Depuis l’époque coloniale, les récits et les représentations iconographiques des voyageurs qui se sont aventurés sous les tropiques ont manifesté, au-delà d’un certain attrait pour l’exotisme, une curiosité immense devant le spectacle de cette nature si riche et exubérante. Parmi ceux qui transmettront leur précieux témoignage sur la flore, la faune, la géologie du Brésil ou les coutumes indigènes, figurent entre autres, des botanistes, des historiens, des géographes, des anthropologues ou des artistes.

Charles-Henri de la Condamine (1701-1774), rapporta de son périple dans le cadre de la mission géodésique de l’Académie des Sciences une exceptionnelle documentation et des récits captivants. L’Amazonie devient alors un formidable laboratoire d’étude et un espace d’enjeux économiques, tout en réactivant les géographies imaginaires.

La Condamine en Amazonie

La terre est-elle vraiment ronde ou aurait-elle la forme d’un « ellipsoïde aplati » comme le soutient Newton ? Pour résoudre cette question, l’Académie des Sciences organise deux expéditions, l’une vers le pôle nord et l’autre sur la ligne équatoriale. Le jeune académicien Charles-Marie de La Condamine (1701-1774) participe à la mission géodésique (1735-1744) chargée de mesurer le méridien à l’Équateur. En 1743, il se sépare du groupe et rejoint un explorateur et cartographe espagnol, Vicente de Maldonado, afin de descendre le fleuve Amazone, dont il établira une carte très précise. Il décrit des espèces animales inconnues, observe les effets du curare et de la quinine, collecte nombre de plantes médicinales. Il recueille de la gomme d’hévéa et réalise à Cayenne plusieurs expériences concernant le caoutchouc. Ses relevés géodésiques lui permettent de corriger certaines cartes. Il décrit les mœurs et les coutumes des Indiens qu’il rencontre, s’intéressant aussi bien à l’existence des Amazones qu’au mythe de l’Eldorado. Ses travaux, qu’il exposera brillamment devant l’Académie des Sciences en 1745, et la foisonnante documentation rapportée de son voyage, feront que seul son nom restera associé à cette expédition amazonienne.

Hercule Florence, dessinateur pour l’expédition du baron Von Langsdorff

Hercule Florence s’est embarqué pour Rio de Janeiro à l’âge de vingt ans, s’installant ensuite définitivement au Brésil. En 1826, il rejoint l’Éxpédition Langsdorff, du nom d’un scientifique et diplomate russe en poste au Brésil qui entreprit, de 1825 à 1829, un voyage de recherche à travers le pays. Florence est recruté en qualité de dessinateur et c'est à lui que l'on doit la plupart des documents illustrés de l'expédition, d'une grande valeur pour l'anthropologie, l'ethnographie, la zoologie et la botanique. Autodidacte, sa curiosité pour les différentes disciplines scientifiques le conduise à inventer un système de reproduction des chants d’oiseaux, la zoophonie, et à expérimenter diverses techniques de représentation visuelle. Ainsi, ses travaux autour du principe optique de la chambre noire associé à l’utilisation de sels d’argent font de lui l’un des pionniers de l’invention de la photographie.

À la fin du XIXe siècle, Hercule Florence connaîtra une reconnaissance posthume en tant que dessinateur alors qu’il ne sera crédité que plus tardivement encore pour ses découvertes dans le domaine de la photographie.

Auguste de Saint-Hilaire

Auguste de Saint-Hilaire, savant botaniste et explorateur débarque au Brésil en décembre 1816 avec la délégation du Duc de Luxembourg. Il y séjourne six ans, collectant plantes, animaux, minéraux et recueillant un nombre important de données sur l’histoire, la géographie physique, les langues indigènes et l’usage des produits naturels. Il est l’auteur d’une œuvre monumentale dont la première thèse universitaire sur le Brésil : Voyage dans l'intérieur du Brésil, la province cisplatine et les missions du Paraguay, soutenue en 1823. Les historiens et les biologistes brésiliens considèrent aujourd’hui que les descriptions notées dans ses récits de voyages, constituent un état des lieux des paysages et de la société brésilienne essentiel à la connaissance de leur pays.

Ferdinand Denis

Parmi les Français qui se rendirent au Brésil au début du XIXe siècle, Ferdinand Denis, voyageur lettré, historien à l’esprit curieux, occupe une place exceptionnelle. Son séjour, qui dura trois ans, féconda le reste de sa vie puisqu’il consacra à ce pays une dizaine d’ouvrages qui firent de lui la figure tutélaire des études brésiliennes en France. Il fut le premier à rédiger un article sur le Brésil dans la jeune Revue des Deux Mondes. En 1838, il obtient un poste à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, dont il deviendra l’administrateur en 1865 et qu’il ne quittera qu’en 1885. Grâce à lui, cette bibliothèque possède un important fonds luso-brésilien constitué de 60 volumes manuscrits et 500 volumes imprimés, certains annotés de sa main. En 2015, une convention de coopération entre la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque Sainte-Geneviève a permis de numériser plus de 340 volumes issus de ce fonds.