La presse illustrée joue durant la Grande Guerre un rôle non négligeable dans l'opinion, notamment à travers les clichés qu'elle publie et diffuse. A partir de ce conflit la photographie n'est plus considérée comme un simple accessoire du reportage textuel auquel est seul décerné le statut d'information fiable et exhaustive. En dépit d'une réglementation contraignante (le Service photographie de l'Armée instaure un monopole de la photographie au front à partir du printemps 1915), les organes de presse poursuivent durant toute la guerre la publication de documents qu'ils sont parfois prêts à payer "n'importe quel prix".

Il s'agit de dépasser les portraits officiels et les scènes limitées aux zones de l'arrière, de montrer autrement la guerre. Le photo-reportage transporte le lecteur sur le champ de bataille : c'est un nouveau type de discours ou l'aspect iconographique est auto-suffisant.

Certains titre se tournent vers les particuliers pour mieux documenter les aspects de cette guerre nouvelle, en particulier les poilus eux-mêmes. Les frontières avec le front se trouvent ainsi abolies par le biais de documents de première main. C'est l'expérience de guerre qui vise à être communiquée, par un partage des émotions au-delà d'une accumulation factuelle.