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2000 ans d’Ovide. Autour des Métamorphoses

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27 décembre 2017

Les Métamorphoses du poète latin Publius Ovidius Naso dit Ovide (43 avt - 17 ap. J.Chr.) est une œuvre magistrale de la littérature classique. Ses 12 000 vers dessinent une œuvre composite, empruntant aussi bien au genre lyrique, tragique que philosophique.

Les Métamorphoses sont surtout connues comme une source précieuse sur les mythologies grecques et latines car, comme l’explique le latiniste Jean-Pierre Néraudau :

Tous les grands auteurs sont dans les Métamorphoses, Homère et Hésiode, les Tragiques grecs et sans doute latins, Lucrèce et surtout Virgile.

 

Ce foisonnement mythologique - 231 histoires de métamorphoses au total - fait de ces poèmes une source intarissable pour la littérature et les arts dès le Moyen-Âge. Avec l’apparition de l’imprimerie, les versions illustrées se multiplient et l’ouvrage devient un classique de l’humanisme. Sculpteurs, compositeurs et metteurs en scène viendront par la suite puiser dans ce monde peuplé de figures humaines et animales au destin contrarié.

Parmi les plus anciennes versions des Métamorphoses conservées à la BnF se trouvent plusieurs versions médiévales dites de l’Ovide moralisé. Écrit en ancien français au début du XIVe siècle, cet ouvrage est en réalité une réécriture de la somme ovidienne passée au filtre de la christianisation. La poésie des métamorphoses passe au second plan et l’auteur emprunte des références chez d’autres auteurs classiques tout en modifiant la structure des livres dans une perspective morale. Si L’Ovide moralisé a été auparavant attribué à Philippe de Vitry ou encore à Chrétien Legouais de Sainte Maure, les recherches récentes montrent qu’il doit rester attribué à un auteur anonyme ayant probablement vécu à la cour de la reine Jeanne II de Bourgogne, épouse de Philippe V.
 

À la Renaissance, Ovide demeure une des figures de la littérature classique : « Ovidio Maggiore » fait partie de la cohorte de poètes antiques que Dante rencontre lors de sa visite du premier cercle de l’Enfer dans La Divine Comédie.

Le développement de l’imprimerie permet d’accompagner le texte des Métamorphoses de nombreuses gravures, en particulier dans le milieu lyonnais, chez l’imprimeur Jean I de Tournes. Dans La métamorphose d'Ovide figurée, les bois gravés soignés, vraisemblablement l’œuvre de l’artiste Bernard Salomon accompagnent les vers traduits par Jean de Vauzelles, le tout entouré d’une série de figures divines et animales mêlées à des motifs ornementaux.
 

Parmi les images diffusées dans toute l’Europe à l’époque moderne, se trouvent souvent des grands formats inspirés des Métamorphoses, source inépuisable d’imagination pour les peintres et les graveurs. Ainsi, un volume du célèbre artiste hollandais Hendrick Goltzius contient 40 gravures rehaussées de couleur dans un style maniériste.
 

 Le domaine musical n’est pas en reste avec les compositeurs français des premiers temps de l’opéra qui s’inspirent des mythes ovidiens, tel Robert Cambert, qui compose en 1672 une pastorale intitulée Les peines et les plaisirs de l'amour sur un livret de Gabriel Gilbert.
 

 
Le compositeur le plus inspiré par Ovide est sans doute Jean-Baptiste Lully qui met en musique une série d’opéras, la plupart sur des livrets du poète et académicien Philippe Quinault, à partir des mythes ovidiens : Cadmus et Hermione, crée en 1673 et considéré comme le premier opéra français (extrait d’un enregistrement de 1931 conservé au Département Audiovisuel), Isis (1677) ou encore Proserpine (1680). Dans ces modèles de la tragédie lyrique, la mise en scène des querelles et des amours divines se fait alors le reflet des intrigues de la cour de Louis XIV, auquel le compositeur rend hommage à travers les figures des héros Cadmus et Thésée ou du dieu Apollon.

Au XIXe siècle, le mythe d’Orphée (Livres X et XI des Métamorphoses) est le sujet de plusieurs créations, dont le fameux opéra-bouffe du compositeur Jacques Offenbach, Orphée aux enfers (la première version date de 1858) qui égratigne avec entrain et irrévérence la mythologie : dieux et déesses s’entre-déchirent comme dans un drame bourgeois, une satire qui choque la critique … mais enthousiasme le public grâce notamment au célèbre galop infernal !
 

Pour aller plus loin

John F. Miller and Carole E. Newlands, Handbook to the reception of Ovid, Malden, 2014
Ovide, Les Métamorphoses, Paris, 2017 (nouvelle traduction par Marie Cosnay)
Festival Européen Latin Grec 2018 : lecture publique participative des Métamorphoses d’Ovide, 23 mars 2018.
Le mythe d’Orphée dans les arts et en musique (ressources de la Philharmonie de Paris)

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