Le XIXe siècle est le siècle de l’image. La production d’estampes connaît une explosion sans précédent. La mise au point de deux techniques nouvelles (la lithographie, puis la gravure sur bois de bout) va contribuer à augmenter considérablement le nombre d’images imprimées et le nombre de tirages diffusés. Grâce à ce renouveau des techniques, l’estampe élargit son public en même temps qu’elle séduit les artistes pour qui elle devient un mode d’expression à part entière. L’histoire de l’estampe originale du XIXe siècle épouse trois mouvements successifs : le premier voit la lithographie l’emporter sur le burin, signant ainsi le triomphe du Romantisme sur l’Académisme, le deuxième redécouvre, dans les années 1860, l’eau-forte originale et les vertus d’une écriture libre en noir et blanc et, enfin, les dernières décennies du siècle consacrent le peintre-graveur dont les créations sont progressivement gagnées par la couleur.

Francisco de Goya (1746-1828)

L’œuvre imprimé de Goya, nourri des influences des plus grands (Tiepolo, Velasquez, Rembrandt), s’est essentiellement constitué par séries. La première, Les Caprices, réalisée entre 1795 et 1797, réunit 80 planches gravées à l’eau-forte et à l’aquatinte, suite de caricatures politiques et sociales et  de scènes fantastiques. Un album de la première édition de 1799, rapporté d’Espagne par Vivant-Denon en 1809, et acheté en 1827 par la Bibliothèque royale, sera feuilleté avec passion par les Romantiques, en particulier par Delacroix.

Henry Monnier (1799-1877)

La carrière d’Henry Monnier commence avec succès sous la Restauration, par des lithographies coloriées représentant, avec une grâce piquante et une ironie légère, quelques types sociaux contemporains : les employés, les acteurs, les grisettes, les bourgeois. Sous la Monarchie de Juillet, la satire devient politique et Monnier est éclipsé de ce courant. Sans abandonner complètement la lithographie qu’il pratique jusqu’en 1842, ni le dessin gravé ensuite sur bois, il devient comédien et écrivain, créant le personnage de Joseph Prudhomme, type du bourgeois arriviste, suffisant, ridicule. Ce personnage va dévorer son auteur, qui tombe peu à peu dans l’oubli. Les estampes de Monnier forment néanmoins un chapitre important dans l’histoire des mœurs de la première moitié du XIXe siècle.

Célestin Nanteuil (1813-1873)

Célestin Nanteuil représente le graveur romantique par excellence. Formé dans l’atelier d’Ingres et aux Beaux-Arts, il se nourrit aussi des œuvres littéraires du cénacle romantique, celles de Hugo, Gautier, Dumas. Hugolâtre engagé, il participe à la bataille d’Hernani. Il est le chef de file de cette génération des Jeunes-France, appellation qui reprend le titre du roman de Théophile Gautier pour lequel il compose un frontispice en 1833. Sa longue carrière de graveur se scinde en deux parties : admirable aquafortiste dans les années 1830, il utilise presque exclusivement la lithographie à partir de 1845.

Jean-François Millet (1814-1875)

L’intérêt de Millet pour l’estampe coïncide avec son installation à Barbizon en 1849. Ses premiers essais sur un coin de table, avec Charles Jacques et Daubigny, sont sans prétention. D’ailleurs son œuvre gravé sera assez peu fécond : 6 lithographies d’abord, puis une vingtaine d’eaux-fortes, 6 bois et 2 clichés-verre. Il pratique la gravure pour faire connaître ses peintures, comme Les Glaneuses, Les Bêcheurs, La bouillie, et gagner quelque argent, profitant de l’engouement des amateurs pour l’eau-forte d’artiste, dans les années 1860. « Millet tout entier se retrouve dans ses eaux-fortes », déclare Beraldi, par les sujets d’abord, simples et rustiques et par la qualité du travail de graveur, de la maîtrise du trait à la recherche du beau tirage confié aux plus grands, Auguste Delâtre, Charles Meryon ou  Félix Bracquemond.

Jules Michelin (1817-1870)

Michelin commence sa carrière de paysagiste en utilisant la lithographie qu’il abandonne dès 1852 pour se consacrer uniquement à l’eau-forte, quand cette technique connaît un renouveau. Dès 1862, il participe aux publications de la Société des aquafortistes animée par l’imprimeur Auguste Delâtre et l’éditeur Alfred Cadart. Le paysage est le genre dominant l’œuvre gravé de Michelin, celui de ses deux régions de prédilection, l’Auvergne et la vallée de l’Yerres, au sud de Paris. Il grave avec poésie, dans un style le rapprochant du romantisme de la deuxième génération, des pans de nature saisis sur le motif, des effets atmosphériques et souvent un minuscule élément humain.

Charles Meryon (1821-1868)

Meryon commence une carrière d’officier de marine, choisit finalement celle de graveur et finit dans la folie. Initié à l’estampe par Eugène Bléry qui lui fait copier le graveur hollandais du XVIIe, Zeeman, exposant au Salon de 1850 à 1867, il a heureusement eu le temps de graver une centaine d’eaux-fortes dont le sujet principal est le vieux Paris menacé par les transformations haussmanniennes. Une importante série de 22 planches, Eaux-fortes sur Paris, paraît en livraisons de 1852 à 1854, puis en album en 1861. D’un trait ferme et vigoureux, dans de violentes oppositions de noirs et de blancs, il représente des paysages urbains à la fois romantiques et visionnaires, admirés en particulier par Baudelaire. La Société des aquafortistes publie sa dernière planche, Le Ministère de la marine, hantée par les démons qui vont le faire sombrer définitivement dans la folie.

Marcellin Desboutin (1823-1902)

La meilleure partie de l’œuvre gravé de Marcellin Desboutin est constituée d’une galerie de portraits de ses contemporains, gravés à la pointe sèche, d’après nature,  de 1875 à 1884. Sa carrière de graveur et ses essais de peintre, d’héliograveur et de photographe commencent en 1854 à Florence, dans sa villa l’Ombrellino. Il gagne Paris à partir de 1870 où il mène une vie de bohème dépenaillée, au sein du cercle artistique qu’il portraiture sur sa plaque : Burty, Manet, Degas, Goncourt, Cadart, etc.

Martial Potémont (1828-1883)

Paris est le grand sujet d’Adolphe Martial Potémont, dit Martial. Elève de Léon Cogniet et de Félix Brissot de Warville, il débute la gravure à l’eau-forte vers 1840 et son premier succès dans ce domaine arrive en 1864 avec la publication des trois cents planches qui constituent L’Ancien Paris. En 1867, quarante-huit eaux-fortes complètent ce panorama de la capitale, enrichi en 1874 par une approche plus personnelle de la ville dans Paris intime, puis en 1877 par une série de quarante-cinq planches sur Les Boulevards de Paris. Entre temps, prenant en compte les événements, il ajoute une dimension politique à ses estampes en publiant Les Femmes de Paris pendant le siège, Les Prussiens chez nous et Paris sous la Commune.

Camille Pissarro (1830-1903)

131 planches gravées, eaux-fortes, aquatintes et pointes sèches, et 77 lithographies composent l’œuvre imprimé de Camille Pissarro, l’artiste impressionniste le plus attaché à l’estampe. À partir de 1863, pas un séjour de l’artiste qui ne soit ponctué de souvenirs gravés sous forme de scènes rustiques, de marchés, de baigneuses, de portraits, de vues urbaines. Une recherche constante de la lumière suggère paradoxalement de véritables couleurs dans ses estampes en noir. Son apparente facilité d’expression cache un exigeant travail de dessin et de tirage que les nombreux états confirment.

Gustave Doré (1832-1883)

Doré semble n’avoir eu aucune limite créatrice : dessinateur, caricaturiste, illustrateur, aquarelliste, peintre, sculpteur, il a investi les principaux genres et formats de son époque, de la satire à la religion, du croquis aux toiles monumentales. Dans le domaine du livre, Doré acquiert une réputation grâce à l’illustration des Œuvres de Rabelais (1854) et des Contes drolatiques de Balzac (1855). Dans les années 1860, c’est l’illustration de La Sainte Bible et de L’Enfer de Dante qui lui assure une notoriété internationale. Même s’il s’adonne à l’estampe originale, à l’eau-forte ou à la lithographie, il n’a jamais gravé les très nombreuses illustrations d’ouvrage qu’il a son actif : il est l’auteur de dessins sur bois confiés à d’habiles interprètes, graveurs de métier.

James McNeill Whistler (1834-1903)

Le fonds des estampes de Whistler à la Bibliothèque nationale a été constitué au XXe siècle, en deux temps : pour les lithographies, grâce au legs en 1908 de Rosalind Birnie Philip, belle-sœur de l’artiste, et pour les eaux-fortes, essentiellement grâce au don en 1943 du collectionneur éclairé Atherton Curtis. Ces provenances prestigieuses garantissent une collection de qualité, représentative de l’ensemble de l’œuvre gravé de Whistler. À son arrivée en France, l’eau-forte originale connaît un renouveau et Whistler utilise naturellement cette technique à partir de 1858 pour sa première série gravée, French set.

James Tissot (1836-1902)

À côté de son activité florissante de peintre, Tissot commence à graver quelques planches dans les années 1860, en France, au moment où l’eau-forte connaît un renouveau. Il y produit l’essentiel de son œuvre, traitant un sujet décliné à l’envi : la chronique en image de la vie mondaine britannique et la représentation dans diverses situations d’une jeune femme anglaise, fraîche et gracieuse, inspirée de son modèle et muse, Kathleen Newton. Ami de Whistler dont il s’inspire, Tissot nourrit aussi son œuvre du japonisme en vogue en cette fin de siècle. Il a produit au total 88 eaux-fortes, pointes sèches et manières noires, la majorité d’entre elles traduisant en gravure ses propres peintures, les autres correspondant à des créations originales.

Ludovic Napoléon Lepic (1839-1889)

Lepic a eu la bonne idée, sinon d’inventer une nouvelle technique, du moins de trouver une formule singulière pour la nommer : l’eau-forte mobile. Il nous explique sa démarche dans un traité placé en tête de son album publié en 1876 par Cadart, Comment je devins graveur à l’eau-forte. Pour lui, l’opération principale n’est pas la gravure de la plaque mais son impression. Suivant le mode d’encrage et d’essuyage de la matrice, il obtient des effets complètement différents. Ces variations d’atmosphère placent complètement Lepic dans le courant impressionniste.

Odilon Redon (1840-1916)

Redon, initié à Bordeaux par Rodolphe Bresdin, commence par graver à l’eau-forte à partir de 1867, avant de se consacrer à partir de 1879 – avec un premier album intitulé Dans le rêve, à la lithographie qu’il contribue grandement à renouveler, utilisant la technique du crayon gras sur papier report. Environ 210 estampes constituent son œuvre imprimé, planches autonomes ou albums, pièces d’imagination ou illustrations très libres de textes littéraires. Ses écrivains de prédilection sont Edgar Poe (A Edgar Poe), Gustave Flaubert (A Gustave Flaubert, 1889 ; Tentation de Saint-Antoine, 1888 et 1896) et Charles Baudelaire (Les Fleurs du mal).

Berthe Morisot (1841-1895)

Ce sont huit pointes sèches en noir et blanc qui nous restent de l’œuvre gravé de Morisot, toutes conservées à la BnF (la seule lithographie réalisée se trouve en mains privées). Cet ensemble restreint est resté dans la sphère intime jusqu’à son rachat par Vollard vers 1904 et une première exposition au Salon d’automne de 1907. C’est que l’artiste, très sévère envers elle-même, n’était jamais satisfaite de son travail. Un cuivre légèrement effleuré, achevé en un seul état, dénote une gravure spontanée, expérimentale, pourtant apprise aux côtés des meilleurs, Félix Bracquemond, Jean-Baptiste Corot, Edouard Manet, Mary Cassatt, et encouragée par Stéphnae Mallarmé.

Henry Somm (1844-1907)

Henry Somm est avant tout graveur de vignettes pour l’illustration de journaux, programmes, menus, ex-libris, invitations, almanachs, cartes, etc. Virtuose de la pointe sèche, il privilégie cette technique particulièrement adaptée à ses petits sujets qui mettent la femme au cœur du répertoire iconographique utilisé. Une femme élégante, comme celle représentée sur sa planche la plus fameuse, Japonisme, directement influencée par cette mode japonisante à laquelle Somm a largement succombé dès 1867, ou une « petite dame », parisienne coquette, spirituelle, piquante. Beraldi évalue son œuvre ainsi : « Ce sont des riens, si vous voulez, mais coquettement troussés ».

Henri Guérard (1846-1897)

Personnalité originale et fantaisiste, Henri Guérard pratique la gravure à partir de 1872 dans un atelier capharnaüm, partagé avec un singe, quelques chiens et chats, au milieu d’une accumulation de vieux souliers, de lanternes, d’arrosoirs… qui se retrouvent un jour dans son œuvre gravé. Qualifié de « cordon-bleu de l’eau-forte », il grave d’abord pour l’édition et l’illustration, excellant en particulier à rendre la matière et la couleur d’objets précieux. En 1889, il fonde avec Félix Bracquemond la Société des peintres-graveurs, dont il est le vice-président. À partir de là, il se consacre presque exclusivement à la gravure originale, renouvelant dans un esprit inventif et curieux la pratique de toutes les techniques de l’estampe. Le don généreux de son fonds d’atelier, en 1972, a permis de réunir à la BnF un ensemble de quelques 2500 épreuves.

Pierre Roche (1855-1922)

Pierre Roche est une figure active et pionnière dans le renouveau des arts graphiques à la fin du XIXe siècle. Décloisonnant les arts décoratifs, il met au point des techniques nouvelles comme la gypsographie ou les papiers églomisés. En 1892, fasciné par les qualités du papier Japon, il commence par tirer ses estampes en relief sur creux de plâtre puis il colorie au pinceau chaque épreuve. Il donne à ces monotypes le nom d’aquarelles estampées et pousse ensuite la démarche un peu plus loin en utilisant la matrice en plâtre à la manière d’un bois : le plâtre est gravé comme un léger bas-relief et en même temps encré.

Prosper-Alphonse Isaac (1858-1924)

Originaire de Calais, né dans une famille bourgeoise d’industriels de la dentelle, Isaac gagne Paris à la fin des années 1870, où il découvre, outre la peinture auprès de Jean Paul Laurens, l’art japonais alors très en vogue. Il fréquente le magasin du marchand Bing, collectionne estampes et objets extrême-orientaux et devient membre de la Société des amis de l’art japonais. Sous cette influence majeure, il réoriente sa carrière artistique et grave, à partir de 1900, quelques 200 estampes, dans des formats et un style directement inspirés de l’esthétique japonaise, sur bois, en couleurs diluées à l’eau, imprimées au baren, selon les secrets que lui a enseignés le graveur Urushibara Yoshijiro.

Eugène Viala (1859-1913)

L’œuvre gravé d’Eugène Viala mérite d’être redécouvert. Ecrivain, poète, peintre et surtout aquafortiste, cet artiste libre, voire anarchiste, a mené une vie tragiquement pauvre, jusqu’à ce que le mécène Maurice Fenaille vienne soutenir sa création. « De l’encre, de l’acide, de la souffrance » est le titre d’un album d’eaux-fortes constitué par Viala et le résumé de sa vie d’artiste. Cette veine poétique, son attachement aux paysages de son Rouergue natal, une inspiration symboliste le conduisent à des compositions fantastiques qu’il imprime lui-même. Il publiera huit albums, souvent remaniés, dont la BnF possède un échantillonnage assez représentatif.

Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923)

Né à Lausanne, Steinlen s’installe à Paris en 1881. Peintre et dessinateur, il est l’auteur d’une impressionnante somme de croquis et compositions pour des journaux illustrés, des titres de chansons, des livres ainsi que des affiches et des estampes. On y retrouve ses thèmes de prédilection : les chats, l’enfance, la rue, les types sociaux, la misère et l’injustice sociale. Son nom est attaché à Montmartre et il dessine notamment l’affiche pour la tournée du Chat noir. Il fait partie des « maîtres de l’affiche » de la fin du XIXème siècle, apprécié par les collectionneurs de son temps. Il reprend son crayon d’affichiste pendant la guerre de 1914 pour lancer des appels à la solidarité. Marqué notamment par les drames serbe et belge, il s'attache dépeindre les victimes, soldats et civils, mutilés, orphelins, veuves, vieillards, familles dispersées, composant un oeuvre de guerre dont 180 lithographies et tailles-douces sont conservées au département des Estampes et de la photographie.

Anders Zorn (1860-1920)

D’origine modeste, Zorn connaît le triomphe et une certaine opulence dans sa vie d’artiste. Né en 1860 à Mora, petite ville de la province suédoise de Dalécarlie, il devient un artiste cosmopolite, parcourant le monde dès 1881. Il se rend à Paris, à Londres, en Espagne, à Tanger,  plus tard en Turquie, en Grèce et en Hongrie. Proche du milieu intellectuel et artistique parisien au tournant du XXe siècle, il aime aussi représenter des personnages humbles de son entourage, restituant avec force et efficacité dans ses gravures des moments de vie, des figures et des nus.

Willem Witsen (1860-1923)

Inspiré d'Anton Mauve et de Jean-François Millet autant que de Whistler, l'oeuvre gravé de Willem Witsen est ambivalent. Il témoigne à la fois d'une vision romantique du monde paysan, perceptible dans ses vues d'Ede notamment, et d'une approche fragmentaire et photographique de la ville. Cette impression culmine avec sa série sur le quartier de Voorstraatshaven à Dordrecht, où son art de l'aquatinte rend à merveille ce paysage de canaux, saisis frontalement, qui ne sont pas sans rappeler certaines vues de Venise de Whistler. Attaché à l'eau-forte, Witsen a fondé en 1885 le Nederlandsche Etsclub, mais a également beaucoup pratiqué la photographie, découverte lors de son séjour à Londres en 1888. Son oeuvre peint est conservé au Rijksmuseum.

George Auriol (1863-1938)

Introduit dans le monde artistique par Henri Rivière et les membres du Chat noir, influencé par le japonisme et l’Art nouveau, Auriol s’intéresse à la relation entre l’image et le texte. Il orne des affiches, des menus, des programmes théâtraux, des partitions, et aussi des livres, en collaboration avec les maisons d’édition Verneau, Enoch et surtout Larousse. La lettre est au centre de sa création. Il dessine également des cachets de monogrammes – dont sept signent les bois de Rivière – qu’il publie en trois éditions successives. Il crée trois nouvelles écritures typographiques encore visibles sur des enseignes parisiennes datant des années 1900.

Félix Vallotton (1865-1925)

Né à Lausanne, Félix Vallotton s’installe à Paris dès 1882 afin d’y faire son apprentissage à l’académie Julian. Il s’associe au groupe de Nabis et fréquenta les artistes de la Revue Blanche. Son talent se manifeste surtout dans ses gravures sur bois qui se déclinent en trois thèmes principaux : les portraits (Edgar Poe, Ibsen, Wagner, Schumann…), les paysages au graphisme simplifié (La Jungfrau, Le Mont Rose….) et les épisodes de la vie moderne. Entre 1892 et 1896, il grave de nombreuses scènes de rue (Le Coup de vent, L’Averse…) dans lesquelles il privilégie la représentation de silhouettes au détriment des décors.

Jean Veber (1868-1928)

Peintre, Jean Veber est surtout parvenu à la notoriété par ses dessins. Collaborateur des journaux Gil Blas, Le Journal et Le Rire, dans lesquels il signe plusieurs illustrations. À partir de 1893, il pratique également la lithographie et parvient rapidement à une parfaite maitrise de cette technique. S’il s’illustre, avant-guerre, dans des scènes de genre traitées de manière satiriques, il aborde à partir de 1904 des thèmes politiques, représentant notamment Jaurès et Clemenceau, avant de produire plusieurs séries consacrées à la Grande guerre, qu’il vit en tant que soldat. Il met alors son talent de lithographe au service du témoignage artistique des combats, vus du côté français, en relatant le quotidien tragique du front.

Édouard Vuillard (1868-1940)

Élève de Gérome à l’Académie des Beaux-Arts, Vuillard rompit avec la tradition lorsqu’il fréquenta l’académie Julian en 1888 et se lia avec les artistes Nabis. Il s’initia à la lithographie auprès de l’imprimeur Edward Ancourt. Dès ses premières planches (Vieille femme au fourneau et La Sieste ou La Convalescence), il privilégia les scènes d’intérieur. Lugné-Poe, directeur du Théâtre de l’Oeuvre lui commanda des couvertures de programmes. Dès 1891, Vuillard s’associa à la Revue blanche des frères Natanson. Sa seule affiche, Cyclistes, prenez Bécane, date de 1894. Ambroise Vollard le sollicita pour son premier album d’estampes paru en 1896 dans lequel il fait paraître trois planches : Intérieur au paravent, Pliage de linge, Le Jardin des Tuileries. Il édita en 1899 l’album Paysages et Intérieurs, douze lithographies en couleurs imprimées par Auguste Clot qui constituent des chefs d’œuvres de l’art nabis et de la lithographie en couleurs.

Jules Chadel (1870-1941)

Ses débuts dans la sculpture sur pierre et les cours suivis à l’École des arts décoratifs conduisent Chadel à travailler comme dessinateur-décorateur chez des joailliers parisiens, et en particulier chez Henri Vever, collectionneur d’estampes et d’objets japonais. Chadel rencontre dans cet atelier les amateurs d’art oriental et il devient membre de la Société des amis de l’art japonais. Il s’y lie d’amitié avec Prosper-Alphonse Isaac qui l’initie à la gravure sur bois en couleurs à la manière japonaise, diluant les encres à l’eau pour donner une impression de lavis. Aux motifs japonisants qui imprègnent son œuvre, Chadel ajoute des sujets religieux et bibliques, des hommes au travail, des animaux.

Jean-Emile Laboureur (1877-1943)

Originaire de Nantes, Laboureur arrive à Paris en 1895. Il est initié à la gravure sur bois par Auguste Lepère rencontré grâce au collectionneur nantais Lotz-Brissonneau. Ses premiers bois, Le Bal Bullier (1897), Le régiment qui passe (1900), sont très redevables de l’influence de Félix Vallotton. De 1903 à 1911, il voyage en Europe et aux Etats-Unis, enseignant la gravure à l’Art Student’s League de New York en 1904. De retour en France en 1911, Laboureur trouve son style dérivé du cubisme mélangeant différents points de vue avec des personnages à la silhouette élancée surmontés de petites têtes tels Le Bar en Pennsylvanie (1914).

La Société des Amis de l’art japonais

Fondée par le marchand d’art oriental Samuel Bing en 1892, la Société des Amis de l’art japonais a largement contribué au développement du japonisme. Elle a réuni pendant près de quarante ans des amateurs d’art japonais à raison d’un dîner mensuel. Parmi les membres figurent des collectionneurs comme Raymond Koechlin, Hayashi Tadamasa, Henri Vever ou encore Alexis Rouart, des critiques d’art comme Roger Marx, des conservateurs comme Gaston Migeon, chargé des objets d’art du Musée du Louvre, et enfin des artistes tels Henri Rivière, Prosper-Alphonse Isaac, Charles Houdard ou Félix Régamey.

La Société des Aquafortistes

En juin 1862, Alfred Cadart fonde la Société des aquafortistes vouée à redonner à l’eau-forte de peintre la place qu’elle a perdue depuis la fin du XVIIIe siècle, éclipsée d’abord par le burin académique puis par la concurrence de la lithographie. Les artistes sociétaires, tous peintres, sont invités à fournir des eaux-fortes inédites, publiées au rythme d’une livraison mensuelle de cinq planches réunies ensuite en album annuel. Cent trente-trois membres actifs exécuteront trois cent vingt-neuf planches en soixante livraisons mensuelles, sur une période de cinq années de 1863 à 1867.