Petite et cursive, la caroline est une écriture ronde et régulière, d'une grande lisibilité. Elle est incomparablement plus fonctionnelle que les deux écritures pratiquées à l'époque mérovingienne : la première, en lettres majuscules, était trop longue à copier et la seconde difficile à déchiffrer à cause de ses ligatures compliquées et de ses spécificités régionales, qui la rendaient incompréhensible aux étrangers.

Un espace est respecté entre les mots, ce qui rend la minuscule caroline très régulière. Chaque lettre est dessinée selon ductus bien défini, qui respecte l'équilibre entre le corps de la lettre et ses hastes montantes et descendantes. Elle est caractérisée par une absence presque totale de ligatures (hormis et et st) et d'abréviations. Cet alphabet minuscule est d'une telle perfection qu'il demeure presque inchangé durant quatre siècles.

La caroline atteint sa perfection dans les magnifiques bibles produites au milieu du IXe siècle par le scriptorium de l'abbaye Saint-Martin de Tours. À partir du XIIe siècle, la caroline subit une déformation progressive pour aboutir aux formes brisées et anguleuses des écritures gothique et bâtarde qui lui succèdent. Mais la Renaissance la redécouvre, les humanistes italiens admirent sa pureté, son harmonie. La caroline sert alors de modèle à l'écriture "humanistique", celle que les premiers typographes imitent dans leurs caractères dits "romains" universellement employés de nos jours. Un héritage qui se retrouve encore dans notre propre minuscule manuscrite.