George Auriol (1863-1938), la lettre et l'estampe

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Publié par Monique Moulène le 23 septembre 2014 dans Collections

George Auriol est surtout connu aujourd’hui pour les caractères typographiques qu’il a créés au début du XXe siècle. Leur élégance Art nouveau est encore souvent présente sur des bâtiments parisiens construits aux alentours de 1900. Mais la production artistique d’Auriol est loin de se résumer à cette activité. Écrivain, lecteur et critique littéraire, mais aussi graveur, illustrateur, dessinateur de cachets et monogrammes, professeur de dessin, il est un artiste protéiforme tout à fait représentatif de son époque. L'ensemble de son œuvre est accessible dans Gallica.

Théâtre du Chat noir : couverture de programme aux narcisses

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105064677

 

Venu de Beauvais où il a laissé son vrai nom de Jean-Georges Huyot pour prendre le nom du clown Auriol célèbre sous le Second Empire, il commence sa carrière parisienne au Chat Noir en 1882, où il rencontre Rodolphe Salis, Steinlen, Eugène Grasset et surtout Henri Rivière qui deviendra son ami fidèle, malgré leur différence de caractère. À la réserve de Rivière, Auriol oppose un caractère gai, fantaisiste, impétueux, bavard, débatteur, colérique. Ils travaillent ensemble au Chat Noir, à la fois pour le cabaret et pour la revue, illustrant des programmes, des affiches ou la revue elle-même. Rivière enseigne à Auriol la technique du dessin à l’aquarelle, mais aussi la gravure sur bois à la manière japonaise. L’influence du japonisme et du style Art nouveau qui dominent le goût artistique de l’époque est aussi très visible dans les premières planches dessinées ou gravées par Auriol : des lignes simples et souples, une inspiration très naturaliste pour des compositions aérées de fleurs ou de paysages. Jules Jouy, un autre membre du Chat noir, surnomme Auriol « Monseigneur l’évêque des campanules » ! Pour les gravures sur bois de Rivière, à la manière japonaise, Auriol dessine pour lui non pas un mais sept monogrammes reprenant dans des lignes souples et entrelacées les initiales ou la fleur favorite de Rivière, l’iris. En 1889, Rivière conduit son ami vers la lithographie en couleurs. Très rapidement on devine Auriol vivement intéressé par la relation entre l’image et le texte. Les affiches publiées chez Verneau, les programmes de théâtre, les menus, les titres de musique édités par Enoch sont illustrés de motifs harmonieusement entrelacés au texte. Les livres, jusque-là assez austères, deviennent, en particulier avec le travail ornemental d’Auriol, des productions pensées et embellies dans tous les détails, depuis la page de couverture ou la page de titre jusqu’aux pages de garde. Cette dernière décennie du XIXe siècle est une période où l’édition en général connaît une grande effervescence et un succès certain : illustrations et couvertures en couleurs, innovations typographiques, avec des coûts de production diminués grâce à l’utilisation des procédés photomécaniques, expliquent ce succès du marché du livre, auquel Auriol prend une large part.

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http://blog.bnf.fr/uploads/gallica/2014/09/Sans-titre-1.jpg

 

Durant cette période d’activités intenses et diversifiées, Auriol tisse des liens utiles à sa carrière. Larousse lui a demandé le décor des pages de garde et de couverture de la Revue encyclopédique. C’est le début d’une collaboration avec la maison d’édition, tout en poursuivant une activité soutenue avec d’autres éditeurs comme Verneau ou Enoch. En 1902, chez Verneau, paraissent Les 36 vues de la Tour Eiffel, avec les lithographies de Rivière et une composition et des décors d’Auriol, dans un style très japonisant, couronnement d’une créativité à quatre mains. Parallèlement, par l’entremise d’Eugène Grasset qu’il côtoie au Chat Noir et chez Larousse, Auriol est sollicité par George Peignot, qui dirige une fonderie de caractères d’imprimerie, pour créer de nouveaux caractères typographiques. Comme d’habitude, Auriol s’attelle à la tâche avec beaucoup d’enthousiasme. En l’espace de deux ans, en 1902 et 1903, au pinceau et à l’encre, il crée une centaine de vignettes et fleurons d’ornement et trois nouvelles écritures typographiques, la « Française légère », l’ « Auriol labeur » et le « Robur ». L’ « Auriol labeur » servira en particulier à la composition d’À rebours de Huysmans publié en 1903 par Les Cent bibliophiles. Après 1905, Auriol revient à son activité de dessinateur de cachets et monogrammes déjà compilée en 1901 dans Le Premier Livre des cachets, marques et monogrammes. Une deuxième édition, préfacée par Anatole France, suivra en 1908 augmentée de nouveaux noms et d’ex-libris. « Ce n’est pas peu de chose que de bien dessiner une lettre », reconnaît l’écrivain. Un troisième livre de monogrammes, cachets et ex-libris viendra en 1924. Entre-temps il a aussi écrit une vingtaine d’ouvrages et un grand nombre d’articles. Jusqu’à sa mort en 1938, il enseigne à l’Ecole Estienne la typographie et la mise en page, faisant bénéficier ses élèves de son expérience et de son enthousiasme. Les livres ont été la grande affaire de sa vie : leur lecture, leur écriture dans le fond et dans la forme, leur composition, leur mise en page et leur ornement.

Monique Moulène

Département des Estampes et de la photographie

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