Héros de la littérature pour la jeunesse, épisode 1 : super-héros et pétroleuses

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Publié par Virginie Meyer le 22 juillet 2016 dans Collections

Le super-héros, c’est celui que l'on rêve d'incarner : un mythe, une légende, un sujet de réappropriation ou d’imitation. Ses succès éclatants contre ses ennemis, mais aussi sa générosité et sa force de caractère nous font tous rêver. Forcément un homme le super-héros ? Gallica vous propose également des filles et des femmes sûres d’elles-mêmes, combattantes, fougueuses et passionnées, qui veulent en découdre !

La BnF s'associe à Partir en livre, la grande fête du livre pour la jeunesse du 20 au 31 juillet 2016, en jouant au jeu des 12 familles. A cette occasion, Gallica vous propose de (re)découvrir les héros de la littérature pour la jeunesse, dans les pages numérisées par la BnF et ses partenaires.

Le héros se caractérise par des qualités qui le placent en marge de l’humanité commune, et se distingue par sa fidélité à une valeur (la justice, l’honnêteté, le courage, etc.) pour laquelle il accepte de risquer sa vie. Le héros épique naît d'abord dans la tradition orale : les aèdes, les bardes chantent ses louanges, racontent ses exploits, qui furent ensuite fixés par les premières civilisations de l’écrit. Être d’exception, souvent à demi divin, il se caractérise par sa force physique ou son invincibilité, tel Achille. Il accomplit des exploits extraordinaires et met en scène l’idéal d’une mort héroïque qui parcourt toute l’Antiquité. Cet héroïsme traditionnel est associé au récit légendaire ou à l’épopée : de nombreuses œuvres littéraires pour la jeunesse s’inscrivent dans la filiation de ces récits.

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Les travaux d’Hercule : imagerie d’Epinal, 1891.

Héraclès est le fils du dieu Zeus et de la mortelle Alcmène, petite-fille de Persée. Dès sa naissance, faisant preuve d’une force surhumaine, il étouffe les serpents envoyés par Héra, l’épouse jalouse de Zeus. Sa force – herculéenne – lui permet d’accomplir de nombreux exploits dans tout le bassin méditerranéen, dont les douze travaux. A sa mort, il est transporté sur l’Olympe pour rejoindre les dieux.

A la fin de l’Antiquité, notamment sous l’influence du christianisme, Héraclès (Hercule chez les Romains) devient un symbole des exploits physiques associés à la force morale, et donc le modèle du sage parfait. Sous la Révolution française, on verra même son portrait orner des pièces de monnaie, réunissant la liberté et l’égalité. Après avoir été pendant des siècles associé à la figure du roi guerrier, il devient le symbole du peuple souverain.

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Histoire du chevalier Bayard racontée à mes enfants, Théodore Cahu, ill. Paul de Sémant, 1898.

Pendant longtemps, les exploits des chevaliers, réels ou imaginaires, s’adressent aussi bien aux adultes qu’aux enfants, à travers des récits qui se répandent par la tradition orale puis la littérature de colportage. L'histoire des quatre fils Aymon, issue des chansons de geste, est un roman de chevalerie extrêmement populaire sous différentes formes depuis le XIIIe siècle, qui conte la lutte de « très nobles et très vaillants » chevaliers contre le pouvoir tyrannique de Charlemagne. Le chevalier Bayard « sans peur et sans reproche », personnage historique celui-ci, rejoint l’épopée lorsqu’il défend seul le pont du Garigliano au cours des guerres d’Italie au XVIe siècle.

Du côté des femmes,  il n’est pas de bon ton de partir guerroyer, sauf si c’est sous l’inspiration divine comme Jeanne d’Arc. Pendant longtemps, l’univers assigné au sexe faible, c’est celui du foyer, de la maternité et de la charité. Néanmoins, il existe des « pétroleuses ». À l’origine, c’est le nom donné aux femmes qui utilisaient du pétrole pour activer les incendies pendant la Commune de Paris en 1871.

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Les mille et une nuits des familles : contes arabes, ill. Français, H. Baron, Ed. Wattier, Laville

Chacun connaît l'histoire de l’astucieuse Shéhérazade, fille du grand vizir, qui raconte chaque nuit à son époux une histoire dont la suite est toujours reportée au lendemain : c'est le moyen qu'elle a trouvé pour échapper à la mort, puisque le sultan a décidé d'épouser chaque jour une vierge qu'il fait exécuter au matin de la nuit de noces pour se venger de sa première épouse adultère. Débutent alors mille et une nuits de récits captivants.

Plus proche de nous, Jo est l’une des quatre filles du docteur March, roman publié en 1868 par Louisa May Alcott (1832-1888). Pendant la Guerre de Sécession, en l’absence de leur père engagé, quatre sœurs font face aux difficultés de la vie quotidienne avec leur mère. Joséphine « Jo » March, quinze ans, est la deuxième de la fratrie, elle rêve de devenir écrivain. Garçon manqué et frondeuse, Jo est en quelque sorte un personnage « féministe » avant l'heure. Ce roman occupe une place originale en France, tout à la fois pour son hymne à la vie familiale et pour la liberté du personnage de Jo, dont Simone de Beauvoir, qui lut le roman directement en anglais, dit dans les Mémoires d’une jeune fille rangée combien il fut important pour elle.

C’est l’éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886), resté dans les mémoires comme l’éditeur de Jules Verne, qui le traduit en 1880. Signant de son nom de plume P. J. Stahl, Hetzel s’approprie le roman et en édulcore le propos : il réintroduit l’autorité paternelle dans le titre, gomme les allures de garçon manqué de Jo et invente une fin dans laquelle elle rentre dans le rang.

Pour aller plus loin, retrouvez les expositions virtuelles Héros : d’Achille à Zidane et Mille et une nuits.

Prochain épisode : Héros de la littérature pour la jeunesse : méchants ou niguedouilles ?

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