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Quand une gallicanaute nous fait revivre la grande guerre : portrait de Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24

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20 décembre 2016

Aujourd’hui, Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24, nous parle de ses recherches professionnelles et personnelles autour de la Première Guerre Mondiale, entre généalogie et commémoration du centenaire.

Fantasio, 1er janvier 1918

Bonjour Stéphanie Trouillard, pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Je suis journaliste pour le site internet de France 24 depuis plus de quatre ans. L'essentiel de mon travail consiste à couvrir l'actualité internationale mais, depuis le début du centenaire de la Première Guerre mondiale en novembre 2013, je m'occupe également de ce dossier. En trois ans, j'ai réalisé plus d'une centaine d'articles sur la Grande Guerre. Cela m'a permis de toucher de nombreux sujets, tout d'abord militaires, mais aussi culturels, sportifs ou même scientifiques. Quotidiennement, je réalise une revue de presse sur mon compte Twitter et je relaie les actualités sur le centenaire. En parallèle de mes activités professionnelles, je poursuis enfin des recherches sur les poilus de ma famille. Je raconte leurs histoires dans des articles et je vais sur le terrain pour essayer de retracer leurs différents parcours. Trois de mes arrière-grands-oncles ont perdu la vie au cours du conflit et deux de mes arrière-grands-pères y ont participé. Ils étaient tous dans des armées et des régiments différents : l'infanterie, l'artillerie ou encore la marine. Cette entrée familiale me permet d'avoir une approche plus intime au sein de la grande histoire.

Comment avez-vous découvert Gallica ?

Mes parents m'ont transmis le goût de l'histoire depuis ma plus tendre enfance. Mon père est aussi un passionné de généalogie. Cela fait donc plusieurs années que je surfe sur Internet pour consulter des livres ou des journaux anciens ou pour trouver des illustrations. Le site Gallica est devenu une référence et un outil indispensable pour tous ceux qui sont "des chercheurs du passé" que ce soient des historiens, des généalogistes ou tout simplement des amoureux de l'histoire.

Comment utilisez-vous Gallica dans le cadre de votre métier ? De vos recherches personnelles ?

J'utilise régulièrement Gallica pour concevoir mes articles sur France 24. Lorsque j'écris sur un événement qui s'est déroulé à une date précise, je consulte souvent les archives de la presse de l'époque. La numérisation de nombreux journaux datant de la Première Guerre mondiale est une source de premier choix pour mon travail. Par exemple, en août dernier, j'ai rédigé un article sur l'arrivée des premiers travailleurs chinois en France en 1916. Sur Gallica, j'ai retrouvé des coupures de presse, datant d'il y a un siècle, qui racontent cette histoire. Même s'il faut prendre ces écrits avec recul, cela donne une idée de la pensée de l'époque et permet de donner une couleur historique à mes articles.

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''Travailleurs chinois en déplacement sur le front français,
portant leur 'barda' à la mode chinoise'', Pages de Gloire, 30 juin 1918.

Je me sers aussi de Gallica pour retrouver des livres anciens qui ont été numérisés et que je ne possède pas forcément. Je n'ai ainsi pas à me déplacer en bibliothèque pour les consulter. Dans un autre article sur le torpillage du Gallia, un croiseur de l'armée française coulé en octobre 1916, j'ai pu reprendre des extraits de La Route de la Victoire, où un rescapé raconte ce qu'il a vécu. Les archives du Journal officiel de la République française me permettent de retrouver des citations de soldats de la Première Guerre mondiale. Enfin, je me sers de la collection des "Armées françaises dans la Grande Guerre", qui offre de très nombreuses cartes des différentes batailles pour illustrer mes papiers.

Une anecdote au sujet d'un document découvert dans Gallica ?

Je parle souvent de mes recherches à mes amis. J'essaye de leur montrer qu'en utilisant les ressources sur Internet, ils peuvent à leur tour découvrir beaucoup de choses sur leurs ancêtres. Un jour, avec l'un de mes collègues, nous avons tapé son nom de famille sur Gallica pour voir si l'on pouvait trouver quelque chose. Et effectivement, nous sommes tombés sur une coupure de presse de 1932 qui racontait comment son grand-père était tombé de vélo dans une rue de Paris. Cela l'a fait beaucoup rire, mais aussi un peu touché. C'est une simple histoire du quotidien, mais également un lien vers notre passé. En fouinant un peu, on peut tous trouver des traces de nos ancêtres !

Rencontrez-vous des difficultés propres à votre sujet de recherche ?

Il est parfois difficile de savoir ce que je peux réutiliser ou non pour mes articles. Par exemple, sur Gallica, il y a de nombreux clichés datant de la Première Guerre mondiale que j'aimerais pouvoir intégrer dans mes articles. Certaines photos sont libres de droits, mais sous certaines conditions. France 24 étant considéré comme un site commercial, je ne peux pas les reprendre gratuitement. Comme je n'ai pas de budgets spécifiques pour les photos, je dois donc m'en passer, à mon grand regret.

Quels sont vos projets de recherches, prochainement ?

Je vais continuer mon travail sur le centenaire de la Première Guerre mondiale. Il va y avoir des dates très importantes en 2017, comme l'offensive du Chemin des Dames, l'entrée en guerre des Américains, la bataille de Vimy ou encore la Révolution russe. Je prépare par ailleurs un webdocumentaire sur la Seconde Guerre mondiale et plus spécifiquement sur la déportation pour le printemps prochain. C'est là encore une période qui m'est très chère en raison de mon histoire familiale. Un de mes grands-oncles a été tué en 1944 alors qu'il était résistant dans un maquis dans le Morbihan. Pour mes recherches sur ce thème, je m'appuie beaucoup sur Gallica. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Qui est susceptible de vous aider à découvrir de nouvelles sources ?

Grâce à la communauté que nous avons créée sur Twitter, je reçois régulièrement des messages de descendants de poilus qui m'envoient directement des documents appartenant à leur famille. Ce sont des sources très importantes car elles peuvent être inédites. Surtout, elles sont particulièrement émouvantes car elles touchent à des histoires très personnelles.

Je suis aussi de plus en plus souvent contactée par des lycées ou des collèges, pour parler de mon travail sur les Première et Seconde Guerres mondiales. J'aime beaucoup cet échange avec les élèves et leur regard sur notre passé. Les ressources numériques permettent de les intéresser plus facilement à l'histoire. Ils utilisent des outils modernes pour se plonger dans des événements qui se sont déroulés il y a cent ans ou soixante-dix ans. C'est une porte d'entrée pour les inciter ensuite à se rendre aux archives car, en définitive, rien ne vaut le contact direct avec des documents d'époque. J'ai vécu de très fortes émotions en touchant de mes mains des papiers anciens, que ce soient un registre militaire, un acte de décès ou une simple coupure de journal. Rien ne remplace ce contact direct avec le passé.

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Les Gaz, Jean Veber, 1918

Le mot de la fin ?

Merci à Gallica d'avoir créé une communauté autour de l'histoire. J'échange régulièrement avec d'autres gallicanautes, comme la généalogiste Sophie Boudarel ou le collectionneur de 78 tours Thomas Henry. Nous créons des passerelles entre nos différentes passions et nous en arrivons même à les partager. C'est une véritable contamination, mais elle est très saine !

Vous souhaitez en savoir plus sur les activités de Stéphanie Trouillard ? Retrouvez-la sur :
- le site France 24
- le compte Twitter Stbslam
- le compte Storify Stbslam

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