actions sont insipides et sans goût à l'égard de Dieu. Heureux les chrétiens d'avoir appris ces vérités sublimes et ces maximes admirables que tant de siècles avaient ignorées! mais malheur aussi à ceux d'entre les chrétiens que cette connaissance ne rend pas meilleurs, et qu'elle rend par conséquent plus coupables le Seigneur ne nous parle plus par figures et par paraboles le Saint-Esprit a rendu les fidèles capables de ces vérités si sublimes la foi a dissipé ces ténèbres épaisses qui empêchaient les hommes de voir la vérité. Mais quel malheur plus à craindre que de voir la vérité et de ne la pas suivre 1 quel malheur de connaître le bien qu'on doit faire et de ne le pas pr atiquer

Le grain de sénevé devient arbre. Rien n'était plus connu aux gens du pays que cette comparaison. Dans les pays chauds et dans les terroirs fertiles, les plantes deviennent d'une hauteur fort au-dessus de tout ce qu'on voit dans nos climats. On lit dans le Talmud de Jérusalem et de Babylone, c'est-à-dire dans les deux recueils des traditions judaïques qui furent faits l'un à Jérusalem et l'autre à Babylone, qu'un juif nommé Simon avait une tige de sénevé qui devint si haute, si forte, qu'un homme aurait pu monter dessus sans la rompre. On.y trouve aussi qu'un autre pied de sénevé avait trois branches, dont l'une servait d'ombrage à quelques potiers de terre qui travaillaient dessous, pendant l'été, pour se garantir des ardeurs du soleil.

LeP~reCroiset.

DIMANCHE DE LA SEPTUAGESIME

On appelle dimanche de la Septuagésime le premier des trois dimanches qui précèdent le premier dimanche du Carême, auquel temps commençait autrefois le Carême, et où l'Eglise commence à se préparer par la pénitence, pour célébrer avec fruit la fête de la Résurrection. Le savant Alcuin, si célèbre dès le temps de Charlema~ne, demande


pourquoi on a donné le nom de Septuagésime à ce dimanche si privilégié, « car enûn H, dit-il, « quoique l'autorité de l'Eglise romaine doive suffire pour étabtir un usage de religion, cependant ce n'est jamais sans raison que l'Eglise établit un usage Si !'MjooK~o .~ec~s?'a' AaHC esse consuetudinem, et Romana auctoritate hujus Religionis ~Mm esse ~'Mc~?;M, dico quia nihil sine causa in Fec~s:'<7,s<e:x fOHSM~Mcf:n!'&Ms a Docloribus coHS~M~KMt~a'c~KM )).Et le même docteur répond qu'une des raisons de rétablissement de ces trois semaines de pénitence qui précèdent le Carême, c'est qu'anciennement, dans les Heux où l'on ne jeûnait pas les six jours de chaque semaine du Carême, on avait soin de prendre les jours qui manquaient au nombre des quarante, sur les semaines précédentes, pour jeûner et accomplir ainsi le nombre des quarante jeûnes prescrits. La Quinquagésime était pour ceux qui ne jeûnaient point le Jeudi Saint, à cause des grands mystères qui y ont été opérés, ni le Samedi Saint, à cause de la joie de la fête de Pâques, dont la solennité commence dès la veille; et ces deux jours étaient remplacés par le jeûne du lundi et du mardi qui suivaient le dimanche de la Quinquagésrme. La Sexagésime était pour ceux qui, selon l'usage de leur Eglise, ne jeûnaient point les jeudis du Carême, à cause que Jésus-Christ avait institué l'Eucharistie, et était monté au ciel ce jour-là, d'où vient que le pape Miltiade défendit de jeûner le jeudi en mémoire de ces deux grands mystères. Or, comme depuis la Sexagésime jusqu'à Pâques, il y a huit semaines, si l'on en retranche les dimanches et les jeudis, il reste quarante jours de jeûne complots. Enfin, la Septuagésime était pour ceux qui ne jeûnaient en Carême ni les jeudis, ni les samedis. Mais quoiqu'ils commençassent à jeûner dèsle lundi de cette semaine, il ne se trouvait que trente-six jeûnes dans leur Carême, qu'ils regardaient seulement comme la dîme de l'année qu'ils offraient à Dieu, et sic quasi <mK!'c/ee~Ms Deo <~MHMs.

Comme le jour de Pâques est la règle de toutes les fêtes mobiles durant le cours de l'année, la Septuagésime est le premier terme de celles qui le précèdent; et c'est à ce point que l'Eglise a fixé le commencement des lectures qu'elle fait de l'Ecriture sainte, dans ses offices de nuit. Pour ce qui est du nom de Septuagésime qu'on a donné à ce dimanche, à le prendre littéralement, il semble devoir marquer une époque de soixante-dix jours et c'est ainsi qu'ont tâché de. l'expliquer la plupart des auteurs liturgiques. Les uns ont cru qu'on ne disait Septuagésime, que parce que c'est le septième dimanche d'avant celui de la Passion, comme on appelle Sexagésime, Quinquagésime et Quadragésime les trois dimanches suivants, qui sont le sixième, le cinquième, et le quatrième d'avant le même dimanche. D'autres veulent que le nom de Septuagésime signifie les soixante-dix jours qu'il y a depuis le dimanche jusqu'à la veille de Pâques close, c'est-à-dire du samedi avant le dimanche de Quasimodo. L'octave de Pâques, selon l'esprit et le rite de l'Eglise, n'était regardée que comme le même jour et c'est l'opinion du célèbre Alcuin dans sa lettre à Charlemagne. Et comme on a donné au premier dimanche de Carême le nom de Quadragésime, à cause des quarante jours de jeûne prescrits dans ce saint temps, ajoute le même auteur, et celui de Quinquagésime au dimanche précédent, parce qu'effectivement il y a cinquante jours depuis ce dimanche jusqu'àPâques; de même, dit-il, on a appelé Sexagésime le dimanche qui précède, à cause de soixante jours qu'il y a jusqu'au mercredi de la semaine de Pâques et Pâques close Sexagesima !'N<fe dici potest, quia sexaginta sunt dies, usque ad med~MM /~c/;a' quod est /e!a ~Ma~a ~ascAa/M AeMonMa~s pM:HyMa~MM fero, quia d'MM?T~ M~MC in s'MtK MHC~ Resurrectionis ~otKt'KK' Mais sans


aller chercher tant de mystère où peut-être il n'y en a point, on peut dire que, comme le premier dimanche du Carême ou des quarante jours de jeûne, s'appelle Quadragésime, au langage de l'Eglise, lorsqu'on a remonté en rétrogradant par degrés jusqu'aux trois dimanches précédents, dont les semaines servent de préparation au Carême, on a voulu garder l'ordre des nombres par dizaines; et l'on a nommé Quinquagésimo le dimanche qui précède le premier de la Quadragésime, et Sexagésime et Septuagésime les deux dimanches précédents.

Mais ce qu'il y a de certain dans l'institution de cette anticipation du saint temps de Carême, c'est que l'Eglise a prétendu, dans ces trois semaines qui précèdent ce temps solennel de pénitence, porter ses enfants à se la rendre salutaire, en s'y préparant par le recueiUcment, les exercices de charité, par l'usage des sacrements et par la prière. Personne n'ignore que ce qu'on fait en état de péché mortel, est perdu pour toujours, et qu'afin que le jeûne, l'abstinence, la pénitence soit méritoire, elle doit être faite en état de grâce. L'Eglise, qui n'a rien tant à cœur que le salut et perfection des fidëtss, a consacré à des exercices de pieté les trois di manches qui précèdent cette pénible carrière, afin de la leur rendre plus salutaire. Le savant Théodulphe, évêqus d'Orléans dans le huitième siècle. expliquant dans sa lettre pastorale à ses curés, quels étaient les devoirs des fidèles pendant le saint temps de Carême, dit qu'un des principaux, c'est de se confesser dans les semaines qui précèdent ce saiut temps:~<M!~'MN! pMaù&'a~MHKa? confessiones ~c6~~Mi, <m~ s! et afin que la pénitence soit salutaire, il faut la prévenir par la réconciliation avec ses ennemi. n'ayant plus ni procès, ni dilférend avec personne. ~Mcoy-M y'ec&~t'liandi, et <MHHM:yM~Mt~aH~M.

C'est ce qui a porté bien des personnes de piété, et singulièrement plusieurs religieux, selon Pierre de Blois, à commencer le temps de péoitence à la Septuagésime, en commençant même leur jeûne, et redoublant les exercices de la pénitonee dès ce jour-là ./c/ïMM<m ~M~-o~/Mm~ ~Mlares Cc~M~ Mte~MM~ a ~Ma~g~mcf. 11 est certain que l'intention de l'Eglise est d'inspirer à tous les fidèles l'esprit de pénitence et de mortification, surtout depuis la Septuagésime, où elle cesse de chanter l'M:e, jusqu'à Pâques, s'interdisant tout cantique de joie, pour n'être dans tout ce temps que dans le deuil de la pénitence. C'est cet esprit de l'Egiise qui a porté le démon, toujours opposé à l'esprit de Jésus-Christ, à introduire dans le monde un usage et des coutumes profanes toutes contraires. C'est pour empêcher cette préparation à la pénitence quadragésimaie, que le démon, à l'occasion de cette même pénitence, a établi le carnaval, et a changé un temps si saint en des jours de dissolution et de débauche. Plus on approche du saint temps de Carême, plus doit-on être dans la dévotion, selon l'intention de l'Eglise et aujourd'hui plus on approche de ce saint temps, plus se livre-t-on à de profanes divertissements, à des dissolutions toutes païennes. La Septuagésime, cette première époque des jours de pénitence, est devenue, pour ainsi dire, comme l'annonce des plus licencieuses parties de plaisirs l'Eglise a beau se répandre en pleurs et en cris de pénitence dans ses offices durant ce temps, on la laisse gémir en repos, et on se répand en joies et en fêtes mondaines. L'esprit du monde a prévalu, ses pernicieuses maximes ont aujourd'hui titre de loi, l'usage semble avoir prescrit. Mais enfin, l'esprit de Jésus-Christ et de l'EgUse ne se dément point. Toute chair a beau avoir corrompu sa voie, la Septuagésime vient tous les ans nous prêcher la nécessité indispensable de la pénitence mal-


heur à ceux qui en font l'époque de leurs plaisirs criminels et de leur damnation.

L'Epître que l'Eglise fait lire à la messe de ce jour, est toute propre à désabuser les chrétiens de ces plaisirs si peu chrétiens, de ces repas somptueux et de la bonne chair que l'esprit du monde oppose en ce temps scandaleux du carnaval, à l'esprit de pénitence, à laquelle la Septuagésime nous invite. Elle est tirée du neuvième chapitre de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, où le saint Apôtre exhorte les fidèles à la mortification et à la pénitence, et se sert de l'exemple de ceux qui, courant dans la lice, ou qui, s'exerçant à la lutte, mènent une vie si austère, et cela pour remporter une couronne qui se tiétrit dès le même jour; il se sert, disonsnous, de cet exemple pour animer les chrétiens à se mortifier, et à dompter leur corps par la mortification, pour obtenir une récompense éternelle. Vous savez, leur dit-il, la vie austère et mortifiée que mènent ceux qui combattent dans les jeux publics ils s'abstiennent de tout. Ils se privent des plaisirs, des mets les plus délicats quelle vie plus frugale que la leur, plus dure même; et cela pour remporter un prix d'une bien petite valeur, une couronne de laurier, d'olivier ou de chêne, tandis que les chrétiens préfèrent à une couronne de gloire et éternelle, des plaisirs détrempés de bien des amertumes, et qui ne durent même que quelques moments Saint Paul, pour confondre les lâches chrétiens, leur propose pour modèles les athlètes, ou ceux qui combattent aux jeux publjcs. Entre les quatre fameux jeux de la Grèce, il y en avait qu'on appelait isthmiques, ainsi nommés de l'isthme, ou langue de terre, qui joignait le Péloponèse au reste de la Grèce. Comme ces jeux se célébraient auprès de Corinthe, l'Apôtre en parle comme d'une chose connue de tous les Corinthiens. Ces combats étaient de cinq espèces celui de la course, dont l'Apôtre parle ici ceux de la lutte et du pugilat, auxquels il fait allusion dans la suite, et ceux du saut et du disque, ou jet du palet. Les athlètes qui s'exerçaient à ces combats s'abstenaient de tout ce qui pouvait diminuer leurs forces, ou les rendre moins agiles. Ils vivaient dans la continence, et gardaient un régime de vie fort frugal, et propre à endurcir et à fortifier le corps. Ils mangeaient peu, et ne se nourrissaient que de viandes fort communes. Ils n'usaient point de vin, dormaient peu, et fuyaient toute délicatesse. Rien n'abrége tant la vie, et rien n'use tant la santé, que l'usage des plaisirs, et la bonne chère. C'est ce qui a fait dire aux anciens, que le vrai moyen de vivre en santé, de vivre longtemps et de devenir fort et robuste, est de vivre de régime, dans une exacte tempérance, éloigné des plaisirs, dans le travail modéré, dans l'exercice du corps, et de mener constamment une vie frugale. Tous couraient à la vérité en même temps, mais un seul remportait le prix, et ce prix qu'on savait bien qu'un seul pouvait remporter, n'était qu'une couronne faite de branches de quelques arbres, ou de quelques plantes, comme d'olivier, de myrthe, de chêne, de laurier ou d'ache, qui est une espèce de persil, qui croît dans les marais, et qui a des fleurs blanches ou jaunes au bout de sa tige. Rien n'était en effet plus corruptible que les couronnes qui faisaient toute la gloire et le prix de ces pénibles combats. « Pour moi », dit l'Apôtre, « je cours, non comme à l'aventure, mais comme à une victoire certaine, et à une couronne qui peut être remportée en même temps par plusieurs, sans que, par cette multiplicité de vainqueurs, la récompense puisse être diminuée. Je combats, non comme battant l'air, dit-il, mais je châtie mon corps par la pénitence, plein de confiance que je ne me mortine pas en vain o. Ici l'Apôtre, comme il parait


par le texte grec, fait allusion au combat des athlètes, appelés pugiles, qui s'agitaient eux-mêmes pour se dégourdir, remuaient les bras avec fureur, et frappaient l'air, avant que d'en venir sérieusement aux mains les uns contre les autres, lorsque, armés de gantelets garnis de fer et de plomb, ils se frappaient et se meurtrissaient le corps à grands coups de poing, jusqu'à ce qu'un des deux fût atterré et mis sous les pieds de son antagoniste. C'est encore à quoi l'Apôtre fait allusion, en disant qu'il châtie son corps, c'est-à-dire qu'il le traite durement, qu'il le tient en sujétion, et comme en esclavage. Le verbe grec qui répond à castigo, exprime l'action des athlètes qui se meurtrissaient le visage à coups de poing. Or, si l'on prend tant sur soi, pour une récompense si mince, pour une gloire si imaginaire; si des païens nés et nourris dans la licence et la corruption des mœurs, on peut même dire dans l'esclavage des passions, viennent à bout de s'abstenir de tous les plaisirs, on peut même ajouter, de toutes les douceurs de la vie, quelle excuse auront les chrétiens qui se livrent en ces jours-ci à de si scandaleux excès? L'approche des jeûnes prescrits, le carnaval, donnent-ils droit à la dissolution ? dispensent-ils de la pénitence ? La condition si auguste et si sainte de la qualité de nation sainte, de peuple chéri de Dieu, de race choisie et privilégiée, suflira-t-elle pour nous sauver? Saint Paul prévient dans cette Epître cette fausse confiance « Vous n'ignorez pas », continue le même Apôtre, « que nos pères ont tous été sous la nuée, et qu'ils ont tous passé la mer Rouge, qu'ils ont été baptisés tous par le ministère de Moïsa dans la nuée et dans la mer; qu'ils ont mangé tous la même viande mystérieuse et tous ces bienfaits, toutes ces merveilles faites en leur faveur n'ont pas empêché que la plupart d'entre eux n'aient péri dans le désert pour avoir déplu à Dieu, en méprisant ses ordres. Mes frères M, ajoute-t-il, « ces choses ont été des figures, par rapport à nous, afin que nous ne nous portions pas au mal, et que nous profitions de leurs exemples u. Et il conclut « Que celui donc qui croit se tenir ferme, prenne garde de tomber n. Voulons-nous assurer notre salut, suivons l'esprit et les maximes de l'Eglise.

On voit assez que saint Paul ne prétend pas parler ici du baptême proprement dit. Il veut seulement faire entendre que ce qui se passa alors était la figure du baptême de la loi nouvelle. La nuée qui couvrait et qui conduisait les Israélites pendant le jour, et qui les éclairait pendant la nuit, c'est la figure du Saint-Esprit, qui, par sa grâce, nous protège, nous dirige et nous éclaire. La sortie de l'Egypte, la fin de la captivité, le passage de la mer Rouge, c'est la sortie de l'état de péché et de servitude où nous retenait le démon, c'est notre régénération par les eaux salutaires du baptême. Moïse, le libérateur des Israélites et le médiateur entre Dieu et son peuple, c'est le type et la figure de Jésus-Christ, le véritable libérateur du genre humain, et le médiateur par excellence. La manne que Dieu faisait pleuvoir, tombait pour tous également. L'Apôtre appelle cette nourriture spirituelle ou mystérieuse, parce qu'elle était un type, et la figure du corps de Jésus-Christ donné à tous les fidèles dans le mystère de l'Eucharistie. Le breuvage aussi des Israélites est appelé spirituel; parce qu'il était également la figure du sang de Jésus-Christ oSert pour tous les hommes sur la croix, et dans le sacrifice de la Messe. Tout le monde sait que de plus de soixante mille hommes capables de porter les armes sortis d'Egypte, il n'y en eut que deux, Caleb et Josué, qui entrèrent dans la terre promise tout le reste périt dans le désert.

L'Evangile de la Messe de ce jour est pris du vingtième chapitre de


saint Matthieu, où Jésus-Christ propose la parabole des ouvriers pris à. la journée pour la vigne, et aux derniers desquels on donne le même salaire qu'aux premiers. Le Sauveur, voulant nous donner une juste idée de toute l'économie de la grâce et du salut, se sert de cette parabole, pour nous expliquer tout ce mystère. Figurez-vous, dit-il, un père de famille qui, voulant faire cultiver sa vigne, sort d.e grand matin, va à la place, et loue des ouvriers qu'il y envoie dès le point du jour, et promet à chacun d'eux un denier d'argent pour leur journée. Vers les neuf heures, voulant multiplier ses ouvriers, pour accélérer le travail, il y en envoie d'autres pour le même prix, et leur dit d'aller travailler à sa vigne. Ce nombre ne lui paraissant pas suffisant, il retourne à la place trois heures après, et aux mêmes conditions, il y en envoie une nouvelle troupe. Enfin l'impatience qu'il a de voir sa vigne toute cultivée est si grande, qu'il sort encore sur le soir, et que sans considérer qu'il ne reste plus que deux ou trois heures du jour, ayant trouvé des gens oisifs pourquoi, leur dit-il, vous tenez-vous là tout le jour à rien faire ? C'est que personne ne nous a pris, lui répondent-ils. Eh bien, leur dit-il, allez-vous-en aussi travailler à ma vigne. La peine de ces vignerons ne fut pas égale; ils travaillèrent bien moins les uns que les autres, et néanmoins ils reçurent tous la même paye. Le soir, dit l'Evangile, le maître dit à son receveur faites venir les ouvriers, et payez-les depuis les derniers jusqu'aux premiers. Ceux-ci crurent qu'étant venus au travail' avant les autres, on leur donnerait quelque chose de plus. Mais étant frustrés dans leur attente, ils ne purent s'empêcher d'en témoigner du chagrin ces gens-ci, disaient-ils, ne sont venus qu'après nous, ils n'ont travaillé qu'une heure, et nous avons travaillé toute la journée; ils sont venus sur le soir, durant la fraîcheur, et nous avons essuyé toute la chaleur du midi; ils n'ont fait presque que se montrer, et nous avons travaillé, sué pendant douze heures. Quelle proportion y a-t-il de leur peine avec la nôtre; et cependant vous leur donnez autant qu'à nous. Mon ami, répondit le père de famille, je ne vous fais point de tort; le denier d'argent qu'on vous donne, est tout ce qui vous est dû pour votre journée, n'en sommes-nous pas convenus ? si je veux donner à ces derniers autant qu'à vous, est-ce vous faire injustice que de leur faire plaisir ? ne suis-je pas maître de mon bien ? et ne m'est-il pas permis d'en disposer à mon gré ? faut-il que vou~ regardiez d'un œil malin et jaloux l'avantage de votre prochain, comme si l'on vous dérobait ce qu'on lui donne et votre malice me doit-elle empêcher d'être bon ? C'est ainsi, conclut le Sauveur, que plusieurs qui seront venus les derniers auront les premières places; car plusieurs sont appelés et peu sont élus. Rien n'est plus clair que le sens de cette parabole. Ce père de famille, c'est Dieu, qui au moment que nous avons l'usage de la raison, nous invite comme dès le point du jour à travailler à sa vigne, c'est-à-dire à cultiver notre âme par les vertus. Il convient avec nous du salaire, c'est-à-dire, de nous donner sa gloire au bout de la vie, qui n'est qu'un jour, en comparaison de l'éternité. Peu d'hommes sont assez heureux pour songer à leur salut, aussitôt qu'il est en leur pouvoir de le faire. Il n'est point d'âge où l'on ne doive travailler à son salut. Et le Sauveur, qui veut le salut de tous les hommes, a bien voulu ranimer la confiance des plus grands pécheurs, et de ceux mêmes qui ayant passé toute leur vie, non-seulement dans l'oubli de Dieu, mais même dans les plus grands dérèglements, se trouvent à la dernière heure. Cette parabole leur apprend qu'on ne doit jamais désespérer de la miséricorde de Dieu, quoiqu'on ait vieilli dans le péché, pourvu qu'on se donne tout de bon à Dieu, quelque


tard qu'on s'y donne. A la vérité, ces conversions faites sur le déclin du jour.sont rares; elles seraient même bien incertaines, pour ne pas dire fausses, si l'on persévérait dans le crime, sur l'espérance présomptueuse de se convertir dans ses derniers jours; mais est-on arrivé à la fin du jour, on est encore à temps pour recevoir la récompense, pourvu qu'on travaille sérieusement et-avec ferveur, pendant la dernière heure. Dieu ne regarde pas tant le travail qu'on fait que la ferveur avec laquelle on travaille. Ceux qui n'avaient travaillé que pendant la dernière heure furent récompensés aussi libéralement que ceux qui avaient travaillé tout le jour. Plusieurs savants interprètes, entre autres Origène, saint Hilaire, saint Grégoire, disent que le Sauveur parle encore ici de la vocation et de la prédestination à l'Evangile; que cette dernière heure peut figurer la venue du Messie, et que les Gentils convertis à la foi seront aussi libéralement récompensés que les Juifs les plus saints dans l'ancienne loi, quoique ceux-ci aient été appelés dès la première heure. On remarque ici que le denier d'argent revenait à dix sols de notre monnaie, et c'est ce que gagnait ordinairement un homme de journée.

Le Père Croiset.

MARDI DE LA SEPTUAGËSIME

FÊTE DE L'ORAISON DE NOTRE-SEIGNEUR

Jésus étant sorti s'en alla suivant, sa coutume au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent; et arrivé en ce lieu il leur dit « Priez afin de ne point entrer en tentation n. Et il s'éloigna d'eux de la distance d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux, il priait disant « Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice, cependant que votre volonté se fasse, et non la mienne n. Alors un ange du ciel lui apparut qui le fortifiait, et étant tombé en agonie il priait encore plus. Il eut une sueur, comme de gouttes de sang qui tombaient à terre.

L'Eglise consacre un jour de chacune des semaines qui précèdent la Passion à honorer d'un culte spécial une des parties de ce douloureux et ineffable mystère. Aujourd'hui, c'est l'oraison de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, qu'elle offre à la vénération et à la méditation de ses enfants. Ce qui émeut jusqu'au fond de l'âme dans le spectacle que nous offre la Passion, c'est la douceur inaltérable, le calme surhumain du Sauveur en présence de ce qui briserait le cœur le plus ferme. Jamais on ne verra rien de semblable. C'est le sublime de la grandeur, le plus haut point d'élévation auquel l'homme puisse atteindre; « s'en rapprocher, quoique toujours de loin, sera désormais le travail de ceux qui aspirent avec le plus d'ardeur à la perfection. Et néanmoins, comme pour les soutenir, comme pour en-


courager leurs efforts, cette perfection leur est montrée sous les conditions de la lutte, du combat intérieur inséparable de notre nature infirme. Aux approches de l'épreuve dernière, Jésus n'hésite pas certes, sa volonté n'est pas ébranlée un moment, mais le trouble envahit la partie inférieure de son être, il est triste jusqu'à la mort; en proie à des angoisses, à une agonie plus terrible que le supplice même qui suivra, il ne le cache point, ne le dissimule point il veut au contraire que ses disciples en soient témoins, qu'ils en gardent le souvenir, afin d'y trouver un appui dans les involontaires défaillances de la chair, lorsque pour eux aussi viendra le jour du sacrifice ».

Le sacrifice se rencontre à chaque pas sur notre chemin. Les angoisses et les souffrances sont notre partage sur la terre le malheur est le roi d'ici-bas; et tôt ou tard, tout mortel finit par être atteint de son sceptre. Qui n'a pas ici-bas sa part aux infirmités humaines, sa croix à porter? Toute créature est en travail, la vie humaine n'est qu'une longue plainte dont les échos montent vers le ciel. Jésus a voulu nous apprendre que la force pour supporter et souffrir se trouve dans la prière. A son exemple, adressons-nous à Dieu, il est le Tout-Puissant qui dirige tous les événements de ce monde il est la souveraine lumière qui éclaire toute intelligence. Dieu est un bon Père, qui ne peut entendre les plaintes de ses enî'ants sans prêter l'oreille à leurs voix et sans apporter un soulagement à leurs misères. Mais n'oublions pas que s'il prie, que s'il arrose la terre de ses larmes et de son sang, c'est à cause des outrages dont nous nous sommes rendus coupables envers Dieu. Ce sont nos péchés qui rendent son âme triste jusqu'à la mort; ce sont nos iniquités qui remplissent cette coupe qu'il demande à son Père d'éloigner de lui. Songeons à ne pas rendre ses sonS'rances inutiles, et disons-lui aujourd'hui avec l'Eglise « Seigneur, qui, dans le jardin des Oliviers, nous avez appris, par votre parole et par votre exemple, à prier pour triompher des périls de la tentation, faites, dans votre bonté, qu'à travers les dangers et les obstacles de tout genre qui nous environnent, toujours appliqués à la prière, nous méritions d'en obtenir un fruit abondant, et par là, de parvenir sûrement au royaume du ciel ».

DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME

Le dimanche de la Sexagésime n'a d'autre mystère dans son nom, comme on l'a déjà dit, que le nombre de six semaines jusqu'au dimanche de la Passion, et les quarante jours de jeûne pour ceux qui ne jeûnaient point les jeudis ou les samedis, et qui, par conséquent, commençaient le Carême le lendemain du dimanche de la Sexagésime.

L'Eglise, dans la semaine de la Septuagésime, prend pour sujet des offices nocturnes, l'histoire de la création et de la chute du premier homme; et dans celle de la Sexagésime, elle a choisi dans l'Ecriture l'histoire de-la réparation du genre humain après le déluge. La première contient l'histoire de la Genèse, depuis Adam jusqu'à Noé; et celle-ci, depuis Noé jusqu'à Abraham, renferme le second âge du monde.


L'institution de la Sexagésime a suivi presque partout celle de la Septuagésime, et l'on peut dire qu'elles sont de la même antiquité mais dans la suite, comme l'on s'aperçut que la dispense du jeûne, le jeudi ou le samedi, pendant le Carême, n'était que pour adoucir par cette interruption la continuité du saint jeûne, les Pères du quatrième concile d'Orléans, tenu l'an 541, regardèrent cet adoucissement comme un abus et un relâchement dans la discipline ils en dressèrent un canon, par lequel ils ordonnèrent l'uniformité dans toutes les Eglises du royaume de France, pour l'observation du jeûne du Carême, conformément à l'usage de l'Eglise de Rome, et défendirent à tout prêtre ou évêque d'indiquer ou prescrire le commencement de la sainte quarantaine le lendemain de la Sexagésime, voulant que les quarante jours de jeûne ne fussent point interrompus que par le saint jour du dimanche, qui, étant regardé dans l'Eglise comme l'octave continuelle de la fête glorieuse de la Résurrection, est un jour de joie exempt par conséquent du jeûne.

Quelques-uns considèrent aussi le dimanche de la Sexagésime comme un jour consacré en partie à l'honneur ou à la mémoire de l'apôtre saint Paul. L'oraison de la messe est sous son invocation particulière, c'est-àdire une prière faite à Dieu par son intercession on ne voit pas d'autres raisons qu'on puisse apporter du choix que l'Eglise a fait en ce jour, de l'invocation de saint Paul, sinon parce que la station des fidèles à Rome est assignée pour ce jour à l'église de ce saint Apôtre.

L'épitre de la messe n'est autre chose que l'histoire ou la description que saint Paul a faite lui-même aux Corinthiens, de ses travaux évangéliques, de ses souffrances, de son ravissement au troisième ciel, de ses tentations et de tout ce qu'il a cru pouvoir avancer à son sujet, pour être opposé à la vanité des faux apôtres, qui n'oubliaient rien pour se faire valoir et pour décrier saint Paul dans l'esprit des fidèles de Corinthe. Le saint Apôtre ne fut pas plus tôt sorti de Corinthe, que le démon, irrité des prodigieuses conquêtes que cet Apôtre des nations avait faites à Jésus-Christ, y envoya bientôt ses émissaires. C'étaient des chrétiens, en apparence fort zélés, qui, étant juifs, voulaient mêler les cérémonies de la loi avec l'Evangile, et qui, pour décrier saint Paul, dont la doctrine ne s'accordait pas avec la leur, parlaient de lui avec autant de mépris qu'ils parlaient sans cesse avantageusement d'eux-mêmes. Ils osaient soutenir que saint Paul était relâché dans sa morale, et que, sous prétexte de faire valoir la nouvelle loi, il anéantissait l'ancienne. Qu'il n'avait reçu sa mission ni de Jésus-Christ, ni des premiers Apôtres. Qu'il n'avait donné aussi aucune preuve de son apostolat; que, méprisable pour sa personne, il ne l'était guère moins pour ses talents, et que sa doctrine leur devait paraître suspecte. Comme ces imposteurs affectaient au dehors un air modeste et étudié, qu'ils se paraient sans cesse du masque de mortification, de piété et de réforme, ils imposaient aux simples, et avaient des admirateurs et des partisans. Saint Paul étant averti des artifices malins de ces séducteurs, crut être obligé d'employer tous les remèdes propres à prévenir un si grand mal, et à faire ouvrir les yeux à ceux qui avaient donné dans le piège. Il se vit obligé de démasquer ces faux prophètes, et de démontrer l'authenticité de sa mission; et pour cela, malgré sa profonde humilité, de faire son éloge, en faisant l'abrégé de l'histoire de sa vie. Rien n'est plus ingénieux que le tour qu'il donne à la nécessité où il est de rapporter des faits qui lui font tant d'honneur rien n'est plus éloquent que la simplicité même avec laquelle il parle à son avantage. Il prévient, par une humble et sage


précaution, ce qui pourrait donner du dégoût, par le témoignage avantageux qu'il est obligé de se rendre à soi-même. « Je sais qu'il n'est pas de la sagesse )), dit-il, « de se louer; mais je'sais aussi que' vous êtes assez charitables pour supporter un peu ma folie. Car vous, qui êtes sages, vous souffrez volontiers ceux qui ne le sont pas, c'est-à-dire, sages et modérés comme vous êtes, vous ne devez pas avoir de peine à supporter mes faiblesses. Vous, qui vous êtes accoutumés à supporter les airs impérieux, les hauteurs, les vexations de vos prétendus apôtres, ils ont pris soin de mettre votre patience à de plus rudes épreuves que nous ne la mettons par les louanges que nous nous donnerons. Je le dis à ma confusion, et peut-être à la vôtre, MCMHt&w: :~)MM~a<e?M dico, quasi nos infirmi fuerimus in Aac~aWe pendant que vous montrez tant de déférence pour ces imposteurs, vous nous regardez comme des gens faibles et méprisables, parce que nous ne vous avons pas traités avec tant de hauteur. C'est le propre des hérétiques, des faux docteurs, d'être impérieux, hautains, et de parler toujours comme des gens inspirés, tandis que la douceur, la modestie, l'humilité font le caractère des vrais apôtres ».

Comme ces faux prophètes se glorifiaient de leur naissance, de leur zèle, et des travaux qu'ils se vantaient d'avoir soufferts pour Jésus-Christ, saint Paul les confond par le détail concis de ce qu'il a fait et souffert dans les fonctions de son ministère. a Vos prétondus apôtres », dit-il, « se vantent d'être juifs, et je le suis aussi; ils se disent enfants d'Abraham, et moi aussi. Ils se disent ministres de Jésus-Christ; je le suis encore plus qu'eux, ayant essuyé plus de travaux et plus de prisons; ayant été battu avec excès, et m'étant vu en plusieurs rencontres à deux doigts de la mort. Cinq fois j'ai reçu des Juifs trente-neuf coups de fouet j'ai été trois fois battu de verges, c'est-à-dire, les Juifs m'ont fait fouetter cinq fois, et comme la loi leur défendait de donner plus de quarante coups, pour ne se point mettre en danger de la violer, ils ne passaient jamais le nombre de trente-neuf, par délicatesse de conscience. J'ai été battu de verges par les Romains. Car ceux-ci se servaient le plus souvent de verges, au lieu que les Juifs se servaient pour l'ordinaire de courroies ». Le saint Apôtre continue ensuite de raconter, et tous les dangers qu'il a courus, et tout ce qu'il a eu à souffrir des faux frères. Comme le ministère de Jésus-Christ et de ses Apôtres est un ministère do peine, de perfection et de souSrances, c'est par là que saint Paul prouve la vérité de sa mission et de son apostolat. Le fils de Dieu, donnant la mission à ses disciples, leur avait donné le pouvoir de faire des miracles, et leur avait prédit qu'ils souffriraient des persécutions /K/MWMM MH~c, Mo~M<M s~e~e, Jeprosos mundate, ~tHOHes ejicite. ca~t? NM~H ab AoMt!M:6!(~ ~'aa~ MHH vos. Saint Paul apporte ces deux preuves de son apostolat, quand il dit aux Corinthiens ~Ma apostelatus mei /N!C~a suait SM~C!' vos in OmM!~a~<?K~'a, in signis et prodigiis, et virtutibus. Je vous ai donné des marques de mon apostolat par des miracles, des prodiges, et des marques de la puissance divine. Il fait ensuite un long détail des travaux de son zèle infatigable et de sa charité immense. J'ai été lapidé une fois, j'ai fait naufrage trois fois, j'ai été un jour et une nuit dans les abîmes de la mer. Saint Chrysostome et saint Thomas croient que l'Apôtre fut un jour et une nuit en pleine mer, après un naufrage, ayant été obligé pendant tout ce temps, ou de nager, ou de se soutenir sur quelque débris du navire, combattant contre les flots, les vents et la mort même. « Ajoutez à tout cela le soin de toutes les Eglises et l'accablement d'affaires dont ja suis comme assiégé. Outre ce que souffre mon cœur par l'ardeur de ma


charité pour tous, et de mon zèle. Quis :'H/?MH~K?', et ego HOH M!))!o?' ? qui est faible, que je ne sois moi-même affaibli? qui fait une chute, un faux pas, que je n'en aie une douleur cuisante ?

(f Je sais », continue-t-il, <; que vos faux prophètes se vantent éternellement d'être favorisés de Dieu, et tâchent de nous imposer par le récit pompeux de leurs révélations prétendues. Sachez, mes frères, que Dieu ne se communique pas à ceux qui n'ont pas son esprit, et qui ne se soumettent point à l'Eglise. Mais puisqu'ils tâchent de vous surprendre par des faits supposés, je me vois obligé de vous découvrir, moi, devant Dieu, les faveurs singulières dont il m'a comblé, et qus j'avais résolu d'ensevelir dans un éternel silence. Car si j'avais à me glorifier, je ne me glorifierais volontiers que des choses qui m'humilient. Il ne me convient pas, ajoutet-il, de me glorifier; mais puisque je m'y vois contraint, par la nécessité de me défendre contre mes calomniateurs, je rapporterai ici avec toute la sincérité, dont Dieu est témoin, ce qui se passa d'extraordinaire en moi, il y a quatorze ans, lorsque je fus choisi avec Barnabé pour prêcher l'Evangile aux nations et aux différents peuples '). Ici la modestie et la peine qu'avait saint Paul à parler de ses révélations, le font parler à la troisième personne. C'est une grande disposition pour recevoir de Dieu les grâces les plus singulières, que de savoir les ensevelir dans un aussi long silence. Et certainement, après quatorze ans de silence accordés à l'humilité, il était bien juste que l'Apôtre accordât aussi quelque chose à la charité et à l'édification de ses frère' et même de toute l'Eglise.

« Je sais », dit-il, « qu'un homme qui est à Jésus-Christ fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu'au troisième ciel; si ce fut avec le corps, ou sans le corps, c'est-à-dire dans une extase, c'est ce que je ne sais pas, Dieu le sait. Je sais seulement qi'i! a entendu des choses pleines de mystères, dont il n'est pas permis à un homme de parler ». Saint Augustin, et plusieurs saints Pères, croient que les choses mystérieuses que saint Paul avait vues et ouïes étaient au-dessus de la portée de l'esprit humain, et qu'une langue humaine n'aurait jamais pu les exprimer, ni en donner une juste idée; que ce troisième ciel où il fut ravi est le séjour des Bienheureux, selon les Juifs, et que Dieu lui découvrit là les plus secrets mystères de la religion chrétienne, qui certainement sont au-dessus de la conception et des expressions des esprits les plus relevés et les plus subtils. Cependant, comme dans ce récit des faveurs célestes, le saint Apôtre ne perdait jamais de vue l'humilité, sa vertu favorite, il ajoute que, parmi toutes ces insignes faveurs, dont le Seigneur l'a comblé, il lui a laissé l'aiguillon de la chair, qui lui a fait sentir sa faiblesse, et qui sert de contre-poison à tous les sentiments de vanité. Le sentiment le plus commun, c'est que par cette expression métaphorique, saint Paul a eu dessein de marquer les révoltes de la chair, dont les plus grands Saints ne sont pas toujours exempts. Dieu, voulant leur donner par leur humiliation un exercice de patience et de mérite, et mettre leur plus éclatante vertu à l'abri de l'orgueil. Dieu se sert de la tentation pour empêcher qu'on ne s'enfle de ses dons; et il se sert de l'humble disposition d'une âme qu'il favorise, pour confondre l'orgueil du tentateur et en dissiper les efforts. Saint Chrysostome et quelques anciens ont cru que l'Ap)tre a voulu parler sous cette métaphore des persécutions, des afflictions et des contradictions que le démon lui suscitait dans la prédication de l'Evangile. Mais la première interprétation est plus suivie universellement. Saint Paul dit qu'il a prié plusieurs fois le Seigneur de le délivrer d'une tentation si importante, et que le Seigneur lui a ré-


pondu que sa grâce lui sui'dL Disu permet au démon de nous tenter, mais il ne souffre jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces il proportionne ses secours aux efforts de nos ennemis. Dieu nous est fidèle dans la tentation, en combattant avec nous il nous est fidèle après la tentation, en couronnant nos victoires soyons-lui fidèles de notre côté en combattant avec courage, en lui attribuant toute la gloire du combat; mais pour éprouver ce secours de la grâce que Dieu ne refuse jamais à personne, ne nous exposons pas témérairement à la tentation. L'Evangile de la messe de ce jour est pris du huitième chapitre de saint Luc. Le Sauveur étant venu sur le bord du lac de Génésareth, qu'on appelait la mer de Galilée, aussitôt une grande multitude de peuple, qui venait de toutes les villes voisines, s'assembla autour de lui, tellement qu'il fut contraint de monter sur une barque qui était à flot, où s'étant assis il commença à instruire cette foule d'auditeurs répandus sur le rivage. Sa manière de les enseigner, comme on a déjà dit, était de leur faire des paraboles aussi agréables qu'utiles et par ces comparaisons familières, il leur exprimait comme dans un tableau les diverses dispositions, et les états différents des âmes, d'une manière si intelligible, aux esprits même les plus grossiers, que chacun comprenait ce qu'il voulait leur apprendre. Voici la première parabole qu'il proposa.

« Celui qui sème )', leur dit-il, « est enfin venu sur la terre y semer son grain, mais une partie de la semence étant tombée dans le grand chemin, les passants l'écrasèrent bientôt sous leurs pieds, ou les oiseaux la mangèrent. Une autre jetée dans un endroit fort pierreux, où le grain avait peu de terre, leva d'abord, parce que la terre n'y était pas profonde mais quand le soleil parut, le hâle brûla l'herbe, et elle sécha, faute de racine. Une autre partie étant tombée dans un endroit plein d'épines, les épines ayant crû, l'ont étouffée. Enfin, le reste de la semence étant tombée dans une bonne terre, le grain y prit racine, poussa, et produisit de si beaux épis et si pleins, que quelques-uns ont rendu cent pour un, d'autres soixante, et d'autres trente n.

Après quoi, haussant la voix pour réveiller l'attention de ses auditeurs, et leur faire remarquer ces derniers mot%, qui faisaient la conclusion et contenaient le sens de la parabole « Je parle à tous )), leur dit-il, « mais particulièrement à ceux à qui l'Esprit-Saint ouvre l'oreille du cœur, pour entendre ce que je dis et en pénétrer le mystère ». Ceci donna occasion aux disciples, dès qu'ils furent seuls avec le Sauveur, de lui demander pourquoi, en parlant au peuple, il se servait de paraboles. « C'est », leur dit-il, « pour faire mieux comprendre à ce peuple grossier et peu docile, des vérités et une morale qui lui sont étrangères, et qui sont au-dessus de la portée de son esprit. Car, )) ajouta-t-il, « le don d'intelligence est donné à vous préférablement à bien d'autres, parce que je vous ai choisis pour instruire tout le monde, pour porter les lumières de la foi, et pour prêcher mon Evangile à tout l'univers. Les connaissances pures et parfaites sont pour les âmes dociles qui ont un vrai désir d'être instruites, et qui sont toujours prêtes à écouter Dieu et à profiter de toutes les lumières qu'elles reçoivent. C'est seulement aux âmes ainsi disposées, aux âmes pures, tels que vous êtes, qu'il est donné de bien pénétrer les vérités de la foi et les maximes de la loi nouvelle. Au reste, si je parle par figures à ce peuple », ajouta-t-il, « c'est à cause de l'abus volontaire qu'il fait des grâces et des bienfaits de Dieu, puisque, entendant tous les jours mes instructions, ils n'en deviennent pas meilleurs, ni plus dociles. Ils se contentent de m'écouter,


sans se mettre en peine ce mettre en pratique ce qu'ils entendent; et afin qu'ils soient moins excusables et qu'ils puissent mieux retenir du moins les vérités que je leur enseigne, je me sers des comparaisons les plus sensibles. Mais leur indocilité vérifie bien ce qu'a dit le prophète Isaïe vous entendrez de vos oreilles, et vous n'entendrez point vous verrez de vos yeux, et vous ne verrez point puisque, après m'avoir ouï, ils ne font rien de ce que je leur ai appris. Pour vous, remerciez Dieu de ce qu'il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, c'est-à-dire, tout le fond de la doctrine évangélique, à vous, dis-je, qui ouvrez les yeux à la lumière et qui pressez pour être instruits. Mais au regard de ceux qui n'ont que de l'indifférence pour la vérité, ils l'ont devant les yeux sans la connaître, ils l'entendent sans la comprendre n.

Quoique cette parabole fût aisée à comprendre, le Sauveur voulut bien leur en expliquer le sens moral. La semence, c'est la parole de Dieu. Le grain est excellent, mais il trouve peu de bonnes terres. Les uns écoutent la parole de Dieu avec m esprit dissipé, avec un cœur ouvert comme un grand chemin à toutes sortes d'objets, où les vains fantômes du monde sont reçus à toute heure. Le démon, qui les observe et qui tâche de se prévaloir de leur mauvaise disposition, enlève aussi aisément de leur cœur cette semence divine, que les oiseaux emportent le grain qui se trouve sur les chemins. Les autres sont des auditeurs un peu plus attentifs, mais dont le cœur est semblable à des terres pierreuses, où le blé ne saurait prendre racine. Il y en a d'autres qui ne sont pas tout à fait si sourds à la parole de Dieu, elle leur entre dars l'oreille et même jusque dans le cœur mais elle y est bientôt étouffe, par les soins piquants des biens créés, par les pointes de la volupté, et par les épines inséparables de l'amour du plaisir et des richesses. Enfin, il y a des âmes pures, ferventes et bien disposées qui, semblables à des terres fertiles, ne reçoivent jamais la parole de Dieu en vain. Elle y germe incontinent et y produit une moisson des plus abondantes. La divine semence n'est pas seulement cette parole de Dieu, qui nous est annoncée par s~s ministres c'est aussi cette parole de Ditu intérieure, c'est la grâce qui seule peut donner de l'efficacité à la parole extérieure. Recevons-la, cette précieuse semence, avec un cœur droit et bien disposé, avec un désir ardent et efficace de !a mettre en pratique sûrement elle produira du fruit au centuple. Conservons-la, cette divine semence ne permettons pas aux oiseaux de l'enlever, c'est-à-dire, soyons en garde contre les ruses et les efforts du démon, contre les saillies impétueuses des passions, contre la sédition de notre propre cœur, contre la violence des persécutions, contre les artifices de notre amour-propre. Soyons fidèles à suivre les saintes inspirations, soyons généreux pour mettre en pratique ce qce Dieu nous dit et nous ordonne; souffrons avec patience les contradictions, et attendons avec patience Io temp~ de la récolte.

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MARDI DE LA SEXAGrËSIME

FEIE DE LA COMMÉMORATION DE LA PASSION

Dans ces jours qui servent, pour ainsi dire de préparation au Carême, i'Eglise nous remet en mémoire le souvenir de ce grand drame sur lequel, vers la fin de la sainte quarantaine, elle doit pendant plusieurs jours fixer nos regards et notre méditation. Jésus-Christ a aimé les hommes à ce point, qu'il est venu sur la terre vivre de leur vie, il a passé en faisant le bien, e[. cette vie toute de condescendance, d'humilité et de tendresse, aboutit à un supplice infâme. Un peuple ingrat et pervers fait au Sauveur un crime de ses bienfaits, et met le comble à ses infamies en versant un sang innocent, et la divine victime est en proie a tontes les amertumes, et son âme est triste jusqu'à la mort; le poids de la malédiction de son père pèse sur lui de tout son poids, le ciel est inflexible à ses prières et à ses douleurs: K Mon Dieu, mon Dieu )), s'écrie-t-il, « pourquoi m'avez-vous abandonné? n L'Eglise espère que nous comprendrons les horribles scènes de la passion, qu'alors nous briserons les tiens qui nous attachent au péché, et que nous consacrerons la sainte quarantaine à les expier.

Elle sait que nos cœurs sont durs et que pour changer ils ont besoin d'être effrayés. Elle compte que le souvenir de la passion, de cette redoutable expiation du péché par la mort d'un Dieu les terrassera, et leur fera comprendre combien ce sera une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. En n'épargnant pas son Fils, il nous a donné la mesure de ce que nous devions attendre de lui s'il trouvait encore en nous le péché qui l'a contraint d'en user si impitoyablement envers ce Fils bien-aimé. Ces considérations sur la justice divine détruiront en nous les restes du péché, en développant dans nos âmes une crainte salutaire sur laquelle une espé" rance ferme et un amour sincère viendront s'appuyer comme sur une base inébranlable, car le sang du Sauveur coule pour nous laver de nos crimes. Pendant le Carême nous irons puiser aux fontaines du Sauveur et nos âmes en sortiront pleines de vie. Les traces de nos anciennes souillures seront effacées et Dieu nous aimera du même amour dont il aime son Fils. Il faut avec la miséricorde de Dieu que le temps de pénitence dans lequel nous allons entrer produise en nous cet heureux changement, qui nous permettra, lorsque l'heure du jugement sonnera, de contempler sans trembler le regard de celui que nous verrons bientôt foulé sous le pied des pécheurs. Le souvenir de la passion du Sauveur nous donnera une autre leçon c'est que rien de grand ici-bas ne s'accomplit que par la souffrance. Quiconque veut faire le bien et marcher sur les traces du Sauveur pour arriver au ciel doit s'attendre à souffrir. Une des plus grandes douleurs que dut endurer Jésus-Christ fut le lâche abandon des sien". Un seul le suit, mais de


loin, et ne le suit que pour le renier. Sans doute cet avenir qu'annonçait le Sauveur va descendre avec lui dans la tombe pour y dormir éternellement, et tout sera fini. Non, tout n'est pas fini, c'est alors seulement que tout commence. Pour que l.t parole du salut germe dans les cœurs et y produise des fruits, il faut que la mort la féconde et il meurt, et ses disciples après lui mourront, et leur sang répandu sera la semence d'où sortiront des milliers de chrétiens. N'est-ce pas ce qui s'est vu dans les premiers siècles, n'est-ce pas ce qui se voit encore chaque jour sur ces plages lointaines, où nos missionnaires souffrent et meurent pour que l'Evangile se répande, et que le règne de Dieu s'établisse?

Adressons aujourd'hui avec l'Église cette prière au Sauveur <' Seigneur, qui du sein du Père e ;es descendu sur la terre, qui, à la sixième heure du jour, pour la rédemption du monde, avez été élevé sur le gibet de la croix, et avez répandu votre précieux sang pour la rémission de nos péchés, daignez, nous vous en conjurons humblement, nous accorder la grâce d'entrer pleins de joie, après notre mort, dans le paradis que vous nous avez ouvert par vos souffrances et par votre mort ».

DIMANCHE DE LA QUINQUAGESIME

Le dimanche de la Quinquagésime n'est pas moins privilégié dans l'Église que les deux précédents. Le savant Alcuin ne trouve point d'autre raison du nom de Quinquagésime qu'on lui a donné', que parce qu'il précède immédiatement le premier dimanche du Carême et que comme on a appelé celui-ci, le dimanche de la Quadragésime, parce qu'il est suivi jusqu'à Pâques de quarante jours, de même on a appelé celui-là le dimanche de la Quinqnagésime, parce qu'il est effectivement le cinquantième jour avant Pâques pMM~Ma~M:'?Ma; vero, quia d~eMn'< usque in diem sanctum ~esM~~c<!OHM PoMMMMa'. C'est là tout le mystère qu'on trouve dans le nom de Quinquagésime quelques-uns mêmes croyaient que ]a réuexion que l'on a faite sur ce nombre de cinquante est postérieure à son institution.

Pierre de Blois dit que les ecclésiastiques commençaient le jeûne du Carême à la Quinquagésime, selon le décret du Pape saint Télesphore, qui vivait du temps de 1 empereur Adrien Clerici nostri auctore Telesphoro Papa, jejunium ~HS~N~e.M'ma~ incipiunt a Quinquagesima. Ce qui donna occasion sans doute à ce décret, c'est que dans les premiers temps, la plupart dés fidèles ne croyaient point qu'on dût comprendre les quarante jours du jeûne de Carême, avec le vendredi et le samedi saints, dont les jeûnes destinés singe liërement à honorer la passion et la mort de JésusChrist, avaient été observés par les Apôtres mêmes avant que l'Église eût fait une loi du temps déterminé et du jeûne du Carême. C'est pourquoi on commençait le Carême dès le lundi, et l'on jeûnait quarante-deux jours, pendant sept semaines. Et nous voyons encore de nos jours, que plusieurs communautés et Ordres religieux commencent le jeûne du Carême dès le


lundi de la Quinquagésime, comme on faisait alors. On appelait anciennement ce dimanche, C~e/'&ye~K', parce que le commencement du jeûne solennel du Carême a été fixé le mercredi de la semaine que nous appelons le mercredi des Cendres. C'est pour la même raison qu'on appelle encore ce dimanche, le Carême prenant; parce que c'est dans la semaine que commence le Carême. Les Grecs l'appellent Tyrophage, parce qu'ils commencent alors l'abstinence des viandes et du laitage, et c'est un jour fort célèbre chez eux. En Occident, l'usage est tout contraire, et l'on y appelle vulgairement jours gras ce dimanche, le lundi et le mardi, depuis que le commencement du Carême a été fixé au mercredi des Cendres. L'Église, qui ne tend qu'à inspirer aux fidèles l'esprit de componction, de pénitence et de recueillement pendant ces trois semaines qui précèdent le saint temps de Carême, a choisi dans l'Écriture, pour ses offices de nuit, l'histoire des trois premiers âges du monde le premier, qui est depuis Adam, c'est-à-dire depuis la création du monde jusqu'à Noé, se dit dans l'office du dimanche de la Septuagésime et de sa semaine. Le second, depuis Noé jusqu'à Abraham, fait le sujet de l'office de la Sexagésime et des jours suivants et l'histoire du troisième âge du monde, depuis Abraham jusqu'à Moïse, commence à la Quinquagésime. L'Église~ en nous retraçant l'image de ces premiers temps, prétend nous tracer le plan de toute l'économie de la divine Providence sur les élus, et nous exciter par le souvenir du soin paternel que Dieu prend de ses enfants, à recourir à lui dans tous nos besoins, à avoir toujours plus de confiance en sa bonté, et à profiter du bienfait de la rédemption, en menant une vie innocente et pénitente. L'Epître et l'Evangile de la messe de ce jour tendent à la même fin. Celle-là, en nous faisant voir la necessité que nous avons de vivre dans l'amitié de Dieu et dans la ferveur de la charité celui-ci en nous rappelant le souvenir de ce que le Sauveur a souffert pour notre salut, et par là nous engageant à pleurer sans cesse nos péchés, et à remplir dans notre chair, comme parle l'Apôtre, le reste des souffrances du Sauveur du monde.

A la vérité, l'esprit du siècle, toujours contraire à l'esprit de l'Eglise et de Jésus-Christ, enseigne des maximes tout opposées. Il veut que la tristesse et le recueillement que l'Eglise nous prêche dans ces jours de dévotion, soient convertis en des fêtes et en une joie toutes profanes, et que ces derniers jours du carnaval, qui sont comme le prélude du saint temps du Carême, soient des jours de débauche et de dissolutions, dévoués à des divertissements tout païens et aux spectacles. C'est ce déréglement devenu si commun et si universel, qui a excité le zèle des vrais fidèles à chercher et à employer tout ce qui peut servir de digue à cet impétueux torrent et c'est aussi ce qui a donné occasion à l'établissement des prières solennelles des quarante heures. Ce fut vers le milieu du seizième siècle que le Seigneur inspira à quelques-uns de ses plus zélés serviteurs la pensée de dresser contre la licence du siècle, et les efforts du démon, cette contrebatterie.

L'an ~556, les Pères de la compagnie de Jésus, établis depuis peu à Lorette, ayant appris, avec une extrême douleur, les préparatifs extraordinaires qu'on faisait dans la ville, pour une fête de carnaval, durant les trois derniers jours qui devaient précéder le mercredi des Cendres, résolurent d'employer toute leur pieuse industrie pour rendre inutile cet artifice du démon en attirant le peuple à un plus chrétien et plus saint spectacle. Ils firent dresser une décoration des plus magnifiques et d'un nouveau goût


dans leur église. Le très-saint Sacrement y fut exposé durant ces trois jours. Une symphonie exquise, une musique de dévotion des plus recherchées, remplissait tout 1~ temps qui n'était pas occupé par les prédications, les méditations et les prières. Ce religieux artifice eut tout son effet. La nouveauté et la sainteté du spectacle, en piquant la curiosité du public, toucha les spectateurs. Les spectacles profanes furent abandonnés, les Académies de jeux et de plaisirs furent désertes, et les parties de divertissements rompues les exercices de religion sanctifièrent ces trois jours, et cette nouvelle dévotion produisit des fruits si salutaires, elle fut tellement goûtée des âmes pieuses, que non-seulement l'Italie, mais presque toutes les principales villes de l'Europe suivirent un si saint exemple. L'Epître de la messe de ce jour est prise du treizième chapitre de la première lettre que saint Paul a écrite aux Corinthiens, où le saint Apôtre expose la nécessité de le charité, ses devoirs, son excellence sur la foi, l'espérance, et les autres dons de Dieu. Saint Paul étant à Éphèse, apprit par Stephanas, Fortunat et Acaïque, qui l'y étaient venus voir de Corinthe, ou par des lettres qui lui furent rendues de la part des principaux de l'Eglise de Corinthe, qu'un esprit de schisme et de division s'était glissé parmi les fidèles, depuis qu'il en était absent. Il leur fait voir que, quand ils auraient reçu tous les dons de Dieu les plus estimables, s'ils manquent de cette charité chrétienne, qui unit tous les esprits et tous les cœurs, et laquelle Jésus-Christ veut être le caractère de distinction de tous ceux qui le servent, toutes leurs prétendues vertus sont défectueuses, apparentes, et ne leur servent de rien.

Les Corinthiens, accoutumés à la distinction des différentes sectes des philosophes qui régnaient dans la Grèce, crurent d'abord qu'il en était à peu près de môme dars l'Eglise; et que Pierre, Paul, Apollo, qu'ils révéraient comme les docteurs de la foi, formaient autant de sectes à part, et avaient chacun leur pirti. Et quoiqu'ils enseignassent tous la même doctrine, les Corinthiens faisaient gloire d'être particulièrement les disciples de ceux qui les avaient baptisés chacun relevait le mérite de celui qui l'avait instruit, et cette particularité causait entre eux de la division, et formait une espèce de schisme. J'apprends, mes frères, avec une extrême douleur, leur dit le saint Apôtre, qu'il y a des contestations parmi vous Quia contentiones sunt ir ter vos. Chacun de vous dit de son côté Moi je suis à Paul, moi à Apollo, et moi à Pierre. Jésus-Christ est-il divisé? est-ce que Paul a été cruciné pour vous, ajoute-t-il, ou que vous avez été baptisés au nom de Paul? Divisus Est Christus ? numquid Paulus crucifixus est pro vobis, aut in nomine Pauli &a~:za<! estis? C'est de tout temps que la jalousie et la haine cachée sous le ne asque de la religion ont formé des partis parmi les personnes qui font profession de piété. Mais, hélas on ne dit pas seulement aujourd'hui Je suis à Paul, et moi à Apollo; n'ajoute-t-on jamais: Je suis à Apollo contre Paul, je suis à Paul contre Apollo? L'esprit de division et de parti ne fut jamais l'esprit de Dieu. C'est cet esprit contentieux et si contraire à la charité chrétienne, que saint Paul entreprend de détruire. Les Corinthiens étaien. naturellement opiniâtres contentieux. Saint Clément, dans la lettre qu'il leur écrivit quelques années après le saint Apôtre, leur reproche encore leur esprit de contestation, leurs procès et leurs divisions domestiques. Saint Paul les en reprend ouvertement Audio, leur dit-il, se:s;M~as esse inter vos j'entends dire qu'il y a de la division parmi vous. Ce fut donc pour abolir ces divisions, et en faire tarir la source, qu'il s'étend si au long, dans ce chapitre treizième,


sur la charité envers Dieu et envers le prochain. Il en fait voir la nécessité, les caractères, l'excellence et les avantages d'une manière si éloquente, et dans un style si vif, que rien n'est plus propre à faire naître ou à entretenir cette vertu dans les cœurs. Eussé-je, leur dit-il, toutes les vertus dans un degré éminent, eussé-je le don des langues, celui de prophétie, l'intelligence des mystères les plus profonds, et une science universelle si j'avais même tout ce qu'on peut avoir de foi, jusqu'à faire changer de place aux montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien, Dieu ne me tiendra compte de rien. La charité est infiniment plus estimable que le don des miracles aussi n'est-ce pas au pouvoir d'opérer des prodiges que le Seigneur a voulu qu'on distinguât ses disciples, c'est à la charité qu'ils auraient les uns pour les autres /M hoc cognoscent omnes quod discipuli MM estis. Saint Paul parcourt tous les dons surnaturels, toutes les vertus, même les plus éclatantes, et il conclut que s'il n'a pas la charité de Dieu et du prochain; l'une ne saurait être sans l'autre; il conclut, disons-nous, qu'il n'a rien fait, que tout cela ne lui sert de rien pour son salut. Si je livrais même mon corps, dit-il, jusqu'à être brûlé, et que la charité me manquât, nihil M:7M'~o~, tout cela me serait inutile. Le démon a ses martyrs, comme il a ses confesseurs ceux-ci soutiennent l'erreur avec opiniâtreté ceux-là donnent même leur sang par un ensorcellement de secte. Mais qui ne sait que le martyre enduré hors de l'Eglise, dans l'hérésie, dans le schisme, enduré dans la haine de son prochain, dans le péché sans contrition, sans regret, ne sert de rien pour le salut à celui qui le souffre Le martyre ne sert qu'autant qu'il est l'effet de l'amour de la vérité et de la justice l'effet de l'amour de Dieu et du prochain. Quelle illusion, Seigneur, dans ceux qui se repaissent d'une idée apparente de pieté et de religion, tandis qu'ils vivent dans la froideur, et même dans l'inimitié envers leurs frères! Saint Paul, après avoir raconté les qualités de la véritable charité, et les défauts dont elle est exempte, finit par dire ce qui est absolument et pour toujours nécessaire en cette vie, ce que nous devons souhaiter sur toutes choses de ne perdre jamais; ce ne sont pas ces dons extraordinaires, c'est la foi, l'espérance et la charité. Encore, de ces trois vertus, la foi et l'espérance n'auront plus lieu dans le ciel, à cause de la vision intuitive et de la présence de Dieu. Ainsi c'est en tout sens à la charité que nous devons donner le premier rang A~OH autem manent fides, spes, charitas, tria /~c.- major autem horum est charitas.

L'Evangile de la Messe de ce jour est tiré du chapitre dix-huitième, selon saint Luc; où le Sauveur ayant pris ses douze Apôtres avec lui, pour aller à Jérusalem, leur prédit clairement tout ce qui devait lui arriver dans cette malheureuse ville. C'était pour la dernière fois que Jésus y devait aller. Il était à Ephrem, près le désert de Judée, où il demeura quelque temps avec ses disciples, après la résurrection de Lazare il n'en sortit que le 22 ou le 23 mars, pour aller faire la Pâque à Jérusalem et ce fut dans ce voyage qu'il dit à ses Apôtres ce que nous lisons dans cet Evangile.

En allant à Jérusalem, il marchait si vite, dit saint Marc, que bien qu'il considérât cette misérable ville comme le théâtre de ses opprobres, le zèle dont il brûlait, et le désir ardent qu'il avait de donner son sang pour le salut des hommes, le faisait courir et devancer de beaucoup tous ceux qui l'accompagnaient. Il leur déclara donc que le temps était venu auquel tout ce que les Prophètes avaient prédit de ses souffrances et de sa mort serait accompli. Vous voyez, leur disait-il, que nous allons à Jérusalem


C'est H que le Fils de l'homme sera trahi et livré entre les mains des princes des prêtres, des docteurs de la loi, et des magistrats, qui le livreront aux Gentils. C'est là qu'on l'exposera à la risée d'une populace insolente, qu'on lui crachera au visage, q.i-on le déchirera à coups de fouets, et qu'enfin on le condamnera à mourir sur une croix mais que sa mort sera suivie d'une résurrection glorieuse. T~ut ce discours était pour les Apôtres une énigme Ils ne pouvaient comprendre que le Messie, attendu depuis si longtemps, dût être traité d'une manière si indigne et ils ne pouvaient accorder tant d'ignominies avec tant de dignité et de grandeur dans la personne de leur Maître. Le mystère de la mort du Fils de Dieu, pour le salut des hommes, leur était ancore caché. Jésus-Christ ne laissait pas de leur tenir souvent ce discours, afin que quand ils verraient s'accomplir ce qui leur avait été prédit si positivement, ils se rassurassent, et comprissent au moins alors que les souffrances du Sauveur avaient été volontaires, et qu'il n'était mort que par son choix.

Jésus s'entretenait ainsi avec ses Apôtres, lorsqu'approchant de Jéricho, un aveugle qui était assis le long du chemin et qui demandait l'aumône, entendant passer une troupe de gens qui sortaient de la ville pour aller au-devant du Sauveur, s'enquit de ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui passait, et aussitôt il s'écria « Jésus, Fils de David, ayez pitié de moi ». Que cet homme fut heureux de savoir si bien profiter de la présence du Sauveur Hélas s'il eût manqué l'occasion, il y a bien de l'apparence qu'il serait mort dans son aveuglement. II est aussi des moments où Jésus-Christ s'arproche plus près d'un pécheur, en lui faisant sentir de plus vives impressions de sa grâce; ces moments sont précieux, et souvent ils ne reviennent plus. Malheur à qui les laisse échapper Ceux qui allaient devant 1 ui, dit l'historien sacré, lui disaient rudement de se taire mais alors il criait plus fort « Fils de David, ayez pitié de moi '). Non-seulement les Juifs, mais même les étrangers et les païens qui fréquentaient les Juifs, étaient persuadés que le Messie devait être de la race de David, aussi ne le désignait-onque sous cette qualité. Jésus s'arrêta, fit approcher cetaveugle, et lui demanda ce qu'il souhaitait « Hélas » répondit-il, « tout ce que je vous demande, c'est que je voie D.– «Voyez)., lui dit Jésus, et il vit aussitôt. Ce miracle fit grand bruit l'aveugle qui avait été guéri ne voulut plus quitter son insigne bienfaiteur; il le suivit, et devint un de ses disciples. Quiconque, dit saint Grégoire, reconnaît les ténèbres de son aveuglement, quiconque ressent qu'il est privé de la lumière éternelle, qu'il crie au fond du cœur qu'il fasse éclater la voix d.~ son âme, et qu'il dise à haute voix Jésus, Fils de David, ayez pitié de mci Jesu, /ï~, MM's~'e mei.

Le Père Croiset.

LE MERCREDI DES CENDRES

C'est aujourd'hui, mes très-chers frères, dit saint Bernard, que nous commençons le saint temp; du Carême ce temps de combat et de victoire pour les chrétiens, par les armes du jeûne et de la pénitence ~o~'c <


e~ sacrum CM~ aggredimur, tempus ~men' Avec quel courage, quelle confiance, quelle ferveur devons-nous commen~Scc~ri~ mais avec quelle religion et quelle exactitude devonsnous observer ce jeûne solennel c'est une loi, dit saint Bernard, commune à tous les fidèles Nobis singularis est Aa'e o~N~o, una omnium est quicum~< Jésus-Christ a jeûné quarante jours et quarante nuits; un chrétien oserait-il se dispenser du jeûne du Carême? ~<C/m o~~ christianis? Saint Augustin dit que le jeûne de quarante jours, établi dans l'Eglise, est autorisé et par l'Ancien Testament et par le Nouveau. Par l'Ancien, puisque Moïse et Elie ont jeûné un pareil nombre de jours de suite; par le Nouveau, puisque l'Evangile nous apprend que Jésus-Christ en a jeûné autant par où nous voyons la conformité de l'Evangile avec la loi figurée par Moïse, et avec les Prophètes représentés par Elie Demonstrans Evangelium non dissentire a lege et prophetis. C'est pour cela sans doute, ajoute ce saint docteur, que JésusChrist parut entre Moïse et Elie à sa Transfiguration, afin de marquer plus authentiquement ce que l'Apôtre dit du Sauveur que la loi et les Prophètes lui rendent témoignage Ye~eeKa a /~e etprophelis. On peut dire avec vérité que le jeûne du Carême est aussi ancien que l'Evangile puisque le Fils de Dieu ne commença à prêcher son Evangile qu'après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits; mais quoique l'on puisse dire que ce fut là la première institution du Carême, puisque saint Jérôme dit que Jésus-Christ sanctifia alors le jeûne des chrétiens Iste est Dominus, qui cM~ diebus jejunium e~~M~ sanctificavit, on ne peut pas dire que l'exemple de Jésus-Christ ait été dès lors une loi inviolable, à laquelle tous ses disciples aient été assujétis. Il paraît même par la réponse que le Sauveur fit aux pharisiens, qu'il n'avait voulu obliger ses disciples à jeûner, qu'après qu'ils auraient été privés de la présencé de l'Epoux céleste; un jour viendra, dit-il, que l'Epoux leur sera ôte, et alors ils ieûneront Venient autem dies, cum au feretur ab eis sponsus, et )'MHC.;e?MHNbunt. En effet, à peine le Sauveur fut monté dans le ciel, que les jeûnes furent fort fréquents parmi les chrétiens. Aussi, quoique le jeûne soit de commandement divin ..l'établissement du Carême, c'est-à-dire la forme aucune ou la manière de jeûner un nombre réglé de jours avant Pâques, est d'institution apostolique. Le Sauveur, dit saint Jérôme, sanctifia par son jeûne de quarante jours le jeûne solennel des chrétiens, et son exemple fut la première institution du Carême; mais il n'en fit point alors un commandement exprès; ce fat probablement depuis sa résurrection jusqu'à & son ascension, qu'apprenant à ses Apôtres de quelle manière ils devaient former son Eglise et les observances religieuses qu'il voulait qu'on y établît, il leur apprit le temps et la forme du jeûne du Carême. L'exemple du Sauveur du monde en Oxa le nombre des jours, et le temps immédiatement avant Pâques leur parut le plus propre pour servir de préparation à cette grande fête. En effet, dit saint Augustin, on ne pouvait prendre dans toute l'année un temps plus convenable pour le jeûne du Carême, que celui qui aboutit à la Passion de Jésus-Christ et c'est aussi celui que le Saint-Esprit a fixé dans l'Eglise.

Comme les six semaines du Carême ne comprennent que trente-six jours de jeûne, l'Eglise, toujours conduite par l'Esprit-Saint, y a ajouté les quatre jours précédents, et a fixé le commencement de cette sainte quarantaine au mercredi des Cendres. On sait assez que c'est de cette sainte cérémonie de mettre les Cendres sur la tête, que ce premier jour du jeûne du Carême est


ainsi appelé. Ce n'est pas seulement dans la nouvelle loi, c'est encore dans l'Ancien Testament, que les Cendres ont été le symbole de la pénitence, et la marque sensible de la douleur et de l'affliction. Thamar, voulant témoigner son deuil et sa dou leur, met de la cendre sur sa tête cinerem capiti suo. Je m'accuse moi-même, dit Job parlant au Seigneur, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre Ipse me ~S~ favilla et cinere. Les Israélites, effrayés à l'approche d'Holopherne, et les prêtres voulant apaiser la colère de Dieu, lui offrent des sacrifices ayant la tête couverte decendres: cinis super capita eorum. Mardochée, consterné à la nouvelle du malheur qui menaçait toute sa nation, se revêt d'un sac et se couvre la tête de cendres Indutus est sacco, spargens capiti. Tout le peuple en fit de même dans les~rovince~ ~r. sacco et cinere. Les vieillards de la fille de Sion, dit Jérémie dans ses Lamentations, ont couvert leur tête de cendres, par un esprit de pémtence Corisperserunt cinere capita sua. Daniel joint, au jeûne et à la prière, la cendre, pour apaiser le Seigneur irrité contre son peuple ~< Le roi de Ninive, voulant apaiser le Seigneur, descend de son trône, .e couvre d'un sac, et s'asseoit sur la cendre indutus est sacco, et sedit in cinere. Les Machabées accompagnërent !eurjetne solennel de la cérémonie des cendres qu'ils mirent sur leur tête Jejunaverunt, et cinerem capiti suo. Dans la nouvelle loi, la cérémonie des Cendres n'a pas été moins en usage que dans Jésus-Christ, reprochant à ceux de Corozaïn et de Bethsaide leur endurc:ssement et leur indocilité, dit que si les miracles qui ont été faits chez eux avaient été faits dans Tyr et dans S do iT~rait longtemps qu'elles auraient fait pénitence avec le sac et I~cende.~ cilicio et ~< egissent. Rien ne fut plus ordinaire aux pénitents dès les premiers jours de .'Eglise. Les Pères et les Conciles anciens ont toujours joint les cendres à la pénitence. Optat reprochait aux Donatistes d'avoir mis en pénitence ces vierges consacrées à Dieu, en leur mettant des cendres sur la tête Corsecralas Deo aspersistis immundis cineribus crines. Saint Ambroise dit que la cendre doit distinguer le pénitent Cinere aspersum et opertum cilicio ~<< Et saint Isidore, évêque de Séville, dit que ceux qui entrent en pénitence reçoivent des cendres sur leur tête, pour reconnaître qu'en suite du péché, ils ne sont que poussière et que cendre, et que c'est avecjustice que Dieu a prononcé contre eux cette sentence de mort Asperguntur ut sint ~J~~ favillam cineris perpendamus mortis sententiam ad quam peccando perve-

na'mus.

Réginon a emprunté des anciens Conciles la manière dont on mettait en pénitence les grands pécheurs, et la cérémonie du jour des Cendres. Tous les pénitents, dit-il, se présentaient à la porte de l'église couverts d'un sac, les pieds nus et avec toutes les marques d'un contrit et humilié. Lévequeou le pénitencier leur imposait une pénitence proportionnée à leurs péchés. Puis ayant récité les psaumes de la pénitence, on leur imposait les mains, on les arrosait d'eau bénite et on couvrait leur tête de cendres. Voilà quelle était la cérémonie du jour des Cendres, ou des premiers jours de jeûnes du Carême pour les pécheurs publics, dont les fautes énormes avaient fait de l'éclat <.t causé du scandale. Mais comme tous les hommes sont pécheurs, dit saint Augustin, tous doivent être pénitents. C'est ce qui porta les udèles et csux même qui étaient les plus innocents à donner en ce jour cette marcuc publique de pénitence, en recevant les cen-


dres sur la tête. Nul des fidèles n'en fut exempt les P~

sujets les prêtres et les évêques mêmes donnèrent en public, dès ces pre-

miers temps, cet exemple si édifiant de pénitence. Et ce qui n'avait été par-

tictilier d'abord qu'aux pénitents publics, devint commun enfin à tous les

enl'ants de l'Eglise, par la persuasion où l'on doit être, selon la parole de

Jésus-Christ, qu'il n'y a personne, quelque innocent qu'il se croie, qui n'ait

besoin de faire pénitence. Les Papes mêmes subissent comme les autres

cette humiliante cérémonie de la religion; toute la distinction respectueuse

qu'on a pour le vicaire de Jésus-Christ, c'est qu'on ne dit rien quand on

lui donne les cendres.

'°1~ « Souvenez-vous,

_Í._n_ .,n"ceidrn n- (~P

~Temertl0, lLU7lEV, qtertb Nu. vu,v. rnn- poussière ». Ce

homme, que vous êtes poussière, et que vous retournerez en poussière o. Ce

sont les mémorables paroles que Dieu dit au premier homme dans le

moment de sa désobéissance, et ce sont celles que l'Eglise adresse en par-

ticulier à chacun de nous, par la bouche de ses ministres, dans la cérémo-

nie de ce chacun de de malédiction, dans le sens que Dieu les prononça,

E~ Parole de malédiction, dans le

dit le plus célèbre des orateurs chrétiens mais paroles de grâce et de salut

se propose en nous les faisant entendre. Paroles ter-

ribles et foudroyantes pour l'homme pécheur, puisqu'elles lui signifient

l'arrêt irrévocable de sa condamnation à la mort; mais paroles douces et

consolantes pour le pécheur pénitent, dit saint Chrysostome, puisqu'elles

lui enseignent la voie de sa conversion par la pénitence. Prenez dans la main une e~.née de cendres, dit Dieu à Moïse et a Aaron, et répandez-la sur le peuple Tollite manus plenas cineris de Camino, illum ~7 coram Pharaone. Cette cendre ainsi dispersée, dit l'Ecriture, fut comme la matière dont Dieu forma ces tléaux qui affligërent toute l'Egypte et qui y causèrent une si générale désolation. L'effet de la cérémonie de ce jour a un effet bien différent dans le Christianisme, puisque les prêtres de la loi nouvelle ne répandent aujourd'hui de la cendre sur nos têtes, que pour apaiser la colère du Seigneur par cet acte d'humiliation, pour nous attirer les grâces et les faveurs de Dieu, pour nous rendre capables d'en épro~r !rbonté et pour exciter dans nos cœurs les sentiments d'une véritable pénitence; et c'est dans cet esprit et dans cette disposition qu'on doit pratiquer en ce jour la cérémonie des cendres. Elles sont faites du bois des rameaux qui ont été bénits l'année précédente, et portés en procession le dimanche des Rameaux. Ces cendres sont encore bénites par le prêtre avant que de les répandre sur la tête des fidèles; et il ne faut qu'entendre les .prières dont l'Eglise se sert pour cette bénédiction, pour comprendre avec quel esprit de religion on doit participer à cette salutaire cérémonie. Le prêtre commence la bénédiction des cendres par ce verset du psaume soixante-huitième ~m< quoniam ~~c~n~ tua Exaucez ma prière, Seigneur, vous .qui prenez tant de plaisir à faire du bien; suivez les mouvements de votre infinie miséricorde, et jetez les v~Tur moi Secundum multitudinem miserationum tuarum respice m me. Dieu tout-puissant et éternel, continue le prêtre, rendez-vous propice à ceux qui vous prient avec confiance, et pardonnez aux pécheurs pénitents. Daignez envoyer votre saint ange du haut des cieux, qui bénisse et sanctifie ces cendres, afin qu'elles deviennent un remède salutaire à tous ceux qui, avec un coeur contrit et humilié, implorent votre saint nom, confessent publiquement qu'ils sont pécheurs, et, pénétrés d'une, vive douleur de vous ~o~nsé, se prosternent aujourd'hui devant vous, implorant votre infinie miséricorde; daignez, Dieu de bonté, vous laisser toucher par cet


acte de religion, et faites, par l'invocation de votre saint nom, que tous ceux qui recevront ces cendres sur leur tête, outre le pardon de leurs péchés, reçoivent encore et la santé du corps et le salut de l'âme, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ut quicumque eos super se asperserint, pro redemptione peccatorum suorum, corporis MM~a~ et <m~ tutelam percipiant, per Christum .OotH!'H'<m nostrum.

0 Dieu, qui ne voulez pas la mort, mais la conversion des pécheurs, daignez avoir pitié de la fragilité humaine, continue le prêtre, et daignez par votre miséricorde bénir vous-même ces cendres que nous voulons mettre sur notre tête, et pour marque de l'humilité chrétienne dont nous faisons profession, et pour obtenir par cet acte de pénitence le pardon que nous espérons, afin que, tandis que nous reconnaissons par là que nous ne sommes que poussière, et qu'en punition de notre prévarication, nous retournerons en poussière, nous obtenions de votre miséricorde le pardon de tous nos péchés et la récompense que vous avez promise à ceux qui font une véritable pénitence. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur, ainsi soit-il. Et s~M:a NœK:<fK~Ms repromissa consequi mereamur.

0 Dieu, qui vous laissez fléchir par l'humiliation et gagner par une satisfaction sincère, poursuit-il, daignez écouter nos prières et nos voeux; et tandis que la tête de vos serviteurs est couverte de ces cendres, répandez votre grâce dans leurs cœurs, afin que vous les remplissiez de l'esprit de componction, que vous leur accordiez l'effet de leur juste demande, et qu'ils ne perdent plus les grâces que vous leur aurez accordées. Nous vous en supplions par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. ~po~M~enM< e/~cae~er !;n'&Mas; et eoKCMM, perpetua stabilitate, intactos manere decernas. Dieu tout-puissant et éternel, qui avez bien voulu pardonner aux Ninivites couverts de cendres et revêtus d'un sac, pour marque de leur pénitence, accordez-nous, par votre miséricorde, la grâce qu'en les imitant aujourd'hui par les marques de notre pénitence, nous obtenions comme eux le pardon de nos péchés, par notre Seigneur, etc. L'Eglise termine cette bénédiction des cendres, par exhorter tous les fidèles d'une manière pathétique, et dans le sens du prophète Joël, à rendre utile et efficace la cérémonie des cendres Immutemur habilu, in cinere et C!C:o; ne nous réformons pas seulement au dehors, par la modestie des habits dans la cendre et dans le cilice Jejunemus, et ploremus ante Dominum. Jeûnons et accompagnons notre jeûne des larmes de contrition que nous devons répandre devant le Seigneur Quia multum misericors est c&m:~e peccata nostra Deus noster, parce que notre Dieu est plein de bonté et de miséricorde, et toujours prêt à nous pardonner nos péchés. Emendemus in melius cMa? MM<M-an~ peecaMHMts Corrigeons les fautes que nous avons faites ou par faiblesse et par ignorance, ou par malice, et ne différons point, de peur que, surpris par la mort, nous n'ayons pas le temps de nous convertir subito prxoccupati die mortis, $M;BMMmS spatium pœHt~H)! et invenire non

possimus.

~L~pître qu'on lit à la Messe de ce jour est prise du prophète Joël, au chapitre second. Rien ne peut mieux convenir à l'esprit et à la célébrité de ce jour; le Prophète prend occasion des fléaux dont Dieu châtiait :les péchés de son peuple, pour porter ce peuple à apaiser par le jeûne et par la pénitence la colère de Dieu, et lui prédit que le Seigneur, fléchi par l'humiliation, par les macérations du corps et par la prière, répandra ses bénédictions sur les contrits et les humiliés, et comblera de biens les âmes véritablement pénitentes. Le style de ce Prophète est pompeux, magnifique,


véhément, expressif, figuré, et en même temps vif, touchant et pathétique. L'allégorie des sauterelles comparées à une armée est parfaitement bien soutenue. Ses peintures sont vives. Il peint les choses et les met comme sous les yeux. Scindite corda ~e~a, dit-il, <?~ non vestimenta vestra Déchirez vos cœurs et non pas vos habits, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est bon et compatissant, qu'il est patient et riche en miséricorde Convertimini ad Dominum Deum vestrum quia benignus, et misericors est, patiens, et mûltx misericordix, et prxstabilis super malitia. Dieu est encore plus miséricordieux que nous ne sommes méchants. C'était un usage autrefois fort ordinaire de déchirer ses habits, dans le deuil et dans le transport de sa douleur. On en voit cent exemples dans l'Ecriture. Mais Dieu ne se contente point de ces marques équivoques de conversion, de douleur et de repentir, il veut une conversion sincère, une douleur intérieure, un cœur contrit et brisé de douleur il veut la conversion du cœur, la réformation des mœurs, il demande de dignes fruits de pénitence. Quis scit si convertaQui sait s'il ne se laissera point toucher à nos larmes, et si la vue de notre humiliation ne le fléchira point? Le Prophète exprime tout à la fois trois dispositions où nous devons être quand nous faisons pénitence la confiance en la bonté de Dieu, la contrition de nos péchés et la déuance de nos propres mérites. Canite tuba in Sion. On annonçait les fêtes et les assemblées au son de la trompe, comme il est ordonné dans le dixième chapitre des Nombres. Le Prophète exhorta les chefs de la nation d'assembler le peuple, et, dans cette assemblée générale, d'ordonner un jeûne solennel et d'engager tout le monde, et en particulier les ministres du Seigneur, à apaiser la colère de Dieu par leurs larmes et par leur pénitence." Que les prêtres, dit-il, prosternés entre le vestibule et l'autel, fondent en larmes et s'écrient « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne laissez point tomber votre héritage dans l'opprobre, en sorte qu'il tombe sous la domination des nations. Souffrirez-vous que les étrangers disent de nous Où est leur Dieu ? Et dicent Parce, Domine, parce populo tuo, et ne des Aa~'e~a~m tuam in opp~-o&n'MM, ut dominentur eis nationes. Dans l'état où était alors le pays, rien n'aurait éfé plus aisé aux ennemis des Juifs, que de s'en rendre maîtres. Le peuple, consterné, abattu de frayeur, affaibli par une horrible famine, n'était guère en état de résister à une armée d'Assyriens ou de Chaldéens. Le Prpphète exhorte donc les ministres du Seigneur de ne pas permettre que son peuple tombe sous la domination des étrangers, et que les nations infidèles n'aient pas à accuser le Dieu d'Israël, ou de faiblesse, ou de dureté, pour avoir ainsi abandonné son peuple à la merci de ses ennemis. Le Prophète n'a pas plus tôt exhorté tous ses frères à la pénitence, qu'il leur prédit que le Seigneur se laissera fléchir à leurs cris Zelatus est Dominus e~epM'e~po~M/o suo. Le Seigneur s'est laissé toucher à ses larmes, et il lui a pardonné; et ce pardon a été suivi de toute sorte de prospérités et d'une bénédiction abondante, tant il est vrai que la pénitence désarme Dieu, quelque irrité qu'il soit, et ramène la prospérité et le calme.

L'Evangile de la messe de ce jour est pris du sixième chapitre de l'Evangile selon saint Matthieu, où Jésus-Christ nous apprend la pureté d'intention qu'on doit avoir dans le jeûne. Le Sauveur venait d'apprendre à ses Apôtres comment ils devaient prier, en leur donnant un modèle de la plus excellente prière; et comment ils devaient pardonner les injures, se réservant d'être lui-même le modèle le plus parfait d'une si excellente charité. Après leur avoir donné ces préceptes sur l'oraison et sur le pardon des


injures, il leur en donna un sur le jeûne, qui doit accompagner et soutenir l'oraison. Voulez-vous savoir, leur dit-il, quels jeûnes sont saints c. agréables à Dieu ? ce sont ceux que l'on pratique en secret. Ne vous é o~nez donc pas si je vous défends d'imiter les hypocrites qui jeûnent et font

parade de leur austérité, dont la vertu n'est point dans le cœur, mais sur

le visage qui par une mine pénitente, par un extérieur triste et austère,

par des jeûnes longs et rigoureux, tâchent de se mettre en "réputation de

gens mortifiés, et d'imposer par un dehors séduisant et hypocrite. Tenez pour certain ce que je vous ai déjà dit et ce que je vous dis encore, qu'il

n'y a point d'autre récompense pour eux que cet honneur vain dont ils se

repaissent. J'attends tout autre chose de vous, car je veux qu'aux jours

de jeûne vous vous parfumiez la tête, que vous vouslaviez le visage, comme

vous avez coutume de faire aux jours solennels et aux jours de réjouis-

sance, afin que sous un visage gai, vous cachiez l'austérité de votre jeûne

et que, s'il se peut, il n'y ait que Dieu qui sache que vous jeûnez, et ceux à qui vous devez ce bon exemple, s'il est nécessaire. C'est ce que Dieu aime,

c'est ce qu'il estime; plus vous cacherez aux hommes vos pénitences, plus

la récompense en sera un jour publique et glorieuse. Un chrétien vraiment

pénitent cache avec soin aux yeux des hommes les rigueurs auxquelles il

se condamne; comme il n'a offensé que son Dieu, c'est à Lui seul qun veut plaire; il~e trop peu les peines dont il s'afflige, pour ne pas craindre d'en diminuer le mérite en les exposant aux yeux des hommes. Nous devons pourtant faire les hommes témoins de notre pénitence, si nous les avons faits témoins de nos désordres. Le scandale ne se répare guère que par la conversion et la réformation des mœurs a.

Dans le deuil et dans le jeûne, on n'usait ni de bain ni de parfum. Jésus-Christ n'ordonne pas de s'en servir dans l'exercice de lapémence ce n'est nasale sens de ses paroles il veut seulement qu'on soit si éloigné de l'affectation de~araitre jeûneurs, que l'on paraisse tout le contraire et qu'au lieu de l'air triste et ~stëre des pharisiens, nous prenions des manières aisées, ouvertes, un air gai et content; il veut que nous agissions sans affectation, sans vanité, sans fard, sans hypocrisie Ne videaris tuuna

jejunium vendere hominibus, dit saint Ambroise, ne videaris contristari in

animx lux salute; afin qu'il ne paraisse pas que vous vendez aux hommes

votre jeûne, pour ainsi dire et que c'est avec tristesse et avec chagrin que vous travaillez à votre salut, en prenant un air sombre et pleureur, qui dise

à chacun que l'on jeûne.

C'est encore, poursuit le Sauveur, une autre faiblesse assez commune dans le monde, que la trop grande passion d acquérir du bien. Le Sauveur ajoute le détachement des biens terrestres au précepte du jeûne pour prévenir le pitoyable motif de ceux qui par une avarice sordide, ne jeûnent que pour épargner <<dit saint Augustin, ut p~ nostra afin que l'épargne de nos jeûnes entre dans le trésor de Jésus-Christ par la main des pauvres, et ne devienne pas l'aliment de notre avarice. Je ne vous empêche pas, dit-il à ses disciples, d'amasser de grands trésors, pourvu que ce ne soit pas des trésors de la nature de ceux qu'on amassé sur la terre, que la rouille et les vers consument, et que les

voleurs peuvent vous enlever. Ne songez donc point à vous faire ailleurs

des trésors que dans le ciel, où il n'y a ni rouille, ni vers qui consument,

où il n'y a point de voleurs qui creusent et qui dérobent dans le ciel où les

biens qu'on a amassés sont inaltérables, inamissibles et éternels. D'ailleurs,

si, selon l'ancien proverbe, où est le trésor, là est le coeur, n'est-il pas plus


juste et plus utile d'élever sans cesse votre cœur au ciel, votre chère patrie, que de l'attacher à la terre, le triste lieu de votre exil ? o

Saint Hilaire, expliquant ces paroles de Jésus-Christ Ne mettez point votre trésor, dit-il, dans l'opinion et dans les louanges des hommes n'attendez point d'eux votre récompense, mais ne l'attendez que de Dieu seul. Hélas que les hommes sont peu raisonnables et qu'ils connaissent peu leurs véritables intérêts! nous n'avons d'empressements, d'activité que pour les biens de la terre; biens faux, frivoles, vides, biens apparents qui n'ont rien de durable, et qui doivent nécessairement nous être enlevés tôt ou tard. Aveugles que nous sommes que ne tournons-nous nos vues et nos soins vers le ciel vers ces véritables richesses dont la possession doit être éternelle, et qui seules peuvent à jamais remplir nos désirs? le juste n'a point d'attache à la vie c'est qu'il compte pour rien les biens dont il jouit. Il n'a travaillé, et il ne travaille encore à tout moment que pour le ciel c'est là qu'est son trésor, et par conséquent son cœur. Qu'il est sage, qu'il est heureux ce juste de ne pas s'attacher ici-bas où il est étranger, et de faire passer tout le fruit de son travail dans le ciel, sa véritable, son éternelle patrie quelle différence à la mort entre le pécheur et le juste le cœur du pécheur est tout à la terre, et il la lui faut quitter le cœur du juste est au ciel, et la mort lui en ouvre l'entrée. Le mot de trésor, disent les interprètes, signifie non-seulement de l'argent monnayé, mais encore des meubles et des habits précieux, des amas de grain et de provisions pour la vie; la rouille ne gâte que le métal, les vers rongent les meubles, les habits et le grain.

LcPereCroMot.

LE JEUDI D'APRÈS LE JOUR DES CENDRES

Comme le jeûne du Carême est un remède efficace pour guérir les ma ladies de l'âme, l'Eglise nous propose en ce jour l'histoire des deux guérisons corporelles miraculeusement opérées dans deux personnes, dont l'une était de la première et do la plus noble qualité parmi les hommes; et l'autre de la dernière et de la plus vile condition, pour nous faire voir qu'il n'y a aucun état dans le monde qui soit exempt du bienfait de la rédemption et du salut Omnes /M~M;M vult salvos fieri; Dieu veut que tous les hommes se sauvent, et qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité. Le premier exemple d'une guérison miraculeuse est celui du roi Ezéchias dont l'Eglise nous fait lire l'histoire dans l'Epître de la Messe. L'autre est celui du valet d'un centenier, capitaine d'une compagnie de cent hommes; et ce miracle fait le sujet de l'Evangile de ce jour.

Ezéehias, roi de Juda, était nls d'Achaz et d'Abi, et petit-fils de Joatham c'était un prince très-religieux. Il rétablit entièrement le culte du vrai Dieu dans le royaume de Juda, dont il prit le gouvernement vers l'an 727 avant Jésus-Christ. Les Juifs avaient donné dans la plupart des superstitions païennes par la négligence et peut-être l'irréligion de ceux qui les gouvernaient, et par le commerce qu'ils avaient eu avecles païens. Le pieux


d-euxsurlesconin: qui étaient dressés à l'honneur des faux x dieux sur les collines, o~e~ à ces fausses divinités, et tout le serpent d'airain que les Juifs conservaient, et cela afin de leur tout sujet d'idolâtrie. Eusèbe dit qu'il supprima plusieurs livres de Salo-

mon, qui traitaient des choses naturelles, à cause de l'abus que les simples

en faisaient. Après avoir rétabli la religion et le bon ordre dans le royaume, il fit la guerre aux ennemis de 1' ? brave que religieux, il défit les Philistins qui s'étaient révoltés déjà contre son père.

Dans la quatrième et sixième année de son règne, Salmanasar prit Samarie, et mit fin VersJe~me~JT~ roi Ozée qui mourut en conquêtes da~s~ P~~ Sennachérib, roi des Assyriens, fit

de grandes conquêtes dans la Palestine et dans des provinces voisines, entra

en Egypte et en fit la conquête. Irrité contre Ezéchias, qui avait refusé de lui payer le tribut qu'il exigeait de lui, il envoya Rabsacès, l'un de ses offi-

ciers, lui faire des menaXudr~ ~s ofS-

ciers, lui faire des menaces foudroyantes, se moquant de la confiance que ce religieux prince avait en Dieu, contre les forces d'un monarque à qui

jusqu'alors nulle puissance n'avait résisté. Ezéchias entendant ces menaces

msultantes eut recours à Dieu et nnn-~ entendant ces menaces

insultantes eut recours à Dieu et pour implorer son secours, il se couvrit

d'un sac, alla dans le Temple, où il fit lire les lettres blasphématoires de

Sennachérib, et y resta longtemps en prières. Le prophète Isaïe lui fit dire

de ne point craindre ces meniez P? )~- T P~P~~s Isaïe lui Bt dire

de ne point craindre ces menaces, et lui promit que Dieu combattrait pour

lui. En effet, Sennachérib ayant mis le siége devant Jérusalem, avec unearmée formidable, Dieu envoya un ange pendant la nuit, qui tua cent

quatre-vingt-six mil~o~ <J fa~~

quatre-vingt-six mille hommes qui faisaient presque toute l'armée de ce prince, avec les chefs. Sennachérib, voyant le matin cette grande défaite,

prit la fuite et se retira dans ses Etats, laissant tout son bagage au pouvoir

de ceux dont il croyait la ruine assurée P~

cetX:cu~ du Dieu des armées dans

cette miraculeuse défaite de l'armée du roi des Assyriens; mais l'Ecriturc

dit que ce prince ne reconnut pas assez les grâces que Dieu lui avait faites,

et que s'étant laissé aller à l'orgueil, Dieu l'avait puni et Mais

ne le châtia qu'en bon nère et~? /r numitié. Mais Dieu

ne le châtia qu'en bon père, et sa punition fut pour lui une nouvelle preuve de sa bonté. Ezéchias tomba dangereusement malade. Les Juifs veulent qu'il ait été puni, pour n'avoir pas rendu de solennelles actions de grâces pour un si signalé armées et pour n'avoir pas chanté un cantique de

louanges au Dieu des armées, après la défaite de Sennachérib, à l'imitation

de Moïse, d'Anne, mère de Samuel, .~De~'O~~ qu'il en soit, sa maladie parut mortelle. Le prophète Isaïe l'étant venu trouver, lui

dit « Mon prince voici ce m~ )~ trouver, lui

dit n'avez prince, voici ce que le Seigneur m'ordonne de vous dire: Vous n'avez qu'à mettre ordre aux affaires de votre maison; car vous

mourrez, et vous ne réchapperez point de cette maladie Il, Cet arrêt de

mort, sorti de la bouche d'un si grand Prophète, consterna ce prince qui n'était alors qu'à la quatorzième année de son règne. Il tourna le visage

vers la muraiile pour prier avec n]n< -n~ visage

vers la muraille pour prier avec plus de recueillement et de respect, et

pour répandre des larmes dans l'amertume de son cœur, avec plus de

liberté; saint Jérôme croit qu'il se tourna du côté du temple. Là, répandant son cœur devant Dieu s~ (( ayez pitié de votre serviteur, et laissez-vous toucher par mes larmes. Souvenez-vous que j'ai marché devant vous avec un cœur droit et pur, avec une fldélité cons-

tante et persévérante 0~ ~5"' ~ts cous-

tante et persévérante: quomodo ambulavei-im u-.pourtantj.a~.vou~o~air: je sois pécheur, je

n'ai pourtant j.amais voulu vous déplaire de propos délibél'é; j'ai toujours


faire ce qui était bon et agréable à vos yeux Et quod bonum est tn

~s. ensuite à la douleur, il versa une grande abondance de larmes Et flevit Ezechias fletu magno.

Les justes de l'Ancien Testament ont souvent fait à Dieu de semblables

prières, où ils le suppliaient de se souvenir de leurs bonnes actions. David,

dans les psaumes, rappelle en plus d'un endroit son innocence, sa dou-

ceur, sa justice, et Néhémie prie Dieu de ne point oublier les oeuvres de

piété qu'il a faites pour le rétablissement du Temple et des cérémonies de

la loi. Cette manière de prier pouvait avoir un bon sens, surtout chez un

peuple grossier et tout matériel jusque dans les choses les plus spirituelles.

Jésus-Christ nous a enseigné une manière de prier plus juste, plus spiri-

tuelle et plus sainte il nous a appris, d'une manière plus distincte, le be-

soin continuel que nous avons que la gr âce du Sauveur nous prévienne,

=. la persévérance nous reconnaissons avec jus-

tice, que quand Dieu couronne et récompense nos mérites, il récompense

et couronne ses propres dons et ses bienfaits.

voir un des plus saints rois, si zélé pour faire

l1eurir la religion dans tous ses Etats, et qui a mené une vie si innocente et

~,i pleine de bonnes œuvres, craindre si fort de mourir, s'abattre, et se livrer

à la douleur aux approches de la mort, tandis que nous voyons timt de

Saints dans la loi nouvelle envisager la mort avec joie, triompher de joie de

se voir sur le point de voir finir leur exil, et ne craindre rien tant aux ap-

pr oches de la mort, que de vivre. Que cette différence de Saints, de l'un et

de l'autre Testament, prouve bien l'excellence de la loi nouvelle sur l'an-

cienne 1 il faut convenir que l'Ancien Testament nous propose de grands

exemples de vertus dans les Saints et dans les Patriarches; mais il faut re-

connaîlre aussi que leur vertu, quelque véritable, quelque grande qu'elle

fût, était encore brute, et en quelque façon terrestre. Il n'y a que le sang

de Jésus-Christ qui ait produit, dans les Saints de la nouvelle alliance, des

sentiments bien plus nobles et plus élevés, et une vertu plus épurée et plus

sublime. Il fallait un Homme-Dieu, pour rendre spirituels les hommes ce

n'est que dans la religion chrétienne où l'on trouve l'idée juste de la sainteté.

Dieu se laissa fléchir à la prière et aux larmes d'Ezéchias. Le Prophète

n'était point encore sorti de la cour du palais, que Dieu lui ordonna de re-

tourner chez le roi, et de lui dire que le Dieu de David, son père, avait

entendu sa prière et vu ses larmes, qu'il ne mourrait point de cette maladie,

qu'il vivrait encore quinze ans, et qu'il n'aurait plus rien à craindre des

Assyriens. Isaïe courut porter cette agréable nouvelle au roi, qui en eut

tant de joie, qu'il semblait douter encore de sa guérison. « Mais quel ~–à' dit ce prince, « pour assurance de votre

parole? » C'était après midi, et le soleil s'avançait vers son couchant.

preuve de ma prédiction », répond Isaïe, « que

l'ombre du soleil s'avance de dix lignes, ou qu'elle recule d'autant? i)

3~ s'avance de dix lignes », dit l~ roi, mais faites

qu'elle remonte d'autant ». Aussitôt le Prophète s'étant mis en prières, on

vit l'ombre qui avait déjà passé dix lignes, retourner en arrière d'une pareil nombre de degrés, dans l'horloge d'Achaz Vis ut ascendat umbra decenx

lineis, an ut revertafur totidem gradibus. In.vocavit itaque Isaias propheta

Doaninurn, et reduxit umbram per lineas quibus jam descenderat in horologio

='=~ quinze ans depuis ~T?.mm. il a régné vingt-neuf ans, ceci arriva la quatorzième année de son règne.

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Les interprètes sont assez partagés sur la manière dont était composée

cette horloge d'Achaz. Saint Jérôme semble croire que c'était une montée

disposée avec art, sur laquelle l'ombre du soleil marquait les heures. Saint

Cyrille d'Alexandrie l'a conçu de même, comme un escalier qu'Achaz, père

d'Ezéchias, avait fait avec tant d'artifice et de proportion, que par l'ombre

des marches, il désignait les heures et le cours du soleil; on croit même que le roi pouvait voir de sa chambre, et même de son lit, ces degrés, en

sorte qu'il fut témoin du retour de l'ombre du soleil en arrière. Quelques

autres veulent que cette horloge ait été unvéritable cadran, ou une montre

solaire, telle que ces premières montres qui furent en usage dans la Grèce

et dans l'Italie, où une petite colonne posée sur un plan horizontal ou per-

pendiculaire désignait, par son ombre, les différentes heures du jour, sur

différentes lignes.

Pour ce qui est de la rétrogradation, le Prophète dit clairement que ce

ne fut pas seulement l'ombre qui remonta de dix lignes, mais que le soleil remonta de dix degrés par lesquels il était déjà descendu Et reversus est

sol dece~n linez's, per ga°adus quos descenderat; et par conséquent ce jour dut

~sssssg~ pas plus à

Dieu de faire rétrograder en un moment l'ombre du soleil, de dix heures,

que de faire rétrograder le soleil même, en si peu de temps; et tous les

=~=~ doivent

s'évanouir, dès qu'il s'agit de miracle. Tout l'univers fut frappé d'un évé-

nement si extraordinaire et si merveilleux. Le bruit se répandit chez les

peuples voisins que c'était en faveur d'Ezéchias que le ciel avait fait ce

prodige. Mérodach-Baladan, roi de Babylone, lui envoya des ambassadeurs

pour le féliciter du rétablissement de sa santé, et en même temps pour

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de portento quod acciderat super terram.

L'Evangile de la messe de ce jour raconte l'histoire de l'autre guérison

miraculeuse en faveur du serviteur d'un centurion. Le Fils de Dieu étant

descendu de la montagne où il avait prêché avec tant d'admiration et de

fruit, vint à Capharnaüm suivi d'une foule de gens qui ne pouvaient se las-

ser de l'entendre. Les Gentils même entendant parler des merveilles qu'il

opérait, avaient pour lui une vénération et une estime infinies; jusque-là

que le centurion qui commandait la garnison romaine dans Capharnaüm

vint au-devant de lui, et l'ayant salué avec une profonde révérence (( Sei-

gneur», lui dit-il, (cj'ai un valet chez moi, qui est au lit paralytique, et qui

souffre de grandes douleurs )J. Belle leçon pour les maîtres chrétiens, sur la

charité envers les domestiques 1 on doit s'attendrir sur leurs maux, cher-

cher les moyens de les soulager, ne s'en point reposer tellement sur les autres, qu'on n'y donne aussi personnellement ses soins. Etevés au-dessus de ceux qui vous servent, vous appartenez au même maître usez de vos

droits sur eux, comme vous voulez que Dieu use de ses droits sur vous. Les

païens auraient eu honte de mettre dehors de la maison ceux qui étaient

EEF- de ce centurion païen à agir en

chrétien. J'irai chez vous, lui répond le Sauveur, et je guérirai le malade.

Que la disposition de Jésus-Christ pour soulager nos maux est ici bien marquée 1 Que n'ai-je, Seigneur, autant d'empressement pour la guérison de mon âme, que vous auriez de facilité à me dire, si je vous la demandais j'irai et je la guérirai. C'est un simple domestique que Jésus-Christ veut aller guérir en personne; les ministres du Seigneur doivent-ils, dans les fonctions de leur zèle, distinguer davantage le riche d'avec le pauvre,


l'homme de qualité d'avec l'artisan, le maUre d'avec le serviteur? Vous voulez venir chez moi, repart le centurion, ah je ne mérite pas que vous me fassiez cet honneur, ni que vous preniez cette peine vous n'avez qu'à dire un mot, là où vous êtes, et je suis sûr que mon valet sera guéri. Car vous ne recevez l'ordre de personne, puisque vous n'avez personne au-dessus de vous. Toute la nature vous obéit comme à son maître souverain, et vous n'avez qu'à dire qu'un malade soit guéri, et il le sera sur l'heure. Car moi je ne suis qu'un officier subalterne, je n'ai qu'à dire à mes serviteurs et à mes soldats Venez ici, allez là, faites ce que je vous ordonne et je suis obéi sans réplique sur l'heure. Ce discours plut au Sauveur, et il ne put s'empêcher d'en témoigner de l'admiration. Ce n'est pas que l'admiration qu'il fit paraître vînt d'ignorance ou de surprise, puisqu'il savait tout, qu'il prévoyait tout, que rien ne pouvait lui être nouveau; cette admiration apparente était plutôt un qu'il eut de la foi de cet officier romain, et qui lui fit dire à tout le peuple, qui le suivait En vérité, je n'ai point trouvé tant de foi dans tout Israël, dans aucun de ceux à qui j'ai fait le plus de bien, et qui sont les plus obli.es de croire et de se confier en moi. Non, il s'en faut bien que votre foi soit aussi pure, aussi ferme, aussi parfaite, que celle de cet étranger. Aussi devez-vous tenir pour certain, et je vous le prédis aujourd'hui, que beaucoup de gens venus des extrémités de l'Orient et de l'Occident auront place avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume du ciel tandis que les enfants de la maison qui pouvaient prétendre les premiers à ce royaume, comme à l'héritage qu'on leur destinait préférablement aux autres, seront jetés dans l'abîme où ils ne verront jamais le jour, où il n'y aura pour eux que désespoir, que grincement dé dents, que larmes amères. C'est ainsi que les infidèles reçoivent encore aujourd'hui la lumière de l'Evangile, et font revivre en Orient et en Occident la ferveur des premiers chrétiens, tandis que nous voyons la foi s'affaiblir parmi nous et s'éteindre. Que nous sert d'être nés enfants du royaume, si par nos infidélités nous laissons passer en d'autres mains l'héritage des enfants? La foi s'éteint dès que les mœurs se corrompent. On commence ordinairement par la corruption du cœur avant que de. voir naître les erreurs de l'esprit; elles naissent toutes de la corruption des mœurs. Peu d'hérétiques, peu de schismatiques, peu de sectaires qui n'aient les mœurs gâtées. Qu'on déguise tant qu'on voudra le dérèglement, que la passion se masque les passions les plus honteuses sont toujours ou la source, ou du moins l'etfet de l'hérésie et de l'erreur. Les chefs de parti, les hérésiarques ont pris le masque de la piété, ont alfecté des motifs spécieux et séduisants de leur révolte contre l'Eglise, pour grossir leur parti, pour imposer aux simples: mais nulle secte qui ne produise, qui n'inspire le relâchement, et tôt ou tard la dissolution. Source éternelle de pleurs et de rage dans l'enfer pour ces enfants déshérités, d'avoir été si proches du royaume des cieux, et de s'en voir privés par leur faute. Le Sauveur ne voulant pas laisser la foi vive du centurion sans récompense Allez, lui dit-il, qu'il vous soit fait selon que vous avez cru; et à l'heure même le valet fut guéri. En effet, cet officier et ceux de sa suite s'en étant retournés au logis trouvèrent le malade parfaitement guéri de sa

paralysie.

Quand l'Evangile dit que Jésus parut étonné, c'est une façon de parler, pour exprimer la satisfaction qu'eut le Sauveur de trouver dans cet étranser une foi si vive et si ferme. L'étonnement et l'admiration, supposant toujours quelque ignorance ou quelque surprise, ne sauraient être prompte-


ment attribuée à celui qui n'ignore rien. Quand le Sauveur dit lui-même qu'il n'a point trouvé une si grande foi dans Israël, il en faut toujours excepter la sainte Vierge et les Apôtres, et cette exception n'empêche pas que la foi de cet étranger n'eût de quoi confondre l'incrédulité de la nation juive. On voit assez que ces paroles « Plusieurs viendront de l'Occident et de l'Orient », c'est-à-dire de toutes les parties du monde, marquent visiblement la vocation des Gentils, lesquels par leur docilité à recevoir l'Evangile ont mérité d'être substitués à la place des Juifs et de succéder à tous leurs droits, comme il est arrivé. Les Juifs étaient les sujets naturels du royaume du Messie s'étant exclus eux-mêmes par leur ingratitude et par leur pure malice de l'Eglise de Jésus-Christ, ils ont mérité d'être bannis pourjamais de la salle du banquet céleste et d'être précipités dans les feux de l'enfer.

LE VENDREDI D'APRES LE JOUR DES CENDRES

FÈTE DE LA TRÈS SAINTE COURONNE D'ÉPINES

DE NOTRE-SEIGNEUR

Pilate, nous dit saint Jean, prit Jésus et le fit flageller, et les soldats tressèrent une couronne d'épines, la lui mirent sur la tête et le revêtirent ensuite d'une robe de pourpre. Alors ils venaient à lui, et disaient «Salut, roi des Juifs M. En même temps ils lui donnaieut des soufflets. Pilate sortit donc de nouveau et leur dit « Voici que je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun sujet de condamnation )). Jésus parut donc dehors, portant la couronne d'épines et le vêtement de pourpre.

Quand Pilate eut livré Jésus entre les mains des soldats du prétoire, ceux-ci, s'imaginant que le gouverneur l'avait appelé roi des Juifs par dérision, voulurent à leur tour se moquer de cette royauté, et revêtant le Seigneur d'insignes dérisoires, ils le dépouillèrent de ses vêtements, et le faisant asseoir sur une pierre comme sur un trône, ils simulèrent des hommages moqueurs. Une horrible pensée leur vient, la cruauté en fournit toujours de semblables, ils entrelacent et réunissent ensemble plusieurs branches de jonc marin, très-connu sur les bords de la mer Rouge. Les épines de ces joncs sont longues, solides et pointues. Une couronne affreuse est tressée et placée sur la tête de Jésus à l'aide de bâtons on frappe sur ce diadème il s'enfonce, pénètre dans le crâne et produit d'atroces déchirements et de cruelles souffrances. Le sang coule de toutes parts, son visage en est inondé; c'est en le contemplant longtemps à l'avance dans cet état


LE PREMIER SAMEDI DE CA.R.ÈME.

que le Prophète s'*écriait « Il est sans beauté et sans éclat, nous l'avons vu et il n'avait rien qui attirât l'ceil, et nous l'avons méconnu )). Il nous a paru un objet de mépris et le dernier de's hommes, un homme de douleurs, qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché, il paraissait méprisable et nous ne l'avons pas reconnu, il a pris véritablement nos langueurs et s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié. Pour comprendre le mystère du couronnement d'épines, remontons jusqu'à l'origine du monde et entendons la malédiction que Dieu prononce contre Adam devenu prévaricateur. « La terre sera maudite à cause de toi, et elle ne produira que des ronces et des épines H. Cette malédiction qui frappait la terre était le voile d'une malédiction plus redoutable qui tombait sur le cœur de l'homme. Pendant que la terre, pour obéir à la voix de Dieu, se couvre de ronces et d'épines, notre cœur, bien autrement fécond, ne produit que des vices et des passions, et devient stérile pour tout acte de vertu et de justice. Bien que Jésus se fût substitué en notre place, il ne pouvait prendre la réalité de nos péchés il n'en pouvait prendre que le signe extérieur, et la couronne d'épines dont il se laisse couronner est, selon l'expression d'un écrivain sacré, le symbole de nos péchés dont il a pris la responsabilité et le châtiment, et qui, comme des épines aiguës, sont la seule production de notre cœur. « 0 sainte couronne d'épines o, dit Pierre Origène, « c'est à toi et par toi qu'il a détruit l'ancienne malédiction )). C'est une bonté que nous ne saurions jamais trop admirer de -la part de Dieu d'avoir choisi la tête de son Fils bien-aimé pour y placer le signe de notre malédiction et le changer en une source de bénédictions. L'onction céleste qui coule de cette source féconde opère des prodiges en nos âmes. Elle change la stérilité de notre cœur et y fait germer des plantes salutaires qui portent des fruits exquis. Notre âme peut désormais se complaire à s'humilier devant Dieu, à penser à lui, à méditer ses grandeurs et ses bontés. Notre cœur si dur est devenu sensible aux attraits de la grâce et s'épanche en œuvres de miséricorde et de salut. Notre nature est pour ainsi dire changée. L'olivier franc s'est uni à l'olivier sauvage, le sarment stérile à la vigne fertile disons à Dieu aujourd'hui en nous unissant à l'Eglise « Daignez, ô Dieu tout-puissant, daignez nous accorder à nous qui, en mémoire de la passion de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, honorons sur la terre sa couronne d'épines, que nous obtenions d'être dans le ciel, par sa miséricorde, couronnés de gloire et d'honneur ».

LE PREMIER SAMEDI DE CARÊME

Ce jour n'a rien de particulier, soit par rapport à la circonstance du temps, soit dans l'ordre de son office. On a déjà dit ailleurs que comme il n'y a'que trente-six jours de jeûne depuis le premier dimanche de Carême jusqu'à. Pâques, l'Eglise a ajouté les quatre derniers jours de cette semaine, pour que le nombre des quarante jours de jeûne, à l'exemple de Moïse, d'Elie et surtout de Jésus-Christ, fût complet.


Le samedi, qui est le septième jour de la semaine, a toujours été considéré dans l'Eglise comme celui qui approchait le plus près du dimanche en digniLé. On lui a ôté comme au dimanche le nom de la planète qui le désignait parmi les païens, pour lui en donner un plus convenable à notre religion, ou plutôt pour lui conserver celui qu'il avait parmi l'ancien peuple de Dieu, tout propre à marquer la fin de tous les ouvrages do la création faite dans les six premiers jours, et le repos du Créateur au septième Et ~M:'e~(~se~moQ&MK:o opere quod patrarat. L'Eglise ajoute que le Seigneur bénit ce septième jour, et qu'il le sanctifia, parce qu'il avait cessé en ce jour de produire tous les ouvrages qu'il avait créés Et benedixit diei septimo, et saKC~?eaM< !7/MtH. Il le nomma même Sabbat, ou jour du repos du Seigneur .Sa&~MM 2)otK~M /)e! <M! est. Et lorsqu'il prescrivit les lois de son culte au peuple qu'il s'était choisi, il voulut qu'on l'appelât le jour saint Dies ~e~HMMS ~oca~Mr sanctus, parce que c'était le sabbat du Seigneur. Il défendit à son peuple de faire aucun ouvrage en ce jour, et lui ordonna de le sanctifier, parce qu'il se l'était, consacré. Ce jour si saint du repos du Créateur était la figure du véritable jour du repos du Rédempteur, c'est-à-dire, du jour glorieux de sa triomphante résurrection, auquel ce divin Sauveur, ayant achevé le grand ouvrage de notre rédemption, infiniment plus glorieux à Dieu que la création du monde, on peut dire qu'il se reposa. Ce grand ouvrage étant fini, il n'y avait plus de travaux a essuyer, de soins, de fatigues à prendre. Le jour de la résurrection fut proprement et par excellence le véritable jour du sabbat Sabbatunz Domini Dei est, duquel on a bien plus raison de dire que du premier Et ~MMM~ ab unzverso opo'e <7Moo! patraral. C'est ce qui a obligé le Seigneur de transférer le sabbat et toute sa solennité du samedi au dimanche, pour y honorer la résurrection du Sauveur. Le peuple de Dieu, ayant donc passé de la synagogue dans l'Eglise, y transporta la célébration du sabbat, c'est-à-dire, la sanctification du jour du Seigneur. Cette translation n'empêcha point dans ces commencements qu'il ne restât toujours dans l'esprit et dans le cœur des Juifs convertis un fond de vénération pour le samedi qu'on avait regardé jusqu'alors par religion comme un jour de fête par excellence. C'est ce qui empêcha l'Eglise de discontinuer la fête de ce jour, dans ces commencements où elle n'était encore composée que de Juifs convertis, accoutumés à le solenniscr avec célébrité par la cessation de toute œuvre servilo de sorte que, dans ces premiers temps, on fêtait le samedi presque comme le dimanche, et, par une conséquence de religion, il était défendu de jeûner le samedi comme le dimanche, afin qu'il ne manquât rien à la joie de la fête et à la vénération de ce jour. L'Eglise primitive n'étant encore établie qu'en Orient, toléra cet usage. Il semble même que cette défense de jeûner fut plus expresse que la cessation des œuvres serviles, et c'est de là qu'est venue l'opiniâtreté des Orientaux à ne vouloir point qu'on jeûnât le samedi. On trouve même des anciens canons pleins de menaces contre ceux qui jeûneront le samedi et le dimanche. C'est une précaution que l'Eglise d'Orient semble avoir voulu prendre contre les Marcionites et d'autres hérétiques encore, qui ne cherchaient qu'à déshonorer le jour du samedi auquel ils affectaient de jeûner en haine ou en dérision du Créateur; à peu près comme les calvinistes de nos jours semblent affecter d'assigner leurs jeûnes solennels au saint jour du dimanche, par mépris ce semble pour l'Eglise qui défend absolument de jeûner en ce saint jour. Ce règlement de l'Eglise d'Orient n'était pas cependant si universel ni si absolu qu'il ne fût permis aux solitaires a,t à tous ceux qui avaient em-


brassé la vie ascétique de jeûner tous les samedis, et de n'interrompre leur jeûne que le dimanche.

L'usage de l'Eglise latine a toujours été différent, autant pour le jeûne que pour la fête du samedi comme la même raison de coutume et de nationalité ne subsistait point à Rome comme dans l'Orient, on ne doute point que l'usage de jeûner le samedi n'ait été établi par saint Pierre même, dont il donna tui-même l'exemple, ayant jeûné et prescrit un jeûne à tous les fidèles le samedi qui était la veille du triomphe qu'il devait remporter sur les prestiges de Simon le Magicien ce qui arriva le dimanche. On ne peut pas dire, en effet, que l'observation de la fête du samedi fût véritablement d'institution apostolique, puisque les deux premières Eglises du monde, c'est-à-dire celle de Rome, fondée par le prince des Apôtres, saint Pierre, et celle d'Alexandrie, en Egypte, fondée par saint Mare, n'étaient point dans cet usage. C'est ce qui a été remarqué par l'historien Socrate, qui écrivait au cinquième siècle et qui prétend que, de son temps, la plupart des églises solennisaient encore le sàmedi, excepté, dit-il, celles deRome et <f~M'SHC~'e, ~M:'}'e/e<a!'eK< ec~e pratique suivant l'ancienne tradition. C'était excepter plus des deux tiers des églises du monde d'un usage qui ne subsistait guère plus qu'en Orient.

Saint Ignace, martyr, disciple des Apôtres écrivant aux fidèles de Magnésie « Nous ne devons pas, dit-il, observer le sabbat à la juive, comme si nous en faisions une fête d'oisiveté. Le vrai jour du sabbat des chrétiens est celui de la résurrection du Seigneur ». II exhorte ensuite ceux qui étaient encore attachés aux observations des Juifs à transporter le repos et la joie de la fête du samedi au dimanche. L'usage de jeûner le samedi dans le cours de l'année est fort ancien dans les communautés religieuses et parmi les solitaires; l'Eglise n'en a point fait une loi pour tous les fidèles; elle s'est contentée de l'abstinence de viande le vendredi et le samedi, en mémoire de la passion, de la mort et de la sépulture du Sauveur. Le samedi a toujours été en singulière vénération parmi les fidèles, surtout depuis qu'il a été particulièrement consacré à l'honneur de la sainte Vierge, et que l'Eglise lui a destiné un office singulier pour être récité en ce jour. Quelque ancienne que soit en Occident la consécration de ce jour à l'honneur de la Mère de Dieu, quelques-uns veulent qu'elle ait été encore plus ancienne en Orient, et prétendent qu'elle était établie longtemps auparavant à Constantinople, pour tous les samedis régulièrement dans l'église de Sainte-Marie Hodégétrie, c'est-à-dire de Notre-Dame des Guides, et qu'elle devait son origine au culte particulier qu'on y rendait à la célèbre image de la sainte Vierge, qui faisait la plus célèbre relique et le principal ornement de cette église, parce qu'on la regardait comme l'ouvrage de la main do saint Luc et comme l'instrument de divers miracles. On trouve en Occident, dès le huitième siècle, une messe votive à l'honneur de la sainte Vierge, pour le samedi, comme il y en avait une de la sainte Trinité, du Saint-Esprit, de la Croix et des saints Anges, pour les autres jours de la semaine. Il est certain que le samedi a été singulièrement consacré dans l'Eglise, dès les premiers temps, à honorer plus particulièrement la sainte Vierge. Cette si religieuse dévotion est commune à tous les vrais fidèles, et elle subsistera jusqu'à la fin des siècles parmi les élus du Seigneur.

L'Introït de la Messe de ce jour est pris du treizième verset du psaume dix-neuvième; c'est le même que celui de la Messe du jour précédent. Comme ce jour a été longtemps sans avoir un office particulier, on a pris de la Messe du vendredi, et l'Introït et la suite de son Epître. Le prophète


Isaïe continue de faire voir qu'il faut renoncer à l'impiété, à l'hypocrisie et à sa propre volonté, pour faire que Dieu agrée nos œuvres de justice et de miséricorde, et il apprend aux Israélites la manière d'honorer et de sanctifier le sabbat qui est le jour du Seigneur.

Si abstuleris de M!~o <M!, dit-il, catenam, et desieris extendere digitum, et ~o~M! quod non prodest. Si vous ôtez du milieu de vous la chaîne, ou selon l'Hébreu, le joug dont vous opprimez vos créanciers, les pauvres, vos domestiques et tous ceux qui dépendent de vous; si vous cessez d'étendre le doigt et de dire des paroles vaines c'est-à-dire, si vous cessez de montrer vos frères au doigt, et d'user contre eux de discours railleurs et méprisants, de les censurer malignement, et les décrier par une secrète jalousie Cum c~MC~'M esurienti CMtMMt tuam, et aH!?K<MK a/e~aM! repleveris; lorsque vous assisterez le pauvre avec une effusion de cœur et que vous remplirez de consolation l'âme affligée On~Mr in tenebris lux tua, et ~He&reB <M~e~MM~ ut meridies, alors votre lumière se lèvera au milieu des ténèbres, et vos ténèbres deviendront un midi. Cette vie est traversée par bien des contradictions, peu de jours sereins, peu qui soient calmes. Les adversités sont de tous les âges, de toutes les conditions, tout est nébuleux, tout est semé de ronces. Vous serez dans la tribulation, mais enfin votre lumière se lèvera dans les ténèbres ces jours de tristesse seront changés en jours de prospérité et de joie, et vos humiliations deviendront une source de gloire. Vous êtes exacts à jeûner, dit Dieu par son Prophète, mais ne comptez pas sur vos jeûnes, ni sur l'observation de vos cérémonies extérieures de religion, si vous manquez de charité envers vos frères. Voulez-vous que vos mortifications me soient agréables; voulez-vous me plaire dans vos actes de religion ? accompagnez-les des œuvres de miséricorde; compatissez aux besoins de vos frères, prenez part à leurs peines, soulagez-les dans leurs nécessités, bien loin de leur insulter, et d'avoir de la dureté pour ceux qui sont dans la misère. Si vous êtes compatissant, doux, charitable, bienfaisant, je vous comblerai de toutes sortes de biens, rien ne troublera votre repos Et ~M~K tibi dabit Dominus semper. Dieu comblera votre âme des plus douces consolations Implebit splendoribus animam tuam; vous serez exempt de cette tristesse qui dessèche les os Et osM tua liberabit. Vous deviendrez comme un jardin toujours arrosé, toujours fleuri Et en's quasi hortus irriguus. Vous serez comme une fontaine dont les eaux ne tarissent point nulle sécheresse, nulle aridité à mon service Et sicut fons aquarum, cujus non deficient aqux. Ne vous faites point une idée affreuse de la vie sainte point d'état sur la terre si heureux que celui des gens de bien rien n'est comparable aux douceurs pures qu'on goûte à mon service. Le prophète David avait déclaré la même chose qu'Isaïe lorsqu'il disait Beatus vir qui intelligit super egenum et pauperem, in die mala liberabit eum Dominus. Heureux celui que sa compassion rend attentif aux besoins du pauvre et de l'affligé! s'il tombe lui-même dans l'affliction, le Seigneur viendra à son secours. Le Seigneur le fortifiera et le conservera dans tous les dangers de la vie; il le rendra heureux sur la terre, malgré tout ce que la passion de ses ennemis leur ferait tenter pour le perdre. Et si la maladie le livre à la douleur, le Seigneur viendra lui-même le consoler et le secourir. La suite de cette Ep!tre n'est qu'une promesse continuelle de toutes sortes de biens et de prospérités que Dieu fait par la bouche de son Prophète à tous ceux qui garderont ses commandements et qui le serviront avec fidélité. Il leur recommajide ensuite l'observation du jour du sabbat qui veut dire repos Si averteris a Sabbato pedem ~MMM; si vous vous abstenez de voyager le jour


du sabbat. On a dit que le septième jour de la semaine, qui est le samedi, était un jour consacré au Seigneur, comme l'est, parmi les Chrétiens, le saint jour du dimanche; non-seulement Dieu avait défendu de faire durant ce jour-là aucune œuvre servile, mais il n'était pas même permis de faire plus d'une demi-lieue d'où vient que saint Luc, pour marquer la distance d'entre la montagne nommée d'Olivet et la ville de Jérusalem, dit qu'il n'y avait, que le chemin d'un jour de sabbat. Le dimanche est le jour du Seigneur, il se l'est réservé, il veut qu'il lui soit entièrement consacré il ne doit pas être sanctifié avec moins de religion, avec moins de dévotion que le jour du sabbat; que n'auront point à se reprocher ceux qui entreprennent les plus longs voyages le dimanche? Si vous ne faites point votre volonté le jour qui m'est particulièrement consacré, dit le Seigneur, c'està-dire, si vous ne satisfaites point vos passions, si vous ne suivez point vos perverses inclinations, si vous ne vous livrez point à vos désirs, si vous ne profanez point ce jour si saint par des repas somptueux, par des divertissements irréligieux, par la débauche Facere !~MK<a~m tuam in ~eM!HCi!o meo, enfin si vous le regardez comme un repos délicat et délicieux, et comme le jour saint et glorieux du Seigneur Et vocaveris ~aMa<t<M delicatum, et .S'anci'Mm Domini ~/on<MMm. Dieu appelle le jour du Seigneur, un jour délicat, c'est-à-dire un jour sacré, qui demande d'être sanctifié avec soin, avec ferveur, avec une grande délicatesse de religion et de conscience un jour saint qui ne souffre pas la moindre profanation, la moindre indécence un jour que Dieu s'est réservé, et qu'il veut être tout employé à son service jour respectable qu'on ne viole jamais impunément; que n'ont pas à craindre ceux des fidèles qui emploient si mal le saint jour du dimanche et des fêtes? Le dimanche et les fêtes sont des jours de repos, c'est-à-dire de cessation de toute œuvre servile. Mais ce repos ne nous est pas donné pour passer le jour dans des divertissements profanes. Ceux qui croient qu'on a satisfait au précepte, quand on a entendu une messe, auront-ils la même opinion, seront-ils tranquilles sur ce point à l'heure de la mort? Tune delec~ens semper Domino Si" vous gardez mes préceptes, continue le Seigneur, vous trouverez votre joie en moi. Grands du monde, heureux du siècle, peuples avides de plaisirs, détrompez-vous; vous ne trouverez de véritable joie que dans le Seigneur. Hors de son service il n'y a que chagrins, que dégoûts, qu'amertumes, que déplaisirs. Et SM~o~a~ te super alti<M<&!cs ~'t'a?. Soyez riche et puissant, ayez de l'esprit, de l'ambition, ayez du mérite Dieu seul peut rendre un homme heureux; ce n'est qu'à son service qu'on peut faire fortune. Servire Deo, regnare est. Et cibabo te Aa?yeditate Jacob patris tui Et je vous donnerai pour vous nourrir l'héritage de Jacob votre père. Comme ce peuple charnel et grossier, à qui Dieu parlait, ne ressentait vivement que les maux temporels, Dieu ne lui promet que des récompenses temporelles. Mais qui ne voit que-ces récompenses temporelles étaient la figure de ces biens éternels qui nous sont préparés dans le ciel Comme les fléaux qui accablaient les Juifs n'étaient que l'image des peines éternelles'que les pécheurs souffriront dans l'enfer, c'est pour être délivrés de ce malheur éternel qu'un chrétien _doit jeûner le Carême et accompagner'ce jeûne de l'innocence, de la pratique des bonnes œuvres, et d'une ardente charité.

L'Evangile de la messe de ce jour est pris du sixième chapitre de saint Marc où il est dit que le Sauveur, après avoir fait ce miracle éclatant, par lequel avec cinq pains seulement et deux petits poissons, il avait rassasié environ cinq mille personnes, voyant que ce peuple transporté d'admiration


ne doutait plus qu'il ne fût le Messie promis, et formait déjà entre eux la résolution de l'enlever pour le faire roi, il les prévint, ayant commandé à ses Apôtres de se rembarquer au plus tôt afin de passer premièrement le petit trajet de Bethsaïde à Capharnaüm, et de traverser ensuite le lac entier pour se rendre à l'autre bord dans la terre de Génésareth. Il ne dit rien de son dessein, mais il se hâta de congédier le peuple ainsi étant demeuré tout seul, il se retira sur cette même montagne, d'où il était venu audevant du peuple; et il persévéra en prières jusqu'au soir. La nuit approchait lorsque les disciples séparés de leur cher Maître descendirent vers la mer, et étant remontés dans leur barque ils prirent la route de Capharnaùm. Il survint alors une furieuse tempête qui pensa les faire périr ils ramaient de toutes leurs forces mais comme ils étaient en pleine mer, et qu'ils avaient le vent contraire, ils croyaient à tous moments que la barque allait être engloutie par les Sots l'horreur de la nuit augmentait leur crainte, et, pour comble de malheur, Jésus, leur unique refuge, n'était point là. II n'en fallait pas davantage pour les jeter dans le désespoir mais le secours était plus proche qu'ils pensaient. Jésus-Christ ne perd jamais de vue ceux qui l'aiment et qui le servent avec fidélité. Le Sauveur voyait de dessus le bord de la mer, où il était arrêté, leur inquiétude et la peine qu'ils avaient à ramer contre le vent. Il n'ignorait pas le danger et ne voulait pas les abandonner mais il attendait, pour les secourir, qu'ils eussent fait près de deux lieues sur cette mer furieusement agitée, afin qu'ils connussent mieux et le soin qu'il prenait d'eux, et le besoin qu'ils avaient de lui, et sa puissance souveraine sur les flots et sur les tempêtes. Il vint donc à eux vers le point du jour, que ceux du pays appelaient la quatrième veille de la nuit; ils l'aperçurent de loin marchant sur les eaux, et allant si vite qu'il semblait vouloir non-seulement les atteindre, mais passer outre, et les laisser derrière lui. Plus il approchait, plus ils tremblaient de frayeur, ne pensant pas que ce fût lui; et leur terreur fut si grande et si générale, que, le prenant pour un fantôme, ils se mirent tous à crier; aussitôt il les rassura en leur disant « Prenez courage, n'ayez point de peur, c'est moi ». Il monta ensuite dans la barque et le vent cessa, ce qui les surprit encore davantage; et ce nouveau miracle les étonna tellement qu'ils en étaient comme hors d'eux-mêmes. Ils ne pensaient plus à celui de la multiplication des pains, ou du moins il ne leur paraissait rien en comparaison de celui-ci c'est ce qui fit que par un soudain transport, selon saint Matthieu, ils se jetèrent à ses pieds et lui dirent tout d'une voix « En vérité, vous êtes le Fils de Dieu n. Le trajet fut bientôt fait, ils abordèrent à la côte de Génésareth. Dès qu'ils eurent débarqué, le bruit se répandit dans tout le pays que Jésus était arrivé. Il n'en fallut pas davantage on lui apporta dans des lits et sur des brancards une infinité de malades. En quelque lieu qu'il allât, soit villes, soit villages, il en trouvait un grand nombre que l'on mettait devant lui au milieu des rues, et toute la grâce qu'on lui demandait, c'est qu'il leur permît de toucher le bord de sa robe, parce que c'était assez pour être tous guéris. Quel fonds de réflexions consolantes ne fournit point cet Evangile Jésus-Christ priait sur la montagne, et malgré son éloignement, il ne laissait point de voir l'embarras et la fatigue de ses disciples qui luttaient contre les flots. Ne craignons pas que Jésus-Christ ignore jamais nos dangers ni nos besoins. Ne craignons pas non plus qu'il nous abandonne il compte aussi bien que nous le temps que nous passons dans les épreuves, dans la tentation, dans la souffrance mais il sait mieux que nous le temps que la tempête doit


durer, et le moment où il doit nous secourir. Il paraît quelquefois qu'il ne pense point à nous, de fausses idées nous agitent, la faiblesse de notre confiance fait croître notre trouble, nous nous croyons perdus; ne perdons pas courage, ne cessons de voguer contre le vent contraire et les flots agités avançons toujours à force de rames, si nous ne pouvons pas aller à la voile; comptons sur la grâce qui ne nous manque jamais lorsque nous nous eroyons perdus, ce sera là justement le moment, de notre délivrance. C'est moi, nous dit alors cet aimable Sauveur, c'est moi qui viens vous tirer du danger et mettre fin à vos peines. Remarquons que tant que les disciples de Jésus-Christ ne le reconnurent point, le prenant pour un fantôme, sa présence ne calma point les flots il fallut pour cela qu'il leur parlât, qu'ils le reconnussent, qu'il montât avec eux dans la barque. Dieu est toujours avec,nous dans nos peines mais pour y recouvrer le calme il faut l'y reconnaître, penser et croire qu'il y est, il faut l'entendre parler et l'écouter, il faut conserver sa présence.

Le Père Croiset.

LE PREMIER DIMANCHE DE CARÊME

Le premier dimanche de Carême est célébré dans l'Eglise avec une vénération singulière; il est dans le rang des plus privilégiés et des plus solennels; Son office ne cède à celui d'aucune fête, tout y est instructif et mystérieux, tout y prêche la pénitence, de laquelle il est comme la fête solennelle il est appelé simplement le dimanche de la Quadragésime dans l'Eglise latine, et le dimanche des saints jeûnes ou de l'orthodoxie chez les Grecs.

Avant même le dixième siècle de l'Eglise, on s'était accoutumé en Occident à appeler ce jour le dimanche des Brandons, c'est-à-dire, des flambeaux, parce que c'était le jour auquel ceux qui s'étaient un peu trop divertis pendant le carnaval venaient se présenter à l'église, le flambeau ou la torche à la main, comme pour faire satisfaction publique des mauvais exemples qu'ils avaient donnés, et demander à se purifier par la pénitence qui leur était imposée par les pasteurs pour tout le Carême, jusqu'au jeudi saint, où ils recevaient l'absolution ordinaire. Quoique cette cérémonie eût été depuis avancée au mercredi des Cendres, où commence le jeûne de la sainte Quarantaine, le nom des ~-a~o~ n'a pas laissé de demeurer attaché à ce premier dimanche de Carême, où l'on a toujours supposé que les vrais fidèles ne manquaient point de se purifier de leurs taches par une sainte confession.

Quoique la pénitence soit de tous les jours de la vie, puisqu'il n'est point de jour dans la vie où nous ne soyons pécheurs, le Carême peut être appelé la saison de la pénitence, c'est-à-dire le temps où elle porte le plus de fruits, soit à cause de la multiplicité des prières et des secours spirituels, soit par l'obligation que l'Eglise ya attachée de l'abstinence et des quarante jours de jeûne. Les quarante jours de jeûne de Jésus-Christ ne sont pas seulement un exemple pour tous les chrétiens, mais un précepte. Nul qui ne


soit soumis à cette loi, et ie relâchement ne fut jamais en droit de dispense. La ferveur peut se ralentir, la loi peut s'affaiblir par la corruption des mœurs, mais la doctrine-et la morale de Jésus-Christ n'en seront jamais altérées. Et quelque lâches que soient les fidèles, la loi du jeûne et de la pénitence ne saurait jamais rien perdre de sa vigueur, et l'étroite obligation sous peine de péché mortel de jeûner le Carême est toujours la même.

Saint Epiphane dit que l'hérésiarque Aérius fut condamné, parce qu'il voulait que les jeûnes du Carême fussent arbitraires. Le concile de Langres dit anathème à ceux qui, sans nécessité, s'en dispensent saint Cyrille demande à son peuple s'il aime mieux brûler éternellement que jeûner le Carême y~M~xM/MMe an a'~y~a st~o~CMï oo'MM:M~M'M~)?MM</et saint Ambroise dit que rompre le jeûne un seul jour, c'est un péché mortel, mais que ne pas jeûner le Carême, c'est un sacrilége /M <o<MMt non observare, sacrilegium e~;c;r~<M'<e~o/a~~ecca~H.Le Carême, dit saint Chrysologue, n'est pas d'une institution humaine, c'est Dieu lui-même qui l'a ordonné (~Maa~aginta ~i!<?&e/MH!'KH!, non humana inventio, sed aKe~M':<as divina; et je crois, dit saint Augustin, que ce qui a obligé le Seigneur à nous faire une loi si expresse du jeûne, c'est que comme Adam, dans le paradis terrestre, avait perdu la gloire de l'immortalité par l'intempérance, le second Adam a voulu que ce fût par l'abstinence et par le jeûne que cette perte fût réparée .4~W causam /<<M!C MSe~C/MHM, ut quia primus Adam in paradiso constitu~M, per tK~mpc~NM~am <~M~ ~o?';aMt MKMM~a~a~M amM~'N~ eamdem immortalitatem secundus Adam per ~p~e~a'H/Mtn ~ara~.

Rien ne fut plus religieusement observé dans l'Eglise, dès le temps des Apôtres, que le jeûne du Carême. Les premiers chrétiens d'Alexandrie, du temps de saint Marc, selon Eusèbe, l'observaient avec une ferveur qui servait de modèle à tous les fidèles. Soxomene assure que dans l'Illyrie, dans l'Occident, dans toute l'Afrique, dans l'Egypte et dans la Palestine qui composaient alors toute l'Eglise, on jeûnait avec une rigueur religieuse les six semaines dans le Carême, et plusieurs même en jeûnaient sept Qua<&~('S:ma??! in ~Ma~O~M~ yc/MH<H'C M/e< a/M quidem sex </?'~Mm septimanis computant, ut 7//ynï, et Occidentales, totaque ~4/h'ea et ~Ë'y~oi'Ms et 7-'a~~Ho/a~! vero septem ÂeMonta~M computant. Nulle variation, nulle diversité d'opinion dans l'exacte et indispensable observation d'une pénitence si marquée. Nous observons un Carême, dit saint Jérôme, selon la tradition apostolique, et nous jeûnons dans le temps que l'Eglise a jugé propre pour cela Nos unam <pMaa~'a~csMHaMt secundum traditionem Apostolorum aKM: tempore nobis coM~MO~MMaMM~. Quelque spirituel, quelque louable que fût le sens de ceux qui se proposaient d'offrir à Dieu la dîme de toute l'année en ne jeûnant que les trente-six jours des six semaines, l'exemple du Sauveur qui en avait jeûné quarante ne les rassurait point, et ce fut, comme on l'a déjà dit, ce qui obligea l'Eglise à y ajouter quatre jours, en fixant le commencement du Carême au mercredi des Cendres.

Rien ne condamne plus notre lâcheté et notre délicatesse que la religion et la rigueur des jeûnes de ces premiers chrétiens. Non-seulement on ne faisait qu'un seul repas le jour, et toujours le soir après l'heure des Vêpres mais on. ne mangeait précisément que pour s'empêcher de mourir, bien loin de chercher à flatter le goût et la sensualité. Ce n'est pas seulement dans le retranchement, dans la diminution ou dans le délai des repas que l'on a fait consister l'exactitude du jeûne du Carême, c'est aussi dans l'abstinence des nourritures trop succulentes et des viandes qui flattent le goût.


Bien des gens dans le monde ne font qu'un repas par jour, par pur principe de santé, par sensualité même, sans prétendre jeûner. Pour manger moins souvent, ils n'en sont ni moins sensuels, ni plus sobres. L'abstinence est inséparable du jeûne la plus généralement reçue a toujours été celle de se retrancher l'usage de la chair, du laitage, des œufs et du vin. C'est dans cette double abstinence que saint Augustin fait consister le jeûne, prétendant que cette abstinence comprenait celle de toute sorte de délicatesse dans le repas. Il semble que le commun des Mêles en demeurait là; mais ceux qui souhaitaient porter le jeûne à la perfection se retranchaient même le poisson et l'usage de l'huile, réduisant au pain et à l'eau l'unique réfection du jour, qui ne se faisait jamais que le soir. C'était, au sentiment de saint Jérôme, la plus grande rigueur que l'on pût apporter dans le jeûne légitime e.t réglé par la prudence, n'approuvant point ceux qui passaient des deux et trois jours sans manger, puisque par cette imprudente singularité ils se trouvaient obligés à rechercher ensuite d'autres nourritures moins communes et plus délicates une mortification plus constante, non interrompue et moins marquée, est toujours d'un plus grand mérite auprès de Dieu For<:MMKMnïyc/MH:Mm est aqua et panis. Que si dans la suite des temps on a cru devoir se relâcher sur l'abstinence du vin, on s'est affermi dans celle de la chair, qui a toujours subsisté dans toutes sortes de jeûnes, et saint Jérôme loue sainte Marcelle de ce qu'étant obligée de boire du vin à cause de ses grandes infirmités, elle en buvait si peu, qu'à peine l'eau en était rougie Vt'M: odor MO~M quam gustus. Les liqueurs et toutes sortes de boissons délicieuses ne sont pas moins proscrites que le vin. C'est contre cet abus que se récrie fort saint Jérôme Sunt etiam, dit-il, qui vinum ita non &!&MH<,M<a/M?'MM expressionem pomorum, aliosque sibi liquores salutis causa, sed jucunditatis ex~M!yaM<. 11 condamne même d'incontinence ceux qui, ne se nourrissant que de légumes, excèdent dans la quantité Z~MM solam abstinentiam carnium jpM~H~ et ~MMM'H:&MS oxcra'n< stornachum. Il est aisé de voir qu'on défendant l'usage de la chair et du vin dans le jeûne, on a prétendu défendre toutes les délicatesses du goût et les raffinements de la sensualité on condamnait même les assaisonnements trop exquis dans les légumes, l'intention de l'Eglise n'étant pas tant de soustraire au corps sa nourriture par le j-eûne, que de retrancher et au corps et à l'âme les attraits de la volupté. La sensualité peut se trouver dans l'abstinence même, mais l'Egiise condamne tous ces raffinements ~/<: etiam in oleribus delicias ~MaM'MH<, disait avec indignation saint Grégoire de Nysse.

La lâcheté et la délicatesse des chrétiens de ces derniers temps seraient effrayées, si l'on rapportait avec quelle exactitude, avec quelle sévérité les fidèles de ces premiers siècles jeûnaient le Carême. Non-seulement les personnes religieuses, mais encore les gens du monde de tout âge, de tout sexe, de toute qualité, les grands comme le peuple, le prince comme l'artisan s'interdisaient souvent l'usage même du poisson; plusieurs jeûnaient tout le Carême au pain et à l'eau pour les six jours de la semaine sainte, nulle autre nourriture, dit saint Epiphane, que le pain sec, le sel et l'eau qu'on appelait Xérophagie Sex illos pascAa~'s dies ~ropAa~H's, hoc est arido victu ~aMM'PjoopM/tM omnis <MSMe! hoc est panem ~MM~ec~ cum sale et aqua sub vesperam aa7M&<??'e; et quelques-uns passaient même deux jours sans manger /MO nonnulli ad biduum. Quelle différence, bon Dieu, de jeûne à jeûne, si l'on compare le jeûne de ces premiers fidèles au jeûne des chrétiens de ce temps 1 les plus réguliers ne sont pas toujours les plus austères quelle diversité dans les mets! quelle somptuosité dans l'abstinence même!


quelle sensualité dans les assaisonnements la diversité de imufriture suffit-elle pour le jeûne, si le goût, si la volupté même y portent la délicatesse jusqu'au raffinement?

Ce n'a été que vers le commencement du treizième siècle que l'Eglise a permis qu'on avançât jusqu'à midi le repas qu'on ne faisait encore, les jours de jeûne du Carême, que le soir après Vêpres. Saint Bernard et Pierre de Blois, qui vivaient dans le douzième siècle, assurent que durant la sainte Quarantaine, tous les fidèles allaient jeûner comme eux jusqu'au soir, sans que personne, de quelque condition qu'il fût, osât prendre son repas de meilleure heure ~ac~MMS KS~Me ad HOMnt~/MKauMn«s soli, usque ad vespe~a?K~e/MMa&MH< nobiscuna pariter MH!'ue?'s: reges, HMMC et ~HC~OM, c/et*:M, et po~OM/Ks, HoMe. et ignobiles, s!MïM/ in unum dives e~aM~c~. C'est pour conserver toujours l'idée de cette ancienne discipline, que l'Eglise ordonne, durant le Carême, de dire Vêpres avant le repas les jours de jeûne. Cette indulgente anticipation de l'heure du repas a donné occasion à ce qu'on appelle la collation les jours de jeûne. Ce ne fut d'abord que la permission de boire un coup sur le soir, n'ignorant pas que l'esprit du jeûne ecclésiastique demande qu'on jeûne vingt-quatre heures.La crainte qu'on eut que de boire sans manger ne nuisît à la santé, fit qu'on y ajouta un petit morceau de pain on nomma ce petit adoucissement collation, depuis que les religieux l'eurent lixé au temps du soir, qui précédait la lecture des oellations ou conférences des anciens moines qu'on faisait tous les soirs avant Complies. Ce fut par un esprit d'une plus exacte régularité qu'on établit dans les plus saints monastères, et surtout dans celui de Cluny, qu'au lieu de faire cette lecture les jours de jeûne dans le cloître ou dans le chapitre, comme on faisait les autres jours, on la ferait dans le réfectoire; et dès lors le mot de collation se communiqua insensiblement de la lecture des conférences ou collations, à ce petit repas qui précédait immédiatement la lecture. Sta<M:M!M. disent les statuts de la congrégation de Cluny, quod hora potationis M~o<H. qux apud eos collatio MMMCM~a~M~ omnes coH!'eHM'cp~a;e?~)<M~. La tolérance de l'Eglise autorise suffisamment l'usage universellement reçu de la collation mais elle ne prétend point que cette collation soit un second repas et il est certain que la collation telle que la plupart des gens la font aujourd'hui, rompt le jeûne. Saint Charles, dans les règles qu'il lit pour ses domestiques, leur permit seulement une once et demie de pain et un peu de vin pour leur collation en Carême. ~Me~ tantum in die ~os< me~'M~'eM ciburn capiant. Quod si a~MM/N~CMNMp/tM~ 0~!M erit, t)C;!p~B6MM !mC:N'??!CMnt dimidia, et fMMpocM~MtK ~H~MtH capere liceat. On raconte de saint Spiridion, évêque deTrémithonte en Chypre, et du saint solitaire Marcien, qu'ils rompirent le jeûne par charité, à l'occasion de quelques étrangers qui les étaient venus voir; mais c'était un jeûne de dévotion et de règle. Le jeûne de la règle est libre, répondit-on à l'abbé Cassien, mais la charité est la perfection de la loi divine ./p/:<H!M?H in nostra t~MM<a~M< charitatis autem plenitudinem lex Dei exigit a nobis. Aussi ce qu'on appelle la règle du Maître, parce que c'est Jésus-Christ qui y parle, dit positivement que les jeûnes du Carême sont inviolables pour quelque prétexte que ce soit, sans qu'on y ait aucun égard à l'arrivée des hôtes ./p/MM:MM! in Quadragesima propter supervenientes, non /t'<M~<!<M~ a domesticis ac fratribus.

L'abstinence et le jeûne ne sont pas les seuls devoirs de religion que Dieu exige des chrétiens durant le Carême. La prière, le fréquent usage des sacrements et l'aumône doivent accompagner le jeûne, et singulièrement l'innocence et la pureté. Abstenons-nous particulièrement du péché, dit


saint Augustin, de crainte que nos jeûnes ne soient infructueux comme ceux des Juifs, et que Dieu ne les réprouve A peccatis principaliter jejune?KM~ ne jejunia nostra, sirut ~M<&BO?'MM .a, a Deo ?'e.!pMaM<M7'. Voulezvous sanctifier le jeûne? dit-il ailleurs, remplissez les devoirs de miséricorde et de charité /H!~e n!Mera<!OHM officia, et saHc<?cas~'p/MMM. Ce que vous retranchez à votre sensualité, dit saint Grégoire de Nysse,<~Me MMn'eH~ donnez au pauvre qui souffre la faim ce que vous épargnez par votre jeûne. Le jeûne, dit saint Chrysostome, ne doit pas être regardé comme un sordide trafic. Ce n'est pas pour épargner que vous gardez l'abstinence A'e~o<MtH~<?/M?MK)K non est, ut ~MM'MM: faciamus non edendo. Il faut que le pauvre se nourrisse de ce que vous vous retranchez ~e~ M< quod MSHa'Mca~MfMs cras, pauper pro te cornedat. Par là vous tirerez un double avantage de votre jeûne l'un de ce que vous aurez jeûné, l'autre de ce qu'un pauvre auraété rassasié T~a~e tibi duplex 6oKMm tum quod jejunas, tum quod alius non esurit. Enfin le jeûne, dit saint Augustin, ne consiste pas seulement à s'abstenir des mets que nous souhaitons, mais de tous les plaisirs et des divertissements qui doivent nous être interdits dans ce saint temps de pénitence Vc/'MtM'MtH non est tantum a concupiscentia ciborum, sed ab omni ~a~M: temporalium delectationum. Enfin il y a des gens, ajoute le même Saint, qui sont plutôt voluptueux que religieux observateurs du Carême Sunt quidam obser~a~orM ()na<&'a<~MM?, deliciosi potius quam religiosi. Quelle plus pitoyable erreur ce n'est point là garder l'abstinence, c'est changer les aliments de la volupté Hi multum errant, non est hoc suscipere abstinentiam, sed mutare luxuriam.

La Messe de ce jour renferme tout le mystère du saint temps de Carême. Elle commence par ce verset du psaume xce Invocabit me et ego exaudiam eum. Le juste m'appellera à son secours, et je l'exaucerai, je serai avec lui au temps de la tribulation, et je l'en ferai sortir avec gloire. Rien n'est plus propre que tout ce psaume, pour inspirer aux fidèles du courage dans la pénible carrière du Carême, et dans l'exercice de la pénitence et de la tentation.

L'Epïtre est une vive et pathétique exhortation à ne nous rendre pas inutiles des jours consacrés à la pénitence, et un temps qu'on peut appeler le règne par excellence de la miséricorde du Seigneur. Elle est prise du sixième chapitre de la seconde lettre de saint Paul aux Corinthiens: « Voici H, leur dit-il, « le temps de grâce; voici maintenant les jours du salut Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Je vous exhorte, de tout mon cœur, de ne recevoir pas en vain la grâce de Dieu. Quoique Dieu soit miséricordieux en tout temps, le 'Carême est un temps privilégié, où tout concourt à nous rendre Dieu plus favorable les prières multipliées de toute l'Eglise, l'abstinence et le jeûne, avec quoi la prière est toujours plus efficace tout concourt à rendre plus efficace et plus aisée notre conversion.

L'Evangile de ce jour contient l'histoire du carême de Jésus-Christ dans le désert, comme étant l'origine et devant être le modèle du nôtre. Jésus venait de recevoir le baptême des mains de saint Jean, lorsque l'EspritSaint, dont il était le temple vivant, le porta à se retirer dans le désert pour s'y préparer à sa vie publique par une retraite et un jeûne continuel de quarante jours et de quarante nuits, et par une victoire insigne du tentateur et de toutes ses ruses. Ce désert s'étendait dans la tribu de Benjamin, depuis la rivière du Jourdain jusqu'au territoire de Jéricho d'un côté, et jusqu'à la mer Morte de l'autre. On l'appelait Ruban, et dans la suite des


temps, les Occidentaux lui donnèrent le nom de Quarantaine', pour marquer l'espace du séjour qu'y fit le Sauveur. Belle leçon à tous les hommes apostoliques, pour leur apprendre que la retraite, le jeûne et la prière doivent être comme le prélude de leurs fonctions, et comme les premiers essais de la vie apostolique. Le Fils de Dieu y était venu pour entrer en lice avec le démon, et pour commencer sa mission par le terrasser. « Il voulut être tenté H, dit saint Augustin, « pour nous apprendre à le vaincre 7<&o tentatus est Christus, ne vincatur a tentatore Christianus )). Le Sauveur y passa quarante jours et quarante nuits sans boire ni manger. Ce jeûne de quarante jours avant la prédication de l'Evangile avait été figuré par le jeûne de Moïse sur le mont Sinaï, pendant les quarante jours qui précédèrent la promulgation de l'ancienne loi. C'est pour honorer et imiter en quelque sorte cette abstinence du Sauveur, que le Carême a été institué et observé de tout temps dans l'Eglise. A la fin de ce long jeûne, Jésus eut faim, c'est-à-dire, il fit cesser le miracle qui l'avait empêché de sentir la faim jusque-là. Ce moment fut comme le signal de la permission que le Sauveur donna au démon de le venir tenter, pour savoir s'il était le Messie car il en doutait, et il voulait avoir des preuves plus certaines de sa divinité Permittitur esurire corpus, dit saint Jérôme, ut diabolo tentandi tribuatur occasio. Saint Augustin croit que c'était le prince des démons qui osa tenter JésusChrist, pour savoir qui il était et que le Sauveur ne se découvrit à ce prince des ténèbres qu'autant qu'il jugea à propos Tantum innotuit, quantum voluit: tantum autem voluit, quantum oportud. Le démon ne connut parfaitement que Jésus-Christ était Dieu et Fils de Dieu, qu'après sa résurrection. Ce malin esprit se présenta au Sauveur sous une forme humaine et lui dit « Pourquoi vous laissez-vous accabler par la faim ? si vous êtes le Fils de Dieu, que ne changez-vous ces pierres en pain? les plus grands miracles ne vous coûtèrent qu'une parole ~e ut lapides isti panes fiant. Le Sauveur se contenta de répondre qu'il était écrit que ce n'était pas le pain seul qui faisait vivre l'homme, mais toute parole qui sort de la bouche de Dieu; c'est-à-dire une obéissance parfaite à tout ce que Dieu commande. Par cette réponse, Jésus-Christ, sans nier qu'il fût Dieu, prouve fort bien qu'il est homme, et renvoie le tentateur aussi incertain sur sa divinité, qu'il l'était auparavant. Le démon ensuite le porta dans la sainte cité, le mit sur le haut du temple et lui dit que, s'il était Fils de Dieu, il se jetât en bas, parce qu'il n'avait rien à craindre, puisqu'il était écrit que Dieu avait chargé ses anges du soin de sa personne, et qu'ils empêcheraient bien qu'il ne se fît aucun mal. Mais Jésus répondit à ce passage de l'Ecriture par un autre, et lui dit que la même Ecriture défendait de tenter Dieu. Il est surprenant que le Fils de Dieu ait permis au démon de le porter dans l'air j usqu'au plus haut du temple. Mais le pouvoir que le Sauveur donna depuis aux bourreaux, ministres de Satan, sur sa personne, est aussi surprenant que celui qu'il donne ici au démon. Au reste, il y a apparence que dans les deux dernières tentations, Jésus-Christ se rendit invisible à ceux des Juifs qui auraient pu l'apercevoir. Le démon, quoique confus, ne se rebuta pas. II reprit Jésus-Christ et le porta encore sur une montagne fort haute; et de là, lui montrant d'un côté l'empire romain, d'un autre l'empire des Perses, ici la Syrie, là les Indes, etc.: « Je suis maître de ces Etats », lui dit-il,. 1. En mémoire du séjour que Et Jésus-Christ sur la montagne de la Quarantaine, la roche calcaire est percée de grottes sans nombre, où des anachorètes, durant de longs siècles, su livrèrent aux rudes exercices de la mortification. De nos jours encore, des chrétiens s'y enferment pendant le Caremf, se contentant, pour toute nourriture, de racines et de fruits secs. L'abt)~ Bourassé: Histoire de JésusChrist.


« comme prince du monde, et j'en dispose à mon gré ils seront à vous maintenant si vous voulez vous prosterner devant moi, et m'adorer du culte de latrie ». La facilité que le Sauveur avait eue de se laisser porter et reporter par le démon, donne à cet enchanteur l'effronterie et l'insolence de faire cette impie proposition à celui qu'il croyait alors un pur homme; mais Jésus-Christ indigné d'une hardiesse si abominable, lui dit avec hauteur <t Retire-toi, Satan, car il est écrit Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous'ne servirez que lui seul '). Alors le démon disparut honteux de sa défaite, et aussi peu instruit de ce qu'il désirait savoir, qu'avant la tentation. Aussi ne cessa-t-il de persécuter le Sauveur jusqu'à ce qu'il eut porté les Juifs à lui ôter la vie. Les anges vinrent aussitôt et le servirent. C'est ainsi que Dieu nous comble de consolations et de joie, après que nous avons combattu pour lui avec courage. Songeons, dans la tentation, que le ciel prend part à nos combats, et qu'il doit couronner nos victoires. « L'esprit malin peut bien aboyer, hurler, menacer », dit saint Augustin, '( mais il ne saurait nous mordre si nous le repoussons Zo~are joo<M<, Mïo~e Mo~ potest ».

Le Père St'oiset.

LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME Comme rien n'est plus propre pour animer les fidèles à la pénitence, à l'exercice des bonnes œuvres, et à la réformation des mœurs que la crainte des jugements de Dieu, l'Eglise, toujours attentive au bien de ses enfants, leur fait, dans l'Evangile de ce jour, une peinture vive et effrayante du dernier jugement que Dieu doit faire à la fin du monde mais, en même temps, elle tempère cette crainte par le portrait qu'elle nous présente dans l'Kpître, du bon pasteur, qui prend un soin extraordinaire Me ses brebis, et qui n'épargne rien pour empêcher qu'elles ne périssent. Si l'Evangile inspire une sainte frayeur, l'Epître ranime la confiance et l'une et l'autre servent merveilleusement à faire commencer avec courage et avec joie la pénible carrière de la pénitence. C'est ce que l'Eglise semble se proposer particulièrement dans cette première semaine. La crainte sans la confiance porte au désespoir, et la confiance sans la crainte inspire de la présomption. La Messe commence par ces belles paroles du psaume cxxu. Comme les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains de leur maître, lorsqu'ils en attendent leurs besoins, ainsi nos yeux demeurent attachés sur le Seigneur notre Dieu, jusqu'à ce qu'il daigne avoir pitié de nous.

L'Epître de la Messe de ce jour est prise du xxxive chapitre d'Ezéchiel, où le Prophète, ayant déclamé vivement contre les mauvais pasteurs d'Israël, promet, de la part du Seigneur, un unique pasteur qui rassemblera ses ouailles et les conduira dans les meilleurs pâturages. Il décrit ici les soins et l'empressement avec lesquels, ne se fiant plus aux servite'urs qu'il avait envoyés pour paître, il vient lui-même en personne prendre la conduite du troupeau. « Je viendrai moi-même », dit le divin Pasteur, « chercher mes brebis, et je les visiterai moi-même. Je les rassemblerai de tous les lieux,


où elles avaient été dispersées dans les jours de nuages et d'obscurité, dans les temps de persécutions et d'épreuves. Pendant ces jours d'obscurité et de brouillards, il est aisé que les brebis s'égarent et se perdent. Les loups profitent toujours des ténèbres de la nuit, pour ravir et pour dévorer. Je ferai moi-même paître mes brebis, continue le Prophète, je les ferai reposer moi-même, dit le Seigneur notre Dieu. J'irai chercher celles qui étaient perdues je banderai les plaies de celles qui étaient blessées, je fortifierai celles qui étaient faibles je conserverai celles qui étaient grasses, et je les conduirai dans la droiture et dans la justice. Qui ne voit que c'est le Sauveur lui-même, souverain pasteur de nos âmes, qui parle mais y a-t-il rien dans toute l'Ecriture qui soit plus propre à exciter l'amour et la confiance en ce divin pasteur qui a fait son portrait dans cette Epître aussi bien que dans celui qu'il fait lui-même dans l'Evangile du bon pasteur ? Si cette Epître doit nous encourager, l'Evangile de ce jour doit nous faire craindre. Ce fut deux jours avant la dernière Pâque que le Sauveur fit avec ses disciples, qu'étant venu dans le temple, après avoir confondu les scribes et les pharisiens, il instruisit le peuple sur les plus importantes vérités de la religion, sur ces divers points de morale. Parmi les diverses instructions qu'il fit au peuple, il s'étendit beaucoup sur le jugement dernier, et leur en fit une peinture très-vive. Dans ce grand jour, leur disaitil, celui qui ne paraît maintenant que Fils de l'Homme, sera reconnu Fils de Dieu car il viendra dans tout l'éclat de sa gloire, accompagné de ses anges. Il s'assiéra sur le trône de sa majesté, et tous les peuples de la terre comparaîtront devant lui comme devant leur roi et leur juge. Quelle différence entre Jésus-Christ naissant dans une étable et mourant sur la croix, et Jésus-Christ revêtu de gloire, accompagné de tous les anges, assis sur une nuée éclatante qui lui sert de trône voyant tous les hommes à ses pieds, qui attendent ce qu'il décidera de leur éternelle destinée. Nous reconnaissons deux avénements de Jésus-Christ, que l'Eglise nous propose comme deux grands objets de notre foi, et sur lesquels roule, pour ainsi dire, toute la religion chrétienne. Il est. venu, ce Dieu-Homme, dans le mystère adorable de son Incarnation, et il doit encore venir au jour terrible de son jugement universel. Dans le premier avènement, il a pris la qualité de Sauveur; mais dans le second, il prendra la qualité de Juge. Si la justice humaine inspire tant de frayeurs, que ne doit-on pas craindre de la justice divine. 7'MHc~ en ce moment-là, les hommes, désabusés des illusions du mensonge, ouvrant enfin les yeux à la vérité, délivrés de ces préjugés qui retiennent la foi et la raison commes esclaves, verront éclater au-dessus des nues la majesté de leur Juge souverain Tune sedebit super sedem Hïa/M<a<!S~M.B. Les grands du monde, confondus alors avec leurs plus vils sujets, les heureux du siècle, pêle-mêle avec le peuple le plus abject, découvriront le vide et le néant de toutes les grandeurs de la terre. Alors l'hérétique, revenu de ses erreurs, le mondain, détrompé de ses faux plaisirs, le libertin, désabusé de sa chimérique félicité, tous couverts d'une amère confusion, tous effrayés au souvenir accablant de leurs crimes, frémiront, grinceront les dents, souhaiteront de n'avoir jamais été ou d'avoir été anéantis avant ce jour terrible de colère. « Mais avant que de prononcer la sentence décisive de leur bonheur ou de leur malheur éternel o, continue le Sauveur, « ce souverain Juge les séparera tous les uns des autres; de même que le berger, ayant rassemblé son troupeau, met les brebis d'un côté et les boucs de l'autre. Il placera les bons à sa droite, et ce sont ceux qu'il appellera ses brebis, à cause de leur innocence. A sa gauche, seront


mis les méchants qu'il compare aux boucs, animaux sales et lascifs, à cause de la corruption de leurs mœurs, et de la laideur de leurs âmes )). Comptez, pesez, séparez, disait cet arrêt muet que l'impie Balthazar vit gravé sur la muraille de son palais, dans le temps de ses plus somptueuses débauches; voilà la forme et comme le précis du jugement'dernier. Durant cette vie nous ignorons le nombre de nos péchés, nous diminuons le nombre de nos péchés, nous confondons nos péchés avec nos vertus apparentes au tribunal de Dieu, aux pieds de ce souverain et redoutable Juge, nos péchés seront mis dans tout leur jour. A présent nous en ignorons le nombre. Alors aucun n'échappera à ce sévère examen, et le Juge suprême nous dira: Comptez. Maintenant nous en diminuons le poids et la grièveté; pesez, dira le Juge, et comprenez-en toute l'énormité et la malice. Nous les confondons présentement, ces péchés, avec nos prétendues vertus, pour couvrir les uns par les autres et par là nous tranquilliser. Alors le juge nous dira Séparez ce que vous avez jusqu'ici confondu il est temps que les péchés soient démasqués et dépouillés de ces artifices, de ces apparences hypocrites. Job nous représente Dieu comme un créancier sévère qui ne laisse rien échapper. Tu ~MK&m gressus meos <M!<MMr<M~ et nous débiteurs, négligents, insensés, de mauvaise foi, de jour en jour nous accumulons nos dettes, sans nous mettre en peine de les acquitter; et, mesurant, l'étendue infinie de l'Esprit de Dieu, à la faiblesse du nôtre, parce que nous perdons la mémoire de nos péchés, nous nous figurons que Dieu les oublie, ou qu'il ne les regardera que comme nous les envisageons. On ne doute point que ce ne soit la vallée de Josaphat, selon le passage de Joël, qui ne doive être le théâtre de cette terrible journée Co~ye~o oHUMs yem~cs, et deducam eas Mt M//MK Josaphat, et disceptabo cum eis ibi super populo meo. J'assemblerai un jour tous les peuples et je les amènerai dans la vallée de Josaphat, où j'entrerai en jugement avec eux. Les Septante lisent la vallée du jugement. Le vénérable Bède met cette vallée entre Jérusalem et le mont des Oliviers. Là, dans le morne silence et la consternation de tous les hommes, ce Roi des rois, ce Juge souverain dira à ceux qui seront à sa droite « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde ». « Que de joie », dit saint Chrysostome, « que de consolation, que d'honneur dans ces paroles pour ceux à. qui elles seront adressées Jésus-Christ ne leur dit pas Recevez le royaume mais Possédez-le comme votre héritage, comme un bien qui est à vous, que vous avez reçu de votre père, et qui vous est dû de tout temps car je vous l'ai préparé avant même que vous fussiez au monde, parce que je savais de toute éternité que vous seriez ce que vous êtes, et qu'étant fidèles à la grâce, vous avez eu la charité. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger». C'est, selon saint Augustin, comme si JésusChrist disait K Vous êtes bien comptables à la justice divine, car vous avez péché entrez cependant dans mon royaume, je vous fais miséricorde, car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. Je ne vous ouvre donc pas le ciel pour n'avoir pas péché mais parce que vous avez racheté vos péchés par vos aumônes )). <( On est en vain accusé par ses péchés )), dit saint Pierre Chrysologue, « quand on est excusé par le pauvre. En donnant au pauvre, on fait de son juge son débiteur)). Puis, s'adressant à ceux qui seront à sa gauche: « Allez, maudits, loin de moi a, leur dira-t-il d'un ton foudroyant, « allez dans le feu éternel qui avait été préparé pour le démon et pour ses anges )). C'est, selon saint Chrysostome, comme si Jésus-Christ disait « Ce n'est pas moi qui vous ai préparé ces feux. Je vous avais bien prépare un royaume,


mais ces flammes n'étaient préparées que pour les démons. Vous devez vous accuser seuls de votre malheur vous vous êtes précipités volontairement dans ces abîmes ». Qui trouvera après cela les jeûnes du Carême trop longs? la rigueur de la pénitence trop dure? « Allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges ». Remarquez qu'il ne dit pas du supplice éternel, comme il a dit pour la récompense éternelle « qui a été préparé dès la création du monde M, parce que le feu éternel et la damnation n'ont jamais été sa première vue, ni son premier dessein c'est en quelque sorte malgré lui, dit saint Chrysostome, qu'il condamne les hommes pécheurs à ce dernier supplice. C'est par la seule malice du démon, dit le Sage, que la mort est entrée dans le monde Dieu ne se plaît point dans la perte des méchants. Les pécheurs s'attirent la mort et les supplices éternels par leur pure malice nul ne périt que celui qui veut périr. On a déjà dit ailleurs, et l'on ne saurait le dire trop souvent, que les Saints doivent à la miséricorde de Dieu et aux mérites de Jésus-Christ, leur salut et la gloire dont ils jouissent dans le ciel; mais nul des réprouvés qui ne soit l'artisan de sa damnation éternelle. La réprobation est l'ouvrage de l'homme pécheur, et cette vérité ne sera pas, durant toute l'éternité, le moindre des regrets de ces âmes infortunées. Jésus-Christ punit les méchants par un feu, et un feu éternel /M a. ce n'est point un feu chimérique ni un feu allégorique et passager mais un feu réel, corporel, qui ne s éteindra jamais. Le supplice des méchants ne recevra ni fin ni diminution il agira éternellement, aussi bien sur leur âme que sur leur corps; et, comme ils seront éternellement coupables /M ~/e~o nulla est ~~o, ils seront éternellement punis. Qui ne frémit à la seule idée de cette éternité malheureuse? qui en peut soutenir longtemps la pensée? Cependant on s'y expose à toute heure pour l'intérêt le plus léger, pour un faux plaisir d'un moment, pour la satisfaction la plus légère. Le Père Croiset.

LE MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME La messe de ce jour commence par le premier verset du psaume Lxxxixe ~mM, factus es nobis a generatione et progenie; a ~/o o~culum tu es Seigneur, qui êtes avant tous les siècles et qui serez éternellement, vous avez été notre refuge dans tous les temps. Selon saint Jérôme c'est Moïse qui parle en ce psaume. Il représente à Dieu les misères et la brièveté de la vie de l'homme, et il le prie de se réconcilier avec son peuple. Ce qui a porté saint Jérôme et ceux qui sont du même sentiment que lui, à attribuer ce psaume à Moïse, c'est qu'il a pour titre ces paroles Oratio ~o~ AoMm~ prière de Moïse, l'homme de Dieu. Saint Augustin et plusieurs autres ne croient point que Moïse en soit l'auteur. On croit qu'il a été composé pendant la captivité de Babylone, ou par quelqu'un des descendants de Moïse, ou par quelque autre qui, pour rendre ce psaume plus respectable, a voulu mettre à sa tête le nom de ce saint léms]ateur c'est l'opinion du vénérable Bède. Quoi qu'il en soit, il est peu de psaumes d'un


style plus relevé, plus pieux et plus pathétique. L'auteur implore la miséricorde de Dieu sur son peuple afnigé et pécheur, fonde principalement sa confiance, et sur les preuves qu'on a de cette miséricorde envers les pécheurs et sur la faiblesse de l'homme et la brièveté de sa vie. Seigneur, vous avez été notre refuge dans tous les temps. Nous avons éprouvé tant de fois les effets de votre protection et de votre miséricorde, ô mon Dieu, depuis que vous avez choisi la race d'Abraham pour votre peuple, que malgré nos péchés nous osons encore nous adresser à vous, dans le pitoyable état où nous nous trouvons. Rien ne convient mieux aux chrétiens, dans ce temps de pénitence, que cette prière.

L'Epître est tirée du chapitre Lv" de la prophétie d'Isaïe, dans lequel le Prophète invite tous les peuples, toutes les nations du monde à la foi et à la pénitence, et déclare que Dieu est infiniment miséricordieux qu'il ne rejette aucun pécheur, à moins que le pécheur ne refuse sa grâce, et qu'il n'a rien tant à cœur que notre conversion que, quoique tous les temps de la vie soient des jours de miséricorde, il y a des temps où le Seigneur se rend bien plus facile à écouter nos vœux, à être touché de nos égarements et de nos malheurs, à se laisser fléchir plus aisément par nos pleurs, et à nous pardonner nos désordres. Et qui ne voit que ce temps d'indulgence c'est le Carême. Cherchez le Seigneur, dit le Prophète, pendant qu'on le peut trouver; invoquez-le pendant qu'il est proche. C'était principalement aux Juifs qu'Isaïe adressait ces paroles, et le Saint-Esprit qui parlait par la bouche de ce Prophète, les adressait généralement à tous les pécheurs: Peuple juif, hâtez-vous de recourir au Seigneur; invoquez-le pendant qu'il est près de vous. Le temps viendra, et ce temps n'est pas bien éloigné, qu'il se retirera de vous pour se donner aux Gentils et pour les appeler à la foi, en vous laissant dans un aveuglement et un endurcissement déplorable. Prévenez ce malheur; que l'impie quitte sa voie, et l'injuste ses mauvais désirs et ses pensées criminelles, et qu'il retourne sans délai au Seigneur, et il lui fera miséricorde; car notre Dieu se fait un plaisir de pardonner, dès qu'il voit un cœur contrit et humilié. Ne vous imaginez point, continuet-il, que Dieu pense comme nous, et qu'il prenne un simple et stérile projet de conversion pour un retour efficace et sincère. Quand vous avez dit que vous voulez vous convertir, vous croyez que tout est fait. Dieu juge bien autrement que nous, de la sincérité de nos désirs et de nos résolutions si souvent inefficaces. « Si vous voulez vous convertir véritablement, dit le Seigneur notre Dieu, changez de conduite étudiez quelle est la mienne et conformez-y la vôtre. Quittez vos voies pour entrer dans les miennes vous êtes vindicatifs, violents, emportés, et je suis doux, compatissant, miséricordieux. Retournez donc à moi avec une entière confiance, et ne craignez point que le nombre et l'énormité de vos crimes soient un obstacle insurmontable pour en recevoir le pardon. Ne craignez point que les promesses que je vous fais d'une entière réconciliation soient sans effet; la pluie et la neige remonteront plutôt en haut vers le ciel, que ma parole ne manquera d'effet. Je serai aussi fidèle que généreux dans mes promesses il ne tiendra qu'à vous d'en voir le parfait accomplissement. N'y mettez point d'obstacle. Ma parole est comme la pluie et la neige qui rendent féconde la terre, et font germer le grain qu'on y a semé, pourvu qu'elle soit bien préparée. Ainsi ma parole ne retournera point à moi sans fruit; mais elle produira l'effet pour lequel je l'ai envoyée a. Quoi de plus consolant pour le pécheur? quoi de plus propre à nous inspirer de la confiance que ce passage de l'Ecriture.


L'Evangile ne nous fournit pas une moindre instruction. Jésus-Christ, voyant approcher le temps qu'il avait déterminé pour achever le grand ouvrage de la rédemption des hommes, fit son entrée triomphante dans la ville de Jérusalem cinq jours avant sa mort. H avait reçu sur les chemins les acclamations des peuples qui étaient venus au-devant de lui la palme à la main, criant: Fo~KHO! au ~cm~ c'est-à-dire, sauvez, je vous prie, le Fils de David vive le Fils de David 1 bénédictions et prospérités à celui qui vient au nom du Seigneur. Lorsqu'il fut entré dans Jérusalem, toute la ville fut en mouvement, et chacun disait Qui est celui-ci ? mais la multitude qui était autour de lui répondait: « C'est Jésus le prophète de Nazareth en Galilée o. Jésus entra ensuite dans le temple, c'est-à-dire dans le parvis ou portique de Salomon. II y trouva une espèce de marché où l'on vendait et où l'on achetait sans scrupule Au temps des grandes fêtes, et surtout de la fête de Pâques, il se tenait dans cette partie antérieure du temple une espèce de foire où l'on vendait des animaux pour les sacrifices. Saint Jérôme dit qu'on y prêtait aussi de l'argent sous caution à ceux qui en manquaient pour acheter les choses nécessaires pendant la fête. C'était une espèce de change et de banque en faveur du public. Les prêtres qui avaient laissé introduire ce coupable usage, pouvaient en tirer un gros profit. Le Fils de Dieu, voyant ce commerce indigne, s'arma de zèle et chassa tous ces marchands d'iniquité, qui profanaient le saint temple, en leur disant « II est écrit ma maison sera appelée la maison de la pnère, la maison par conséquent de libéralité, de grâce, où l'on demande, où l'on obtient, où les dons du ciel se répandent abondamment sur les hommes Vos autem fecistis !7/aM speluncam latronum; et vous en avez fait une caverne de voleurs où vous dérobez a Dieu les hommages qu'il attend de votre reconnaissance, au prochain l'édification qu'il attend de votre piété, à vous-mêmes les secours que vous devez à votre âme. Vous en avez fait, de cette maison de Dieu, une caverne de larrons, où vous commettez par vos usures toutes sortes de brigandages ». Une réprimande si sévère, un châtiment si publie, si solennellement attesté, réitéré par deux fois en des temps choisis exprès, exercé de la main du Fils de Dieu, ne peut nous laisser douter de l'énormité du crime. Mais de quoi s'agissaitil ? il s'agissait du respect dû par les hommes à la maison du Seigneur, et violé par l'insolence des hommes. On peut dire que le zèle de la maison du Seigneur fait en quelque manière sortir le Sauveur de son caractère de douceur, de patience, de bonté. En effet, voir Jésus-Christ de qui le Prophète avait dit qu'il ne saurait pas se fâcher, et qu'il nous avait figuré comme un homme incapable de parler haut, de contredire et même d'achever de briser un roseau froissé le voir, dis-je, le fouet à la main déployer son zèle sur ceux qui trafiquaient dans le temple, y renverser l'argent et les tables des changeurs, répandre la terreur et la confusion parmi le peuple, quoi de plus propre et de plus efficace pour nous faire comprendre quel crime c'est de manquer de respect dans les églises et de les profaner? Cette marque d'autorité a quelque chose de merveilleux; et saint Jérôme regarde comme un des plus grands miracles du Sauveur, et la prompte obéissance des marchands et des banquiers, et le silence inespéré des pharisiens et des prêtres. Ce Père croit qu'en cette occasion JésusChrist imprima par la majesté de son visage et par l'éclat tout divin qui parut sur sa personne, une frayeur et des sentiments de respect dans l'esprit des uns et des autres, qui les empêchèrent de lui résister ~M<?MM enim quiddam atque SK~eMM radiabat m oculis ejus, et divinitatis majestas lucebat


in facie. C'est la seule fois que le Sauveur a parlé et agi avec quelque émotion pour apprendre aux simples fidèles jusqu'où doit aller leur respect pour les églises, et aux ministres du sanctuaire quelle doit être leur vivacité quand il s'agit de procurer aux lieux saints le respect qui y est dû. Quel malheur si des ministres lâches et intéressés changeaient encore aujourd'hui nos églises en des retraites de voleurs, par le trafic indigne qu'ils y feraient des choses saintes mais combien de libertins et de femmes mondaines les profanent-ils, peut-être plus indignement encore I quel sera leur châtiment? Il est surprenant, disait le savant Pic de la Mirandole, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde et qui y ont si longtemps dominé, il n'y ait eu que la religion de Jésus-Christ, c'est-à-dire la seule vraie religion dont les temples aient été profanés par ses propres sujets. On a bien vu les Romains violer le temple des Juifs on a vu les chrétiens briser les idoles du pâganisme; mais a-t-on jamais vu des païens s'attaquer eux-mêmes à leurs dieux, et fouler les sacrifices qu'ils leur offraient, quelque faux, quelque superstitieux que fussent ces sacrifices ? On a vu les hérétiques profaner nos saints temples mais les a-t-on vus manquer de respect dans les leurs ? Pourquoi cette différence ? C'est que l'ennemi de notre salut ne va point tenter les païens ni les troubler au milieu de leurs sacrifices, parce que ce sont de faux sacrifices, et qu'il reçoit lui-même l'encens qu'on y brûle. Ces temples sont déjà assez profanés, il n'a pas besoin d'inspirer à ses adorateurs de les profaner davantage mais il emploie toutes ses forces et tous ses artifices pour détruire le culte qu'on rend au vrai Dieu, pour détourner du sacrifice adorable de nos autels, pour en faire perdre le fruit, pour empêcher de recevoir les grâces et les faveurs singulières qu'il répand abondamment sur tous ceux qui le viennent adorer dans son temple, où il exauce leurs prières et leurs vœux; voilà ce qui porte le démon à nous faire commettre, dans le lieu saint, tant d'irrévérences. Les miracles que le Sauveur fit ensuite dans le temple même, lui attirèrent de nouvelles acclamations. Les enfants ne cessaient de crier ~osaHnct au Fils de David, tandis que les princes des prêtres et les scribes, c'est-à-dire les interprètes de la loi, étaient pleins de dépit. Chose étrange, les princes des prêtres et les docteurs de la loi voient Jésus-Christ opérer des miracles, et au lieu d'imiter les enfants qui lui rendent gloire, ils ne peuvent dissimuler le chagrin qu'ils ont de le sentir honoré. Jésus-Christ les quitte; il sort de la ville pour aller à Béthanie, et il y logea. Voilà le triste effet de l'endurcissement des Juifs, et voilà la cause funeste de leur réprobation. Les exhortations du Sauveur ne les touchent point; ses miracles les rendent encore plus obstinés ils résistent opiniâtrement aux pressantes sollicitations de la grâce le Sauveur enfin les quitte, relictis illis, et il va loger chez des gens plus dociles et plus religieux. Exemple terrible du plus épouvantable châtiment. Libertins femmes mondaines, gens sans religion, vous résistez aux plus grandes grâces rien ne vous touche, vous refusez avec fierté de vous convertir Dieu ne manque pas de trouver des âmes dociles, qui le dédommageront bien de votre perte Dieu se tait, Dieu se retire et vous mourrez dans votre péché.

Le Mre Croiaet.


LE MERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

QU'ON APPELLE AUSSI

LE MERCREDI DES QUATRE -TEMPS

L'Eglise a fixé à cette première semaine de Carême, les Quatre-Temps du printemps. On a déjà dit ailleurs que les jeûnes des Quatre-Temps sont des jeûnes que l'Eglise prescrit de trois en trois mois, les mercredi, vendredi et samedi d'une même semaine. Cette pratique de religion était déjà établie dans l'Eglise de Rome avant le cinquième siècle et saint Léon, qui vivait dans ce temps-là, dit que les jeûnes des Quatre-Temps sont de tradition apostolique, l'Esprit-Saint ayant voulu consacrer chaque saison de l'année par une pénitence de quelques jours.

Saint Augustin demande pourquoi l'Eglise a choisi particulièrement le mercredi et le vendredi pour des jours de jeûne, et il répond que c'est parce que ce fut le mercredi que les Juifs formèrent, cet exécrable dessein de donner la mort à l'auteur de la vie, ce qu'ils exécutèrent le vendredi ,Cum autem ~Ma;'<a et sexta feria maxime yc/MHe~ Ecclesia, illa ratio reddi videtur, quod coMs~em~o Evangelio, ?~'N ~MM~a Sabbati, quam vulgo quartam /en'a?H vocant, consilium ~pn'MM~M' ad occidendum Dominum fecisse ./M~tt. Deinde traditus est ea nocte ~M~c jam ad sextam Sabbati, qua dies Passionis ejus manifestus est, pe~'He~a~. On jeûne donc le mercredi, parce que ce fut en ce jour que la mort du Sauveur fut conclue, comme l'on jeûne le vendredi qui fut le jour de cette mort. Saint Fulgence, évêque de Ruspe, en Afrique, dans le cinquième siècle, ordonna que les ecclésiastiques, les veuves et ceux d'entre les laïques qui pourraient le faire, jeûneraient régulièrement tous les mercredis et les vendredis Per singulas septimanas om,MM clericos et viduas, et qzcicumque potzcisset ex laicis, ~Ma~a et sexta feria statuit jejunare. La messe de ce jour commence par ces affectueuses paroles du psaume vingt-quatrième 7?eM!'HMCM'e mMcra<!OMMM tuarum, Domine, et M!Mer:'co~Ss i'Mce_, qux a M'CM/O sunt Ke MH~MOK <~Om:'MeH<M?' MO~M inimici nostri; libera nos, Deus /s?'ae/, ex omnibus angustiis Kos~M Ressouvenez-vous, Seigneur, de vos anciennes miséricordes que vous exercez depuis tant de siècles; ne permettez jamais que les ennemis de notre salut aient aucun avantage sur nous. Délivrez-nous, û mon Dieu, de toutes les fâcheuses extrémités et des malheurs qui nous affligent. Ce psaume est une prière faite par un homme dans l'affliction. H est vraisemblable qu'il fut composé fait pendant la révolte d'Absalon. David implore le secours de Dieu dans son affliction et, considérant ses maux comme les justes peines de ses péchés, il entre dans de grands sentiments de pénitence. Nous pouvons nous appliquer ce psaume dans toutes nos afflictions, mais surtout lorsque nous avons le plus combattu contre les ennemis du salut. Ad te, Domine, levavi animam MM<KH, devons-nous dire avec David, Deus meus, m ? confido, KOH o'M-


bescam J'élève mon cœur vers vous, Seigneur je mets en vous ma confiance, 6 mon Dieu que je n'aie pas la honte de me voir abandonné de

vous.

On lit toujours deux Epîtres à la messe, le mercredi des Quatre-Temps. Les deux de ce jour nous présentent deux figures du jeûne que JésusChrist pratiqua dans sa retraite au désert, après son baptême, et font voir que l'institution que l'Eglise a faite du Carême, pour honorer et représenter en quelque sorte cette quarantaine mystérieuse du divin Sauveur, peut être autorisée par la loi et par les Prophètes, comme elle l'est par l'Evangile.

La première Epître est tirée de l'Exode. Moïse ayant rapporté au peuple à quelles conditions Dieu avait daigné faire alliance avec son peuple, eut ordre de remonter seul sur le sommet de la montagne de Sinaï, pour y recevoir la loi et les commandements que Dieu avait gravés sur deux tables de pierre. A peine y fut-il arrivé qu'il y demeura pendant six jours, enveloppé dans la nuée éclatante qui la couvrait et qui formait un tourbillon de lumière, où résidait la gloire du Seigneur. Ce qui paraissait de cette gloire était comme un feu ardent au plus haut de la montagne, qui s'élevait vers les cieux, et se faisait voir à tous les enfants d'Israël. Il fallait quelque chose de sensible qui frappât un peuple si grossier. Moïse passa au travers de la nuée pour aller où Dieu l'appelait. Il y demeura quarante jours et quarante nuits, sans boire ni manger, passant tout ce temps-là dans ces communications intimes qui, d'un simple berger, en firent un si saint et si éclairé législateur. C'est dans le jeûne et dans la prière que Dieu se communique à l'âme.

Dans la seconde Epître de la messe de ce jour, nous lisons que le prophète Elie, épouvanté par les menaces que Jézabel, reine d'Israël, lui avait faites de le traiter comme il avait traité lui-même les quatre cent cinquante prophètes de Baal, qu'il avait fait mourir auprès du torrent de Cison, s'enfuit aux extrémités du royaume de Juda. Etant venu à Bersabée, il renvoya son serviteur, et se retira dans le désert de l'Arabie Pétrée, à une lieue de la ville. Se sentant fatigué, il s'assit sous un genévrier où, s'abandonnant à la tristesse, il eût souhaité de mourir pour ne pas voir plus longtemps les crimes qui se commettaient. Le cœur navré d'amertume, il s'écria « Seigneur, retirez mon âme de mon corps, car je ne suis pas meilleur que mes pères ». Dans cet accablement, il se couche à terre et s'endort. Alors un ange, le secouant, l'éveille et lui dit « Levez-vous et mangez ». Elie s'étant éveillé, vit auprès de'lui un pain ou gâteau cuit sous la cendre, et un vase d'eau. Il mangea donc et but, et il s'endormit encore. L'ange revint pour la seconde fois, le secoua, et l'ayant réveillé, lui dit « Levezvous et mangez, car il vous reste un grand chemin à faire n. Alors, se sentant plus de force et de vigueur que jamais, il marcha quarante jours et quarante nuits sans prendre aucune nourriture, et le quarantième jour il arriva à la montagne de Sinaï ou d'Horeb, soutenu durant tout ce long jeûne par la vertu miraculeuse du pain que l'ange lui avait apporté. Tous les saints Pères et les interprètes reconnaissent dans ce pain miraculeux la figure de l'Eucharistie.

L'Evangile de ce jour n'est pas moins plein d'instructions et de merveilles. Le Sauveur venait de délivrer le possédé aveugle et muet, et de confondre la malignité de ses envieux, qui disaient qu'il ne chassait les démons que par le secours de Béelzébub, lorsque quelques scribes et quelques pharisiens, faisant semblant d'ignorer les miracles éclatants qu'il


avait faits, et dont tout le monde était témoin, lui en demandèrent un qui fût nouveau et sans exemple, et qui frappât également les yeux et l'esprit. L'incrédulité fut toujours le propre d'une sorte de savants orgueilleux qui ferment volontairement les yeux à la lumière; ils cherchent de nouvelles raisons de croire c'est la docilité, c'est l'humilité de cœur qu'ils devraient s'étudier à acquérir. On manque toujours de foi, quand on manque d'humilité. Le Fils de Dieu leur répondit avec fermeté; mais il adressa au peuple qui était autour de lui sa réponse « C'est non-seulement une vaine curiosité à ces gens-ci », leur dit-il, « d'exiger de moi quelque prodige qui éclate ou dans le ciel ou dans l'air, mais encore une insigne malice. La demande que me fait cette nation perverse ne lui sera pas accordée de la manière qu'elle le souhaite. Elle ne manquera point de miracles, mais le plus grand et celui qu'elle attend le moins, sera celui dont le prophète Jonas a été la figure, je veux dire ma mort et ma résurrection ». Personne n'ignore queJonasfutjetéà à la mer pour apaiser la tempête qui ne s'était élevée qu'à son occasion, et que Dieu voulut qu'un monstre marin (on croit que ce fut une baleine) se trouvât là pour l'engloutir. Il fut trois jours dans le ventre de cet animal, qui le jeta le troisième jour sain et sauf sur le rivage, d'où il alla prêcher la pénitence aux Ninivites, qui se convertirent tous. L'engloutissement du Prophète et sa sortie du ventre dela baleine, après y être demeuré trois jours, marquent visiblement la mort de Jésus-Christ, le temps que son corps devait rester dans le tombeau et sa résurrection glorieuse. Cette sorte de réponse figurée a toujours été ordinaire aux Orientaux et particulièrement aux Juifs; aussi comprirent-ils aisément ce que le Sauveur voulait leur dire. Que si le miracle arrivé en la personne de Jonas a pu obliger les Ninivites de le recevoir comme venant de la part de Dieu et de croire à sa parole, que ne doit pas faire ce prodige si nouveau de la résurrection glorieuse du Fils de l'Homme ? Ne sera ce pas une preuve manifeste que c'est Dieu qui l'a envoyé au monde pour le salut de son peuple? En effet, c'est de la preuve incontestable de ce prodige de la résurrection que les Apôtres se sont servis pour convertir le monde. C'est pour cela que le Sauveur, continuant l'allégorie, ajoute « Les Ninivites se lèveront au jour du jugement avec cette nation et la condamneront car dès que Jonas prêcha, ils m'eut pénitence, et moi qui suis le Fils du Dieu vivant et la vérité même, je leur prêche, je les convaincs par la raison et par les miracles, et ils ne se convertissent point". Terrible comparaison qui se fera au jour du jugement entre le barbare converti et le chrétien né dans le sein de l'Eglise, entre les personnes vivant dans le monde et les personnes consacrées à Dieu: moins de secours et plus de fidélité d'une part, plus de secours et moins de Edélité de l'autre. Faisons-la maintenant cette comparaison, pour éviter la honte et la condamnation qu'elle nous attirerait un jour.

La reine de Saba qui vint de si loin, poursuit le Sauveur, c'est-à-dire, comme on le croit communément, qui vint de l'Arabie Heureuse, située au midi de la Judée, pour voir et pour admirer Salomon, dont elle avait ouï dire tant de merveilles (car cette expression « elle vint des extrémités de la terre » ne marque souvent dans l'Ecriture qu'un pays éloigné), cette reine s'élèvera contre cette nation, et qu'aura-t-on à répondre ? En effet, l'exemple de cette princesse, à qui le désir de voir un roi renommé pour sa sagesse fait entreprendre un si pénible voyage, est bien capable de confondre le peuple juif, qui rejette la doctrine que le Fils de Dieu lui annonce en personne et qu'il confirme par les miracles les plus écla-


tants. Mais l'exemple de ta même reine ne doit-iL pas aussi nous confondre ? Le Fils de Dieu, gémissant ensuite sur l'endurcissement des Juifs, leur prédit la réprobation qu'ils allaient mériter par leur malice il leur cite la parabole suivante « Quand l'esprit immonde se voit contraint de sortir d'un corps dont il s'était emparé, il est dans la même peine qu'un homme chassé de sa propre maison. Cet homme au désespoir va errant de côté et d'autre, et cherche quelque endroit où se retirer. Ennuyé enfin de son exil, il prend la résolution de retourner dans son ancienne demeure. La trouvant vide, balayée et ornée, mais mal gardée, parce qu'on ne s'imagine pas que Je démon pense à y retourner, il juge qu'il lui sera aisé d'y rentrer mais pour n'être plus en danger d'en être chassé, il va prendre sept autres esprits plus méchants que lui (le mot de sept dans l'Ecriture signifie un grand nombre), et, profitant de la négligence et de l'absence de ceux qui devaient la garder, y rentre avec ce formidable renfort, s'y établit et y demeure hors de toute insulte M. Qui ne voit que la dernière condition de cette âme figurée par cette maison, dont les esprits immondes se sont emparés, est pire que la première ? Le but de cette parabole est de montrer que les pharisiens, se fiant trop sur leur prétendue justice, et se croyant des Saints, parce qu'ils avaient un dehors imposant, étaient plus à plaindre par leur haine contre Jésus-Christ, que ne l'étaient ceux qui vivaient dans les plus grands désordres. Le Sauveur voulait encore leur faire entendre que la divine bonté ayant affranchi cette nation méchante du joug de Satan, préférablement aux autres peuples du monde, s'ils venaient à s'assujétir encore une fois à ce superbe et cruel tyran, en refusant de reconnaître le Messie, leur roi légitime, seul capable de les défendre contre un puissant ennemi, ils seraient enfin condamnés à une éternelle servitude.

Pendant que le Sauveur instruisait ainsi le peuple, on lui vint dire que sa mère et ses frères étaient dehors et demandaient à lui parler. Mais voulant nous apprendre par son exemple à réprimer le trop grand amour pour les parents « Qui est ma mère et qui sont mes frères?)) répondit-il à celui qui lui parlait ? Et montrant ses chers disciples « Voici », leur dit-il, « ma mère et mes frères; car quiconque fera la volonté de mon Père », ajouta-t-il, « c'est celui-là qui est mon frère, ma sœur et ma mère )); voulant dire que ceux qui le suivent et qui gardent ses préceptes ont plus de crédit auprès de lui, que n'en peut avoir un frère ou une sœur auprès de son frère, ni même une mère auprès de son fils. Comme les Juifs ne regardaient le Sauveur que comme un pur homme, cette réponse, qui dans d'autres circonstances pourrait paraître un peu trop dure, était nécessaire. Jésus-Christ voulut apprendre aux Juifs à ne pas le regarder simplement comme le fils de Marie, et à reconnaître dans sa personne quelque chose au-dessus de l'humain. La sainte Vierge, qui comprenait parfaitement le sens de ces paroles et qui savait le mystère de l'Incarnation, n'avait garde de s'en offenser. On sait encore que les Hébreux donnaient le nom de frères à ceux que nous appelons cousins. Ceux dont il s'agit ici étaient les neveux ou de saint Joseph ou plutôt de la sainte Vierge, Jacques le Mineur, Jude, Simon, Joseph. Le Sauveur pouvait-il marquer plus sensiblement aux ministres de l'Evangile à quel point ils doivent être détachés de la chair et du sang, et que les affections humaines ne doivent jamais entrer dans les fonctions de leur ministère, ni ;es en détourner un seul moment ?

Le Père Crobet.


LE JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

L'Introït de la messe de ce jour est pris du psaume quatre-vingt-quinzième, verset sixième 6'OH/eMM e< ~MMnMo in conspectu ejus; sanctitas et magnificentia in sanctificatione La gloire et la majesté l'environnent toujours sa sainteté et sa grandeur se déploient dans son tabernacle. C'est du vrai Dieu que parle ici le Prophète. Il avait dit dans le verset précédent que tous les dieux que les Gentils adorent ne sont que des démons mais le Dieu que nous adorons est celui qui a créé les cieux. Lui seul est souverain Créateur, maître absolu, seul tout-puissant, la source de tous les biens et de toutes les grâces, au lieu que les divinités païennes ne subsistent que dans l'imagination de leurs adorateurs, et n'ont d'éclat, de gloire et de puissance qu'autant qu'il plaît aux peuples qui les vénèrent de leur en attribuer. Ce psaume est une partie de celui que David composa pour la cérémonie de la translation de l'arche sur la montagne de Sion. Le saint roi exhorte les Juifs à louer Dieu, et les Gentils à le venir adorer dans le nouveau Tabernacle. Ce nouveau Tabernacle était la figure de l'Eglise, dont l'établissement est ici prédit aussi bien que le règne de Jésus-Christ. L'Epître de la messe de ce jour est une prophétie des plus consolantes et dont nous voyons l'accomplissement depuis la mort du Sauveur. Il v avait parmi les Juifs un ancien proverbe qui disait Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées. Ce proverbe était fondé sur ce que dit Moïse dans l'Exode et dans le Deutéronome, que Dieu venge l'iniquité des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et quatrième génération. Ceux à qui le prophète Ezéchiel parlait, expérimentaient pour la plupart la vérité de ce proverbe. Ils étaient en captivité, en punition des péchés et des abominations de leurs aïeux, un Achab, un Manassès, et tant d'autres mauvais Juifs qui avaient vécu sous ces princes impies. Dieu, voulant consoler ce peuple affligé, lui fait dire par son Prophète que ce proverbe n'aura pas toujours lieu, et qu'à l'avenir ils n'auront plus sujet de s'en servir; que chacun portera ]a peine de son péché, et qu'au retour de la captivité, les anciennnes iniquités seront effacées; que le crime du père ne retombera plus sur le fils, et que le fils ne sera point puni de l'iniquité du père. Ce que le Prophète prédisait aux Juifs, s'entendait littéralement de la captivité où ils gémissaient; mais ce ne devait être que dans la nouvelle alliance, et sous le règne du Sauveur, que devait s'accomplir cette promesse. Jésus-Christ, sans distinction de Juifs et de Gentils, sans aucune acception de personnes, sans égard aux fautes passées, est venu pour sauver tous les hommes, a donné sa vie et son sang généralement pour tous les hommes; et il a déclaré que l'innocence de quatre-vingt-dix-neuf justes ne lui faisait point tant de plaisir que la conversion d'un seul pécheur. Il ouvre son Eglise à toutes les nations, et il admet à sa table les pauvres, les boiteux, les gens perclus de leurs membres et les aveugles. C'est proprement par le baptême que le proverbe a cessé, puisque nous recevons tous le pardon de l'ancien péché, de cette faute originelle qui était proprement ce raisin vert dont l'acidité agaçait les dents de tous les des-


cendants d'Adam, pour parler selon le langage du Prophète. Dieu déclare que toutes les âmes lui appartiennent elles lui sont toutes très-chères, puisqu'elles ont toutes coûté le sang d'un Dieu, et qu'ainsi il n'y aura désormais que celle qui aura péché, et qui aura voulu persévérer dans le péché, qui mourra. « Je punirai n, dit-il, « ou je récompenserai suivant le mal ou le bien que chacun aura fait l'iniquité du père ne nuira point à la justice du fils et la justice du fils ne justifiera pas le père. Si un homme est juste, et s'il garde mes commandements, s'il ne mange point sur les montagnes (ceci se doit entendre des viandes immolées aux idoles, à qui les Juifs, toujours enclins à l'idolâtrie, allaient offrir des sacrifices sur les montagnes à l'exemple des Gentils); enlin, s'il ne fait tort à personne, s'il marche dans la voie de mes préceptes et garde inviolablement ma loi, celui-là est juste, -hic justus est, et il vivra d'une vie éternelle, dit le Seianeur :<aM!)e~<K'<.DoHMMKs7)cMS n. Nous voyons l'accomplissement de cette prophétie dans la nouvelle loi chacun est puni ou récompensé selon son mérite. Ceux qui auront fait de bonnes actions, dit le Sauveur, ressusciteront pour vivre, au lieu que ceux qui en auront fait de mauvaises ressusciteront pour être condamnés. Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, dit l'ange qui parlait à saint Jean dans l'Apocalypse, car leurs œuvres les suivront Opera eninz illorum ~MMH~- !?/os. « Il faut que nous paraissions tous devant le tribunal de Jésus-Christ n, dit saint Paul, « afin que chacun reçoive ce qui est dû à son corps, selon le bien ou le mal qu'il aura fait )).

L'Evangile de la messe de ce jour est tiré du quinzième chapitre do l'Evangile selon saint Matthieu; il renferme l'histoire de la femme Chananéennc, et dans cette histoire l'Eglise nous propose le modèle le plus instructif de la prière la plus parfaite. Comme le jeûne doit être accompagné et soutenu de la prière, l'Eglise, dans ce commencement de Carême, nous apprend à prier en nous proposant cet Evangile. Jésus-Christ, indigné de la jalousie et de la haine des pharisiens, fatigué de leurs malignes interprétations, lassé de leurs demandes captieuses, les quitta brusquement, et se retira vers les confins de Tyr et de Sidon, où il sembla vouloir demeurer inconnu. En effet, il se retira sans bruit avec ses disciples dans une maison où il semblait qu'on devait ignorer son arrivée. Elle fut pourtant bientôt publiée dans les pays voisins par une femme Chananéenne. Les Juifs donnaient ce nom à ceux de Tyr, dt! Sidon et des environs, parce qu'ils descendaient des anciens Chananéens, Sidon, fils de Canaan, ayant fondé la ville de Sidon, capitale du pays. Elle était païenne, comme l'étaient tous ceux de ce pays. Saint Marc dit que cette femme était Syro-Phénicienne, c'est-à-dire de Phénicie et de Syrie, où étaient Tyr et Sidon. Cette femme, ayant ouï dire que le Sauveur était en ce pays-là, vint de la frontière où elle demeurait, et lui amena sa fille possédée du démon, ne doutant point que si Jésus voulait, elle serait infailliblement délivrée. Les Juifs, disent les Pères, rejettent Jésus-Christ, après lui avoir vu opérer un nombre infini de merveilles, et voilà une femme étrangère qui, sur le seul récit de ces miracles, sort d'un pays infidèle pour le venir adorer, et qui lui donne toutes les marques de la foi la plus vive. Cette femme, qui avait appris des Juifs que le Messie devait être Fils de David, ayant ouï parler des merveilles que le Sauveur opérait, ne douta point qu'il ne fût ce Messie si attendu. Elle entre donc dans la maison, où il s'était retiré, et se tenant d'abord derrière les disciples qui environnaient le Sauveur, elle disait sans cesse assez haut « Seigneur, Fils de David, ayez pitié de moi ma fille est fort tour-


mentée du démon )). Mais le Sauveur, faisant semblant de ne la pas entendre, continuait à s'entretenir avec ses disciples. Elle ne se rebute point, et, voyant que le Maître ne voulait pas l'écouter, elle ne cesse d'importuner les disciples, qui, ennuyés de ses prières et de ses larmes, prient le Sauveur de la congédier, pour les délivrer de l'importunité de sa demande. Jésus leur répondit qu'il n'était pas envoyé pour prêcher aux Gentils, mais seulement aux brebis de la maison d'Israël, et que ce n'était qu'en leur faveur qu'il faisait ses miracles. En effet, ce n'a été qu'au refus des Juifs que l'Evangile a été prêché aux étrangers. Cette femme, voyant qu'elle n'était point exaucée, s'avance et va se jeter aux pieds du Sauveur, et le supplie, .par ses cris et par ses larmes, de ne pas lui refuser la grâce qu'elle sollicite. Quelque dure que parût la réponse de Jésus-Christ, il no laissait pas d'être charmé et attendri d'une si généreuse persévérance. «Attendez)), lui dit le Sauveur, « que les enfants de la maison soient pleinement rassasiés on ne préfère pas les étrangers aux domestiques il n'est pas raisonnable de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens H. C'était le terme dont se servaient ordinairement les Juifs en parlant des Gentils. Cette femme, saisissant la comparaison « Je m'en tiens, Seigneur, à ce que vous dites s, répond-elle « rien de plus juste je consens à être mise au nombre des chiens mais aussi, en cette qualité, j'ai droit du moins de vivre des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres )'. Le Sauveur ne put dissimulcr plus longtemps la satisfaction qu'il avait d'une foi si vive « 0 femme )), s'écria-t-il, « votre foi est grande, vos paroles et votre persévérance le prouvent assez. Allez, et que ce que vous souhaitez s'accomplisse '). Les paroles du Sauveur furent efncaces. Le malin esprit sortit à l'instant même du corps de sa fille, et saint Marc ajoute quc la mère, étant de retour chez elle, la trouva couchée sur son lit, aussi tranquille que si jamais elle n'eût été possédée.

Le Pàre Croiset.

LE VENDREDI DE LA PREMIERE SEMAINE DE CARÊME

FÊTE DE LA LANCE ET DES CLOUS

DE NOTRE-SEIGNEUR

Arrivé sur le sommet du Calvaire, Jésus n'a nul besoin qu'on lui fasse violence obéissant à la volonté de son Père, écoutant son amour pour les hommes,'il se baisse jusqu'à terre et se place, déchiré et ensanglante, sous le bois de la croix. Il étend ses bras, donne ses mains, et présente ses pieds aux clous qui vont les déchirer. Le bourreau place dans le milieu de la main un gros clou, sur lequel il frappe avec un pesant marteau jusqu'à


ce que la pointe traverse la main et le bois, et paraisse de l'autre côté. Qu'on se figure, si on le peut, les angoisses et les souffrances que dut endurer Jésus à ce déchirement des chairs, à cette rupture violente des nerfs, des muscles, des vaines et des artères. Le même supplice se renouvelle pour l'autre main, mais elle n'atteint pas jusqu'à, l'endroit marqué, les contractions produites par les souffrances de l'autre main en sont la cause. Alors les bourreaux, à l'aide d'une corde, la tirent avec force on en fait autant pour les pieds, et le déplacement des os ajoute encore aux tortures de cet affreux moment. La parole du Prophète est accomplie « Ils m'ont percé de part en part les mains et les pieds, ils ont disloqué mon corps au point qu'on peut en compter les os n.

Méditons sur ce supplice du Sauveur et souvenons-nous que, par le percement de ses pieds sacrés il nous a mérité le pardon de l'odieuse insolence avec laquelle nous avons bien souvent déserté la voie des commandements de Dieu il nous a préparé le chemin par où, après de longs égarements, la voix de la grâce nous appelle au Seigneur que nous avons honteusement délaissé. Par le percement de ses mains, il nous a mérité le pardon des fautes innombrables auxquelles nos mains devaient servir d'instrument. M'oublions pas que les mains si miséricordieuses du Sauveur, pendant que nous sommes sur la terre, deviendront plus tard pour nous les mains du juge sévère et redoutable. En ce jour de justice, sa droite ouvrira le ciel aux élus, et sa gauche ouvrira l'enfer aux réprouvés. Attachons-nous fidèlement au Sauveur, et nous serons du nombre de ceux à qui sa main droite ouvrira les portes du ciel.

Cependant les prêtres et les magistrats juifs se rendirent auprès de Pilate et le supplièrent, par égard pour la solennité pascale qui allait commencer, de permettre qu'on brisât les jambes aux cruciBés, afin de hâter leur mort et d'ensevelir leurs cadavres avant le coucher du soleil. En ayant obtenu la permission, ils se rendirent au Calvaire après avoir rompu les jambes aux deux criminels crucifiés avec Jésus, ils s'approchèrent de ce dernier, et, le trouvant mort, ils s'abstinrent de cet acte de barbarie. Seulement un soldat, peut-être sur leurs injonctions, afin de s'assurer mieux de cette mort, lui fit, avec une lance, une blessure profonde et large, d'où l'on vit s'échapper une grande quantité de sang et d'eau. Nous que le souvenir de nos fautes désole, nous qui sommes pécheurs, approchons-nous de la blessure faite au côté du Sauveur. Cachons-nous dans ce refuge où personne ne saurait nous atteindre. Allons-y aussi, nous qui sommes justes, nous qui, semblables à des colombes timides, fuyons les assauts de la volupté et les piéges du monde. Là est le vrai nid solitaire où nous trouverons le repos, où nous serons à l'abri des tempêtes et des orages. Nous qui sommes pauvres, faibles, infirmes, nous trouverons dans le côté sacré du Sauveur la nourriture et la richesse qui nous font défaut. Cette retraite mystérieuse renferme le baume qui calme les soum'ances. Là est la fournaise du feu divin qui réchauffera notre tiédeur. Entrons tous dans cette ouverture, car elle est la porte du salut éternel.


LE SAMEDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

DIT COMMUNÉMENT

LE SAMEDI DES QUATRE TEMPS

Tout est mystérieux dans les offices du Carême tout y est instructif, et tout concourt à nous inspirer l'esprit de pénitence. La messe de ce jour commence par ces belles parole~ du psaume Lxxxvne Intret oratio mea in conspectu tuo; inclina aurem tuam ad precem meam, Domine Seigneur, que ma prière puisse arriver jusqu'à vous; prêtez l'oreille aux vœux que je vous adresse. Domine Deus salutis mex, in die clamavi, et nocte coraM te: Seigneur, mon Dieu, mon libérateur, je ne cesse nuit et jour de vous appeler à mon secours par mes cris. David, persécuté par Absalon, et représentant à Dieu ses maux dans la prière, est une figure sensible de Jésus-Christ qui prie son Père au temps de sa passion; tout ce psaume est une image prophétique, et en même temps une vive expression des sentiments du cœur de Jésus-Christ, si ignominieusement traité, si cruellement persécuté par un peuple dont il était le roi et le père.

On lit six leçons à la messe de ce jour, comme on a coutume de faire tous les samedis des Quatre-Temps cet usage est très-ancien dans l'Eglise. On a pu voir au samedi des Quatre-Temps de décembre, pourquoi on avait donné au semedi des Quatre-Temps l'e nom de jour aux douze leçons. Quoique le jeûne des Quatre-Temps dans les quatre saisons de l'année soit d'institution apostolique, ce n'est que sous le saint pape Grégoire VII, dans le onzième siècle, que les Quatre-Temps du printemps ont été nxés à la première semaine de Carême, et ceux de l'été, à la Pentecôte ce qui fut confirmé par un nouveau décret, dix ans après, dans le concile de Clermont en Auvergne, par le pape Urbain II, qui y présida.

La première des six leçons destinées pour la messe de ce jour est tirée du Deutéronome, où Dieu ordonne à son peuple une dîme particulière, mais triennale, c'est-à-dire seulement de trois en trois ans; a~Ho decimarum tertio, pour l'entretien des lévites ou ministres du temple, et pour assister les étrangers, les veuves et les orphelins. Ce devoir accompli, Dieu leur prescrit une espèce de formule, par laquelle ils s'engagent solennellement devant lui à n'avoir jamais d'autre Dieu, d'autre Maître rien de plus juste, puisque Dieu de son côté les a choisis pour être son peuple particulier et la nation privilégiée.

La seconde est prise du même livre, où Dieu promet à son peuple que s'il est fidèle à observer le commandement qu'il lui fait d'aimer le Seigneur, son Dieu, de marcher dans toutes ses voies et d'être inviolablement attaché à son service, il exterminera de devant ses yeux toutes les nations qui le surpassaient en puissance et en force, et qu'il le mettra en possession de leur pays et qu'après l'avoir fait riche et puissant, il le rendra


formidable à toute la terre Terrorem vestrum et /b)'M:MeM dabit Dominus, Deus vester, super omMOK terram. Toutes ces récompenses matérielles n'étaient que la figure des récompenses spirituelles 'promises au peuple de la nouvelle alliance, à cette nation sainte qui sont les chrétiens. La troisième leçon est tirée du second livre des Machabées elle contient la prière que les prêtres, après le retour de la captivité de Babylone, firent à Dieu avec Néhémias pendant le sacrifice que consumait le feu sacré qu'on avait caché au fond d'un puits avant la captivité, et qui s'était tourné en une eau boueuse et épaisse, laquelle ayant été répandue sur le bois et la victime qu'on avait mise sur l'autel, se changea miraculeusement en feu dès que le soleil parut.

La quatrième est prise du livre de l'Ecclésiastique, où l'auteur fait une ardente prière à Dieu pour le supplier d'avoir pitié de son peuple afËigé, dispersé et partout maltraité. A cette époque, la nation juive était dispersée dans l'Egypte, dans la Syrie et dans toutes les provinces d'Orient et ceux mêmes qui étaient dans la Judée et dans Jérusalem, étaient opprimés par les princes voisins dont ils étaient les victimes. Comme toutes ces adversités étaient la figure de celles qui devaient un jour affliger les fidèles, l'Eglise renouvelle à Dieu les mêmes prières pour tous ses enfants. La cinquième, qui est la dernière de celles qu'on prend de l'Ancien Testament, est tirée du prophète Daniel, et rapporte la merveille des trois enfants hébreux qui, jetés dans une fournaise ardente pour avoir été fidèles à Dieu, y trouvèrent du rafraîchissement au milieu des flammes et y chantèrent les louanges de Dieu.

Enfin la sixième, qui est proprement l'Epître de la messe, est une instruction que l'apôtre saint Paul donne aux chrétiens de Thessalonique, dans la première lettre qu'il leur écrit, et à leur occasion à tous les fidèles. On peut dire que c'est un précis de toute la morale de Jésus-Christ, et l'abrégé le plus substantiel de la doctrine de l'Evangile. Co~): inquietos, leur dit-il, reprenez les brouillons. L'Apôtre parle de ces esprits inquiets, orgueilleux turbulents, qui ne sauraient vivre en repos ni y laisser vivre les autres; qui mettent le trouble dans les plus saintes sociétés dont ils sont le ûéau; gens de parti, susceptibles de toutes les erreurs, et qui ne semblent nés que pour semer partout la zizanie, la division et le schisme. -SMK'~e zH~os.- Supportez les faibles et les imparfaits. Consolamirai pusillanimes Encouragez ceux qui ont l'esprit abattu à la vue des moindres difficultés. Patientes estote ad omnes la charité qui doit caractériser tous les chrétiens est patiente, compatissante; elle supporte tout et n'a point d'acception de personnes. Ne quis malum pro ma/o ~~< point d'animosité, point de vengeance; ne vous' laissez pas vaincre par le mal, mais tâchez de vaincre le mal qu'on vous fait par le bien que vous ferez aux autres. pM06< bonum est sectamini in MM'ee~ in omnes Ne poursuivez l'injure que par des bienfaits. Semper gaudete: La joie spirituelle est le fruit de l'Esprit-Saint; Dieu ne veut point de serviteurs chagrins et tristes. En quelque état que vous vous trouviez, dans la pauvreté, dans l'adversité, dans la misère, recevez tout comme venant de sa main, bénissez-le de tout. Sine intermissione orate :in omnibus gratias agite: Elevez sans cesse votre cœur à Dieu, faites tout pour sa gloire, adorez sa providence dans tout ce qui vous arrive,,remerciez-le autant dans l'adversité que dans la prospérité, puisque toutes choses concourent à l'avantage de ceux qui l'aiment. Hxc est enirn voluntas Dei in Christo Jesu: Un grand motif pour se réjouir et pour remercier Dieu de tout ce qui arrive, c'est qu'au péché près, tout ce qui


arrive, arrive par la volonté de Dieu' en Jésus-Christ, à l'image duquel nous devons être conformes. Spiritum nolite extinguere. N'éteignez point la lumière du Saint-Esprit en vous par le péché n'étouffez pas ses inspirations en résistant à la grâce et sous prétexte qu'il y a parmi vous de faux prophètes, gardez-vous bien de rejeter les instructions de ceux qui vous parlent de la part de Dieu. -Omnia probate, quod bonum est tenete Examinez toutes choses; tenez-vous-en à ce qu'elles ont de bon. Ne vous laissez point prévenir par de faux préjugés. Soyez, dit saint Cyrille expliquant ce passage, soyez comme de bons changeurs, ne vous laissez pas éblouir par un faux brillant, par un dehors qui impose rejetez tout ce qui est du faux coin, et ne retenez que ce qui est bon et de poids. Ab omni ~oec~ mala abstinete vos. Ce n'est pas assez d'être innocent aux yeux de Dieu, il faut éviter jusqu'à l'apparence, jusqu'à l'ombre du mal, pour ne scandaliser personne. Nous devons à tous le bon exemple ce devoir n'est pas la moindre de nos obligations.

L'Evangile de la messe est tiré de saint Matthieu chap. xvii, et contient l'histoire de la transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la montagne du Thabor. Depuis quelque temps le Sauveur instruisait ses disciples des principaux mystères de la religion il leur avait fait une peinture assez vive des humiliations et des ignominies de sa passion, et de ce qu'ils auraient eux-mêmes à souffrir de dur et d'humiliant de la part des hommes. Ces images tristes étaient très-propres à effrayer des gens encore tout matériels et imparfaits. Ce fut sans doute pour soutenir leur foi encore faible, et pour ranimer leur courage tout languissant, que le Sauveur leur dit que quelques-uns de ceux qui étaient là présents ne mourraient point qu'ils n'eussent vu paraître le Fils de l'Homme dans sa gloire. En effet, environ six jours après, Jésus-Christ choisit trois de ses Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, et les mena à l'écart sur une haute montagne qu'on croit être le Thabor. Comme il ne voulait pas que ce mystère fût connu et rendu public avant sa résurrection, il ne mena avec lui qu'un petit nombre de personnes. Il prend trois de ses Apôtres c'était le nombre que demandait la loi, pour rendre un témoignage non suspect. Il choisit pour témoins de sa gloire ceux qui devaient bientôt être témoins de son agonie, pour nous apprendre que si nous voulons avoir part à sa gloire, nous devons avoir part à ses souffrances et à ses humiliations. Etant arrivé sur le haut de la montagne, il se retira un peu à l'écart et se mit en prière. Alors il se transfigura, c'est-à-dire qu'il parut dans l'éclat de sa majesté, non plus comme un simple homme, mais comme un HommeDieu. L'éclat de sa divinité et la gloire de son âme bienheureuse parurent visiblement sur son corps, par quelques rayons échappés de cette lumière admirable qu'il avait tenue jusqu'alors cachée dans sa source. Son visage devint brillant comme le soleil ses habits devinrent blancs comme la neige. Ils ne furent point changés essentiellement, dit saint Jérôme ils reçurent seulement un éclat éblouissant de la lumière vive qui rejaillissait de tout son corps. On peut dire, en un certain sens, que la vie commune de Notre-Seigneur et sa bassesse extérieure étaient proprement une vraie transfiguration, puisqu'il y paraissait dans un état étranger à sa nature, au lieu que la gloire de la transfiguration était son état naturel; ainsi il fallait un miracle continuel pour suspendre le rejaillissement de sa gloire et de sa majesté sur son visage mais il ne fallait que suspendre le miracle pour se montrer tel qu'il parut alors. Dans cet état de splendeur, Jésus ne voulut pas paraîtra seul; Moïse et Elie parurent à ses côtés, s'entretenant avec lui.


Il voulut que le législateur des Juifs et un des illustres Prophètes rendissent témoignage aux Apôtres que c'était à lui que convenait tout ce que la loi et les Prophètes avaient marqué ou prédit du Messie. « Voici un signe du ciel '), dit saint Jérôme, a tel que les pharisiens l'avaient demandé quelques jours auparavant, mais dont ils ne méritaient pas d'être témoins M. Elie, disent les Pères, était encore en vie, et il parut avec son corps naturel Moïse ressuscita pour cette cérémonie, et il se rendormit ensuite au Seigneur. Le sujet de l'entretien de Jésus-Christ avec Moïse et Elie était les supplices et la mort qu'il devait souffrir à Jérusalem. Les Apôtres furent saisis d'un grand étonnement causé par l'admiration et la joie que leurinspirait la vue de cette merveille. Alors saint Pierre tout transporté d'amour, et s'abandonnant à son bonheur, s'écria dans une espèce d'extase « Ah, Seigneur, qu'il fait bon ici ne voulez-vous pas que nous y établissions notre demeure? Nous ne saurions être mieux; permettez-nous de n'en point sortir. Nous y dresserons trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie )). Saint Pierre ne consulte ici que son bon cœur, et il se laisse transporter a sa vivacité ordinaire et à l'ardeur de sa dévotion. ~Mc eo /oyMCH<e.' Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les emeloppa, 'ct en mêmc temps il sortit de la nuée une voix qui disait « C'est là mon Fils bien-aimé, en qui je trouve toutes mes délices; écoutez-le comme votre maître, obéissez-lui comme à votre roi ». Ce ne fut qu'après que Moïse et Elie eurent disparu que cette voix se fit entendre, afin que Jésus étant seul, dit saint Chrysostome, on ne pût douter qu'elle ne s'adressât à lui. La splendeur de ce nuage et le son de cette voix frappèrent les Apôtres de telle sorte que, saisis de crainte, ils tombèrent le visage contre terre, et au même instant toute cette gloire s'évanouit. Jésus alors s'approchant, leur dit « Levez-vo~s et n'ayez point de pour )). Ils commencèrent aussitôt à lever les yeux, et, le voyant seul, ils se rassurèrent. Il leur tardait d'aller raconter aux autres Apôtres ce qui venait d'arriver; mais Jésus en descendant de la montagne leur recommanda de n'en parler à personne avant sa résurrection.

Le r'er'c Croi-jCt.

LE SECOND DIMANCHE DE CARÊME

Durant plusieurs siècles, ce second dimanche du Carême a été vacant dans l'Eglise, c'cst-a-dire, sans un office particulier, parce que celui du samedi précédent, qui était extraordinairement long, à cause de l'ordination, occupait les fidèles toute la nuit, en sorte que ce n'était souvent qu'après le lever du soleil qu'on achevait la messe. C'est ce qui a fait dire à plusieurs, que les prières et les cérémonies de l'ordination, laquelle ne commençait qu'après le service des Quatre-Temps, c'est-à-dire le samedi au soir, et auxquelles tous les fidèles assistaient, étaient le véritable office du second dimanche de Carême. Le jeûne du samedi durait jusqu'au dimanche matin, et l'on passait depuis le repas du jeûne du vendredi jusqu'à ce moment sans rien prendre. La fatigue de ce double jeûne,


jointe à celle de la veille de toute la nuit et à celle de l'ordination, étant devenue nuisible dans la suite à la santé de bien des gens, l'Eglise, cette bonne mère, toujours attentive aux besoins même corporels de ses enfants, restreignit les ordinations aux samedis des Quatre-Temps, laissant par là tout l'office du dimanche libre. Cette nouvelle disposition laissa au second dimanche de Carême un vide, pour ainsi dire, qu'il fallut remplir par un office particulier. On se contenta d'abord de répéter celui du samedi précédent, en retranchant les leçons de l'Ancien Testament, et l'on fut même quelque temps avant que d'établir une uniformité désirable. En quelques Eglises on garda encore quelque temps l'usage où l'on était en France de lire la parabole de l'enfant prodigue, pour l'Evangile de la messe du jour; en d'autres endroits, on emprunta de l'office du jeudi précédent, l'Evangile de la Chananéenne. Chacun se réunit enfin dans le choix de l'Evangile du samedi précédent, qui contient l'histoire de la Transfiguration. L'Eglise de Milan garde encore son ancien usage de lire à la messe de ce jour l'Evangile de la Samaritaine. On appela communément ce second dimanche ~emMMcen?, du nom du premier mot de l'Introït de la messe. Cet Introït est pris du psaume xxiv% que nous avons dit avoir été composé par le saint roi prophète, lorsque la révolte de son fils Absalon l'obligea de sortir de Jérusalem et de se sauver à pied, abandonné presque de tout le monde. Le Saint-Esprit se servit do cette affliction et de cette humiliation pour lui inspirer les sentiments de pénitence les plus touchants et la plus vive confiance en la miséricorde de Dieu; aussi trouve-t-on dans ce psaume la prière la plus chrétienne qu'un pécheur puisse faire, surtout quand il se trouve le plus combattu par l'ennemi du salut.

~eHM'KMCe~ yHMC~OHMM tuarum, Domine, et MMM'CO~M? <Ma? a M'CM~ Ressouvenez-vous, Seigneur, de vos anciennes miséricordes, de ces miséricordes que vous exercez depuis tant de siècles. Ne unquam obmHMK~ nobis inimici Hû~ Ne permettez pas que nous tombions jamais sous la puissance des ennemis de notre salut. Libera nos, Deus A~c~ ex omnibus aK~Ms~M KfM~M Délivrez-nous, ô mon Dieu, de tous les dangers qui nous menacent. Saint Augustin traduit ainsi ces dernières paroles Délivrez-moi, ô Dieu d'Israël, de tous mes sujets d'affliction. Dans tout ce psaume, David relève et exalte la miséricorde du Seigneur, comme le motif principal de sa confiance en lui, malgré le nombre et la grièveté de ses péchés; il prend même la grièveté de son péché pour un motif particulier de sa grande confiance Propitiaberis peccalo meo MM~MM est enim. C'est comme s'il disait Votre miséricorde, Seigneur, est munie, et j'ose dire qu'il n'est rien qui vous fasse plus d'honneur et qui donne une plus haute idée de votre grandeur infinie et de votre puissance sans bornes, que votre excessive bonté Miserationes ejus super omnia o~a ejus. Rien aussi n'est plus propre à faire éclater cette bonté, que le pardon que vous m'accorderez de tous mes péchés, quelque grand qu'en soit le nombre. Il est visible que ce qui a obligé tous les Prophètes et surtout David, dans les Psaumes, d'admirer et d'exalter sans cesse avec des expressions si vives la miséricorde de Dieu, plus que tous ses autres attributs, c'est qu'il a bien voulu se faire homme pour nous racheter par sa mort sur la croix. En effet, l'Incarnation et la Rédemption sont des mystères incompréhensibles et bien propres à exciter notre confiance et notre repentir. A l'égard de l'Epître dont on a composé le nouvel office de ce dimanche, on n'a pas jugé à propos de répéter celle du samedi précédent; mais on a pris un sujet semblable parmi les instructions que saint Paul donne


aux Thessaloniciens, dans la même lettre, pour apprendre aux fidèles à vivre saintement dans le monde, et à s'avancer dans les voies de la perfection. Rogamus vos, et obsecramus m -Dom:'KO Jesu, dit l'Apôtre, ut CMenï~tKO~M! accepistis a nobis quomodo vos oporteat 6[tK&M~?'e, et placere Deo, sic et ambuletis. Nous vous supplions et vous conjurons par l'amour de Jésus-Christ, de marcher toujours et sans vous relâcher le moins du monde, dans les voies de Dieu et dans l'exacte observation de ses commandements, pour lui plaire sans cesse, comme nous vous l'avons appris. Ce n'est pas assez d'avoir bien commencé, il faut persévérer et s'avancer tous les jours davantage. Scitis enim y«a' ~ce~a dederim ~o~M.- Vous savez les préceptes que nous vous avons donnés de la part de Dieu, et ce qu'il attend de votre fidélité à son service. 77a?e est enim voluntas Dei sanctificatio vestra. Quelle vérité plus consolante et plus propre à ranimer notre zèle Dieu n'a rien tant à cœur que notre salut; il nous appelle tous à la sainteté. Tel a été son dessein, lorsqu'il nous a appelés à son service, et c'est pour cela que ce divin Sauveur exhorte en tant d'endroits tous les chrétiens à vivre d'une manière pure, sainte, irréprochable et digne de leur vocation Ut abstineatis vos a fornicatione. Abstenez-vous de toute impureté la moindre faute contre cette délicate vertu souille l'âme et la rend hideuse aux yeux de Dieu. Souvenez-vous, continue-t-il, que vos corps sont les temples du Saint-Esprit; ne les profanez pas par la moindre souillure. Un chrétien doit avoir une espèce dc respect et de vénération pour son corps qui est le membre de Jésus-Christ. Ne savez-vous pas, dit le même Apôtre aux Corinthiens, que vos corps sont les membres de Jésus-Christ; ignorez-vous que vous êtes le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite en vous ? Quel crime de l'en chasser par une profanation sacrilége Ne suivez pas l'exemple des païens qui n'ont point d'autre règle que leurs passions dont ils sont les esclaves. Ne quis sMpe~'e~N~ H~Mc CM-CMHM~K.K in negotio /yai'?'em suum. Que personne n'use de violence, ni de supercherie à l'égard de son frère, en quelque affaire que ce soit, parce que le Seigneur tire vengeance dé toutes ces choses. La droiture et la bonne foi doivent faire en partie le caractère des chrétiens. Que gagne-t-on par la dissimulation et par les artifices? Les hommes qui ne voient pas le cœur peuvent être surpris par les apparences; mais Dieu pénètre le fond du cœur Scrutanscorda et )'eHM Deus. Il découvre tous nos artifices Dominus autem intuetur cor. Dieu ne nous a pas appelés pour être des impudiques, mais pour devenir des saints. Non eMMM vocavit nos Deus in iinmunditiam, sed in sanctificationem. Que cette vocation nous est glorieuse

Comme l'Evangile de la messe est le même que celui du jour précédent, on ne répète point ici l'histoire de la transfiguration du Sauveur du monde; on se contente d'ajouter quelques réflexions sur ce mystère. On entend, par la transfiguration du Sauveur, ce changement miraculeux que fit Jésus-Christ sur son corps, en présence de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jean, sur la montagne du Thabor, où il parut dans l'éclat le plus brillant de sa gloire, au milieu de Moïse et d'Elie, avec qui il s'entretint quelque temps de l'ignominie de sa mort. La gloire dont l'âme de Jésus-Christ jouissait dès le premier instant de son Incarnation devait naturellement passer de son âme sur son corps; et ce n'était que par un miracle continuel que cette gloire était suspendue et retenue dans son âme pour qu'il n'en parût rien au dehors durant tout le cours de sa vie mortelle. La fin qu'il s'était proposée dans son Incarnation et le choix qu'il avait fait. de toute éternité, de racheter les hommes par les humiliations de


sa passion et par l'ignominie de la croix, exigeaient ce miracle. Si cette gloire eût rejailli durant sa vie sur son corps, se fût-on jamais avisé de le maltraiter? Eût-on jamais osé crucifier le Seigneur de la gloire ? Si enim eo~MOM'MeH<, nunquam Dominum <~on'a? cfMC!MeH/. Au jour de sa transfiguration, Jésus-Christ étant sur cette montagne, cessa durant quelques moments de faire ce miracle. Il laissa rejaillir sur son corps quelques rayons de cette gloire dont son âme jouissait. Son visage et tout son corps devinrent alors plus brillants que le soleil, et ses vêtements plus éclatants, plus blancs que la neige. L'éclat qui sortait de tout son corps était si frappant, que les Apôtres en étaient éblouis et, leurs yeux ne pouvant pas les supporter, ils se jetèrent le visage contre terre. Le soleil semblait être tombé sur le sommet de cette montagne et si c'eût été la nuit la plus obscure, la splendeur du corps de Jésus-Christ en eût fait le jour le plus brillant. La transfiguration du Sauveur fut comme un prélude de la gloire dont il devait être glorifié peu de temps après et le témoignage que donne en ce jour le Père Eternel de la divinité de son Fils, en qui de toute éternité il trouve ses plus chères délices /M quo M:A< bene coM:~a<M, rend ce mystère un des plus intéressants et des plus instructifs de la religion chrétienne.

Saint Thomas prouve qu'il était convenable que Jésus-Christ se transfigurât pour rendre la foi et l'espérance des Apûtres plus inébranlables. Ils devaient être dans d'étranges épreuves à la vue des opprobres, des souffrances, et de la mort ignominieuse du Sauveur. Car avant la descente du Saint-Esprit, ils n'avaient qu'une idée grossière de la religion. Leur foi était imparfaite, et leur espérance bien faible. Les miracles que faisait le Fils de Dieu étaient un puissant motif de crédibilité mais Moïse, Elie et tant d'autres Prophètes, sans être Dieu, avaient fait de pareils miracles il fallait quelque chose de plus éclatant, qui fût une preuve visible de sa divinité, et qui leur donnât une plus juste idée du bonheur éternel qui devait être leur récompense et c'est ce qui se trouve sensiblement dans la transfiguration du Sauveur.

Jésus-Christ prit saint Pierre avec lui, dit saint Jean de Damas, parce qu'il devait être le pasteur de l'Eglise universelle, et qu'il avait déjà confessé la divinité du Sauveur, suivant les lumières qu'il en avait reçues du Père éternel. Il prit saint Jacques, parce qu'il devait, le premier des Apôtres, signer de son sang la divinité de son divin Maître; enfin, il prit saint Jean comme celui des Evangélistes qui devait publier d'une manière plus claire et plus précise sa divinité /H principio M'a< Verhum, et Verbum e~< apud Deum, et Deus erat t~M~ Le Verbe était dès le commencement; le Verbe était dans Dieu, et le Verbe était Dieu. Mais si Jésus-Christ les rend les témoins de sa gloire sur le Thabor, il veut qu'ils le soient aussi de son agonie sur la montagne des Oliviers. Le Sauveur ne fait part de ses douceurs qu'à ceux qui prennent part aux amertumes de sa Passion. C'est à l'écart, et sur une montagne fort élevée, que Jésus-Christ fait les disciples témoins de sa transfiguration. Ainsi se découvre-t-il encore tous les jours aux âmes fidèles qu'il attire dans la retraite, et qui, par le moyen de l'oraison, s'élèvent au-dessus des objets créés. Les âmes lâches, qui rampent toute leur vie sur la terre, sont indignes de ces faveurs célestes, que Dieu ne fait qu'à ceux qui aspirent à la plus haute vertu. Ce corps défiguré aujourd'hui, abattu, usé par les travaux de la pénitence, brillera comme un soleil pendant toute l'éternité. C'est cette pensée qui soutient tant de fervents chrétiens, tant de saints religieux, dans les rigueurs d'une vie austère.


Les douceurs spirituelles, même de cette vie, sont les fruits de la croix. Au milieu de cette gloire qui rejaillit de tous côtés, au milieu de ce jour éclatant, qu'on peut appeler un jour de triomphe de la sacrée humanité.de Jésus-Christ, ce divin Sauveur ne s'entretient que des humiliations de sa mort et de ses souffrances toute la gloire d'un chrétien sur la terre doit être dans la mortification et dans les croix. Absit ?H:7K <~or!<ïn nisi in cruce Domini nostri Jesu CAns/i, disait l'Apôtre. Jésus-Christ défend aux témoins de sa glorieuse transfiguration d'en parler avant sa Résurrection, tant il craignait d'empêcher sa Passion par la publication de cette merveille. Chose admirable Jésus-Christ, pour faire éclater sa gloire, choisit une montagne écartée il ne prend avec lui que peu de témoins, et il leur recommande même le silence sur ce qu'ils ont vu. Mais quand il s'agit de souffrir une mort honteuse, il choisit une montagne exposée aux yeux de tout Jérusalem. Ainsi confondez-vous, ô mon Sauveur, notre orgueil par votre exemple! 1

Le Père Croiset.

LE LUNDI DE LA SECONDE SEMAINE DE CARÊME La messe de ce jour commence par ces paroles du psaume xxve j~e<~HM me, Domine, et miserere ?Me!pes enim meus stetit in via recta; in cec~'M &eHe~cs)K/)o?K!'HM?K.'Ayez pitié de moi, Seigneur, et délivrez-moi de mes ennemis; car j'ai toujours suivi le droit chemin de vos commandements, et j'espère ne cesser jamais de louer vos miséricordes dans les assemblées des justes. David, persécuté par Saül, s'était réfugié chez les Philistins ou chez les Moabites. Ses ennemis profitèrent de cette retraite pour publier bien des calomnies contre lui. Ils disaient hautement qu'il était rebelle à son prince et inndèle a son Dieu que s'étant retiré chez les infidèles il participait à leurs superstitions, à leurs impiétés, et même à leur idolâtrie, et qu'il devait être proscrit pour toujours. David, vivement touché d'une si noire calomnie, n'a recours qu'à Dieu il le prend à témoin de son innocence, et lui demande justice de ses ennemis. Les gens de bien peuvent s'appliquer ce psaume lorsqu'ils sont persécutés par les méchants, et s'en servir comme d'une sainte prière, propre à leur obtenir la patience et un nouveau courage dans les adversités.

L'Epître de la messe renferme une partie de la fervente prière que le prophète Daniel fit à Dieu, avant que l'archange Gabriel lui découvrît le temps précis de la venue du Messie, et la ruine entière de Jérusalem, dans le terme de septante semaines d'années. Ce Prophète, touché des malheurs de sa nation, se sert de tous les motifs qu'il croit propres pour apaiser la colère de Dieu, et pour faire finir la longue captivité dans laquelle gémit depuis soixante et dix ans son pauvre peuple. On verra, par la seule lecture de cette Epître, un modèle parfait de la prière la plus vive, la plus énergique, la plus touchante et la plus pathétique qu'on puisse adresser à Dieu dans les plus grandes calamités Exaudi, Z~oMMMe p~scm'~ .ConM'Më attende, et fac ne moreris propter temetipsum, Deus meus quia


nomen tuum invocatum est super civitatem, et super populum tuum Exauceznous, Seigneur; Seigneur, apaisez votre colère; jetez les yeux sur nous et agissez. Ne digérez plus, mon Dieu, pour l'amour de vous-même, parce que cette ville et ce peuple sont à vous, et ont la gloire et l'avantage de vous appartenir d'une manière plus spéciale que le reste des nations de la terre que ce ne soit pas en vain qu'ils portent le nom de peuple de Dieu. Avertatur, obsecro, ira tua, et /M!'<M' ifM:<s a c~~e tua Jerusalem, et monte MMe/o j'Mo Que votre colère et votre indignation, Dieu de miséricorde, se détournent de votre cité de Jérusalem et do votre montagne sainte. Propter peccata enim Mos~ et iniquitates ~a~-Mm nostrorum, Jerusalem et pop!</Ms tuus M opprobrium sunt omH~Ms per e~cM~MM Ko~Mm.- Car il est vrai, et je le confesse, Jérusalem et votre peuple sont aujourd'hui en opprobre à toutes les nations qui nous environnent, à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères. J'ose dire qu'il y va de votre honneur et de votre gloire, car les ennemis de votre saint nom se glorifient d'avoir ruiné pour toujours votre saint temple. Propter temetipsum inclina, Deus meus, aurem tuam, et audi: Daignez, Seigneur, nous entendre et vous laisser fléchir à nos larmes, à nos gémissements et à nos vœux, etc. L'Evangile demande bien une pareille prière. Il rappelle les reproches terribles que Jésus-Christ adressait aux Juifs à cause de leur impénitence, et la menace effrayante qu'il leur faisait de les abandonner et de les laisser mourir dans leur péché, parce qu'ils s'obstinaient à ne vouloir pas le reconnaître après toutes les marques qu'il leur donnait de sa mission et de sa divinité.

Il y a près de trois ans, leur dit-il, que je n'oublie rien pour vous convaincre de la vérité par mes miracles, pour vous toucher par mes paroles, pour vous convertir par mes inspirations et par les pieuses sollicitations de la grâce; et rien ne peut amollir vos cœurs et vous rendre dociles à ma voix. Ego vado: je suis sur le point de vous quitter; l'abus opiniâtre que vous faites de ma grâce m'oblige à vous abandonner à votre triste sort, et à me taire. Vous ne me verrez plus parmi vous, et je ne vous solliciterai plus par ces amoureuses invitations, parcesdouces impressions de la grâce. Ego M~o.- votre résistance à toutes mes instructions si salutaires et à toutes mes sollicitations intérieures ont enfin lassé ma patience. Je suis la lumière venue pour vous éclairer, et vous vous opiniâtrez à fermer les yeux je suis la voie qui conduit à la vie, et vous refusez opiniâtrement d'y entrer; je suis moi-même la vérité, et vous ne voulez point m'écouter, ni me croire. Ego t;a</o cette lumière va vous être ûtée vous ne trouverez plus cette voie, et cette vérité qui ne cessait de vous parler et de vous instruire va se taire. Vous connaîtrez un jour, mais trop tard, le trésor que vous possédiez, et dont vous n'avez pas voulu vous servir. Vous serez dans peu au désespoir de n'avoir pas voulu m'obéir et me suivre. pMa?ye<!s Me/vous me chercherez alors, et vous mourrez dans votre péché dans lequel vous avez vécu. Les Juifs n'ont que trop éprouvé la vérité de cet oracle; mais combien de chrétiens l'éprouvent encore tous les jours Dieu parle intérieurement au pécheur il ne cesse de lui reprocher ses dérèglements, son impiété, son peu de foi, son libertinage. Dieu parle par les remords de la conscience, par la crainte du jugement dernier, par les frayeurs de la mort, par des accidents funestes et frappants, par des révolutions qui accablent. Dieu parle par les orateurs sacrés et par les livres de piété, et par les pieux mouvements, les désirs de conversion passagers, par les inspirations secrètes qui soui, le langage de la


grâce. Enfin, Dieu parle par les afflictions et les maladies, aussi bien que par la prospérité, et nous sommes durs, insensibles à toutes ses sollicitations. Ego vado Dieu se retire, il se tait et après un certain temps de résistance, après l'abus et le mépris de tant d'inspirations et de grâces, s'il parle encore, ce Dieu, c'est pour prédire à ces pécheurs obstinés qu'ils mourront dans l'impénitence finale. Et il n'y a personne sur la terre, ajoute le Sauveur, parlant aux Juifs, qui soit capable de vous tirer de ce malheureux état, et de vous mener où je vais. Ce mot les surprit, dit saint Jean de sorte qu'ils se demandaient les uns aux autres Que veut-il dire, quand il assure que nous ne saurions aller où il va? Le Fils de Dieu, pénétrant leur pensée, leur fit entendre qu'il parlait du séjour des bienheureux dans le ciel de ce royaume, de cette céleste Jérusalem où est le séjour de sa gloire, et qui aurait été le leur s'ils ne s'en fussent volontairement bannis, en refusant de le reconnaître pour le Messie. Mais qui êtes-vous, lui dirent les Juifs? Je suis, leur répond Jésus, celui qui est avant toutes choses, et par qui toutes choses ont été faites. J'ai bien des choses & dire de vous, ajouta-t-il, et sur quoi vous condamner mais quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous connaîtrez alors qui est celui qui vous parle à présent, et que vous ne voulez pas recevoir. Vous reconnaîtrez après ma mort sur la croix que je suis Dieu que dans tout ce que je fais, j'agis de concert avec mon Père, et conformément à sa volonté.

LtPereCrciset.

LE MARDI DE LA SECONDE SEMAINE DE CARÊME

L'Eglise commence la messe de ce jour par ce verset du psaume xxvi" ?M< dixit cor MMMM, ~MXS!'U! ~M~MM tuum, vulturn tuum, Domine, )'e~M:'ra:M ne auo'~as faciem tuam a me. Mon cœur, au défaut de ma voix, vous a souvent exposé ses peines;, et quelque muet qu'il soit, vous ne laissez pas, Seigneur, de l'entendre et de connaître quels sont ses vœux et son désir. Pour moi, mon Dieu, je soupire après .un seul de vos regards; daignez, Seigneur, me regarder d'un œil favorable le plus grand de tous mes malheurs serait si vous détourniez les yeux de dessus moi. Le texte hébreu dit: «Ne cachez point votre face de moi )). Ce psaume vingt-sixième est la prière que fait à Dieu David poursuivi par Saül, mais intrépide au milieu des dangers par sa confiance en la bonté du Seigneur qui le soutient et le protège. Errant pour éviter la fureur de ce prince, il soupire après la vue du tabernacle. C'est ainsi qu'une âme juste, combattue sans relâche par l'ennemi de son salut, soupire après la céleste patrie. Comme le temps de la persécution que souffrit David fut fort long, on ne convient pas à quelle circonstance en particulier on doit rapporter cette prière. Théodoret et Nicéphore, veulent que David ait composé ce psaume lorsqu'il alla à Nobé trouver le grand prêtre Abimélech, et qu'il reçut de lui les pains de proposition qu'on avait ôtes de devant le Seigneur; ils prétendent que le Prophète fait allusion à ce fait, lorsqu'il dit dans les versets 5, 6, et 9, que


quand il verrait tous ses ennemis assemblés et prêts à fondre sur lui, il ne saurait rien craindre, puisque le Seigneur l'a caché dans son tabernacle et l'a pris sous sa protection.

L'Epître de ce jour contient l'histoire de la retraite que le prophète Elle fit par ordre de Dieu chez une veuve de la ville de Sarepta, en Phénicie, au territoire des Sidoniens, durant la sécheresse qui causait la famine dans tout le pays des Israélites. Alors régnait Achab, dont l'impiété attirait ces fléaux sur tout le peuple. Elle était natif de Thesbé, dans la terre de Galaad. Il vivait sous le règne d'Achab, roi d'Israël, et de Josaphat, roi de Juda, vers l'an du monde 3090, neuf cent quatorze ans avant JésusChrist. Ce saint homme ne put souffrir les impiétés d'Achab et de sa femme Jézabel. Embrasé de ce zèle ardent dont il était animé, il prédit au roi une sécheresse qui devait durer trois ans et demi, et causer une famine qui désolerait tout le pays. Ce Prophète, selon l'ordre qu'il avait reçu de Dieu, tint le ciel fermé, pour ainsi dire, durant tout ce temps, et cela d'une manière si absolue, et avec un pouvoir si entier, qu'il déclara au roi qu'il ne tomberait pas une goutte ni de pluie, ni de rosée, sans son ordre Verbo Domini continuit co~MH!. L'événement vérifia la prédiction. Cependant le Seigneur ordonna au Prophète de se retirer dans un désert, proche du torrent de Carith, du côté du Jourdain, où il le nourrit pendant quelque temps, en lui envoyant des corbeaux qui lui apportaient tous les jours à manger. La sécheresse ayant fait tarir le torrent dont il prenait de l'eau pour boire, il vint par l'ordre de Dieu à Sarepta, qui est une ville entre Tyr et Sidon, où régnait le père de la reine Jézabel. Etant arrivé près de la porte de Sarepta, il vit une femme qui ramassait du bois; et s'approchant d'elle, il lui demanda de l'eau pour se désaltérer. Elle se mit aussitôt en devoir de lui en aller quérir. Une charité si prompte envers un étranger fit juger à Elie que cette femme pourrait bien être cette veuve qui devait le nourrir, selon que le Seigneur le lui avait marqué. Il la pria donc de lui apporter en même temps un petit morceau de pain. Elle lui protesta qu'elle avait seulement dans un pot une poignée de farine, et quelques gouttes d'huile dans un petit vase que c'était là tout ce qu'elle avait de provision qu'elle était venue ramasser en ce lieu deux morceaux de bois pour apprêter à manger, à elle et à son enfant, s'attendant à mourir de faim après avoir consommé ce reste de farine et d'huile. Ne laissez pas de me faire un petit gâteau cuit sous la cendre, lui dit le Prophète, sans vous mettre en peine de ce qui arrivera. C'était mettre la foi et la charité de cette femme à une étrange épreuve elle obéit. Mais Dieu récompensa abondamment cette grande charité par le miracle que fit le Prophète en multipliant si fort cette farine et ce peu d'huile, qu'elle en eut suffisamment pour se nourrir, elle et son fils, jusqu'à la fin de la famine. Dans l'Evangile de ce jour, Jésus-Christ nous recommande de croire ce que nous disent les -ministres du Seigneur, et de pratiquer ce qu'ils nous enseignent en matière de salut, sans nous arrêter aux mauvais exemples qu'ils peuvent nous donner. Le Sauveur venait de confondre la jalousie et la malice des Scribes et des Pharisiens, et de leur démontrer qu'il n'était pas seulement fils de David, mais Fils de Dieu et il le leur avait prouvé d'une manière si convaincante, qu'ils n'avaient su que lui répondre aussi n'osèrent-ils plus lui faire une seule question depuis ce temps-là. Comme ce qu'il venait de dire pouvait inspirer au peuple et à ses disciples de l'indignation contre ces docteurs de la loi, il voulut apprendre à tout le monde cette vérité importante qu'il fallait toujours pratiquer ce que les


ministres du Seigneur prêchent, sans s'arrêter à ce qu'ils font, ne confondant jamais leurs mœurs avec leur doctrine. Les Scribes et les Pharisiens, leur disait-il, sont chargés d'enseigner et d'expliquer la loi de Dieu au peuple; ne faites attention qu'à ce qu'ils vous enseignent. Puisqu'ils sont en place, et que c'est d'eux que vous devez recevoir l'instruction, mettez en pratique les préceptes qu'ils vous expliquent, quoiqu'eux-mêmes ne les observent pas. Leur conduite dément leur morale ils ne font rien moins que ce qu'ils ordonnent aux autres; mais la loi de Dieu n'en oblige pas moins, pour être expliquée par des gens qui ne la gardent point. Que le héraut qui publie la loi du prince la viole, la loi ne perd rien de son autorité. Le monde serait bientôt converti, si les ministres du Seigneur prêchaient autant par leurs exemples que par leurs paroles. Un père de famille conseille inutilement la vertu à ses enfants et à son domestique, si ses mœurs répondent mal à sa morale. Rien n'est plus éloquent ni plus persuasif que l'exemple. Les paroles sans l'exemple frappent les oreilles; mais l'exemple même sans les paroles parle au cœur et le touche. La parole de Dieu n'est pas moins parole de Dieu dans la bouche d'un apôtre infidèle que dans celle d'un disciple fervent; mais que ne peut pas cette même parole de Dieu dans la bouche d'un ministre puissant en paroles et en œuvres Si le pasteur veut se perdre, profitons toujours de ses instructions pour nous sauver. La corruption de ses mœurs ne diminue en rien la sainteté de la loi qu'il prêche, comme la sainteté de cette loi n'autorise en rien la corruption de ses mœurs, Ils lient des fardeaux pesants, et qui ne se peuvent porter, ajoute le Sauveur; ils en chargent les autres, et ils ne veulent pas même les pousser du doigt. Les plus relâchés dans leur conduite sont d'ordinaire les plus sévères dans leur morale. Il est aisé de grossir la charge qu'on ne veut point porter. Jésus-Christ rappelle ensuite plusieurs faits qui montrent l'orgueil démesuré des Pharisiens et des Scribes ils affectent un dehors religieux, des airs dévots, un extérieur austère, et cachant sous ce sépulcre blanchi un cœur corrompu et l'âme la plus noire, ils ne cherchent qu'à en imposer au public par des singularités étudiées. Ils aiment à avoir les premières places, et à être traités de maîtres, et leur orgueil prime partout. Pour vous, prenez partout la dernière place, et mettez toute votre gloire à passer pour les derniers de mes serviteurs. Fuyez tous ces titres d'honneur qui ne donnent jamais le mérite; n'ambitionnez que la qualité d'enfants de Dieu, et soutenez-la par la pureté de vos mœurs. Vous n'avez qu'un Père qui est dans le ciel ~M~ est enim Pater vester qui est in co~M. Le riche apprend ici à ne se point enfler de son état, et à regarder le pauvre comme son frère le pauvre doit y apprendre à na point envier le sort du riche, puisqu'il a Dieu pour père aussi bien que lui, et qu'il est destiné au même héritage dans le ciel héritage bien plus assuré aux pauvres qu'aux riches où les premières places ne sont données qu'aux plus humbles, et où l'on n'entre qu'après être devenu petit comme des enfants. Enfin le Sauveur finit son instruction par cet oracle, qui renferme une vérité pratique qui sert de base à toutes les vertus chrétiennes quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humiliera sera élevé. La poussière ne s'élève que pour tomber, et c'est en la foulant aux pieds qu'elle s'élève. L'orgueil est le plus grand ennemi de notre repos, et le tyran du cœur humain il ne nous sollicite à monter bien haut que pour nous occasionner une plus grande chute. Il n'y a de vrai mérite et de véritable gloire que dans l'humilité.

Le Père Croieet.


LE MERCREDI DE LA SECONDE SEMAINE DE CARÊME L'Introït de la messe de ce jour est pris des deux derniers versets du psaume xxxvn'. C'est une courte prière que chacun peut faire à Dieu plusieurs fois chaque jour. On doit remarquer que les versets de l'introït de toutes les messes du Carême peuvent servir d'oraisons jaculatoires trèsdévotes pendant le jour. La messe commence donc par ces paroles Ne ~e~'H~MCtS me, Domine Deus meus, ne discedas a me intende !M adjutoriurn MK'M~ Domine, virtus salutis MM-.B/ Vous, ô mon Dieu! vous, Seigneur, de qui seul je dois attendre mon salut, ne vous éloignez pas de moi, ne me laissez pas sans secours à la merci de mes ennemis. Ce psaume, qui commence par ces paroles Domine, ne in /Mrore <Mo arguas me, peut être regardé comme un modèle de prières dans la pénitence, dans le temps de la maladie et dans toutes sortes d'afflictions aussi est-il un de ceux qu'on appelle Psaumes pénitentiaux on le chantait tous les jours du Sabbat dans la Synagogue. David le composa pendant la révolte d'Absalon, reconnaissant que ses péchés lui avaient attiré ce malheur. Ce religieux prince, persécuté par son propre fils, tâche d'apaiser la justice de Dieu, en lui rappelant les peines qu'il a souffertes jusqu'ici pour ses péchés et la soumission avec laquelle il les a supportées. Il demande et il espère le secours du ciel contre ses ennemis, mais il est toujours prêt cependant à accepter de nouveaux châtiments. Comme tous les péchés sont une rébellion contre Dieu, et que le pécheur est un fils révolté contre son père, l'Eglise, en ces jours de pénitence, voulant inspirer à ses enfants des sentiments de repentir, met dans leur bouche les paroles des psaumes que David a composés à l'occasion des persécutions qu'il souffrait en punition de ses fautes. L'Epître de ce jour est tirée de la prière que fit à Dieu le juif Mardochée, oncle d'Esther, reine des Perses, pour la délivrance de sa nation, qui était oondamnée à périr par un ordre du roi Assuérus, qu'avait obtenu Aman, son favori et son premier ministre. Cette prière fut exaucée. Rien ne convient mieux en ce temps de pénitence, où l'Eglise ne cesse de demander à Dieu miséricorde pour tous les hommes condamnés à la mort éternelle par le péché.

Mardochée, fils de Jaïr, de la tribu de Benjamin, de la race de Saül, étant encore enfant, fut enlevé de son pays et transporté à Babylone par le roi Nabuchodonosor, avec le jeune roi Jéchonias et toute la nation juive. Dans la distribution qu'on fit de tous les captifs, Mardochée fut envoyé à Suse, ville capitale de la Perse. Ce fut là qu'il s'établit avec sa famille. II avait un frère nommé Abihaïl qui eut une fille qu'on appela Esther; elle perdit son père et sa mère dès sa plus tendre enfance; c'est ce qui porta Mardochée, son oncle, à la prendre chez lui et à l'adopter pour son enfant. Chargé de son éducation, il l'éleva dans la crainte du Seigneur, dans l'amour de la religion, dans l'observation exacte des commandements de Dieu et dans une grande délicatesse de conscience pour les pratiques de la loi de Moïse. Assuérus, qui régnait alors sur les Perses et les Mèdes, ayant répudié la reine sa femme, nommée Vasthi, résolut, de l'avis de ses cour-


Usaus, d'en épouser une autre, qui ne lui cédât ni en beauté ni en toutes les autres belles qualités. Il y eut ordre de chercher dans toutes les provinces de l'empire les filles les plus accomplies qu'on pût trouver. Esther fut amenée avec plusieurs autres. Elle plut au roi, qui lui fit donner aussitôt tous les ornements nécessaires à sa parure et sept Biles pour la servir. Mardochée, moins touché de la fortune de sa nièce que des dangers où elle se trouvait à la cour, redoublait sa sollicitude. Entre plusieurs salutaires avis qu'il lui avait donnés, il lui avait recommandé de ne point dire qu'elle fût juive, et de ne se démentir jamais des devoirs de sa religion. Il passait presque tout le jour devant le vestibule du palais où était sa nièce, pour être instruit de ce qui lui arrivait. Esther ayant paru devant le roi, quoiqu'elle eût négligé de se parer, lui plut si fort, que ce prince lui mit le diadème sur la tête et la fit proclamer reine à la place de Vasthi. Cette cérémome se fit avec beaucoup de solennité. Le roi diminua les impôts et fit de grandes libéralités au peuple et aux grands de la cour on entendait publier partout les rares qualités et le mérite extraordinaire de la reine Esther. Son élévation ne changea point ses sentiments envers Dieu et envers son oncle Mardochée, qui fut encore plus assidu à se tenir au vestibule du palais de la reine, pour être plus à portée de l'assister de ses conseils. En ce temps-là, Mardoehea ayant découvert la conspiration de deux capitaines des gardes qui avaient résolu d'assassiner le roi, il en avertit la reine. On se saisit des deux officiers, qui ayant tout avoué, furent pendus le jour même. Dans ce même temps commença la faveur d'Aman, que le roi avait fait son premier ministre et qu'il éleva au-dessus des princes et des satrapes de l'empire, ordonnant qu'on rendît à ce favori les premiers honneurs de la cour, après lui. En effet, Aman ne paraissait jamais en public qu'on ne fléchît le genou devant lui. Mardochée seul s'en dispensait, ne croyant pas que la loi de Dieu, de laquelle il était exact observateur, lui permît de le faire. Aman s'en aperçut. 11 apprit que Mardochée ne lui refusait cet honneur que parce qu'il était juif, et il en fut tellement irrité, qu'outre la résolution qu'il prit de le faire périr, il résolut de se venger encore de ce mépris surtoute la nation juive, qui était répandue dans toutes les provinces de l'empire. Il forma donc le dessein de faire égorger les Juifs partout et le même jour. Il ne lui fut pas difficile d'extorquer du prince un ordre si cruel. Il lui représenta qu'il y avait un certain peuple haï de tous*lee autres, dispersé par tout le royaume et peu soumis; qu'il était de l'intérêt de l'Etat d'exterminer une nation ennemie des lois et de la religion du pays, et qu'il le suppliait d'ordonner par un édit que l'on fît mourir ,1e même jour tous les Juifs qui se trouveraient dans l'empire. Le roi, tirant de son doigt l'anneau dont il se servait pour sceller ses décrets, le donna à Aman, le laissant le maître absolu de toute cette affaire. Le cruel ministre profita de tout son crédit. Il fit dresser un édit au nom du roi par lequel il était ordonné à tous les satrapes ou gouverneurs de provinces, à tous les juges et magistrats, de faire massacrer tous les Juifs qui se trouveraient dans leur district, le treizième jour du mois Adar, sans distinction d'âge et de sexe. Mardochée, ayant appris ce que portait cet édit cruel, déchira ses habits, se couvrit d'un sac et mit de la cendre sur sa tête, ne cessant jour et nuit de pleurer et de demander au Seigneur qu'il eût pitié de son peuple. La reine, informée de la désolation où était son oncle, voulut en savoir le sujet. Mardochée lui envoya une copie de l'édit, et lui écrivit qu'il n'y avait point de temps à perdre, qu'il fallait qu'elle parlât au roi et qu'elle mît tout en oeuvre pour sauver Israël. Esther lui représenta qu'il était


défendu, sous peine de mort, à toutes personnes d'entrer chez le roi sans y être e appelées par un ordre exprès que cependant, mettant toute sa confiance en Dieu, elle était résolue d'exposer sa dignité et sa vie pour sauver son peuple, et qu'elle le priait de faire assembler tous les Juifs qui étaient dans Suse et de leur ordonner un jeûne de trois jours, et des prières pour elle. Mardochée exécuta cet ordre, et ce fut durant ces jours de pénitence et de dévotion qu'il fit à Dieu la prière que l'Eglise a choisie aujourd'hui pour l'Epître de la messe Domine Deus, rex omnipotens, in ditione tua cuncta sunt posita, et non est qui possit <K~ resistere voluntati, si aecreue/'M salvare /srac/ Seigneur, roi tout puissant, toutes choses sont soumises à votre pouvoir ,'et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël; malgré le pouvoir de nos ennemis et toutes les mesures qu'on a pu prendre pour nous perdre, nous n'avons rien à craindre. La reine Esther, de son côté, prit des habits de deuil, se couvrit de cendre, passa les trois jours dans un jeûne continuel et macéra son corps par le cilice après quoi s'étant parée avec soin, elle alla se présenter devant le roi, qui était sur son trône. Affaiblie par le jeûne, éblouie par l'éclat d'un prince qui était alors tout brillant d'or et de pierreries, effrayée par la pensée de la liberté qu'elle avait prise de se présenter devant le roi sans avoir été appelée, elle ne l'eut pas plus tôt aperçu que, frappée par la majesté d'un prince, dont l'aspect seul inspirait de la frayeur, elle tomba évanouie. Le roi, touché et ému, descendit de son trône, la soutint jusqu'à ce qu'elle eût repris ses sens, la rassura, et lui faisant toucher le bout de son sceptre, lui dit Que craignez-vous, Esther ? je suis votre frère; la loi qui défend à toutes personnes de paraître devant moi sans être appelées n'a pas été faite pour vous Quid habes, Esther ? non enim pro te, sed pro omnibus hxc lex constituta est. On sait assez le reste de l'histoire. Aman fut pendu à la potence qu'il avait fait dresser dans la cour de sa maison pour Mardochée. L'édit qui proscrivait tous les Juifs fut cassé par un nouveau décret, qui leur donnait même par tout l'empire de grands priviléges. Mardochée fut établi grand maître du palais, et la seconde personne dans l'empire.

L'Evangile de la messe contient la prédiction que le Sauveur fit à ses Apôtres de sa passion, de sa mort et de toutes les circonstances humiliantes dont elles devaient être accompagnées.

Jésus-Christ s'était mis en chemin pour venir à Jérusalem faire sa dernière Pàque, huit ou dix jours avant la fête comme il était accompagné d'une foule de peuple, il prit ses Apôtres à part et les entretint en particulier de tout ce qu'il devait bientôt souffrir dans cette capitale. Vous voyez, leur disait-il, que nous allons à Jérusalem c'est là que le Fils de l'Homme sera trahi et livré entre les mains des princes des prêtres, des docteurs et des magistrats qui, contre toute justice, le traiteront avec la dernière infamie et le condamneront comme coupable du dernier supplice et parce que le droit de vie et de mort leur a été ôté par les Romains, ils le leur livreront pour être traité par eux avec dérision, pour être flagellé et crucifié, et cela à la vue de tout le peuple. Mais ne craignez rien, ce Fils de l'Homme, si maltraité, ressuscitera le troisième jour dans tout l'éclat de sa gloire. C'était pour la troisième fois qu'il leur prédisait sa mort; mais il ne l'avait jamais fait d'une manière si circonstanciée. Cette prédiction quelque affligeante qu'elle fût, était nécessaire pour les prémunir contre le scandale de sa passion; mais les Apôtres étaient si remplis des idées de gloire, de puissance et de félicité sous lesquelles les Juifs attendaient le Messie, que


tout ce que leur dit le Sauveur de sa passion et de sa mort leur fut une énigme ils n'y comprirent rien. C'est ce que prouvèrent Jacques et Jean, fils de Zébédée, dans la demande qu'ils firent faire à Jésus-Christ, par leur mère Salomé. Cette femme, poussée par ses enfants, qu'elle avait à ses côtés, se présenta devant lui, l'adora avec respect et le supplia de trouver bon qu'elle lui demandât une grâce. Jésus-Christ le lui ayant permis a Maître )', lui dit-elle avec beaucoup de confiance, « vous voilà prêt bientôt, à ce qu'il paraît, à entrer dans votre gloire; quand vous y serez, donnez, je vous prie, à mes deux fils les deux premières places de votre royaume, et faites qu'ils soient placés à vos deux côtés, leur donnant la préférence sur tous vos disciples )). Le Sauveur ascusa la tendresse maternelle et, s'adressant aux deux frères, leur fit entendre que les places, dans.. le ciel, ne se donnent point à la simple faveur, mais au mérite; il est vrai qu'il n'y a nul mérite sans la grâce. « Vous aurez l'un et l'autre H, ajouta le Sauveur « vous combattrez, vous remporterez la victoire et vous recevrez la couronne que mon Père et moi vous avons préparée de toute éternité )). La demande que venait de faire la mère des deux disciples causa une petite jalousie et même quelque indignation dans les dix autres qui étaient présents; ce qui obligea le Sauveur à leur faire cette belle leçon d'humilité si opposée à l'esprit du monde, où il leur déclare que le moyen d'avoir la première place dans son royaume, c'est de prendre la dernière partout ailleurs et que si l'on veut être plus grand que les autres, il faut se faire leur serviteur et devenir plus petit qu'eux. Ce doit être là toute votre passion prenez exemple sur moi, ajouta-t-il, je dois être votre modèle je ne suis pas venu ici-bag pour être servi, mais pour servir les autres et pour donner la vie à ceux moines qui me donneront la mort.

Lf;l-'ci'cCruiset.

LE JEUDI DE LA SECONDE SEMAINE DE CAREME

L'Eglise a choisi le commencement du psaume txix° pour l'Introït de la messe de ce jour. C'est la prière qu'elle met à la tête de tous ses offices, et par laquelle elle demande à Dieu son assistance et son secours Deus, in a~Mi'on~M MËKm ~~H~f; ~OM~me, ad a~'M~SH~MK! me festina Appliquezvous, mon Dieu, à me secourir; hâtez-vous, Seigneur, de m'assister. Confundantur et !'6f6?'MM<Mr qui f~MaM'MH~ NHHHam meatK Couvrez de confusion et de honte ceux qui cherchent à m'ôter la vie de l'âme, les ennemis de mon salut. C'était pendant la persécution de son fils Absalon, que David adressait à Dieu cette prière. Nous avons dit que l'Eglise, conduite par l'Esprit-Saint, a eu soin de choisir pour la messe de presque tous les jours du Carême quelques versets des psaumes que David avait composés durant la révolte de ce fils rebelle, qui causa à ce tendre père une affliction des plus sensibles et des plus amères qu'il ait jamais eues. C'est sans doute pour nous inspirer de nouveaux regrets et un plus grand repentir, en nous souvenant que nous n'avons jamais péché que nous ne nous soyons


révoltés contre Dieu notre Créai.eur, notre Rédempteur, notre bon et aimable Père.

L'Epitre que l'on a choisie pour la messe de ce jour est tirée de la prophétie de Jérémie, chapitre xvn, où il menace les Juifs de la perte de leurs biens et de la ruine de leur pays, parce qu'ils oubliaient et abandonnaient Dieu pour recourir aux créatures. Il prononce malédiction contre l'homme qui met sa confiance en l'homme. Quoique le Prophète ait eu en vue la confiance des Juifs dans le secours des Egyptiens, dont ils avaient en vain recherché la protection dans les malheurs dont ils étaient menacés de la part des princes de Babylone, le sens spirituel et moral regarde la confiance que nous avons dans les secours humains, dans les divers accidents de cette vie, au préjudice de celle que nous devons avoir en Dieu.

Jérémie venait de reprocher aux Juifs leur impiété et leur irréligion, qui les portaient à faire parade des plus grands crimes. Le péché de Juda est écrit, leur disait-il, avec un burin de fer et une pointe de diamant il est gravé sur la table de leur cœur, et sur les cornes de leurs autels Exaratum super latitudinem cordis eorum, et !M CO~Hi~S O'a~MHï eo~MM c'esta-dire que, pour faire trophée de leurs désordres, bien loin d'en rougir, ils les gravaient sur les cornes de leurs autels profanes, a l'exemple des païens, afin qu'on ne les pût ignorer. Leur idolâtrie même n'était point dissimulée par la crainte, ou cachée par la honte ils en faisaient gloire elle était publique et déclarée ils cherchaient, en quelque sorte, à en faire passer le souvenir à la postérité, par des inscriptions leurs enfants, dit le Prophète, ont imprimé dans leurs souvenirs leurs autels, leurs grands bois consacrés à des divinités païennes Cum ~eco~f/ai' /Mc?-M~ /M en~m m'~Mm ~Mf~Mm, et /MPo~M?K sMO~<m. C'est ce qui irrita, si fort la colère de Dieu contre eux. Fœc dicit Dominus, s'écrie-t-il lflalediclus homo qui eoK/M~ in homine. Maudit est l'homme qui met sa confiance en l'homme. Ces mesures si bien prises, ces ressorts si bien montés, ces appuis ménagés avec tant d'artifices, sont des fondements jetés sur le sable. En vain prenez-vous les précautions, dit le Prophète, que la prudence de la chair vous suggère c'est à Dieu qu'il faut recourir, c'est dans son secours qu'il faut mettre votre confiance. Changez de conduite, apaisez sa colère, et ne craignez point après cela vos ennemis. Tout homme qui se fait un bras de chair, et dont le cœur se retire du Seigneur,-sera semblable au tamaris qui croît dans le désert F~ quasi myrice t'M deserto; et il demeurera au désert dans la sécheresse, dans un terrain rempli de sel, où l'on ne saurait habiter /K ~~a salsuginis, et M-</<aMa~7!. Le tamaris sauvage, dont parle ici Jérémie, a toujours un vert pâle, et quelque pluie qu'il fasse, il est toujours sec; son bois est inutile, et son fruit n'est bon à rien telle est la prudence de la chair, tels sont les fruits de la seule industrie humaine. Beaucoup de sel dans ces ouvrages de l'esprit, dans ces mesures prises avec tant d'art, dans ces précautions, dans ces protections si bien ménagées tamaris sauvage, arbrisseau nu, bois inutile; terre pleine de nitre, d'une éternelle stérilité. Il n'en est pas ainsi de celui qui met sa confiance en Dieu ~Me~'e~H vir qui eoH/:<~ in Domino. Il ressemble à un arbre fertile, planté dans un excellent terroir, arrosé continuellement par des eaux vives. Quasi lignum quod transplantatur super aquas qui ne craint ni sécheresse, ni frimas, dont les feuilles ne perdent jamais leur verdure, et dont les fruits sont d'une douceur exquise. Pravum est cor omnium. Peu de cœurs qui ne soient corrompus, quoique la dissimulation les masque; mais c'est moi, dit le Seigneur, qui sonde les cœurs, qui en développe tous les replis, qui en démasque


tous les mystères. Je ne me laisse point éblouir par ces dehors trompeurs et imposants je connais tous les détours et tous les artifices d'une politique raffinée, aussi ne récompense-je que la véritable vertu et le vrai mérite, et dans les œuvres les plus plausibles, je ne fais attention qu'au motif Ego Dominus scrutans cor, qui do unicuique juxta fructum adinventionum suarum.

Dès le huitième siècle, l'histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare a été l'Evangile de ce jour. Il y avait un homme riche, disait le Sauveur à ses disciples, qui s'habillait d'écarlate et de toile fine, qui ne refusait rien à ses sens, qui faisait tous les jours de magnifiques repas, n'épargnant rien pour ses plaisirs, et passant ses jours dans les délices. Dans le même temps, un pauvre, nommé Lazare, tout couvert d'ulcères, était couché à la porte de ce riche, demandant les miettes qui tombaient de sa table; heureux s'il eût pu avoir ce faible secours pour apaiser sa faim et pour retarder plutôt sa mort que pour soutenir sa vie mais il ne se trouvait personne qui voulût lui rendre ce service, tandis que les chiens étaient grassement nourris dans une maison où régnaient la somptuosité et l'abondance. Le seul soulagement que recevait ce pauvre dans son extrême misère, c'était de ces vils animaux qui venaient quelquefois lui lécher ses plaies. Le contraste de ces deux conditions si opposées est frappant; mais enfin la mort vient bientôt terminer les délices de l'un et les misères de l'autre; quelle différence de sort 1 Lazare meurt dans sa pauvreté; mais sa mort est précieuse aux yeux de Dieu, et les anges portent son âme dans ce lieu de paix et de joie où les âmes saintes, libres des liens du corps et exemptes de toute misère, reposent avec Abraham, comme des enfants entre les bras et dans le sein de leur père. Lazare entre les mains des anges, sûr de son bonheur éternel, ne se crut-il pas bien payé de tout ce qu'il avait souti'ert? eût-il voulu alors avoir été heureux sur la terre? Le riche ne lui survécut pas longtemps. La mort vint au milieu de ses plus beaux jours finir cette délicieuse vie. Son corps, si accoutumé à la bonne chère, nourri dans le luxe et dans la mollesse, est donné en proie à la pourriture et aux vers, tandis que son âme, jusque-là esclave des sens, est précipitée dans l'enfer pour être éternellement la proie des flammes. Quelle surprise mais quelle rage et quel désespoir de passer, dans un moment, de la plus brillante prospérité, de l'état le plus florissant, du sein des délices, dans la région des ténèbres et des pleurs, dans le centre de la désolation, dans des feux éternels, dans le séjour de tous les supplices Du fond des enfers, ce malheureux vit en esprit le patriarche Abraham, et Lazare brillant comme le soleil à côté de ce patriarche. Ce spectacle redoubla ses peines et son désespoir. Dans l'excès de ses tourments, il s'