Disposer d’une carte générale d’Afrique suffisamment vaste pour contenir tous les itinéraires des explorateurs : tel est le projet que nourrit le commandant Lannoy de Bissy, officier du Génie à son retour en France, après une campagne en Algérie en 1873.

En quelques années, il rassemble une documentation considérable et noue de solides relations avec les milieux géographiques de la capitale, notamment la Société de géographie. Il envisage une carte à 1:2 000 000 en 63 feuilles qui, assemblées, formeraient un document de 4,20 m de haut sur 4 m de large. Les premières feuilles sont achevées en 1880 et l’entreprise obtient le soutien du Dépôt de la Guerre qui en décide la publication. Afin de mener à son terme cette œuvre de compilation gigantesque, Lannoy de Bissy tisse un réseau de correspondants français et étrangers : explorateurs, cartographes, directeurs de revues géographiques, bibliothécaires et secrétaires des sociétés de géographie.

En 1888, après 14 années de travail, la carte est achevée. Elle est présentée l’année suivante à l’exposition universelle et récompensée en 1890 par la Société de géographie qui décerne à son auteur sa médaille d’or pour travaux géographiques. L’œuvre cartographique de Lannoy de Bissy sera poursuivie à partir de 1891 par le commandant Rouby et la publication des feuilles assurée par le Service géographique de l’armée jusqu’au début du XXe siècle.

La carte

En 2010, la BnF a numérisé les éditions qu’elle possédait des feuilles de la carte d’Afrique conservées au département des Cartes et plans.  Elles sont également consultables grâce au tableau d’assemblage via l’interface cartographique du catalogue collectif CartoMundi  qui permet la navigation d’une feuille à une autre.

Les archives Lannoy de Bissy

Les archives de Lannoy de Bissy, conservées à la bibliothèque municipale de Chambéry et numérisées grâce au soutien de la BnF, permettent d’apporter un éclairage unique sur les différentes étapes du travail d’un cartographe du XIXe siècle. Elles se composent tout d’abord d’un millier de cartes géographiques utilisées pour construire l’atlas : croquis, étapes préparatoires, copies de cartes mises à l’échelle de 1 :2 000 000, cartes annotées, autant de documents que Lannoy de Bissy a compilés, copiés, dessinés, corrigés au vu de nouveaux calculs ou de nouvelles données de terrain.

Un deuxième ensemble est constitué par les brouillons et documents préparatoires des notices qui accompagnent chaque feuille. Ces notices rédigées par Lannoy de Bissy sont la synthèse de notes prises à la lecture de récits de voyage, d’informations collectées auprès de ses correspondants, de compilation de recueils de positions géographiques.

Mais la partie la plus intéressante de ce fonds est sans aucun doute les échanges qu’entretient Lannoy de Bissy avec tous ses correspondants, dont Charles Maunoir à la Société de géographie de Paris mais aussi Federico Bonola au Caire, Hugo Wichmann à Gotha, Richard Kiepert à Berlin, Philipp Paulitschke à Vienne, Ernst George Ravenstein à Londres, Alphonse-Jules Wauters à Bruxelles, José Vicente Barbosa du Bocage à Lisbonne.