Au XVIIIe siècle, chaque grande ville de province possède sa feuille, ou “Affiches”. On y trouve, avec des variations pour chaque titre, des renseignements pratiques, légaux ou commerciaux, des articles de science, de médecine, d’économie rurale ainsi que des critiques littéraires et théâtrales. Le premier de ces journaux, de manière assez paradoxale, est imprimé à Paris : les Affiches de province (1752). La Révolution et l’Empire sont des périodes fastes pour la presse régionale. Ainsi un décret du 3 août 1810 oblige-t-il chaque département à posséder son journal. Ce bilan positif doit être nuancé par un bémol : le contenu des journaux est souvent convenu, voire formaté. L’audience des journaux provinciaux continue d’être limitée à un public aisé et souffre de la concurrence de la presse nationale et parisienne. Sous la Restauration, les tirages de cette industrie, qui continue d’être artisanale, ne dépassent pas 1 000 exemplaires. On distingue les journaux d’information locale, ou feuilles d’annonces, des journaux politiques, qui se développent véritablement avec le vote des lois de Serre sur la presse en mai et juin 1819. Les journaux spécialisés prennent leur essor à cette même période.

Sous la monarchie de Juillet, les journaux de province profitent de l’avènement de la bourgeoisie et de l’assouplissement de la législation. Les feuilles s’intéressent à la politique nationale, mais également à l’histoire locale, aux questions d’économie pratique, aux problèmes religieux et scolaires, à l’actualité des spectacles et du monde des arts. L'étau législatif et réglementaire se resserre sous le Second Empire ; de nombreux journaux légitimistes et républicains disparaissent. La presse favorable au régime consolide son assise (Le Nouvelliste de Rouen, Le Journal de Bordeaux, Le Nouvelliste de Marseille...). Les journaux d’opposition font face (La Gazette du midi, Le Sémaphore de Marseille, La Gironde…).

Sous la Troisième République, on compte 1 222 journaux de province en 1884, contre 562 en 1874 et 304 en 1868, sans compter les feuilles d’annonces non politique. Le tirage global est estimé à un demi-million d’exemplaires en 1875, un million en 1885, 4 millions en 1915 puis 6 millions en 1939. La plupart des titres apparus sous le Second Empire perdurent, tandis que de nombreux titres apparus par la suite connaissent une existence éphémère. La presse régionale bénéficie de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, de l’invention du quotidien à 5 centimes et des éditions locales. Rares sont les cantons qui n’ont pas leur “feuille”, héritière des journaux d’annonces du siècle précédent et relais de l’actualité locale. Les grands quotidiens locaux (La Petite Gironde, La Dépêche, Le Petit Marseillais, Le Progrès de Lyon, L’Impartial de l’Est...), sauf quelques rares exceptions, sont le reflet de l’opinion parisienne. Tandis que les premiers s’intéressent à l’actualité du canton, les seconds, tel Ouest-Eclair, ont un rayonnement plus large, à l'échelle de la région. Certains journaux disparaissent pendant la Grande Guerre mais les tirages augmentent, le lectorat progresse et la qualité des contenus s’améliore.

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