Issue d’une famille fortunée d’avocats et de banquiers, Geneviève Thibault (1902-1975) grandit en musique, étudiant au Conservatoire le piano avec Lazare Lévy, l’harmonie et le contrepoint avec Eugène Cools ou encore l’orgue et la fugue avec Nadia Boulanger. Entrée à l’université, elle obtient en 1920 son diplôme d’études supérieures pour son travail sur la musique du compositeur anglais John Dowland, début d’une longue carrière d’étude de la musique ancienne. En 1926, elle fonde avec Georges Le Cerf, Eugénie Droz et Lionel de La Laurencie la Société de musique d’autrefois (SMA), dont l’objectif est d’organiser, deux fois par an, des concerts du répertoire ancien joués, autant que possible, sur instruments d’époque. La SMA attache en effet une importance toute particulière au lien entre les œuvres musicales et les instruments pour lesquels elles ont été composées.

Geneviève Thibault a commencé très jeune à collectionner des partitions (son premier achat en vente publique date de ses dix-huit ans). C’est avec l’acquisition de la collection de Georges Le Cerf (vers 1929) que débute véritablement son activité de collectionneur d’instruments anciens. En 1931, elle épouse le comte Hubert Pelletier de Chambure, avec lequel elle aura six enfants. Sa vie familiale et la carrière de son mari travaillant pour la banque d’Indochine à Saïgon l’éloignent pendant une quinzaine d’années de la recherche en musique ancienne. Après la guerre, de retour à Paris, la comtesse poursuit l’enrichissement de sa collection. Sa maison de Neuilly s’ouvre largement aux chercheurs venus consulter les précieuses pièces de sa collection. Ses compétences en organologie lui permettent à prendre la direction, en 1961, du Musée instrumental du Conservatoire de Paris, où elle reste jusqu’à sa retraite en 1973, organisant une véritable résurrection de ces collections alors un peu empoussiérées.

A sa mort en 1975, plus de 600 partitions et 71 instruments rares sont reçus en dation par l’État, et viennent enrichir les collections du département de la Musique de la Bibliothèque nationale et celles du Musée instrumental, auxquels s’ajouteront les 730 instruments de la collection achetés par le Ministère de la Culture pour le Musée Instrumental . Lors des quatre ventes publiques organisées ensuite au cours des années 1990, la Bibliothèque nationale acquiert encore des manuscrits qui complètent la collection reçue en dation. Conformément aux goûts et aux thématiques de recherche de Geneviève Thibault, la collection est surtout centrée sur la musique vocale produite en France et en Italie aux XVIe et XVIIe siècles. La partie imprimée de la collection rassemble principalement des éditions françaises, italiennes et néerlandaises, la partie manuscrite se caractérise par une prédominance de sources italiennes.

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Manuscrits

Sur les quelque cent-vingt manuscrits de la collection Chambure, le lot plus important est constitué de précieux recueils de cantates et d’airs d’opéra italiens. Cet ensemble réunit des œuvres de compositeurs majeurs des XVIIe et XVIIIe siècles, comme Luigi Rossi, Alessandro Scarlatti et Giovanni Bononcini – et témoigne également de pratiques musicales d’amateurs comme celle du copiste Paolo de Angelis

Imprimés

Geneviève Thibault a toujours cherché à construire sa collection en complémentarité des grandes collections publiques (et notamment celle de la Bibliothèque nationale), agissant ainsi comme une sorte de mécène. Comme  dans le cas des manuscrits, elle procéda volontiers par achat de collections intégrales, comme  ce lot de cent-cinquante recueils de madrigaux italiens du XVIe siècle (dont ce recueil de Benedetto Pallavicino) achetés en 1928 à un cadet d’une famille milanaise souhaitant couvrir ses dettes de jeu ou, de façon plus conventionnelle, une partie de la bibliothèque du pianiste Alfred Cortot après sa mort en 1962.