Les morts vivants de Gallica

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Publié par Hind Bouchareb le 30 octobre 2015 dans Collections

Des grattements qui viennent du cercueil, des cadavres déterrés que l’on retrouve dans des positions étranges, des morts qui ressuscitent au moment de leur dissection… Tous ces phénomènes ont terrifié nos ancêtres pendant des siècles. Pour Halloween, apprenons donc comment éviter d’être enterré vivant !

Squelettes et crânes au musée Dupuytren (1926)

Si cette hantise est tant ancrée dans la France des XVIIIe et XIXe siècles, c’est que des cas d’« inhumation précipitée », comme on les appelle alors, sont régulièrement colportés d’une commune à l’autre ou rapportés dans les journaux. Dans son numéro du 3 janvier 1887, Le Gaulois raconte ainsi l’histoire d’un jeune homme de Saumur qui semblait mort et qu’on enterra : l’erreur fut découverte au cimetière…  quelques minutes trop tard.

La fiction n’est pas en reste puisque de célèbres auteurs ont traité ce thème, comme Edgar Poe dans sa nouvelle L’ensevelissement prématuré ou Emile Zola dans La mort d’Olivier Bécaille. Cette peur s’insinue jusque dans l’imaginaire du peintre Antoine Wiertz, dont le tableau L’inhumation précipitée fut abondamment reproduit.

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L’inhumation précipitée (1854) d’Antoine Wiertz

Dès le milieu du XVIIIe siècle, les médecins s’emparent du sujet, tel le célèbre anatomiste Jacques-Bénigne Winslow. Jusqu’au début du XXe siècle, on multiplie les traités sur les « signes de la mort ». En effet, on cherche à définir les indices physiques qui prouveront le décès avec le plus de certitude possible. Il faut à tout prix discerner le trépas véritable de la trompeuse « mort apparente ».

Parmi les tests proposés pour ranimer un mourant, l’oculiste Jean Janin préconise de recourir au cautère, c’est-à-dire brûler la chair, ou de souffler de la fumée de tabac dans le nez et l’anus du mort. Mais la plupart des textes recommandent surtout de construire des salles d’attente, où on laisserait aux défunts présumés la possibilité de revenir à eux…

Les progrès de la médecine rendirent cette pratique inutile. Au XXe siècle, l’invention de l’électrocardiogramme puis de l’électro-encéphalogramme permirent en effet de dissiper définitivement  les doutes. Désormais, les morts seraient bien morts.

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