"Paris est la grande salle de lecture d’une bibliothèque que traverse la Seine", nous dit Walter Benjamin. Et c'est à une visite en images de cette grande bibliothèque que Gallica vous convie avec cette sélection. Composé de près de 20 000 oeuvres iconographiques représentant Paris (dessins, affiches, photographies), cet ensemble documente l'évolution de la capitale française depuis le XVIe siècle, en complément des ressources cartographiques, imprimées et audiovisuelles. Les destructions révolutionnaires et le Paris du XIXe siècle y sont tout particulièrement visibles, au travers de collections et fonds (collections Chauvet et Destailleur, oeuvre d'Atget et de Martial Potémont) constituées en archives de l'Ancien Paris. Jusque dans les années 1930, les photographies d'agence de presse donnent à voir, à travers de multiples reportages, la vie quotidienne comme les événements marquants de l'histoire de la ville, à l'image de la crue de 1910 ou l'exposition universelle de 1937. Avec près de 300 sites, édifices et monuments représentés, et qui seront augmentés au fur et à mesure de nouvelles mises en ligne sur Gallica, cette promenade couvre les vingt arrondissements et vous emmène des catacombes à la tour Eiffel, de Montmartre à Montparnasse, dans le Paris des ouvriers, des artistes ou des zoniers.

La collection Destailleur

Né en 1822, Hippolyte-Alexandre-Gabriel-Walter Destailleur est issu d’une lignée d’architectes. À l’un de ses ancêtres, Perronet, on doit le pont de la Concorde, bâti de 1788 à 1791 ; à son père, François-Hippolyte (1787-1852), élève de Percier, on doit notamment le passage Jouffroy, qu’il réalisa avec son gendre, Romain de Bourge. Le jeune Hippolyte Destailleur est d'ailleurs associé aux activités de son père et lui succède. Il construit des hôtels, des tombeaux, mais aussi la chapelle funéraire de Napoléon III et du prince impérial à Farnborough et les châteaux de Mouchy, de Divonne et de Mello. Indépendamment de son oeuvre pourtant non négligeable sur le plan architectural, c’est surtout en tant que collectionneur ardent et éclairé que Destailleur est passé à la postérité. Il a constitué, à une époque où le marché de l’art le permettait, une prestigieuse collection, sans autre but initialement que d’acquérir de la documentation pour ses activités. Vers la fin de sa vie, lorsque ses forces commencèrent à décliner, soucieux du sort de ses collections, il consentit à se dessaisir en faveur du Cabinet des Estampes de son fonds de pièces dessinées ou gravées relatives au théâtre (décembre 1889), puis de 1 328 dessins concernant la ville de Paris (décembre 1890) et de 3 521 dessins concernant les provinces de France (1894).

La collection Chauvet

Jules-Adolphe Chauvet, né à Péronne en 1828 et encore actif en 1906, fut un peintre et un dessinateur prolifique, tout en assurant son gagne-pain par des emplois salariés, d’abord comme engagé volontaire et sous-officier aux Chasseurs d’Afrique puis comme employé dans l’administration des Petites voitures. La création artistique dut toutefois être sa vraie vocation puisqu’il suivit dans sa jeunesse, de 15 à 18 ans, une formation dans l’atelier de Cicéri et ne cessa jamais de produire dessins et illustrations. La collection dite Chauvet, comprenant exclusivement des dessins de Paris et de ses environs proches, est née de la volonté de son premier possesseur, Auguste Lesouëf. C’est lui qui a passé commande à Chauvet et qui a probablement acheté en vente publique les dessins portant d’autres signatures. Les quelques 1 400 dessins qui compose qui la composent sont revenus en 1906 à sa soeur, madame Anne-Léontine Smith, puis ont été donnés à la Bibliothèque Nationale en 1913, avec l'ensemble de la très riche collection Smith-Lesouëf.

 

Eugène Atget (1857-1927)

Artiste dramatique obscur, Atget se reconvertit sur le tard dans la photographie pour artistes, artisans et historiens. En 1897, il entreprend l’inventaire du vieux Paris menacé par l’urbanisme moderne, constituant un corpus de plusieurs milliers d’images qu’il vend aux institutions comme la Bibliothèque nationale : les rues, hôtels particuliers, églises, vieux immeubles, cours, escaliers, mais aussi les traces précaires de l’activité humaine : petits métiers des rues, vieilles boutiques, habitants de la « zone »… C’est tout un univers urbain qu’Atget enregistre, avec une constance technique et stylistique qui donne une dimension fascinante à cette entreprise documentaire. Découvert à la fin de sa vie par Man Ray et Berenice Abott, Atget, l’homme du Paris disparu, se vit alors consacré figure tutélaire de la modernité photographique.

Charles Meryon (1821-1868)

Meryon commence une carrière d’officier de marine, choisit finalement celle de graveur et finit dans la folie. Initié à l’estampe par Eugène Bléry qui lui fait copier le graveur hollandais du XVIIe, Zeeman, exposant au Salon de 1850 à 1867, il a heureusement eu le temps de graver une centaine d’eaux-fortes dont le sujet principal est le vieux Paris menacé par les transformations haussmanniennes. Une importante série de 22 planches, Eaux-fortes sur Paris, paraît en livraisons de 1852 à 1854, puis en album en 1861. D’un trait ferme et vigoureux, dans de violentes oppositions de noirs et de blancs, il représente des paysages urbains à la fois romantiques et visionnaires, admirés en particulier par Baudelaire. La Société des aquafortistes publie sa dernière planche, Le Ministère de la marine, hantée par les démons qui vont le faire sombrer définitivement dans la folie.

Martial Potémont (1828-1883)

Paris est le grand sujet d’Adolphe Martial Potémont, dit Martial. Elève de Léon Cogniet et de Félix Brissot de Warville, il débute la gravure à l’eau-forte vers 1840 et son premier succès dans ce domaine arrive en 1864 avec la publication des trois cents planches qui constituent L’Ancien Paris. En 1867, quarante-huit eaux-fortes complètent ce panorama de la capitale, enrichi en 1874 par une approche plus personnelle de la ville dans Paris intime, puis en 1877 par une série de quarante-cinq planches sur Les Boulevards de Paris. Entre temps, prenant en compte les événements, il ajoute une dimension politique à ses estampes en publiant Les Femmes de Paris pendant le siège, Les Prussiens chez nous et Paris sous la Commune.