"Une idée nette doit être exprimée nettement. Les Japonais sont les premiers décorateurs du monde." C'est ainsi que s'ouvre L'art japonais (1883) de Louis Gonse, et ces deux petites phrases en disent long sur ce que fut la réception des arts décoratifs du Japon en Europe, au moment précis où ceux-ci y connaissaient un complet renouveau.

Un répertoire de formes inédit

"Nous touchons ici au monde infini des industries japonaises, à un océan sans limites, où la fécondité de l'invention décorative tient du prodige." Dans Le génie japonais dans le décor (Le Japon artistique, juin 1888), Gonse persiste et signe. Les arts décoratifs, lui et d'autres en sont certains, vont enfin se régénérer à cette source vive. Car, si "Au Japon (...) l'art est partout, comme mêlé à l'air que l'on respire", comme l'écrit Régamey (Le Japon pratique, 1891), alors ce pays a bien vocation à devenir un modèle pour tous ceux qui rêvent, en cette fin du 19e siècle, de réconcilier le beau et l'utile.

Les laques : une autre vieille passion française

Comme la porcelaine, les objets laqués du Japon sont connus en France dès la seconde moitié du XVIIe siècle, le XVIIIe les prisant tout particulièrement, comme en témoignent les collections de Marie-Antoinette à Versailles. Il s'agit de boîtes, d'écritoires, de coffrets ou de panneaux (assemblés ensuite sur des commodes), dont la fabrication restera longtemps un mystère. A défaut de pouvoir maîtriser cette matière exotique, les ébénistes parisiens tentent même de lui substituer le vernis Martin, de leur invention...

Tissus et pochoirs : de la soie aux motifs

La peinture du premier japonisme ne manque pourtant pas de femmes en kimono (Whistler, Tissot, Monet...). Et en ces mêmes années, on s'intéresse beaucoup à la sériciculture japonaise, providentielle lors de la pandémie du ver à soie qui a détruit plus de 80% des élevages français entre 1855 et 1860... Les études sur les arts textiles de l'archipel n'en sont pas moins tardives, même si des modèles sont publiés dans l'Album Reiber (1877), puis dans Le Japon artistique (1888, 1889, 1890, 1891),  Les Tissus ayant entre-temps trouvé leur place dans L'art japonais (1883) de Louis Gonse.

Orfèvrerie, émaux, sabres et gardes de sabre

"Les Japonais n'ont pas d'orfèvrerie proprement dite, et moins encore de bijouterie", écrit Félix Régamey dans Le Japon pratique (1891). D'ailleurs, Louis Gonse intitule La ciselure et le travail des métaux le chapitre de l'Art japonais (1883) qui traite essentiellement des armures, des lames et montures de sabres... Lucien Falize, l'un des grands noms de l'orfèvrerie française, conclut pourtant son article sur le sujet (Japon artistique (09/1888) en évoquant ses homologues japonais qui "sont, sinon des orfèvres comme nous, des artistes-ouvriers dont l'oeuvre de métal est adorable".

Netsuke et kôgô : le monde en miniature

"Les objets que représentent les gravures suivantes sont, pour la plupart, d'un usage ordinaire ou même commun au Japon. Cependant il est peu de nos bijoux modernes qui soient travaillés avec plus de recherche, de goût, de vérité"… Ce que Le Magasin pittoresque (1874) donne à voir, cette fois, ce ne sont pas des gardes de sabre, mais des netsuke et un inrô (notices dans le Ko-ji Hô-ten, 1923) de la collection du Baron de Chassiron, dont on identifie encore si mal la fonction que les premiers sont désignés comme des boutons et le second comme une trousse !

Le masque, un art à part entière

La découverte des masques japonais est précoce. Dès 1869, dans Le Tour du monde, Aimé Humbert illustre son récit de voyage d'une reproduction de la manga d'Hokusai où une double planche leur est dédiée, la même image étant partiellement reprise dans Le Japon (1879) d'Edmond Villetard... Et l'objet devient rapidement si emblématique que la première planche de la suite Japonisme (1883), gravée par Félix Buhot d'après quelques fleurons de la collection Burty, représente précisément un Masque en bois sculpté...