Constituée à la demande de Louis XIV dans le dernier quart du XVIIe siècle, la collection Philidor est une entreprise de compilation de la musique jouée et composée pour la cour depuis le règne d’Henri IV, pour en conserver la trace bien qu’elle ne soit plus jouée au quotidien. C’est à partir de cette collection de manuscrits luxueusement copiés que se constitue, au château de Versailles, une bibliothèque musicale qui s’accroît tout au long du XVIIIe siècle pour former au moment de la Révolution une bibliothèque distincte, dont le sort sera bien spécifique.

A la Révolution, la collection est partagée entre la bibliothèque du Conservatoire et celle de la Bibliothèque municipale de Versailles. En 2003, cette collection a fait l’objet du tout premier programme de numérisation de Gallica sur des collections de musique notée, qui permettait de réunir en une seule bibliothèque numérique deux fonds physiquement dispersés. Se sont ajoutés également les manuscrits de la collection Toulouse-Philidor, d’une autre provenance, mais que l’on doit au même copiste.

Pour constituer cette première collection, le roi fait appel aux musiciens de cour François Fossard (1642-1702), « petit violon du roi et symphoniste de la Chapelle » et André Danican Philidor (1652?-1730), hautboïste, « ordinaire de la musique du roi ». Ceux-ci sont chargés d’organiser la copie des œuvres profanes et religieuses dont ils retrouvent la trace, suivant un plan plus ou moins méthodique. Les envois des premiers volumes, adressés au roi, précisent le projet :

« Je présente à Vostre Majesté un Recueil de presque tous les Ballets qui ont esté faits sous les derniers règnes des Rois vos prédécesseurs. C'est une recherche que je n'ay entrepris que pour faire voir la différence qu'il y a des ouvrages de musique de ces temps là à ce que l'on fait aujourd'huy. Je sçay bien qu'on n'y trouvera aucune de ces grandes beautez qui sont répandues dans tout ce qu'a produit l'Incomparable Mr. de Lully, ny rien qui soit du gout savant de ce que fait Mr. de la Lande qui luy a succédé. Mais il faut demeurer d'accord aussi que la Musique, et tous les autres Arts n'ont atteint à leur perfection que sous le règne de Louis le Grand. Ainsi je n'ay point fait de scrupule d'assembler tout ce que j'ay pu de vieux Ballets qui ont esté dancez sous les Rois Henry 3, Henry 4 et Louis 13 et de les retirer de la poussière de quelques cabinets, où ils estoient comme ensevelis, ayant creu que des Airs qui avoient diverti de si grands héros n'estoient pas indignes de revoir encore le jour, et c'est pour les y faire paroître avec plus d'éclat que je les consacre à Votre Majesté. Je souhaitte, Sire, qu'elle y trouve quelque satisfaction, ce qui m'animera dans le dessein que j'ay de joindre à ce Recueil tous les Ballets qui ont esté dansez devant V M. C'est à quoy je travaille présentement avec toute l'application, et le zèle que doit Sire de Votre Majesté Le très humble et très obéissant serviteur et sujet Philidor l'Aisne ».

Philidor et Fossard mettent donc sur pied un atelier de copie qui leur permet non seulement de collecter des pièces anciennes comme celle de Clément Janequin ou Jean Veillot, de reproduire l’ensemble des ballets dansés sous les règnes précédents, mais aussi de noter les œuvres lyriques et religieuses exécutées à la cour à la même époque. L’atelier a également pour fonction de fournir les matériels d’exécution pour les différentes activités musicales du souverain, que ce soient les ballets et tragédies lyriques ou la musique religieuse. Il emploie donc plus d’une dizaine de copistes rémunérés pour chaque volume produit, souvent des musiciens de la Chambre, de la Chapelle ou de l’Ecurie.

La très grande majorité des manuscrits sont produits dans la décennie 1690, et près d’une quinzaine sont consacrés à l’œuvre de Lully, dansée ou chantée, tandis que sont notés tous les grands motets composés par Michel-Richard de Lalande à cette époque pour la Chapelle du roi. On trouve également l’unique source de l’opéra David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, créé en 1688 au collège jésuite Louis le Grand, mais qui ne fut jamais édité malgré son succès. Après la mort de Fossard en 1702, Philidor poursuit quelques années encore l’œuvre commune, en ayant soin de gratter soigneusement sur tous les manuscrits le nom de son ancien collaborateur.

Voir l'ensemble de la collection Philidor : BnF et Bibliothèque municipale de Versailles

Bibliographie

Laurence Decobert, « La Collection Philidor de l'ancienne bibliothèque du Conservatoire de Paris », Revue de Musicologie, T. 93, No. 2 (2007)

Denis Herlin, « La constitution d’une mémoire musicale : La collection Philidor », in Le prince et la musique : les passions musicales de Louis XIV, Wavre : Mardaga, 2009

La collection du Conservatoire

Philidor reste jusqu’en 1722 garde de la bibliothèque de Musique du roi. Au cours de la suite du XVIIIe siècle, les collections s’accroissent régulièrement, jusqu’à la Révolution où la collection va se trouver dispersée. Le 21 août 1792, la bibliothèque du château de Versailles (ainsi que les ouvrages conservés dans des dépôts annexes comme c’est le cas pour les collections musicales) est mise sous scellés, puis renvoyée au château pour économiser les frais de location du local. A cette occasion, un inventaire sommaire est dressé le 1er décembre 1792.

La collection Versaillaise

Lorsque l’ancien page de la chapelle royale Jean-Louis-Bêche (ca 1735-1807) est nommé commissaire de la bibliothèque musicale du roi en août 1794, il est évident dès le départ qu’il s’agit d’un poste temporaire, qui n’a lieu d’être que jusqu’au transfert des collections royales au Conservatoire. La précarité de cet emploi, en même temps que son vif intérêt pour l’instruction musicale, l’incitent à concevoir le projet d’une école libre de musique. La loi Le Chapelier, qui a dispersé tous les établissements d'enseignement musical a en effet créé un vide à Versailles, que le Conservatoire parisien ne suffit pas à combler. 

La collection Toulouse-Philidor

Dernier fils de Louis XIV et de Madame de Montespan, Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1678-1737), reçut comme ses frères et sœurs une éducation musicale soignée, notamment sous l’instruction de François Couperin (1668-1733) chargé de lui enseigner le clavecin. Son goût et ses capacités musicales se développent au fil de sa formation, le conduisant une fois adulte à tenir des rôles dans certaines représentations privées de la cour (par exemple en 1700 dans Alceste de Lully). Il entretient également un orchestre pour la musique de son château de Rambouillet (acquis en 1706).