Le livre carolingien est au carrefour des courants artistiques qui traversent l’Europe du VIe à la fin du VIIIe siècle. En lui vont se fondre les influences de l’Italie, des Îles britanniques et du royaume mérovingien lui-même, apportant chacune sa vision du monde, son vocabulaire décoratif et sa palette spécifiques. Entre les pôles insulaire et méditerranéen, les livres sortis des premiers scriptoria de Gaule intègrent l'héritage ornemental mérovingien, influencé par les techniques de l’orfèvrerie. La parenté des décors entre les foyers de création révèle l’existence de réseaux naissants et témoigne de la mobilité des modèles et des savoirs par delà les frontières, ainsi que de l'itinérance des artistes. Cette mobilité favorise l'éclosion et le rayonnement de la renaissance carolingienne.

 L’un des traits les plus remarquables des manuscrits réalisés à l’époque carolingienne réside dans le développement de la représentation humaine. Très limitée durant les siècles antérieurs, celle-ci entre à grand fracas avec l’Évangéliaire de Charlemagne, dans les manuscrits réalisés sous le règne de ce souverain et de ses successeurs, alors même que la querelle des images divise les théologiens de la Chrétienté. La décision de Charlemagne de ne pas détruire les images dont il reconnaissait la valeur pédagogique eut d’immenses conséquences pour l’épanouissement de la production artistique au Moyen Âge. Dans l’immédiat, elle donna lieu à une véritable floraison de manuscrits enluminés.