Au cours du XVIIe siècle, l’estampe est partout. Alors que ce médium attire quelques-uns des plus grands créateurs de l’époque (Rembrandt, Callot, Bellange, Nanteuil…), les pratiques artistiques sont loin d’être le seul usage des images imprimées. La gravure permet de diffuser les idées, religieuses, politiques ou scientifiques ; elle fournit des modèles aux artistes et artisans ; elle embellit les livres et orne les boutiques. Aussi aboutit-on à une maîtrise technique sans pareil de la part des principaux maîtres, qui inventent de nouvelles méthodes pour graver en taille-douce : l’eau-forte et la manière noire ouvrent de nouvelles possibilités et s’allient au burin. Paris devient un centre de première importance en Europe, dont la production est largement copiée.

Jacques Bellange (1575?-1616)

Peintre à la Cour de Lorraine, Jacques Bellange (v. 1575 – 1616) pratique la gravure à Nancy, à une époque où cet art y est quasi inconnu. Gravant à l’eau-forte d’après ses propres compositions, il développe un maniérisme très personnel et facilement reconnaissable, avec de longues silhouettes théâtrales et étirées, dont le sexe est souvent ambigu. Si le goût des XVIIIe et XIXe siècles a souvent rejeté ce maniérisme, l’étrangeté de Bellange – malgré un œuvre de moins de cinquante pièces et une carrière de moins de vingt ans – a plu au siècle suivant, qui en a fait un des artistes majeurs des années 1600.

Hercules Seghers (1590?-1638?)

Hercules Seghers fascine les amateurs par l’originalité de son œuvre. Cet artiste néerlandais (v. 1590 – v. 1638) n’est pas le peintre maudit qu’on a aimé à imaginer : de son vivant, des familles de la haute noblesse, ainsi que ses confrères, jusqu’à Rembrandt, possèdent certaines de ses toiles. Mais il est assurément d’une originalité radicale, en particulier dans ses gravures : ses natures mortes et ses paysages prennent un tour fantastique et presque abstrait. Seghers imprime lui-même ses estampes et expérimente sans cesse : il choisit des encres de couleur et prépare ses papiers afin de superposer les teintes. Situé en marge de la production de son temps, sans héritier réel, il laisse moins de 300 épreuves en tout – celles de la BnF proviennent de la collection Michel de Marolles et d’achats à la vente Pierre-Jean Mariette.

Jacques Callot (1592-1635)

Le lorrain Jacques Callot (1592-1635) fait partie des rares graveurs dont la renommée a touché un large public. Formé à Rome, il entre au service des Médicis à Florence et pratique l’eau-forte, qu’il révolutionne en utilisant un vernis dur. Celui lui permet une grande précision dans le tracé, et même de procéder successivement à plusieurs « morsures » dans l’acide afin de jouer sur les teintes et de donner une impression de profondeur. Travaillant ensuite pour les ducs de Lorraine, mais aussi à Paris et même aux Pays-Bas, il est l’auteur d’un œuvre d’une grande diversité, qui marque des générations d’aquafortistes français. L’œuvre de la BnF a été constitué par Michel de Marolles, complété par des épreuves de la collection de Vivant Denon.

Rembrandt (1606-1669)

Peintre de formation, Rembrandt grave environ 300 estampes tout au long de sa carrière. Plus variés que sa peinture, les genres et thèmes qu’il y aborde sont multiples : sujets historiques, portraits et autoportraits, scènes de genre, paysages, nus, et quelques allégories. D'un style très élaboré à ses débuts, il évolue rapidement vers un style plus synthétique. Il utilise principalement la technique de l’eau-forte et par l’action répétée de l’acide sur la plaque de cuivre parvient aux extraordinaires effets de lumière et de clair-obscur qu'on lui connaît.  Il recourt également à la technique de la pointe sèche pour donner un aspect velouté, et au burin pour intensifier certains traits. Les modifications apportées à la plaque après chaque impression donne lieu à des états différents qui, chez Rembrandt peuvent aller, jusqu’à 15 états successifs. Plus de 700 épreuvres de son oeuvre gravé, conservé au département des Estampes, sont à découvrir sur Gallica.