Héros de la littérature pour la jeunesse, épisode 5 : doudous et braves bêtes

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Publié par Virginie Meyer le 29 juillet 2016 dans Collections

A chaque âge ses héros ! Retrouvez-ici les héros de tout-petits, ces personnages doux et tendres qu’ils affectionnent particulièrement et avec lesquels ils grandissent. Bien souvent, les animaux figurent parmi ses premiers compagnons, même s’il n’en a pas toujours été ainsi. Chien, chat, vache, cochon, poussin, mais aussi crocodile, grenouille, ver de terre, éléphant, ou autre animal imaginaire… nombre de braves bêtes sont les héros de livres pour la jeunesse

La BnF s'associe à Partir en livre, la grande fête du livre pour la jeunesse du 20 au 31 juillet 2016, en jouant au jeu des 12 familles. A cette occasion, Gallica vous propose de (re)découvrir les héros de la littérature pour la jeunesse, dans les pages numérisées par la BnF et ses partenaires.

On n’a pas toujours pensé que « les livres, c’est bon pour les bébés » (titre d’un ouvrage pionnier de Marie Bonnafé paru en 1993 ). C’est surtout à partir des années 1980-1990 que les éditeurs se sont mis à faire des livres pour les tout-petits, au moment où des pédopsychiatres et des psychanalystes ont mis en avant l’apport incomparable des livres dans le développement des bébés (0-3 ans) et dans l'acquisition du langage.

Pendant longtemps, il existait très peu de livres pour les enfants ne sachant pas lire, hormis des imagiers et des abécédaires, ainsi que le répertoire, très ancien pour sa part, des chansons, berceuses et comptines.

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Bébé saura bientôt lire, Mme Doudet, 1874.

Le terme de bébé existait au XIXe siècle, comme le montre la couverture de cet abécédaire, mais il désignait plutôt des enfants entre 4 et 6 ans. Lentement, au cours du XXe siècle, les bébés vont "rajeunir" (c’est le titre d’un article de l’historien Michel Manson), et l’on voit émerger progressivement le souci de s’adresser aux plus jeunes.

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Les noisettes, Colette May, 1937.

Cette attention concerne en premier lieu le support même du livre, qui doit se faire robuste pour résister aux petites mains. Les livres en tissu, indéchirables et lavables, se répandent dans les années 1920. Retrouvez d’autres livres en tissu sur Pinterest, numérisés et sélectionnés par la médiathèque Françoise Sagan (Paris) / Fonds patrimonial Heure joyeuse. Et pour aller plus loin, réécoutez la conférence de Cécile Vergez-Sans, « Tout-Carton, tissu, l'édition d'albums pour les tout-petits et ses enjeux en France à partir des années 1950 ».

Lorsque le langage se développe, les premiers apprentissages se font en douceur : livres à compter (Compter, Arithmétique pour les enfants sages) découverte du monde (Le tour du monde en 80 pages d’André Hellé), apprentissage des langues (Bébé apprend l’anglais).

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ABC, Gaston Maréchaux, 1935.

Pour l’entrée dans la lecture à partir de 4-6 ans, qui se fait encore largement dans un cadre familial, l’enfant dispose d’abécédaires, qui regroupent également des syllabaires et de courts textes destinés aux premières lectures, parfois sous la forme d’historiettes morales. L’abécédaire s’apparente à un objet symbolique qui marque le passage de l’enfance à l’âge de raison et à la culture écrite. Il fourmille donc d’indications sur les valeurs que la société entend inculquer à la génération suivante. Il n’offre donc pas seulement une initiation à la lecture, mais un véritable apprentissage de la vie en société.

La structure des abécédaires connaît peu de grands bouleversements jusqu’au début du XIXe siècle, puis sa physionomie va peu à peu évoluer, sous l’influence des progrès techniques et de l'alphabétisation. L'abécédaire traditionnel évolue vers l’album-alphabet, mêlant toujours plus étroitement texte et image : l’image séductrice envahit la page, les abécédaires deviennent des cadeaux d’étrennes à l’égal du jouet. A partir de la fin du XIXe siècle, l’abécédaire est de plus en plus synonyme d’alphabet illustré, voisin de l’imagier, qui s’adresse aux enfants d’âge préscolaire, outil d’une éducation avant tout récréative.

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J'habille, je découpe, je colore chez mon ami Pierrot, Henriette Delalain, 1920.

Dans une perspective plus ludique, albums de coloriage et de découpage viennent compléter cette offre de lecture pour les tout-petits, beaucoup plus modeste qu’aujourd’hui.

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Mon chat, André Beucler, ill. Nathalie Parain, 1930.

La figure animale est abondante dans les différents genres de la littérature de jeunesse, à tel point qu’on serait tenté de tenir cette présence, comme celle des images, pour l’une des marques de cette littérature. Cette place privilégiée des animaux se rattache à deux traditions : celle des fables animalières (d’Esope à La Fontaine), qui offrent un univers de projection dans lequel l’homme est invité à reconnaître ses travers et à les corriger, et celle des multiples adaptations des ouvrages de Buffon à destination d’un public enfantin depuis le XVIIIe siècle, proposant une description minutieuse du règne animal.

Mais ce n’est qu’au XXe siècle que l’animal anthropomorphe devient réellement une figure familière, en relation directe avec le développement de l’album pour enfants. Pierre Lapin de Béatrix Potter (1902), Gédéon le canard de Benjamin Rabier (1923), Babar de Jean de Brunhoff (1931), deviennent autant de figures du petit enfant. L’animal occupe dans la fiction pour enfants une fonction de détour et de mise à distance, c’est une figure que l’on regarde pour mieux se voir. La plupart des récits construisent un trajet des héros vers l’humanité : il faut que l’enfant souhaite s’insérer dans la communauté des hommes. Ce qui est en jeu, c’est le passage de l’instinct à la règle, de la nature à la culture. Pinocchio accède finalement à l’humanité, Max ôte la capuche de son costume de loup.

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Histoire de Babar le petit éléphant, Jean de Brunhoff, 1931.

C’est un soir d’été 1930 que Cécile de Brunhoff imagine pour ses deux fils l’histoire d’un éléphanteau qui gagne la ville pour fuir le chasseur qui vient de tuer sa mère. Mis en texte et en images par son époux peintre, Jean de Brunhoff (1899-1937), ce récit devient en 1931 l’Histoire de Babar, le petit éléphant, qui révolutionne l’album pour enfants par son utilisation de l’espace du livre. L'écriture cursive du texte, son vocabulaire simple, une narration d'une grande lisibilité lui ont permis de gagner le coeur des plus jeunes, séduits par sa bonhommie tout en rondeur et cette « société libérale d'éléphants dans une atmosphère familiale et amicale ». Six autres albums suivent le titre fondateur. Après la disparition prématurée de Jean de Brunhoff, les aventures de Babar se poursuivent sous la plume et le pinceau de son fils Laurent, faisant de ce personnage né dans la sphère familiale l'une des figures les plus fameuses de la littérature enfantine à travers le monde.

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Gédéon, Benjamin Rabier, 1930.

Le maître incontesté en matière de drôlerie animale est le père de la Vache qui rit, Benjamin Rabier (1864-1939), surnommé « l’homme qui fait rire les animaux ». Découvrez l'univers qui lui est dédié dans la Bibliothèque numérique des enfants et laissez-vous guider par ses amis pour suivre son parcours aux multiples facettes : Flambeau le chien de guerre, Paquet l'ours, Anatole le porcelet ou Aglaé la chèvre.

 

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