La lieutenance générale de police, créée en 1667, est la clé de voûte du système répressif aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le lieutenant, véritable « oeil du roi », a pour mission de « purger la ville de ce qui peut causer des désordres ». Doté de pouvoirs quasi illimités, il dirige notamment le Bureau des lettres de cachet et des prisons d’État. A ce titre, lui et ses hommes interviennent jusque dans la vie quotidienne de la Bastille. Les archives de son administration y sont conservées depuis 1717.

La police consiste à assurer le repos du public et des particuliers, à protéger la ville de ce qui peut causer des désordres. La charge de lieutenant de police créée par l’édit de mars 1667, acte fondateur de la police sous l’Ancien Régime, a pour but de constituer un pouvoir autonome veillant à la bonne marche de la cité: Nicolas de la Reynie est le premier lieutenant général de police de Paris, de mars 1667 à janvier 1697. Juge puis maître des requêtes au conseil d'Etat, il a une connaissance complète des institutions. Tous les lieutenants généraux qui lui succéderont, nommés et révoqués par le roi, auront une formation analogue.

Si l'édit confère au lieutenant de police certaines missions (la lutte contre la délinquance, l'incendie, l'inondation ; la police économique, des mœurs, etc), il laisse Nicolas de la Reynie organiser son administration en rassemblant sous son autorité les anciennes institutions :

Les anciens « commissaires examinateurs » au Châtelet deviennent des commissaires de police. Répartis entre les 17 quartiers de Paris, ils rendent compte quotidiennement de leur activité auprès du lieutenant qui dispose par ailleurs d’un réseau d'indicateurs (les « mouches » en liberté et les « moutons » en prison) et peut aussi requérir les forces de la maréchaussée d'Ile-de-France et de la garde de Paris (environ un millier de gardes des portes et murailles de Paris).

Enfin, le lieutenant général de police s'appuie sur des bureaux (métiers, marchés, écoles, archives, etc.), d’abord informels puis officialisés par le marquis d'Argenson, qui succède à la Reynie de janvier 1697 à janvier 1718.

Très rapidement, cette organisation policière produit des effets remarquables sur la criminalité et se voit étendue à toutes les grandes villes du royaume. Elle perdure jusqu'à la Révolution.

Liste des Lieutenants généraux de police :

DE LA REYNIE (Gabriel-Nicolas), 29 mars 1667 - 29 janvier 1697.

DE VOYER DE PAULMY, marquis D'ARGENSON (Marc-René), 29 janvier 1697 - 28 janvier 1718.

DE MACHAULT, seigneur d'Arnouville (Louis-Charles), 28 janvier 1718 - 26 janvier 1720.

DE VOYER DE PAULMY, comte D'ARGENSON (Marc-Pierre),  26 janvier 1720 - 1er juillet 1720.

TESCHEREAU, seigneur de Baudry et de Linières (Gabriel),  1er juillet 1720 - 26 avril 1722.

DE VOYER DE PAULMY, comte D'ARGENSON (Marc-Pierre),  26 avril 1722 - 28 janvier 1724.

RAVOT, seigneur d'OMBREVAL (Nicolas-Jean-Baptiste),  28 janvier 1724 - 28 août 1725.

HÉRAULT, seigneur de Fontaine-l'Abbé et de Vaucresson (René),  28 août 1725 - 21 décembre 1739.

FEYDEAU DE MARVILLE, seigneur de Dampierre et de Gien (Claude-Henri),  21 décembre 1739 - 27 mai 1747.

BERRYER DE RAVENOVILLE (Nicolas-René),  27 mai 1747 - 29 octobre 1757.

BERTIN DE BELLISLE, comte de Bourdeilles, seigneur de Brantôme, premier baron du Périgord (Henri-Léonard-Jean-Baptiste),  29 octobre 1757 - 21 novembre 1759.

DE SARTINE, comte d'Alby (Antoine-Raymond-Jean-Gualbert-Gabriel),  21 novembre 1759 - 24 août 1774.

LE NOIR (Jean-Charles-Pierre),  24 août 1774 - 14 mai 1775.

D'ALBERT (Joseph-François-Ildefonse-Raymond),  14 mai 1775 - 19 juin 1776.

LE NOIR (Jean-Charles-Pierre),  19 juin 1776 - 31 juillet 1785.

THIROUX DE CROSNE (Louis),  31 juill. 1785 - 16 juillet 1789.