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Colard Mansion, un homme du livre

L’Europe des savoirs
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29 mars 2018

Dans le  cadre du projet européen "Rise of literacy", le blog Gallica vous propose une série de billets sur la naissance de l’Europe des savoirs. Premier arrêt à Bruges, à la rencontre de Colard Mansion, l’un des précurseurs de la typographie.

Bruges, seconde moitié du quinzième siècle. Cité marchande, ville d’art et de culture, Bruges est alors l’un des fleurons des Pays-Bas Bourguignons. Le commerce du livre s’y est développé sur le brillant terreau de la culture de cour ducale. Les manuscrits à peintures produits dans les années 1450 à 1475 pour la bibliothèque des ducs de Bourgogne comme pour celles des nobles de leurs états, sont restés célèbres à juste titre : les enluminures qui les ornent font partie des plus merveilleuses jamais produites par le pinceau d’un artiste. Il faut aujourd’hui faire un effort pour se rappeler qu’en même temps, depuis la ville germanique de Mayence, en actuelle Allemagne, l’imprimerie à caractères mobiles avait entamé son irréversible conquête de l’Occident médiéval. Et en effet, dans l’Europe du Nord des années 1470, au moins deux manières de fabriquer un livre coexistent : la technique calligraphique, symbole de l’ancienne culture des clercs et des princes, et la technique typographique, emblème de temps nouveaux.

Cette gravure sur bois, ici enluminée, est placée au début du second livre des Métamorphoses d’Ovide et représente trois scènes de l’histoire de Phaéton : à gauche en arrière-plan, Phaéton demande à sa mère Clymène de confirmer que le dieu Phébus (Apollon) est son père ; au centre, Phébus en majesté reçoit Phaéton dans son palais ; à droite, la chute de Phaéton lorsqu’il tente de conduire le char du Soleil.

Un homme, Colard Mansion, a su faire fructifier les deux techniques. Copiste et traducteur, homme du livre et entrepreneur, Colard Mansion est l’un des premiers typographes brugeois. D’abord producteur de manuscrits de luxes, il s’est approprié la nouvelle technique sans cesser de produire des livres manuscrits. Il a pourtant imprimé des incunables restés célèbres pour leur grande beauté formelle et une certaine recherche d’innovation, notamment dans le domaine de l’illustration. Colard Mansion a été par ailleurs le premier à imprimer un grand nombre d’œuvres de langue française.

Le Groeningemuseum présente, du 1 mars au 3 juin 2018, une exposition entièrement consacrée à l’œuvre de Colard Mansion. Manuscrits, imprimés et estampes permettront de recréer le monde des artistes et artisans brugeois, de Philippe le Bon à Maximilien d’Autriche. L’exposition rassemblera des œuvres venues du monde entier et, pour la première fois, la quasi-totalité des éditions imprimées attribuées à Colard Mansion, avec le soutien de la BnF.

Nathalie Coilly,
Réserve des livres rares

 
Le projet Europeana "The Rise of Literacy" (Naissance de l’Europe des savoirs), réunissant douze bibliothèques partenaires et financé par la Commission européenne, porte sur l’alphabétisation des populations en Europe. Des expositions virtuelles, une série de billets de blog et des galeries d’images thématiques, qui seront mis en ligne courant 2018, permettront de découvrir l’évolution des pratiques de lecture et d’écriture et leur généralisation, du Moyen Âge à nos jours. L’une des expositions virtuelles porte notamment sur la transition du manuscrit vers l’imprimé et permettra au public d’explorer les éléments de continuité et de rupture entre les deux techniques et de comprendre l’impact de l’imprimerie sur la production des livres et sur les pratiques de lecture en Europe.
 

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