Au fur et à mesure que l'art japonais est découvert en France, principalement par le biais de collections privées et d'expositions publiques, d'articles de presse ou de dictionnaires en monographies, un savoir se constitue, une histoire s'écrit... Que de chemin, pour en arriver à un petit ouvrage de synthèse tel que le volume de la collection L'art de reconnaître les styles consacré au Style japonais (1928) !

Dans les expositions

Mises à part les expositions universelles et celles consacrées à l'estampe ou à la peinture, d'autres expositions ont contribué à la connaissance de l'art japonais en France à la fin du 19e siècle. Celles organisées par l'Union des arts décoratifs appliqués à l'industrie (voir son Bulletin, 1874-1880), créée en 1864 et devenue en 1882 l'Union centrale des arts décoratifs (voir ses Statuts), sont particulièrement importantes. En 1869, c'est tout un Musée oriental qu'elle présente, au Palais de l'Industrie (lithographie, 1855), avenue des Champs-Elysées, où se côtoient objets d'art chinois, japonais, indiens et indochinois.

Au musée

Même si, antérieurement, certains objets se trouvaient déjà dans les collections publiques françaises, la muséification de l'art japonais, aux côtés des autres arts asiatiques, ne commence vraiment qu'avec l'ouverture du Musée Guimet, à Lyon dès 1879, et à Paris une décennie plus tard. Dans la capitale, toujours, le Musée Cernuschi et le Musée d'Ennery sont tous deux inaugurés en 1898, tandis qu'en 1893 le Musée Georges Labit est créé à Toulouse...

Dans les revues

C'est dans les revues, si importantes en cette seconde moitié du 19e siècle, que l'on trouvera les premières tentatives de synthèses sur l'art japonais. "Son caractère essentiel, c'est l'invention, l'imagination transformant la nature savamment connue, profondément étudiée et la ployant aux nécessités expressives de l'art" écrit Ernest Chesneau, critique et historien d'art qui, avec sa série d'articles du Constitutionnel (14/01, 21/01, 11/02/1868), fait figure de pionnier. Pour lui il s'agit avant tout de dégager les caractéristiques majeures d'un art que l'on découvre à peine, et dans le désordre...

Dans les dictionnaires

Dans les dictionnaires plus encore que dans les revues, l'esprit de synthèse est à l’œuvre, et les notices traitant de l'art japonais y apparaissent dès le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (1872), de Pierre Larousse, et son Deuxième supplément (1878). La grande encyclopédie de Berthelot (1895) n'est pas en reste, avec un article signé Henri Cordier, illustré de reproductions d'estampes et d'objets, qui fit même l'objet d'un tiré à part.

Autour de "L'art japonais" de Louis Gonse

A l'automne 1883, paraissent les deux volumes de L'art japonais (I et II) de Louis Gonse qui, depuis 1875, dirige la prestigieuse Gazette des beaux-arts. L'ouvrage est illustré de plus de mille reproductions en noir et blanc et en couleurs gravées par Henri Guérard, artiste lui-même impliqué dans le japonisme ("Masques grotesques", avant 1888). Trois ans plus tard, le même éditeur, Albert Quantin, en publiera une version moins coûteuse, abrégée en un seul volume, dans son encyclopédique Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts. Cette somme, rééditée jusqu'en 1926, est alors sans précédent en France...

Approches thématiques

La manga d'Hokusai y est évidemment pour quelque chose : c'est la caricature, à laquelle on commence par l'assimiler, qui a la faveur des revues au temps du japonisme. La thématique est traitée dès 1874 dans Le Magasin pittoresque, soit plus de dix ans avant que La caricature au Japon de Champfleury ne soit publié en feuilletons dans L'art (1885 et 1886, I,II, III), André Malécot y ajoutant sa contribution plus tardive dans la Revue illustrée (15/09/1905).