Le terme hagiographie désigne communément tous les témoignages relatifs aux saints et à leurs cultes.

La vénération des saints n'est pas un phénomène propre à l’époque mérovingienne, mais il puise ces origines dans le culte des premiers martyrs de l’Antiquité Tardive. On constate un foisonnement dans la Gaule franque de documents concernant les saints et leur culte. Chaque évêque peut autoriser dans son diocèse son culte. Des bénéfices considérables en découlent en faveur des communautés où sont conservées des reliques du saint.

Les clercs rédigent des textes hagiographiques pour convaincre de la sainteté du défunt avant la proclamation de son culte et l’élévation des restes du saint. Ils sont confectionnés a posteriori pour entretenir son culte.

Face à la pauvreté des sources écrites de l’époque mérovingienne, ces textes sur la vie et les miracles des saints représentent une documentation précieuse, surtout pour les VIe et VII siècle. D’autre part, il ne faut pas oublier que ces évêques canonisés, tels que Rémi de Reims, Sulpice de Bourges ou Eloi de Tournai et les moines prédicateurs comme Colomban ou bien des personnalités comme sainte Geneviève et la reine Radegonde jouent un rôle politique majeur qui accentue la nécessité de prendre en compte les ouvrages qui leur sont consacrés.

Des problèmes d’interprétation dérivent de la nature propre de ces textes qui visent à édifier la communauté des chrétiens. L’auteur projette dans la narration des actes du saint de modèles bibliques ou bien des interprétations patristiques.

La vie de saint Martin (évêque de Tours de 371 à 397), écrite par Sulpice Sévère vers la fin du IVe siècle est le texte fondateur de l’hagiographie franque.

Un autre document capital est sans doute La Vie de Saint Wandrille, le fondateur de l’abbaye de Fontenelle près de Rouen. Il peut être considéré comme le seul texte hagiographique authentiquement mérovingien car il n’a pas subi de remaniement à l’époque carolingienne, contrairement aux autres vies de saints, pour la plupart desquelles nous ignorons complétement la version d'origine.

Sévère Sulpice, Vie de saint Martin ; traduit du latin par M. Richard Viot. Précédé d'une Notice historique sur Sulpice Sévère par M. l'abbé J. J. Bourassé, (Tours : impr. de A. Mame, 1861)

L’aristocrate bordelais Sulpice Sévère pendant sa retraite spirituelle dans son domaine de Primuliacum, entre Narbonne et Toulouse, rédige dans les dernières années du IVe siècle la célèbre Vie de Saint Martin, cavalier de la garde de l’empereur Constance. Converti, il devient moine à Poitiers, puis évêque de Tours de 371 à 391, l’année de sa mort. Cette Vie a un grand succès tout au long du Moyen Âge comme le témoigne la riche iconographique qu’elle inspire. Plusieurs épisodes tirées du texte de Sulpice Sévère servent de modèles à des auteurs postérieurs, qui empruntent le style, les thèmes narratifs et parfois même la construction d’ensemble. Il peut donc être considéré comme le texte fondateur de l’hagiographie franque.

Vie de Saint Wandrille (BnF, ms. Latin 18315)

Parchemin, 31 ff. en écriture onciale.  (740-760, Saint-Pierre de Corbie)
Initiales ornées tressées et capitales tracées à l'encre brune et rehaussées d'orange, de jaune et de vert.

Saint Wandrille (668 - 672) est l’un des saints mérovingiens sur lequel nous sommes le mieux documentés, grâce à la biographie qu’en a donné un de ses disciples. Issu d’une famille d’aristocrates austrasiens apparentée aux Pippinides, cet ami de Didier de Cahors et de Dadon (futur saint Ouen de Rouen) entre en 629 au service de Dagobert qu’il quitte peu de temps après pour se consacrer à la vie cénobitique.

Saint Ouen, Vie de saint Éloi, évêque de Noyon et de Tournai

Vie de saint Éloi, évêque de Noyon et de Tournai. précédée d'une introduction et suivie d'une monographie de l'abbaye du Mont-Saint-Éloi (2e édition, ornée de deux belles gravures sur acier) par saint Ouen ; traduite et annotée par M. l'abbé Parenty, (Lille : J. Lefort, 1870)

Cette hagiographie en prose rimée est rédigée dans les années 670 par Saint Ouen, évêque métropolitain de Rouen.

Le Martyrologe d’Echternach (BnF, ms. Latin 10837)

Parchemin, 45 ff. en écriture saxonne.
Début du VIIIe siècle, Angleterre.

Ce manuscrit copié en Angleterre au tout début du VIIIe siècle est apporté en Austrasie (Echternach) par le moine Willibrord à l’occasion de son expédition pour évangéliser les Frisons.

Le calendrier de Saint Willibrord (BnF, ms. Latin 10837)

En marge du Martyrologe d’Echternach (Bnf Latin 10837), on peut lire sur le calendrier du feuillet 39v. une note développant l’indication portée à la date du 21 novembre. On a cru pour longtemps qu’elle avait été rajoutée par saint Willibrord de sa propre main : "Au nom du Seigneur, l’an 690 de l’Incarnation du Christ, Clément Willibrord est arrivé en Francie, venant de l’autre côté de la mer : et, au nom de Dieu, l’an 695 de l’incarnation du Christ, bien qu’il en ait été indigne, il fut ordonné évêque à Rome par l’homme apostolique, le seigneur pape Serge ; il agit désormais au nom de Dieu en [cette] année 728 depuis l’incarnation de notre seigneur Jésus Christ. Au nom de Dieu. Heureusement."

Transport de reliques ( BnF, ms. Latin 9386, f. 147r)

Évangiles dits de Chartres (BnF, ms. Latin 9386)
Seconde moitié du IXe siècle, Ouest de la France (Bretagne ou Loire).

À l’époque mérovingienne, chaque évêque dans son diocèse peut procéder à l’élévation des restes d’un défunt en autorisant son culte. Une relique quelconque – un linge imbibé de sang, une fiole d’huile puisée à la lampe de son sanctuaire, un fragment d’étoffe coupé dans le voile qui recouvre son sarcophage – suffit pour représenter le saint. Les principaux bénéficiaires de ces cultes sont les communautés qui conservent les reliques.