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L'ours

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25 octobre 2016

Cet automne, l’ours est à l’honneur au Muséum national d’histoire naturelle et au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. L’ours, fauve ou peluche ?

Gaston Phébus, Livre de la chasse, Français 616, fol. 27v

L’ours occupe une place à part dans l’histoire des hommes. L’ours des cavernes, aujourd’hui disparu, fut le concurrent de l’homme préhistorique pour les proies et l’occupation des grottes. L’ours brun, quant à lui, fut longtemps le plus puissant fauve de nos contrées. Objet de culte, roi des animaux, il fut ensuite pourchassé et dénigré avant de revenir en grâce sous forme de peluche.

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Benjamin Rabier, Paquet, petit ours mal léché, Garnier frères, 1931

L’ours brun domine en Europe mais ne doit pas faire oublier les autres espèces d’ours : ours blanc en Arctique ; ours noir et ours à lunettes en Amérique ; ours à collier, ours lippu, ours malais, et bien sûr le panda, en Asie. Certains individus atteignent des tailles impressionnantes et occupent le sommet de la chaîne alimentaire. Vénéré comme divinité, l’ours apparaît très tôt dans la mythologie. Ainsi, Atalante et Pâris sont recueillis par des ourses, tandis que Callisto est changée en ourse avant d’être transformée en constellation de la Grande Ourse.

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Nouveau Cirque. Les Ours comiques, [1894]

Cette grande place de l’ours va être attaquée par l’Église au Moyen Âge. Elle le traite d’animal diabolique. L’ours, chassé, piégé, doit se cantonner aux montagnes comme les Pyrénées. L’importance de la figure de l’ours décline aussi dans l’héraldique. Il apparaît encore dans l’histoire de Godefroi de Bouillon terrassant un ours, à l’image du roi David. Mais l’image de l’ours se dégrade, faisant de lui un lourdaud comme dans les fables de La Fontaine. Il est loin le temps de Brun, l’ours sénéchal dans le Roman de Renart.

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Mutual Honors at Tilsit or the Monkey the Bear and the Eagle, Walker Conrhill, 1807

L’ours représente la Russie et l’aigle la Prusse. Cette caricature anglaise fait allusion aux deux traités de Tilsit qui mettent fin à la quatrième coalition : la Russie est relativement épargnée, tandis que la Prusse est amputée d’une partie de son territoire.

L’ours devient un objet de curiosité, exhibé par les montreurs d’ours ou par les cirques qui le transforment en écuyer ou en acrobate. Les zoos en font un objet d’attraction et même un enjeu diplomatique : c’est la fameuse diplomatie du panda. L’ourson sert aussi de mascotte. Déchu de son trône, l’ours devient un personnage littéraire. Il peuple tant les ouvrages pour la jeunesse que les récits d’aventures dans le Grand Nord. Son image se renverse et il devient l’aimable amateur de miel adulé par les enfants. L’apparition du Teddy Bear popularise aussi cette boule de poils, déclinée en jouet ou en marionnette. L’animal qui a terrifié nos ancêtres berce désormais les nuits de nos enfants.

Partenaire du Muséum national d’histoire naturelle dans le cadre de l’exposition « Espèces d’ours », la fondation François Sommer et le musée de la Chasse et de la Nature qui lui est rattaché lancent en octobre le 9e numéro de la revue Billebaude, consacré à l’ours. Lancée en 2012, Billebaude est une revue d’exploration et de réflexion sur les usages et représentations de la nature. Chaque semestre, la revue propose autour d’un thème – le loup, la forêt, la ruralité, etc. -, des contributions de chercheurs, journalistes, acteurs de terrain, artistes. Dans un esprit d’ouverture, la revue tisse des liens entre le monde de la recherche, de l’art et celui de la gestion de l’environnement autour des enjeux de conservation de la nature. Consciente que la crise écologique et économique invite à recomposer un nouveau savoir où la science dialogue avec la culture et la gestion avec les pratiques et savoirs traditionnels, la revue fonctionne comme un laboratoire d’idées et d’échanges, sans militer pour un bon usage de la nature mais en cherchant à révéler les paradoxes de la société contemporaine marquée à la fois par une sensibilité croissante à la nature et une méconnaissance pratique de plus en plus grande du fonctionnement des écosystèmes.

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Revue Billebaude, n° 9, octobre 2016. L'ours.

Adversaire face auquel éprouver sa bravoure, nounours bonhomme incarné par Teddy Bear, deux images contradictoires collent à la peau de l’ours : la férocité ou la mignonnerie. Ce numéro de Billebaude invite à redécouvrir l’animal, en explorant la construction de ces deux mythes, et en allant à la rencontre de l’animal sauvage, là où il peuple encore les forêts. Fidèle à son approche, la revue invite biologistes, écologues, historiens, philosophes, bergers, chasseurs et artistes pour mieux apprendre à cohabiter avec l’ours et réfléchir à la place des grands prédateurs dans notre monde contemporain. La revue est diffusée en librairies et sur abonnement.

Pour en savoir plus : Michel Pastoureau, L’Ours : histoire d'un roi déchu, Paris, Éd. Du Seuil, 2007

Luc Ménapace (BnF) et Gaëlle Le Page (musée de la Chasse et de la Nature)

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