Les constructions historiques sur la période mérovingienne débutent dès la déposition du dernier roi mérovingien en 751. Un vaste mouvement de reconstruction du passé se structure pour justifier l'appropriation du pouvoir par les Maires du palais, les futurs Carolingiens.

Dans le contexte de cette campagne de propagande, Éginhard brosse le célèbre portrait de la dynastie des « rois fainéants ». Les lettrés de cette époque préfèrent célébrer les succès carolingiens et ignorer « les rois de la première race ». Richer de Reims, par exemple, ne dit pas un mot à leur sujet dans ses quatre livres d’Histoires et renoue directement avec l’Antiquité romaine.

Les Mérovingiens continuent à jouer un rôle dans les constructions historiographiques qui accompagnent les vicissitudes du royaume de France. A la question des racines de la royauté, s’ajoute une autre problématique : l’origine géographique des Francs. Ainsi Grégoire de Tours rapporte une tradition orale qui prétend que les Francs sont originaires de Pannonie (actuelle Hongrie).

Dès le XIe siècle, la famille capétienne souhaite montrer la continuité de la fonction royale au-delà des ruptures dynastiques. Des chroniqueurs comme Aimoin de Fleury se remettent à traiter l’histoire mérovingienne avec comme source principale Grégoire de Tours. La figure de Clovis connait un processus d’idéalisation, présenté le plus souvent sous les traits d’un véritable héros chrétien. Les principaux rois mérovingiens sont décrits en des termes semblables dans les Grandes Chroniques de France, compilées au XIIIe siècle à l’abbaye de Saint-Denis, considérées comme le creuset de l’historiographie royale. Philippe Auguste et Saint Louis se réclament de Clovis et ses descendants considérés comme des rois de France à part entière.

La loi salique devient un maillon de l'idéologie royale. On attribue à Richard Lescot, moine de Saint-Denis et historiographe chroniqueur, la redécouverte de cette loi pour justifier le rejet des droits d’Isabelle de France et les prétentions d’Edouard III d’Angleterre sur le trône français. Il exhume ainsi un article de la loi des Francs saliens qui exclut les femmes de la succession d’une terre salique.

Ne pouvant pas toucher aux Mérovingiens sans fragiliser leurs successeurs, les savants français entre les XVe et XVIe siècles restent assez imperméables (mis à part Rabelais) aux jugements portés par les intellectuels de la Renaissance italienne sur les Mérovingiens, perçus comme des responsables de la chute de Rome. Une vision schématique que l’on retrouve encore à la fin du XVIIIe siècle dans l’œuvre de l’historien anglais Edward Gibbon, L’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain.

Avec Dom Mabillon et son Traité de diplomatique, paru en 1681, les recherches sur l'examen des diplômes mérovingiens sont favorisées.

Pendant la Révolution française, les Mérovingiens sont associés à l’histoire de la royauté et en 1793, les tombeaux de la dynastie à Saint-Denis sont détruits. En revanche, Napoléon - voulant s’inscrire dans la continuité de l’histoire de France - réhabilite les souverains de la première dynastie et autorise des fouilles visant à mettre au jour les tombes de Clovis et de Clotilde. Il emprunte aussi au trésor de Childéric le motif du semé d’abeilles pour remplacer le semé de fleurs de lys attaché aux Capétiens.

Au milieu du XIXe siècle avec le médiévalisme, l’époque mérovingienne exerce une fascination dont l’œuvre d’Augustin Thierry, Les récits des temps mérovingiens, est emblématique. Plusieurs générations d’artistes donnent ensuite de la période mérovingienne l’image sombre d’un temps de décadence. Cependant, à cette époque - sous l’impulsion de la Société pour l’étude de l’histoire ancienne d’Allemagne - les rois mérovingiens commencent à être revendiqués par les Allemands. A contrario les Gaulois sont mis à l’honneur comme précurseurs de la nation française et de la bourgeoisie productive notamment dans les manuels scolaires de la Troisième République.

Les mots écrits à ce sujet par Jean Macé, l’un des pères de l’enseignement républicain laïc et obligatoire, sont assez représentatifs de la vision que l’époque avait des temps mérovingiens : « notre pays avait déjà une longue histoire quand les bandes franques s’en sont emparé, et, bien que nous portions aujourd’hui leur nom, c’est de la vieille Gaule que nous sommes les enfants ; c’est à elle qu’il faut remonter pour savoir d’où nous venons ».

Le XIXe siècle marque en historiographie l'opposition des historiens français et allemands pour défendre d'un côté l'idée de Nation française et de l'autre l'Empire allemand. Il s'agit, en outre, de fonder l'historicité du territoire sur une continuité romaniste en France et sur une continuité germanique en Allemagne. Ces questions restent d'actualité jusqu'aux deux guerres mondiales, influencées par les théories sociologiques.

Le XXe siècle, surtout à partir des années 1950, voit l'intérêt pour les sciences sociales s'imposer avec une nouvelle génération de chercheurs. L'étude des réalités locales et des dynamismes régionaux est privilégiée au détriment de l'approche nationaliste et raciale de la question franque. Ce renouveau puise dans les travaux archéologiques qui redéfinissent l'histoire urbaine et rurale de la Gaule, mais aussi la stratification sociale et l'histoire de l'art par la découverte de sépultures princières. Les sources, malgré un nouveau souffle dans leur édition, restent trop rares pour permettre le succès de la méthodologie de la Nouvelle Histoire pour le Haut Moyen Age.

Pour des questions de droits d'auteur, Gallica ne comporte pas de documents numérisés de l'historiographie récente et se cantonne aux grands textes du XIXe siècle. Les ouvrages d'historiographie récente sont disponibles sur le site Internet Les Temps Mérovingiens.

Historia Augusta

Écrivains de l'histoire auguste. Tome deuxième. Aelius Lampridius : Vies de Commode, de Diadumène, d'Héliogabale, d'Alexandre-Sévère / trad. nouv. par M. Laass d'Aguen [...]. Flavius Vopiscus : vies d'Aurélien, de Tacite, de Florien, de Probus, de Firmus, de Saturninus, de Proculus, de Bonose, de Carus, de Numérien, de Carinus / trad. nouv. par M. E. Taillefert [...] et Jules Chenu, (Paris : C.-L.-F. Panckoucke, 1844-1847).

Grégoire de Tours, Histoire des Francs

Grégoire de Tours (traduction par Henri Bordier), Histoire ecclésiastique des Francs. Suivie d'un sommaire de ses autres ouvrages, et précédée de sa vie écrite au Xe siècle. (Paris : Firmin-Didot frères, 1859-1862)

Grégoire de Tours, premier historien et témoin privilégié de l’histoire des Francs, représente notre source principale pour cette époque. Robert Latouche écrit en 1963 : « Grâce à lui et à lui seul nous connaissons les temps mérovingiens mieux que d’autres époques plus rapprochées de la nôtre ; nous pouvons les évoquer à l’aide d’anecdotes, d’images, de faits divers, de propos, voire même de commérages saisis sur le vif ; nous en avons une notion vivante parce qu’elle est vécue ». 

Frédégaire, Chronique

Reprod. en fac-sim de la Chronique de Frédégaire in : Gabriel Monod, Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, (Paris : Champion, 1872).

Le récit des Histoires de Grégoire de Tours est poursuivi par un auteur actif vers la fin des années 650, connu sous le nom de Frédégaire. Il aurait vécu dans le royaume de Bourgogne, mais tout autre élément sur sa vie demeure encore obscure, cette attribution se fondant presque exclusivement sur une indication marginale du XVIe siècle retrouvée dans l’un de manuscrits qui conservent sa chronique (Saint-Omer, BM 766).

Liber Historiae Francorum (BnF, ms. Latin 5926)

Gesta Regum Francorum a Trojana gentis origine ad mortem Pipini, patris Caroli Magni

Après Grégoire de Tours et la Chronique de Frédégaire, qui jette une certaine lumière sur la première moitié du VIIe siècle mais s’interrompt brutalement à la fin des années 650, le relais est repris par des continuateurs qui, à deux ou trois reprises au cours du VIIIe siècle, renouent le fil de l’histoire mérovingienne dans un sens favorable aux Pippinides.

Godefroy Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens (Paris : Picard, 1893)

Godefroy Kurth (1847-1916), professeur à l'université de Liège, propose dans son Histoire poétique des Mérovingiens de dégager dans les premiers livres de Grégoire de Tours, du Pseudo-Frédégaire et dans les Gesta Regum Francorum tous les éléments relevant de traditions poétiques et populaires. 

Aimoin de Fleury, De gestis regum Francorum (BnF, ms. Latin 5925)

Aimoin de Fleury, (965 ? - 1010 ?), Historia Francorum, libris quatuor, a Pharamundo ad annum 825. sive ipse Aimoinus, sive alius ad id temporis hanc historiam produxerit.

Au XIe siècle, Aimoin de Fleury redécouvre l’histoire des Mérovingiens par l'intermédiaire de Grégoire de Tours et Frédegaire. C’est effectivement à ce moment que l’on se remet à copier l’œuvre de Grégoire dans son ensemble et non plus sous forme d’abrégés. 

François Hotman, La Gaule francoise (Cologne : Hierome Bertulphe, 1574).

Les études mérovingiennes entrent dans une nouvelle phase au cours du XVIe siècle, avec la publication de la Franco Gallia, un traité dans lequel François Hotman s’appuie sur l’histoire ancienne du pays pour attaquer la monarchie des Valois. Selon François Hotman, les rois mérovingiens sont élus et peuvent donc être également destitués par un conseil annuel, séculier ou religieux. La dignité royale est ainsi associée à ce conseil.

Grandes Chroniques de France (BnF, ms. Français 2813)

Au XIIIe siècle, les moines de Saint-Denis compilent, empruntant très largement à Aimoin, une œuvre historique considérée comme le creuset de l’historiographie royale : Les grandes Chroniques de France. Au sein de ce texte, Clovis est décrit sous les traits d’un héros chrétien prestigieux et présenté avec ses successeurs comme des rois de France à part entière.

Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, (Paris : J. Tessier, 1842)

Au XIXe siècle, les Récits des temps mérovingiens d'Augustin Thierry, publiés à partir de 1833 et constamment réédités dans les années qui suivent, remettent les Francs à la mode. Un grand engouement pour l'histoire mérovingienne et une puissante fascination romantique pour les péripéties et les intrigues des premiers rois de France s’emparent des artistes et des écrivains de cette époque. L'auteur se livre à une mise au goût du jour des Histoires de Grégoire de Tours.

Gabriel Daniel, Histoire de France, depuis l'établissement de la monarchie française dans les Gaules (Paris : J.-B. Delespine, 1713)

 

Dans la préface de ce volume, le père Gabriel Daniel dresse un parallèle entre Clovis, le converti, et Louis XIV, le pourfendeur des hérétiques. Pour l’auteur, qui dédie son ouvrage au Roi-Soleil, la monarchie mérovingienne est héréditaire, dès ses origines.

Histoire critique des règnes de Childérich et de Chlodovech

Histoire critique des règnes de Childérich et de Chlodovech / W. Junghans ; trad. par M. Gabriel Monod, F. Vieweg, 1879

Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. La Monarchie franque

Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. La Monarchie franque / Fustel de Coulanges, Numa Denis (1830-1889), Hachette, 1888.