Peintre, dessinateur humoristique et publicitaire, décorateur de théâtre, André Hellé (1871-1945) se tourne vers la jeunesse autour de 1904, lui consacrant une part importante de ses activités : illustration, spectacles, imagerie scolaire et de loisirs, jouets, mobilier, arts décoratifs.

Les albums qu’il publie à partir de 1911 sont de véritables livres d’artistes qu’il conçoit en totalité : texte, dessins, calligraphies, maquette. Avant la Première Guerre mondiale, son esthétique se caractérise par des formes simplifiées, cernées d’un trait noir et coloriées en aplats de couleurs mates.

Pour aller plus loin :

Michielsen, Béatrice, « Métamorphoses d’un livre d’artiste par André Hellé », Revue des livres pour enfants, 2011, n°262, p. 164-168.

Renonciat Annie, article « André Hellé». Dans Isabelle Nières-Chevrel, Jean Perrot (dir.), Dictionnaire du livre de jeunesse : la littérature d'enfance et de jeunesse en France. Paris : Éd. du Cercle de la librairie, 2013.

L'arche de Noé / Drôles de bêtes (1911, 1925)

Autour du thème de l’arche de Noé, les grands magasins du Printemps commercialisent en 1911 un ensemble mobilier complet pour chambre d’enfant, des jouets et un livre d’artiste réalisés par André Hellé. Le livre se distingue alors par son graphisme stylisé, l’auteur y croque bêtes et gens sous forme de petits jouets articulés. La même année, l’album reparaît aux Editions Alfred Tolmer sous le titre de Drôles de bêtes. Prétexte à un bestiaire des plus fantaisistes, l’arche n’est qu’un prétexte à des portraits comiques à l’écart de tout naturalisme. Troisième métamorphose de l’album chez Tolmer, une mouture d’après- guerre paraît en 1920 sous le titre de Grosses bêtes et Petites bêtes. André Hellé recycle, encore une fois, ce thème en 1925 aux Éditions Garnier, dans une version moins luxueuse destinée à un plus vaste public, augmentée de neuf portraits animaliers (vingt-neuf au total).

La boîte à joujoux (1913)

C’est en février 1913 qu’André Hellé présente à Claude Debussy la maquette illustrée d’un ballet pour enfants. Reprenant un thème qui lui est cher, celui des joujoux qui s’animent, André Hellé conte le destin de jouets qui s’échappent de leur boîte pendant la nuit et d’une histoire d’amour triangulaire entre un soldat, une poupée et un polichinelle querelleur. La partition pour piano de Claude Debussy avec les dessins d’André Hellé  paraît pour les fêtes de Noël  1913 chez Durand. Après avoir dessiné les décors et les costumes des représentations successives du ballet, Hellé transforme son scénario primitif en livre pour enfants, et lui donne le titre symétrique d’Histoire d’une boîte à joujoux, qui paraît chez Tolmer en 1926. Le thème du jouet anime toute son œuvre, il est central dans la Boîte à joujoux : « Pour que les tout-petits ne quittent pas trop tôt un monde chimérique qu’ils aiment, j’ai songé à m’inspirer de cette faculté naturelle qu’ils ont de pouvoir faire vivre leurs joujoux ».

La belle histoire que voilà (1919)

Ce recueil comprend notamment le conte de L’escargot bleu. « C’était en ce temps-là une chose très grave que de ne pas aller vite, car tout le monde courait sans cesse ». Ecrite en 1919, cette histoire n’a pas pris une ride et nous rappelle que, dans un monde épris de vitesse et de performance, il est bon de prendre le temps de regarder autour de soi, pour entrevoir la féérie du monde.

Quillambois soldat (1919)

Durant la Première guerre mondiale, André Hellé s’inscrit pleinement dans la littérature pour la jeunesse d’inspiration patriotique et guerrière, notamment avec son Alphabet de la Grande guerre (1916). En 1919, il publie Quillambois soldat et le Livre des heures héroïques et douloureuses, où transparaissent enfin la réalité des « années de tueries, années de massacre ».

Films pour les tout-petits (1923)

Après la Première guerre mondiale, par son graphisme novateur et sa mise en valeur de techniques anciennes comme le coloriage au pochoir, André Hellé renouvelle de manière audacieuse l’album pour enfants. Influencé par le cinéma muet des années 1920, il expérimente le mouvement animé dans la trentaine d’histoires sans paroles qui composent cet album.

Souvenirs d'un petit garçon 1871-1883 (1942)

Ces souvenirs sont ceux de l’auteur, même s’il fait endosser les aventures à un prétendu cousin dont il aurait retrouvé le cahier d’écolier.