De 1658 à 1694, Robert Ballard, puis son fils Christophe, éditeurs spécialisés dans l’impression musicale, publièrent chaque année un recueil d’airs, intitulé Livre d’airs de différents auteurs. Cette anthologie des meilleurs airs du moment regroupe trente-sept recueils, soit mille deux cent vingt airs. La régularité et la constance de cette publication, reflet de la vie musicale parisienne sous Louis XIV, attestent la présence d’un lectorat intéressé par ces poésies chantées. Publiés sans subvention, ces recueils résultent du choix personnel des éditeurs et s’inscrivent dans une démarche marchande, indépendante des circuits de la musique officielle.

L’ensemble des volumes in-octavo des Livres d’airs de différents auteurs (LADDA) est agencé grâce au procédé de l’impression à caractères mobiles. De 1658 à 1684 les éditeurs firent le choix de présenter les airs en parties séparées, sans barres de mesure : la partie de dessus imprimée sur la page de gauche, celle de basse sur la page de droite. À partir de 1685 la présentation matérielle de la collection changea : les parties furent superposées en systèmes comprenant deux portées ou plus, en fonction de l’effectif requis. Outre la mise en partition, on constate également l’introduction d’ornements vocaux, l’apparition des chiffrages à la basse continue et le passage de la foliotation à la pagination des recueils. La plupart des airs sont à deux parties, même si l’on rencontre aussi d’autres combinaisons : airs à une seule voix sans accompagnement, airs à deux voix et basse continue, chiffrée ou non, airs à trois voix et basse continue…

Ils contiennent généralement une ou deux strophes, sans que le double, c’est-à-dire la reprise ornée du premier couplet de l’air, soit jamais noté (à l’exception de «Changez ingrat changez», LADDA 1694-02), une absence qui s’explique probablement par les contraintes de la mise en page. Les lecteurs soucieux de disposer d’une version plus complète des paroles de musique pouvaient se reporter à la collection des Recueils des plus beaux vers mis en chant, constituée sous l’égide de Bertrand de Bacilly, laquelle fournissait les strophes supplémentaires. Parallèlement se développaient les recueils d’auteurs, dans des formats moins contraignants, que l’on songe aux Airs à deux parties avec les seconds couplets en diminution de Joseph Chabanceau de La Barre (Paris : Ballard, 1669), dont les doubles étaient imprimés, ou au Livre d’Airs du Sieur d’Ambruis Avec les seconds couplets en diminution, ouvrage gravé en 1685.

Le corpus présente une homogénéité remarquable puisqu’il ne contient que des airs sérieux en langue française, à l’exception de trois airs à boire de Jean Mignon (LADDA 1660). L’ensemble des poètes est anonyme, tandis qu’un nom de compositeur apparaît dans 7,5% des cas. Une comparaison avec les autres sources littéraires et musicales de l’époque permet d’identifier un grand nombre de poètes et de compositeurs. Toutes les plumes du temps, petites ou grandes, souscrivirent à la vogue des poésies fugitives aptes à être mises en musique : aux côtés d’un Corneille, d’un Molière, d’un La Fontaine  ou d’un Philippe Quinault, on découvre un Pierre Perrin ou une Mme Deshoulières. Quant aux compositeurs, nombreux furent ceux qui s’illustrèrent dans le genre de l’air sérieux, que l’on songe à Michel Lambert, à Sébastien Le Camus ou à Bertrand de Bacilly .

La conception des Livres d’airs de différents auteurs est à l’image du goût du temps : ces recueils, qui s’inscrivaient dans le mouvement culturel de la galanterie, intéressaient tout autant le chanteur professionnel qui souhaitait élargir son répertoire que l’amateur éclairé de poésie et de musique, épris de nouveauté. Ils permettaient de garder sous la main quantité d’airs tout en autorisant la flânerie, d’une pièce à l’autre.

Bibliographie
Anne-Madeleine Goulet, Poésie, musique et sociabilité au XVIIe siècle. Les livres d’airs de différents auteurs publiés chez Ballard de 1658 à 1694, Paris: Honoré Champion, 2004.
—, Paroles de musique (1658-1694). Catalogue des «Livres d’airs de différents auteurs» publiés chez Ballard, Wavre: Mardaga, 2007.
Clémence Monnier, Histoire et analyse d’une collection musicale du XVIIe siècle: les «Livres d’airs de différents auteurs publiés chez Ballard (1658-1694)», thèse de doctorat soutenue sous la direction de Raphaëlle Legrand, Paris: Université de la Sorbonne, 2011.
Édition moderne des LADDA