La guerre

La guerre de Sept Ans

Cette guerre qui sème la famine et la désolation s’invite dans les représentations : la peinture et la littérature s’en inspirent, la mettent en scène, la contestent parfois pour dénoncer les horreurs qu’elle paraît justifier pour certains. L’ironie, déjà présente chez Rabelais, accompagne nombre de ces descriptions — Candide de Voltaire en est un exemple très convaincant — tandis que la peinture se rapproche du cœur de la bataille en représentant des combats plus réalistes dans lesquels les corps souffrent, sont amputés ou pendus.
Les écrits interpellent, questionnent et inscrivent parfois la réflexion dans la métaphore, l’allégorie ou l’utopie pour rendre plus sensibles les troubles du présent. Chacun interroge, à sa manière, les causes et les conséquences, les raisons et les effets. Voltaire en particulier n’aura de cesse de dénoncer ce qu’il considère comme une absurdité humaine. Ce questionnement garde toujours un sens au XXe siècle où, peu de temps après la fin de la guerre de 1939-1945, Desnos, Prévert, Vian, Charlotte Delbo interpellent leurs contemporains.

 

Découverte

Représenter la guerre, les massacres, la souffrance et l’horreur est un défi relevé par les peintres de différents siècles.

1/ Le Massacre des Innocents, mentionné dans l’Évangile selon Saint-Matthieu (2, v 16-18), correspond dans la Bible à l’ordre donné par Hérode, peu après la naissance de Jésus, d’exécuter tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem. La scène est devenue un thème artistique repris par nombre de peintres parmi lesquels Poussin, Raphaël et Rubens.
Comparez les représentations du massacre des Innocents d'après Raphaël et Rubens : comment sont composées les deux scènes ? Où se trouvent les agresseurs ? Comment sont-ils identifiables ? Qui occupe le centre du tableau ?
Dans la gravure réalisée d’après Raphaël, quel est le point commun entre les soldats et les jeunes victimes ? Pourquoi l’artiste fait-il ce choix ? Qu’expriment les visages des mères, des enfants, des soldats ? Que font leurs bras ?
Dans la gravure inspirée du tableau de Rubens, quel élément nouveau s’est invité dans le ciel ? Comment le sens du tableau s’en trouve-t-il transformé ?

 
Le Massacre des Innocents
Le Massacre des Innocents
 

2/ Voltaire, dans Candide, paru en 1759 pendant la guerre de Sept Ans, insiste sur l’horreur des combats qu’il s’attache à détailler pour mieux en détourner les hommes. Dans le chapitre III, l’épouvante se révèle à mesure que Candide s’approche : la boucherie n’a rapidement plus rien d’héroïque au cœur de la bataille. Les gravures, ci-dessous, de la guerre de Sept Ans traduisent visuellement cette dramatisation pour rendre compte de la cruauté de la guerre : soulignez cette similitude de l’effet de zoom en légendant les images par un extrait du texte de Voltaire.

> Voltaire, Candide, 1759
 

 
Défaite des français à Rossbach
Défaite de Contades par Ferdinand de Brunswick à Minden
Bataille de Minden
 
L'Armée franco-espagnole est battue à Plaisance par les Autrichiens
Bataille du pont Milvius
Escorte d'équipage
 

3/ À partir de l’album, observez comment évolue la représentation de la guerre entre le XVIe et le XIXe siècle, en repérant le point de vue retenu, le sujet choisi. Callot et Goya en particulier interprètent bien différemment le traitement du thème de la guerre : où se porte la priorité de chacun des artistes ? Vous pouvez aussi imaginer un mini-album que vous légenderez sur les étapes de la guerre : les repérages topographiques, la bataille, les dommages chez les civils, la mort.

L'état de la guerre

4/ Dans L'état de la guerre (The State of the war or the Monkey-race in danger), eau-forte coloriée de 1799, l’artiste choisit une métaphore animale pour représenter la cruauté des combats : quels sont les animaux représentés ? Quels symboles s’y trouvent associés ? Quels indices montrent la violence de l’affrontement ? Quel message se dégage de cette gravure ?
Art Spiegelman utilisera également cette technique du zoomorphisme dans Maus qui raconte l’horreur de la Shoah : cette bande-dessinée d’exception, d’abord publiée en revue de 1981 à 1991, représente les Juifs en souris, les Allemands en chats, les Français en grenouilles… Comment la démonstration des artistes se trouve-t-elle renforcée par ce choix graphique ?

 

Exploration

Les poèmes, romans, pièces de théâtre prenant la guerre pour sujet sont nombreux. Les écrivains interprètent diversement la guerre, pointant son absurdité, ou insistant sur la dégradation de l’homme, sur l’inhumanité qu’elle entraîne, ou encore sur ces vies qu’elle condamne.
 
1) Au XVIIIe siècle, les oppositions sont vives aux très nombreux combats qui jalonnent le siècle. Voltaire en particulier dénonce avec force l’absurdité des guerres et les malheurs qu’elles provoquent. Observez les dates de ces trois extraits de Micromégas, Candide, et de l’article « Guerre » du Dictionnaire philosophique, dans quel contexte sont écrits ces textes ? L’écrivain multiplie les procédés pour rendre plus convaincant son raisonnement. Dans Micromégas et Candide, c’est le regard d’un personnage extérieur au combat qui conduit la description : comment expliquer ce choix, qu’apporte-t-il à l’argumentation ?
Avant l’article « Guerre » du Dictionnaire philosophique, la philosophie est déjà présente dans les textes de 1752 et 1759 : par les personnages, les arguments ? Pourquoi Voltaire fait-il ce choix ? Le thème de la religion intervient dans les trois textes, dans quelles circonstances ? Quelles images de Dieu sont ici présentées ? Que dénonce ainsi Voltaire ?
L’ironie est partout présente tout au long de ces trois textes : comment cette figure de style se révèle-t-elle déterminante dans l’argumentation de Voltaire ?
 
> Voltaire, Micromégas, 1752
> Voltaire, Candide, 1759
> Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « Guerre », 1764

2) Les cinq textes ci-dessous proposent chacun un éclairage singulier sur la guerre. Repérez pour chacun d’eux la manière dont la guerre est évoquée : par les préparatifs, le combat ? Le motif de la guerre est-il identifiable ? Quelles sont les forces en présence ? Le point de vue est-il celui des combattants, des victimes, des spectateurs ? À travers le traitement choisi par l’écrivain, une démarche plus engagée est-elle perceptible ?
Fabrice, héros de La Chartreuse de Parme, présente des ressemblances avec Candide, le héros du conte éponyme de Voltaire, en particulier dans l’ouverture du chapitre III : lesquelles ? Comment son regard oriente-t-il l’interprétation du conflit ?
La Fontaine dans sa fable déplore à mots couverts la situation politique de son époque, et notamment le conflit entre la France et la Hollande, le chat figurant alors le roi Louis XIV. Une interpellation de l’époque est-elle également repérable dans l’extrait de Gargantua de Rabelais ?
Le poème « Le déserteur » de Boris Vian fut très vite interdit en 1954. À vous de mener l’enquête pour découvrir pourquoi.
Charlotte Delbo rapporte dans Aucun de nous ne reviendra son témoignage sur les camps de concentration. Il s’agit d’un document et non d’une fiction. À qui renvoie le « ils » présent dans cet extrait ? Comment ce pronom participe-t-il à l’ambition du texte ?

> Gargantua, Rabelais, 1534
> « La Ligue des rats », La Fontaine, 1692
> La Chartreuse de Parme, Stendhal, 1839
> « Le déserteur », Boris Vian, 1954
> Aucun de nous ne reviendra, Charlotte Delbo, 1970

Grande prouesse ! contre les morts !

Réflexion

Dans l'art contemporain, les frères Jake et Dinos Chapman font partie du Shock Art, un mouvement britannique radical qui vise à choquer le public pour effectuer une prise de conscience. Ils ont repris dans les années 1990 Les Désastres de la guerre de Goya et grimé certaines figures des planches originales : leur « rectification » dénonce les atrocités de la guerre, en ajoutant l'absurde à l'horreur. Plus édifiant encore, la sculpture hyperréaliste Great Deeds ! Against the Dead (1994) reproduit en grandeur réelle l'une des planches les plus frappantes de la série, Grande hazana ! Con muertos !, celle des corps démembrés qui pendent d'un arbre.
 
Recherchez sur Internet les œuvres des Chapman Brothers, en allant sur leur site en orientant votre recherche sur les images, en associant au nom des artistes celui de Goya. En quoi leurs représentations de la guerre sont-elles proches ou différentes de celles de Goya ?
Aujourd'hui, la guerre est partout présente, la violence exacerbée dans nos sociétés par la télévision, le cinéma, les jeux-vidéo, les photos publiées dans les magazines ou sur le net. Les œuvres des Chapman Brothers répondent-elles à une forme de désensibilisation de nos sociétés à la violence ? Leur imagerie moderne et leurs allusions sexuelles sont-elles fidèles, selon vous, au sens de l'horreur de Goya ? Faut-il nécessairement choquer le public pour qu'il se préoccupe des victimes de la guerre ?

 

Invention

Pour célébrer le centenaire de Voltaire, Victor Hugo écrit en 1878 un discours dans lequel il dénonce les horreurs de la guerre : « Déshonorons la guerre » proclame-t-il alors. Au XXIe siècle, la guerre est toujours là et les ravages se poursuivent.
En 1981, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a créé la Journée Internationale de la Paix ; journée de cessez-le-feu et de suspension des violences, journée de réflexion aussi. Son objectif est présenté sur le site des Nations Unies : « De même que les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. Afin de connaître une adhésion unanime, durable et sincère des peuples, la paix doit être établie sur le fondement de la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité. »
Chaque année un thème est privilégié, « Les objectifs de développement durable, composantes de la paix » est à l’honneur en 2016. En vous aidant des affiches disponibles et des comptes rendus des années précédentes, imaginez un thème et un argumentaire pour une future journée de la paix. Vous pouvez concevoir une affiche, des cartes postales pour promouvoir votre idée et la diffuser dans votre établissement scolaire.