Marie-Louise et le roi de Rome

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Publié par Charles-Eloi Vial le 23 mai 2017 dans Collections

Empereurs, rois, princes et princesses : toute leur vie observée, commentée et représentée par les contemporains se retrouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France. D’un département à l’autre, des Manuscrits aux Estampes en passant par les Imprimés, les collections de la BnF dessinent comme une gigantesque biographie illustrée des grands de ce monde. Il en est ainsi de Marie-Louise (1791-1847), fille de l'empereur François Ier d'Autriche et seconde épouse de Napoléon Ier, et de son fils le roi de Rome (1811-1832).

"Je jure avec mon père et avec la France", estampe, Ostervald l'aîné, Paris.

Pourtant, ces deux personnages semblent à part : les documents qui les concernent évoquent ceux qui existaient déjà sous l’Ancien Régime, à commencer par les estampes et les textes à la louange de la mère et de l’héritier du trône, mais leurs deux vies sont entrecoupées de bouleversements qui n’avaient jamais été vus auparavant : chute de l’Empire en 1814, Congrès de Vienne puis bataille de Waterloo l’année suivante, et enfin l’exil et l’oubli. Cas-limites, à la frontière des canons de la représentation des souverains d’avant 1789 et de ceux de la diffusion de l’image par les médias contemporains, ces deux figures de l’Empire à son apogée et à son déclin sont particulièrement bien représentées dans les collections de la BnF.

The Arch Dutchess Maria Louisa going to take her Nap,
estampe,
Tho.s Tegg N° 111 Cheapside, 1810.

En témoignent par exemple les nombreuses gravures relatant, comme une saga, le mariage de Marie-Louise et de Napoléon le 2 avril 1810. Depuis les cérémonies de la demande en mariage à Vienne de la jeune archiduchesse par un émissaire chamarré de l’empereur fraîchement divorcé, aux feux d’artifice et aux fêtes organisés dans Paris, en passant par la rencontre des deux promis près de la forêt de Soissons et par le défilé de la cour au grand complet sous l’Arc de Triomphe en construction, pas un des épisodes ne manque à l’appel. Le département des Estampes conserve même de rarissimes billets d’invitation à la cérémonie du mariage et aux festivités qui s’ensuivirent, sans oublier de superbes gravures des décors déployés dans la capitale en fête. Des caricatures diffusées par l’irréductible ennemi anglais, se moquant de la nuit de noce du couple impérial ont également été numérisées.

En plus des estampes, des documents d’archive évoquent le voyage de Marie-Louise de Vienne à Paris, les commandes de robes de Marie-Louise, tandis que les journaux retracent le quotidien de la cour impériale. De nombreux contemporains ont laissé des témoignages sur cette période, comme celui de l’Autrichien Charles de Clary-et-Aldringen, apprécié des historiens pour la finesse de ses analyses, les Mémoires de la reine Hortense, ou encore les Souvenirs un peu plus persifleurs de la générale Durand et ceux du valet de chambre de Napoléon, Constant. Les Mémoires de Méneval, secrétaire de l’empereur, offrent une vision plus nuancée de la souveraine, encore inexpérimentée et contrainte à tout juste 19 ans d’incarner le pouvoir aux côtés d’un empereur-soldat deux fois vainqueur de l’Autriche.

Portraits de Marie-Louise et du Roi de Rome dans une rose et dans un bouton,
estampe, Rue Poupée, N° 7

La naissance du roi de Rome, son baptême et sa petite enfance sont également représentés par de nombreux artistes, la diffusion de pareilles gravures, souvent naïves, idéalisées voire allégoriques servant à répandre l’image d’un Empire prospère. Des portraits de famille, ou des gravures mettant en scène Napoléon et Marie-Louise dans leurs promenades ont également circulé à cette époque. L’enfance du roi de Rome est parfaitement documentée grâce aux rapports de la Gouvernante des Enfants de France, mais la propagande impériale tend à le vieillir, l’empereur souhaitant former le plus tôt possible son héritier : il est ainsi représenté à cheval, âgé d’à peine deux ans, et certains documents parlent déjà de son adolescence !

Sa Majesté le Roi de Rome recevant la première leçon d'équitation,
estampe, Basset, Paris.

Sur le quotidien du couple impérial, le département des Manuscrits de la BnF conserve depuis 1935 un document majeur : les lettres d’amour écrites par Napoléon à Marie-Louise, de la demande en mariage jusqu’à la dernière du recueil, écrite depuis l’île d’Elbe en 1814.

De nombreux chercheurs se sont penchés sur Marie-Louise et sur son fils, qu’il s’agisse d’historiens locaux français et étrangers, de détracteurs ou encore ou de spécialistes de la période napoléonienne comme Frédéric Masson, dans ses ouvrages Napoléon et les femmes et La Journée de l’empereur aux Tuileries, et dans une biographie de Marie-Louise – quelque peu à charge mais magnifiquement illustrée. Il récidiva d’ailleurs avec un ouvrage sur Napoléon et son fils. D’autres auteurs, comme Octave Aubry ou Henri Welschinger, s’intéressèrent eux aussi au roi de Rome.

Vient ensuite le temps des représentations de l’impératrice en majesté, debout devant le trône, veillant avec amour sur son fils, diffusées peu de temps avant la nomination de Marie-Louise comme régente de l’Empire, au lendemain de la catastrophique campagne de Russie. Même le petit roi de Rome sera représenté en soldat prêt à défendre son père.

Portrait de Marie-Louise en pied, estampe,
Boulard, Paris.

Désormais souveraine d’un Empire en crise, Marie-Louise assiste à la défaite de l’armée napoléonienne, fuit Paris avec la cour impériale et se réfugie à Blois où elle apprend, impuissante, l’abdication de Napoléon le 6 avril 1814. Elle tente de protéger son fils, héritier d’un souverain déchu, en réclamant une compensation territoriale pour la perte de son trône, mais elle doit bientôt quitter la France. Quelques récits documentent cette époque trouble. La voilà contrainte à l’exil, réfugiée dans sa famille autrichienne avec quelques Français continuant à la servir, dont certains ont laissé d’importants témoignages. Le gouvernement de Louis XVIII la fait en revanche surveiller, tout comme la police autrichienne au service de son père ! Peu de temps après s’ouvre le Congrès de Vienne, où les frontières européennes sont redessinées au profit des vainqueurs de Napoléon, malgré les efforts des diplomates français comme Talleyrand. Initialement fidèle à son époux, Marie-Louise, à qui on a promis la souveraineté du duché de Parme, renonce à le soutenir et s’en va régner en Italie, à Parme. Napoléon, définitivement discrédité après la tentative désespérée des Cent-Jours, finit sa vie à Sainte-Hélène.

Remariée, mère de deux autres enfants, la duchesse de Parme disparaît quelque peu des radars de l’édition française. De loin en loin, quelques journaux la mentionnent, de rares gravures la dépeignent. Stendhal s’inspira certainement d’elle pour peindre le portrait de la duchesse Clara-Paolina dans la Chartreuse de Parme. De nombreux contemporains, curieux de faire la connaissance de l'épouse du grand empereur, font pourtant le voyage à Parme où ils la regardent comme une bête curieuse. C’est le cas de Chateaubriand, de Lamartine, du comte Alfred de Falloux et du député Jean-Jacques Coulmann, qui la croisa malade et minée par le chagrin.

Le Duc de Reichstadt méditant devant un buste de Napoléon,
estampe, Perrotin, Paris.

Son fils avait en effet connu un destin tragique : héritier de Napoléon, privé de son trône, il avait été rebaptisé Franz, titré duc de Reichstadt et élevé à Vienne auprès de l’empereur d’Autriche, son grand-père. La légende napoléonienne naît autour de ce petit garçon éduqué à Schönbrunn comme un archiduc, mais emporté par la tuberculose en 1832, à l’âge de 21 ans. Des témoignages de contemporains et même une biographie "autorisée" écrite sur ordre de Metternich décrivirent le fils du glorieux Napoléon, jeune homme brillant, prometteur et trop tôt disparu. De nombreuses gravures furent diffusées en France, le représentant en uniforme, en héritier de son père, ou plus tristement sur son lit de mort. Au début du XXe siècle, la photographie vint prendre le relai, diffusant des images de sa chambre à Schönbrunn ou même de son sarcophage. De lui, il ne reste que des allégories, et le souvenir de la tragédie d’Edmond Rostand, L’Aiglon, où le rôle-titre était interprété par Sarah Bernhardt. Entre  la tragédie vécue par les uns et le drame romantique joué sur scène par les autres, il n’y a souvent qu’un souffle : celui de la légende.

Marie-Louise et le roi de Rome ont fait l’objet de nombreuses études. Signalons, parmi les publications les plus récentes, le catalogue de l’exposition du château de Compiègne organisée pour le bicentenaire du mariage impérial, La politique de l’amour (Réunion des musées nationaux, 2010), la synthèse de Pierre Branda, Napoléon et ses hommes : la Maison de l’Empereur (Fayard, 2011), ainsi que la biographie de Marie-Louise par Charles-Éloi Vial (Perrin, 2017). Sur le site de la Fondation Napoléon on peut citer, outre les fiches biographiques, deux dossiers thématiques sur le mariage de 1810 et sur le roi de Rome, ainsi qu’une bibliographie élaborée à partir des ressources de Gallica.

 

Charles-Eloi Vial
Département des Manuscrits

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