Les archives révèlent le fonctionnement de la Bastille. Le gouverneur, désigné par le roi, est secondé par le major, véritable gestionnaire de la prison, également en charge des archives. Les porte-clefs se chargent du quotidien des prisonniers. La garnison des Invalides, elle, surveille et défend la prison. Médecins, chapelains ou cuisiniers complètent ce personnel toujours plus nombreux. La Bastille coûte cher au roi.

La Bastille est-elle une  prison nobiliaire ou « de droit commun » ? Les conditions de détention dépendent surtout de la qualité et des moyens du prisonnier. La personnalité du gouverneur et de son état-major compte également. On craint Bernaville, on méprise De Launay, mais on apprécie le major de Losme, qui travaille à améliorer le sort des détenus. Enfin, la conduite du prisonnier lui-même peut influer sur sa vie quotidienne. Une fois le registre d’entrée signé et son interrogatoire achevé, il bénéficie ou non de quelques consolations. Les droits infimes dont il dispose sont sévèrement marchandés : messes, visites de proches, promenades dans la cour, lecture et écriture... Les prisonniers ne peuvent communiquer ni entre eux, ni avec l’extérieur. Les ruses pour contourner ces interdictions sont étonnantes. L’un dessine sur son mouchoir, un autre brode une missive, un autre encore transmet de l’encre dans une reliure. A travers l’écrit, chacun cherche à dire cette épreuve carcérale ou, au contraire, à l’oublier.

A sa sortie, s’il sort en vie, le prisonnier signe une ultime promesse de silence. De ce silence imposé naît le mythe. Certains, pourtant, révèlent alors avec virulence leur expérience. L’écriture est toujours symbole de liberté.