Retour sur les expéditions savantes en Chine du XVIIe au XIXe siècle

Cinq ouvrages, issus de la bibliothèque patrimoniale du Centre Culturel Irlandais (CCI), ont récemment fait l’objet d’une numérisation. Ces volumes relatent des expéditions savantes en Chine du XVIIe au XIXe siècle et documentent l’étude des interactions entre l'Occident et la Chine. 

Report of the East India Committee of the Colonial Society on the causes and consequences of the military operations in China (1843) est un volume qui offre quantité de matière pour l’étude de la Chine à la fin du XIXe siècle. L’intérêt scientifique de cet ouvrage repose notamment sur la valeur des anecdotes racontées, d’une précision précieuse. 
Le rapport revient sur la question de la justification des actes de la Grande-Bretagne dans le conflit mené entre l’Occident et la Chine en 1839, à savoir la Première Guerre de l’opium. La Compagnie des Indes orientales est créée par charte royale approuvée en 1600 par la reine Elizabeth I. Quarante-quatre ans plus tard, en Chine, la dynastie des Qing est établie. Il s’agit de l’ultime gouvernance impériale en Chine, qui prendra fin en 1911. Entre 1720 et 1839, le thé chinois, hautement prisé par les Anglais, est la matière première commercée entre l’Orient et l’Occident. Mais ce commerce florissant a une contrepartie, celle de l’importation de l’opium en Chine. À la fin des guerres napoléoniennes, en 1815, la Grande-Bretagne consolide sa puissance en Asie et en Afrique. En 1832, ce sont 20 000 caisses d’opium qui sont importées en Chine. La cour impériale des Qing interdit le commerce de l’opium en 1836 et commissionne trois ans plus tard le fonctionnaire Lin Zexu, afin de détruire plus d’un million de kilos d’opium. Lord Palmerston, Secrétaire d’État aux affaires étrangères déclare officiellement la guerre à la Chine le 20 février 1840, en informant la cour des Qing de son intention de protéger ses intérêts en Chine. S’ensuivent trois années de conflit entre la dynastie Qing, la Grande-Bretagne et ses puissances alliées : la France, les États-Unis et la Russie. Dans cet ouvrage, la compagnie revient sur la justification de ses actes, les actions d’illustres personnages et incrimine l’un de ses alliés. Tous les détails de cette période sombre de l’histoire de la Chine se retrouvent dans l’ouvrage.

Francis Marx, Report of the East India committee of the Colonial society on the causes and consequences of the military operations in China, 1843

Deux autres ouvrages portent un regard théologique sur la Chine entre 1600 et 1700. Il s’agit de Défense de la censure de la faculté de théologie de Paris du 18 octobre 1700 contre les propositions des livres intitulez... de Louis Ellies du Pin (1701) et Lettre de M. l'evesque de Metellopolis, vicaire apostolique de Siam au supérieur de Louis Laneau (1690).

L'étude des missionnaires en Chine à partir du XVIIe siècle revêt une importance cruciale dans la compréhension de l'interaction entre l'Occident et la Chine, ainsi que dans le développement de la pensée religieuse et culturelle mondiale. Les missionnaires européens, principalement jésuites, ont joué un rôle majeur dans la transmission des connaissances scientifiques, linguistiques et religieuses entre l'Orient et l’Occident. Ces mémoires entrent dans une démarche plus globale de conservation du patrimoine des jésuites, dont le corpus est d’une grande richesse culturelle. 

Louis-Ellies Du Pin, Defense de la censure de la faculté de théologie de Paris du 18 octobre 1700 contre les propositions des livres intitulez : Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, Histoire de l'édit de l'empereur de la Chine, Lettre des cérémonies de la Chine..., 1701
 Lettre de M. l'evesque de Metellopolis, vicaire apostolique de Siam au supérieur... du séminaire des Missions étrangères... receues en France..., le 24 octobre et le 18 novembre... 1690

Enfin, un manuscrit et une première édition de la traduction en anglais par Edward Grimstone de l’ouvrage de Pierre d’Avity, figurent parmi les trésors du fonds du CCI : The Estates, empires, & principallities of the world Represented by ye description of countries, manners of inhabitants... (1615).

Ce livre concerne la géographie culturelle et inclut un chapitre sur la Chine. Considéré comme l’un des précurseurs des voyages initiatiques porteurs de la culture occidentale à la rencontre des populations orientales, l’ouvrage est d’un intérêt tout particulier. Qu’il soit publié en 1615 revêt une importance capitale car c’est bien antérieur au séjour et aux publications des Mathématiciens du Roy (mission de 1685), qui fera suite au séjour de Matteo Ricci à Pékin (arrivé en 1601). 
On remarquera la page de titre gravée richement décorée et représentant notamment les allégories des quatre continents.

Pierre d'Avity, The Estates, empires and principallities of the world... with the beginning of all militarie and religious orders / translated out of French by Edw. Grimstone..., 1615

Le brouillon de la traduction de l’ouvrage de Pierre d’Avity par Edward Grimstone est particulièrement riche. Il présente des ratures et des corrections dans un style manuscrit et contient de nombreuses cartes et plusieurs portraits qui ne figurent pas dans l’édition imprimée évoquée plus haut. De plus le sommaire ne compte pas tous les chapitres de la publication officielle finale, néanmoins ce brouillon demeure un outil de travail d’une grande importance car il appartient au corpus des brouillons qui peuvent faire l’objet d’études approfondies, relatives à l’auteur, au scribe, aux techniques sténographiques, aux indices codicologiques pouvant être retrouvés dans le texte officiel, etc. 

Pierre d'Avity, The Estates, empires and principallity of the world represented by ye description of countries, manners of inhabitants... with the beginning of all militaire and religious orders / translated out of french by Edward Grimstone..., 16??

Pour aller plus loin