Les quatre expositions universelles qui se tiennent à Paris entre 1867 et 1900 offrent aux millions de visiteurs qui s'y pressent une image vivante du Japon, chaque fois représenté par les envois d'un gouvernement nippon de plus en plus conscient des enjeux économiques et diplomatiques liés à son image en Occident. Elles contribuèrent, auprès d'un public très large où se mêlent néophytes et amateurs, dans un cadre tenant tout à la fois du musée et de la foire, à faire découvrir peu à peu, les arts décoratifs et l'estampe, la peinture et la sculpture du Japon, des temps modernes à des périodes de plus en plus reculées de son histoire.

1867 : la découverte

Quelques centaines de porcelaines, de bronzes et d'estampes, choisis par le premier consul général de Grande-Bretagne au Japon, Sir Rutherford Alcock (The Capital of the Tycoon: A Narrative of a Three Years' Residence in Japan, vol. 1 et 2), figurent déjà à l'exposition de Londres en 1862. Mais c'est bien à Paris, cinq ans plus tard, que pour la première fois l'Empire du Soleil levant, tout récemment rouvert au monde, participe officiellement à une exposition internationale. Pour beaucoup, ce sera l'exposition de la découverte.

1878 : l'enthousiasme

"Connaissez-vous, en effet, rien de plus à l'ordre du jour que le Japon, dont l'Exposition universelle a achevé de nous révéler les mystères étranges ? Le Japon est aussi nouveau et aussi à la mode aujourd'hui que pouvait l'être l'Amérique lors du retour de Christophe Colomb", note Albert de Lasalle au détour d'une chronique musicale (Le Monde illustré, 25/01/1879). L'article que lui consacre Eugène-Oscar Lami dans son Dictionnaire de l'industrie (1881-1891) le confirmera quelques années plus tard : le nouveau Japon de l'empereur Meiji a bien été la vedette de l'exposition.

1889 : un certain refroidissement

"Le nombre des exposants de la section japonaise dépasse celui de 1878" peut-on lire dans Les merveilles de l'Exposition de 1889. Pourtant, comme le constate la Revue de l'exposition universelle de 1889, "depuis des années, la révélation est faite". Et le Japon ne bénéficie déjà plus des mêmes faveurs, ni de la part du grand public ni de la part des journalistes. Le pavillon de la rue du Caire, édifié dans le style des demeures seigneuriales du XVIIIe siècle par l'architecte Charles Gauthier ne suscite pas un grand enthousiasme.

1900 : le réenchantement

"Après cette Exposition, il ne sera plus permis de traiter le goût du Japon de dilettantisme puéril, son art de ramassis de menus bibelots frivoles, parfois charmants, toujours sans valeur esthétique profonde. A partir d'aujourd'hui, on reconnaîtra que sa place est au premier rang des arts". C'est sur ces mots qu'Emile Hovelaque conclut sa série d'articles (Gazette des Beaux-Arts, 01/10/1900, 01/01 et 01/02/1901) sur l'Exposition rétrospective du Japon, organisée par Hayashi Tadamasa (photographie par E. Pirou), devenu commissaire de la section japonaise.