La Société de géographie a été fondée à Paris en 1821 avec pour buts de concourir aux progrès de la géographie et d’encourager les voyages de découvertes dans les contrées encore inconnues. Une bibliothèque est prévue dès l’origine et s’enrichit au fil des années d'une documentation considérable reçue par don ou échange : récits de voyage, revues de géographie, cartes et atlas, notes et carnets d’explorateurs et, dans le dernier quart du siècle, photographies. C’est en effet dans la décennie 1875-1885 que la photographie va prendre toute sa place dans les collections. Les premiers dons importants et spontanés de photographies d'explorateurs ou de voyageurs arrivent à la bibliothèque suscitant l'intérêt de ses dirigeants. La Société de géographie sollicite alors, sous l'impulsion de son bibliothécaire James Jackson, les dons de photographies à caractère géographique. En quelques années plusieurs milliers de photographies sont reçues et constituent l'embryon d'une collection qui ne cessera de croître au cours des décennies.

Le département des Cartes et Plans de la BnF est depuis 1942 dépositaire des collections de la Société de géographie. Le fonds iconographique compte environ 145 000 photographies, prises entre 1850 et 1950 dans le monde entier. L'intérêt de cette collection, où se croisent la géographie, l'histoire, l'ethnologie, l'archéologie ou l'architecture est à la fois documentaire et esthétique, comme en témoignent certains grands noms de la photographie : Felice Beato, Désiré Charnay, Timothy O'Sullivan, Marc Ferrez ou Aimé Civiale. La numérisation de ce fonds est en cours depuis 2007 et permet de mettre en ligne chaque année plusieurs milliers d'images sur Gallica et Gallica intra muros.

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Vues sur verre

Dans le dernier quart du XIXe siècle, la photographie n’est plus seulement conservée dans les collections de la bibliothèque, elle est intégrée au discours que produit la Société de géographie sur l'exploration du monde et les dernières découvertes. En 1875 ont lieu les premières conférences illustrées par des projections photographiques. Réalisées par le fabricant d’appareils d’optique Alfred Molteni, des vues sur verre (10 x 8,5 cm) sont projetées en séance puis conservées dans les collections. Organisées dans un souci de vulgarisation et de pédagogie par l'image, ces projections sont pour le grand public un formidable outil d'appropriation visuelle de réalités et territoires nouveaux. Elles constituent un jalon essentiel de la connaissance de l'Ailleurs et de l'Autre au tournant des XIXe-XXe siècles.
La collection de vues sur verre compte environ 20 000 vues réalisées majoritairement entre 1875 et 1914 et couvrant tous les continents. La numérisation du corpus est en cours, un accès par continent vous en est proposé.

Portraits de géographes et de voyageurs

En 1875, la Société de géographie est sollicitée pour organiser au Palais des Tuileries le second Congrès international des sciences géographiques. Quinze nations représentées à l’exposition qui est organisée à cette occasion offrent aux visiteurs leurs principales réalisations et innovations dans le domaine des sciences géographiques : instruments de mesure et de relevés, travaux cartographiques, atlas et dictionnaires géographiques. Pour la couverture de l’événement, la Société de géographie s’assure les services d’un photographe, Alexandre Quinet qui doit constituer un album du congrès où figureront les principaux événements et les salles d’exposition. Il est également demandé au photographe de réaliser un album de portraits des membres étrangers du congrès.

Images de l'Ouest américain

Au sortir de la guerre de Sécession, le gouvernement fédéral des États-Unis relance les campagnes d’exploration dans l’Ouest américain. Quatre missions, identifiées par le nom de leur responsable, sont conduites dans un but d’exploration scientifique méthodique et rigoureuse du territoire. Le « King Survey » conduite par le géologue Clarence King a pour but d’étudier une bande de 150 kilomètres de large autour du quarantième parallèle le long de la ligne de chemin de fer transcontinentale Pacific Railroad. La même année 1867, Ferdinand Vandeveer Hayden se voit confier l’exploration des territoires du Wyoming, du Nebraska et du Colorado. Deux autres missions sont lancées en 1869. George Montague Wheeler reçoit comme objectif de couvrir les territoires au sud des Rocheuses, situés à l’ouest du centième méridien. Dans le même temps John Wesley Powell est chargé d’étudier les plateaux et canyons du bassin moyen du Colorado. Pendant dix ans, ces missions vont sillonner l’Ouest américain avant que l’United States Geological Survey, créé en 1879, ne regroupe en un seul organisme les différentes campagnes à mener dans cette partie des États-Unis.

Des photographes au Japon

Après plusieurs reportages photographiques en Crimée (1855), en Inde (1857) puis en Chine (1860), Felice Beato (1832-1909) vénitien naturalisé anglais ouvre en 1863 un studio photographique à Yokohama. C’est une période de transition où la société japonaise est encore très largement féodale, même si l’ouverture de cinq ports aux navires étrangers en 1858 permet aux Occidentaux de s’y installer. Felice Beato est associé au dessinateur Charles Wirgman, qui l’initie à la technique de la photographie coloriée.En 1866, l’incendie de Yokohama détruit en grande partie leur atelier mais Beato se remet à l’ouvrage et reconstitue en moins de deux ans son fonds de plaques de verre. Il publie en 1868 ses premières séries de photographies en deux volumes intitulés Views of Japan, recueil de paysages japonais, et Native types, album de portraits et de scènes de la vie quotidienne.