Quand un Gallicanaute remonte le temps pour découvrir l'avenir : portrait de Philippe Ethuin

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Publié par Nadia Khélifi le 26 juillet 2017 dans Du côté des Gallicanautes

Philippe Ethuin est le créateur du site ArchéoSF et le directeur de la collection du même nom aux éditions publie.net. Spécialiste de l'anticipation des siècles passés et des rétrodramas, il nous explique comment il utilise Gallica dans sa recherche d'anciennes visions du futur.

G. Rodeck, Sanatoir aérien du docteur Farceur, bureau volant de mariage, police aérienne [objets volants de fantaisie], 1890

Bonjour, pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Chercheur indépendant dans le domaine de la littérature populaire et de l'anticipation ancienne, je collabore à des revues consacrées à la science-fiction. Amateur des littératures marginales (roman policier archaïque, roman populaire, anticipation) depuis mon adolescence, j'ai accumulé une collection conséquente, mais qui ne pourra malheureusement jamais rivaliser avec celles des grandes bibliothèques comme la BnF.

Comment votre site, ArchéoSF, est-il né ?

ArchéoSF est né du constat que peu de sites étaient consacrés à une part importante de notre patrimoine littéraire. Sans doute plus de 5000 fictions relevant de ce que Pierre Versins appelle la "conjecture romanesque rationnelle" ont été publiés avant 1945 dans le domaine francophone. Garder une trace Internet d'éléments de recherche (qui peuvent d'ailleurs s'infirmer ou être validés au fil de nouvelles découvertes), faire connaître ce patrimoine qui est une des sources de notre imaginaire contemporain et donner accès à des textes et des critiques d'époque sont les trois piliers d'ArchéoSF à mes yeux.

Resquille, Birgel, Ric et Rac n° 347, 2 novembre 1935

Comment avez-vous découvert Gallica ?

J'ai découvert Gallica lors de ma reprise d'études en lettres au début des années 2000. Beaucoup de textes étaient alors numérisés en mode "image" et quelques-uns en mode "texte". J'avais besoin de relever des occurrences dans Rouletabille chez le Tsar de Gaston Leroux. Heureusement pour moi ce roman était disponible en mode texte ! Depuis, je fréquente quotidiennement Gallica, dont les fonds ne cessent de croître et les outils de s'améliorer.

Comment utilisez-vous Gallica dans le cadre de votre métier ? De vos recherches ?

J'utilise Gallica de différentes manières. Je peux rechercher une image d’illustration pour un article d’ArchéoSF écrit à partir d'un ouvrage ou d'un périodique de ma collection. Je recherche parfois des textes précis dont je connais les références mais que je ne possède pas. Enfin, j'explore la presse à la recherche de textes inconnus. La presse recèle de nombreuses petites pépites littéraires oubliées car jamais reprises en volume. Cette exploration peut reposer sur la recherche plein texte, par exemple en utilisant "an 2000" et toutes ses orthographes possibles (an deux mil, an deux mille,...). Il est alors nécessaire de trier les résultats pour écarter tout ce qui ne concerne pas la fiction. L'exploration peut aussi reposer sur le dépouillement d'un périodique de manière exhaustive. Enfin, la recherche peut être comme une promenade sans but précis : un auteur a écrit de l'anticipation de manière parfois marginale? Recherchons toutes les occurrences de son nom afin de vérifier s'il n'existe pas d'autres textes intéressants qu'il aurait pu signer.

Une anecdote au sujet d'un document découvert dans Gallica ?

Il y a quelques temps, je travaillais sur L'Ether Alpha d'Albert Bailly. Pour ce roman destiné à la jeunesse, l'auteur a reçu en 1929 le prix Jules Verne de la revue Lectures pour tous. Le règlement du concours précisait que le roman devait être inédit. Grâce une recherche sur Gallica, j'ai pu découvrir qu'il n'avait rien d'inédit : l'ouvrage avait été publié l'année précédente en feuilleton dans Le Figaro, sous le titre Le Baiser de l'infini. L'Ether Alpha est donc une version adaptée à la jeunesse et raccourcie d'une publication pour adultes. Il aura fallu près de 90 ans pour découvrir ce petit arrangement douteux avec un règlement de concours littéraire.

Rencontrez-vous des difficultés propres à votre sujet de recherche ?

La principale difficulté n'est pas l'accès aux textes, mais la multitude de textes relevant de l'anticipation que l'on peut trouver sur Gallica. Il faut alors trier, hiérarchiser les informations.
Autre élément parfois gênant : la difficulté à trouver des informations sur des auteurs totalement tombés dans l'oubli. Un exemple parmi tant d'autres : au début du XXe siècle, un certain Guilleri publie une chronique régulière dans L'Echo d'Alger. Plusieurs de ces chroniques relèvent de mon domaine de recherche. Si j'ai pu découvrir son patronyme (Lucien Puech, fils de Narcisse Puech qui fut maire de Sétif) et suivre une partie de sa carrière (il devint un vaudevilliste parisien qui connut quelques succès), ses dates de naissance et de décès continuent à m'échapper.

Quels sont vos projets pour le site ArchéoSF prochainement ?

Le site poursuit son exploration des fictions d'anticipation et des utopies anciennes. Chaque semaine, de nouvelles références apparaissent sur des bibliothèques numériques. La numérisation de masse continue et permet de découvrir sans cesse des nouveautés (nouveautés anciennes tout de même !). Une attention plus particulière à la réception contemporaine des œuvres sera sans doute une priorité pour le mois de septembre. En attendant, tout au long de l'été, ArchéoSF propose chaque samedi un petit écrit uchronique ou une hypothèse historique non retenue par la chronique : on y découvre un court texte de Plutarque, des textes d'historiens du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et c'est l'occasion pour les lectrices et lecteurs du site de constater que l’uchronie n’est pas une nouveauté littéraire.

Utilisez-vous aussi Gallica dans d'autres activités ?

J'utilise aussi Gallica pour collecter quelques bêtises et montrer que de nombreux éléments de langage sur la critique des jeunes, sur la crise de la lecture, sur la crainte de la technique sont finalement récurrents. Au début du XXe siècle, on s'inquiétait de l'emprise du cinématographe sur les âmes, avec des condamnations morales du même acabit que celles adressées aujourd’hui aux jeux vidéo ou à Internet.

Qui est susceptible de vous aider à découvrir de nouvelles sources ?

Grâce aux lectrices et lecteurs d'ArchéoSF, je peux recenser des sources que je ne connaissais pas, des textes qui ne m'étaient pas connus. Une communauté très dynamique existe autour de l'anticipation ancienne, et elle me permet de m'ouvrir aux autres pays, notamment anglo-saxons.

Le mot de la fin ?

Les Futurs du passé ont de l'avenir !

 

A lire aussi sur le blog Gallica, l’EPUB de chevet de Philippe Ethuin : Un chalet dans les airs d’Albert Robida

Découvrir les projets de Philippe Ethuin :

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