De l'art japonais, ses premiers amateurs français retiennent surtout l'estampe et les arts décoratifs, arts "mineurs" que l'on se plait peut-être à croire "majeurs" à l'autre bout du monde à un moment où, en Europe, ces hiérarchies sont de plus en plus contestées. A moins que l'on considère ces arts trop grands pour un pays où tout est réputé petit ?

La peinture cachée par l'estampe

"Je ne surprendrai personne en disant que l'art européen n'a rien à apprendre de la peinture japonaise." Dans La Chine et le Japon à l'Exposition universelle (Revue des deux mondes, 01/08/1867), Duchesne de Bellecour est catégorique, ajoutant un peu plus loin : "L'art de ce peuple est surtout décoratif." Ce qui remet bien les choses à leur place en termes de hiérarchie des arts et des cultures : si les arts appliqués peuvent bénéficier d'un appport de l'Extrême-Orient, les arts considérés comme "majeurs" restent l'apanage de l'Occident.

La sculpture monumentale au pays des netsuke

De la sculpture monumentale du Japon, la France du XIXe siècle, connait au moins le Grand Bouddha de Kamakura. Le Monde illustré (02/09/1865) le présente comme l'"une des plus étranges élucubrations de la bizarre imagination des Japonais", avant qu'il ne soit décrit par Aimé Humbert (1866), photographié par Felice Beato (1877) ou encore "croqué" par Georges Bigot (1904)... Mais "en ce pays de gentilles petites choses" (Loti, Madame Chrysanthème, 1888), cet art détonne et le Daibutsu y fait presque figure d'exception...

Une si frêle architecture...

"Oh ! que ce mot "architecture" semble long, solennel et imposant, appliqué aux constructions frêles et gracieuses de ce peuple charmant du Nippon ! " C'est par cette exclamation que Victor Champier commence son article sur L'architecture japonaise, publié en deux livraisons dans Le Japon artistique (juillet et août1888). La première est consacrée aux "temples légers (...), merveilles d'élégance, de richesse et de solidité". Avant lui, A.-L. Montefiore avait fait paraître un article sur le même sujet dans les Mémoires de l'Athénée oriental (1871), mais l'architecture proprement dite y était peu traitée.