Fonotipia, ou les trésors enregistrés des répertoires classique et lyrique

Marque phonographique fondée et éditée en 1904 par Alfred Michaelis, représentant à Milan de la Société Carl Lindstrom, la Società Italiana di Fonotipia a comme vocation affichée d'enregistrer les plus grandes voix de l'opéra et les musiciens célèbres de son époque. Michaelis, ancien directeur général de la branche italienne de The Gramophone Company s’associe en octobre 1904 avec un ingénieur nommé Dino Foa pour fonder la "Societa Italiana di Fonotipia, in Accomandita (Michaelis, Foa & Company), Milano". La branche française fut créée en décembre 1904 et dirigée par le baron Frédéric d'Erlanger, banquier, mécène mais aussi compositeur de musique. Elle permettra ainsi d'enregistrer les artistes français dans ses locaux de Paris.

Entre 1904 et 19011, trois premières séries de disques seront publiées : la série originelle dite des "39000" (octobre 1904 - janvier 1907), celle de "62000" (janvier 1907 - mars 1911) et celle des "92000" (octobre 1907- octobre 1909). Ces trois séries sont constituées de disques de 27 cm de diamètre.
Il faut noter que, depuis 1901, seules deux sociétés détenaient en Europe le brevet des disques double face : il s’agissait de Deutsche Grammophon AG et d’International Talking Machine (les disques des autres firmes étaient des disques monofaces).  La double casquette de Michaelis (agent en Italie des disques Odéon et directeur de Fonotipia) lui permet d’adosser sa marque à un grand groupe et de profiter de son expertise technique. Les locaux d’enregistrement, les matrices, le pressage des disques, tout est réalisé, comme pour les disques Odéon, par la société International Talking Machine. La seule différence entre un disque Odéon et un disque Fonotipia est donc l’étiquette et le catalogue d’artistes sous contrat.
La renommée de Fonotipia s’étend rapidement au point que, en 1909, sur le territoire nord-américain, une firme nommée Continental Records tenta de pirater les enregistrements Fonotipia en les reprenant à son compte. L’affaire devait se régler rapidement en justice.

Les deux premières séries proposent des enregistrements de voix masculines, féminines ou d'ensembles vocaux, systématiquement accompagnés de piano. La troisième série introduira des accompagnements orchestraux et les enregistrements d'ensembles instrumentaux réputés tels que l'orchestre de la Scala de Milan ou bien la Musique de la Marine italienne. Tous les titres de ces séries seront édités sur des disques du format 27 cm de diamètre.

De célèbres, ou parfois moins célèbres, voix de l'opéra seront ainsi enregistrées par ce label comme celles des sopranos Maria Barrientos, Elvira de Hidalgo ou Salomea Krushelnytska, de la mezzo-soprano Armida Parsi-Pettinella, des basses Jean-François Delmas de l'Opéra de Paris ou Adamo Didur, des barytons Riccardo Stracciari et Victor Maurel, ou bien encore des ténors Léon Escalaïs, Alessandro Bonci, Emile Scaremberg ou encore Giuseppe Anselmi, pour ne citer qu'eux. Quelques disques, par leur réussite artistique, marquèrent les contemporains. Au sujet de l’enregistrement du « Miserere » du Trouvère par le ténor Longobardi et la soprano Amélie Talexis (Fonotipia 39347), on pouvait lire sur une plaquette publicitaire anglaise que « ce disque est à l’image de tous les autres disques Fonotipia et apporte sa contribution au renom de la firme. La beauté parfaite de l’accompagnement d’orchestre, la limpidité des timbres des chanteurs, l’harmonie exquise du chœur […], tout concourt à faire un disque devant lequel la critique ne peut que rester muette. Pour ceux qui n’ont pas encore entendu de disques Fonotipia, c’est à la fois une révélation et une éducation. »

On mentionnera l'existence d'une série de disques éditée entre avril 1905 et  juillet 1909, sur format de 35 cm, qui ne comportera qu'une vingtaine de titres,  la série des "69000-69022", le format ne remportant pas l'adhésion du public pour leur manque de praticité. Entre 1913 et 1923, ces enregistrements seront réédités sur disques 27 cm, sous les numéros 69054-69370. C'est au cours de cette série des 35 cm qu'un enregistrement du célèbre ténor polonais Jean de Reszké aurait été réalisé, mais l'artiste aurait détruit cet enregistrement, insatisfait du rendu de sa voix.

Une série d'enregistrements a été également consacrée aux violonistes virtuoses de l'époque tels que Jan Kubelík, Franz von Vecsey, Jacques Thibaud ou Gino Nastrucci. Ces enregistrements, offrant de magnifiques interprétations, sont référencés dans la série des "39000" et des "62000" mais aussi dans la série des "74000", éditée sur disques 30 cm entre octobre 1905 et 1926, dont les cent premiers numéros sont consacrés aux groupes musicaux et aux violonistes. Comme à d’autres époques, les relations entre la firme et ses artistes pouvaient parfois être tendues : en 1911, Fonotipia fit un procès à Jan Kubelík parti enregistrer pour la Gramophone  Company alors que son contrat avec Fonotipia, signé en 1905, le liait à la firme pour trente ans. On ignore si c’est la raison pour laquelle Fonotipia baissa dès lors de façon significative le prix de vente des enregistrements du violoniste….

Exception remarquable et précieuse au coeur de ces enregistrements consacrés majoritairement au chant lyrique et à la musique classique, les enregistrements de l'auteur dramatique français Victorien Sardou, déclamant trois extraits de ses oeuvres, Patrie, La Haine et la Famille Benoîton (les deux premiers étant dans notre collection). Dans le journal Le Temps, Jules Claretie signera un article élogieux sur la qualité de ces enregistrements et soulignera l'importance de cette démarche artistique de la part du label, qui restera malheureusement sans suite.

Après une interruption pendant la première guerre mondiale, Fonotipia deviendra "partenaire" en 1922 du label Odéon, appartenant également à la Société Carl Lindstrom. Dans les années 1925-1926, Fonotipia réussit la transition technique de l'enregistrement acoustique à celui électrique et est finalement absorbé par le label Odéon. En 1925 paraît le dernier catalogue  publié sous le nom de Fonotipia. Ce corpus vous proposera donc également un ensemble de disques édités à partir de cette époque de transition, disques où l'on peut voir la mention "Odéon for Fonotipia" ou "Made for Fonotipia" apposée sur les étiquettes.
Un grand nombre des matrices Fonotipia seront remises sous presse et vendues sous l'étiquette Odéon et l'ensemble des titres seront regroupés et publiés dans les catalogues Odéon. A partir de 1948, les disques publiés ne seront plus que des rééditions des anciens titres. C’est à cette date, en février 1948 que la société Fonotipia, qui avait continué d’exister comme une entité légale, est absorbée par la société La Voce del Padrone-Columbia-Marconiphone S.P.A. et disparaît des registres du commerce des différents pays où elle d’était établie. 
 

Le corpus Fonotipia vous propose plus de 700 titres enregistrés : afin de faciliter la recherche, ces enregistrements ont été classés et présentés sous les thématiques suivantes : "Artistes lyriques" (par tessitures), "Musiciens", "Oeuvres" (opéras, opérettes, opéras-comiques, ballets, ...), "Compositeurs" (par nationalités), "Choeurs et orchestres", "Chansons" (chansons napolitaines, siciliennes, espagnoles...) et "Enregistrements parlés".

Bibliographie indicative et ressource en ligne :
Catalogue des disques Odéon et Fonotipia : 1923-1924 / Odéon, Paris : Odéon, [1924].
John R. Bennett,  Dischi fonotipia including supplement (1958) and addenda (1964), préfacé par P. G. Hurst, Lingfield : the Oakwood press, 1953.
H. Frank Andrews, A Fonotipia fragmentia. From a series of articles which first appeared in The Talking Machine Review – International. Editor: Ernie Bayly between June 1976 and December 1977 - ©1977  H. Frank Andrews.
Michael Henstock, Fonotipia recordings, Presses universitaires de Cambridge, Cambridge, 2004.
Società Italiana di Fonotipia : registrazioni 1904-1926.

Ces enregistrements sont intégralement décrits et indexés dans le Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France.