Après la défaite de juin 1940, les conditions de l’armistice consacrent un morcellement du territoire français et des différences de statut juridiques en fonction des zones. L’encadrement de l’opinion, et les politiques de répression des opposants à l’occupant ou à l’Etat français ont donc varié en fonction de ces répartitions géographiques et en fonction de l’évolution de la guerre, variations dans le sens d’un durcissement sans cesse accru, rendant passible de la peine de mort la diffusion de journaux clandestins. La nature, le contenu des journaux clandestins ont donc également varié en fonction de ces différences de régime juridique et de la sévérité des autorités locales. La présentation  des journaux par zones d’édition, reprenant la réalité géopolitique de l’époque permet de retracer cette histoire en faisant émerger les feuilles éphémères et les groupes d’opposants locaux. En Alsace-Moselle annexée au Reich, et dirigée par un Gauleiter, le refus de la germanisation forcée, les réfractaires à l’incorporation dans la Wehrmacht sont des thèmes forts, et les journaux clandestins sont publiés en français comme en alsacien (Le Courrier d’Alsace-Lorraine) mais aussi en allemand, en tentant de déjouer la surveillance avec un pastiche de journal autorisé (Mulhauser Tageblatt). Le Nord-Pas-de-Calais était sous contrôle du commandement militaire de Bruxelles, et est présenté ici avec les départements de l’est placés sous la rubrique « zone interdite et zone réservée » : on y trouvera autant La Voix du Nord, publiée vers Lille, que la Libre Comté, publiée à Lons-le-Saunier. La zone nord, ou zone occupée dès juin 1940 est directement contrôlée par l’armée d’occupation, qui instaure une très dure politique de maintien de l’ordre, continuée et amplifiée à partir de 1942 par la police politique nazie, la SIPO SD. Cette zone s’étend du Béarn, où est publié l’Adour libre, jusqu’à La Voix des jeunes de la Somme. Une place particulière est faite pour Paris et le département de la Seine, en raison du très grand nombre de publications, en particulier communistes (En Avant, Femmes) et syndicalistes (Le Gazier de Paris, Le Métro bus). La zone sud, sous contrôle direct de l’Etat français pétainiste, puis des forces de répression nazie et des ultras de la collaboration à partir de novembre 1942, illustre très bien cette graduation des politiques de répression, dans des publications qui proviennent tant de la résistance dans les villes (Le Père François, organe des groupes communistes Péri-Sampaix de Marseille) mais aussi des maquis (Hebdo Maquis, Le Maquis alpin, Le Maquis du Sud-Est). Enfin l’ex-empire colonial français, lieu d’affrontements entre partisans de la France Libre et Vichystes, mais aussi théâtre d’occupation par les forces armées de l’Axe (Tunisie, Indochine) connut aussi des regroupements clandestins de résistance publiant des journaux et bulletins, dont Al Talīʼa, publiée en langue arabe en Afrique du Nord, ou L’Avenir social, publié en Tunisie.