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De l’art de cultiver son jardin avec Gallica : interview d’Alain Baraton

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20 septembre 2017

Alain Baraton, jardinier en chef du domaine de Trianon et du grand parc du château de Versailles, chroniqueur sur France Inter et sur France 5, est également un grand utilisateur de Gallica. Il nous explique comment ses recherches dans Gallica l’accompagnent au quotidien dans son travail. Et si les fonds numérisés étaient plus efficaces que l’engrais et les pesticides réunis ? Promenade, en compagnie du plus passionné des jardiniers, dans les luxuriantes collections de Gallica.

La nouvelle serre prise du Jardin de Botanique, jardin du Roy [jardin des Plantes], dessin de Jean-Baptiste Hilair, 1794 (détail).

Bonjour Alain Baraton. Pouvez-vous nous raconter dans quelles circonstances vous avez découvert Gallica ?

J’ai découvert Gallica grâce à mes collaborateurs. Nous travaillions alors sur une collection d’herbiers, et l’un d’entre eux a eu la bonne idée de me donner les références des herbiers de Gallica. J’ai été admiratif de la qualité de la numérisation et je suis vite devenu un habitué.

Comment utilisez-vous Gallica dans le cadre de vos recherches ?

L’une de mes collaboratrices, Gabriela Lamy, utilise énormément Gallica pour mener des recherches historiques. De mon côté, lorsque j’écris un livre sur un jardin, je cherche avant tout à en dévoiler l’âme. Et pour en comprendre la logique profonde, les "petites" histoires me sont très utiles. La grande histoire ne m’intéresse pas ! Or on trouve, dans Gallica, de nombreux ouvrages anonymes qui permettent, par recoupements, de se faire une idée très précise. Je sais par exemple maintenant avec certitude, grâce à mes recherches dans la bibliothèque numérique, que le médecin qui a autopsié les femmes assassinées par Landru a conservé leurs restes, puis qu’il les a enterrées au Jardin des Plantes, au pied d’un saule-pleureur. Lorsque mon livre L’Amour à Versailles est paru, on m’a accusé d’avoir inventé certaines anecdotes, jugées trop truculentes pour être vraies. Pourtant, j’avais trouvé la grande majorité de ces informations en enquêtant dans Gallica. Chacun peut aller les vérifier ! J’aime aller au fond des choses : ce n’est pas parce que c’est dans Wikipédia ou écrit dans un livre que c’est vrai.

L’un des grands avantages de Gallica, c’est qu’on peut remonter jusqu’aux sources. Aujourd’hui, trop d’auteurs se contentent de se citer les uns les autres, répétant ainsi parfois les mêmes erreurs, sans procéder à quelques vérifications simples. Je m’amuse parfois à remonter aux origines d’une erreur reprise de livres en livres, toujours avec l’aide de Gallica ! Jean-Pierre Coffe, avec qui j’ai publié La Véritable Histoire des jardins de Versailles, partageait ce même goût de la source. Bien sûr, même dans une bibliothèque numérique, on trouve des écrits fantaisistes : mais Gallica apporte une traçabilité des documents à partir de laquelle on peut se faire un début d’opinion. On y trouve beaucoup de pistes. Que l’on peut ensuite aller vérifier par d’autres moyens, par exemple aux Archives.

Dans Gallica, vos pas vous portent-ils plutôt vers les traités d’horticulture, vers les plans ou les vues du château de Versailles ? Consultez-vous les pages Sélections consacrées aux jardins ?

J’aime beaucoup les cartes postales, les photographies anciennes. Je le disais à l’instant, on ne peut pas toujours faire confiance à un livre : combien de textes écrits sur Versailles par des personnes qui n’y sont peut-être jamais venues ? L’image, elle, ne ment pas. Dans mon travail, je cherche à replanter au plus juste, j’ai besoin de connaître l’histoire du site, de comprendre son vieillissement. Un exemple ? J’ai découvert un jour un cliché ancien d’un sequoia vivant près du Petit Trianon : un gardien se tient à côté de l’arbre. Il fait la même taille que lui. Aujourd’hui, ce séquoia mesure 45 mètres de haut ! Ces documents sont d’une grande aide pour connaître la date de plantation du végétal. J’ai connu trop de projets de restauration échafaudés sur des hypothèses… Ces photographies, elles, ne trompent pas.

 

J’utilise aussi les plans de Versailles. Ce sont des éléments précieux de comparaison. Certains plans permettent de relativiser le rôle de Le Nôtre à Versailles. Comparez des plans des jardins de Jacques Boyceau de La Barauderie, sous Louis XIII, avec ceux des jardins de Le Nôtre. Les différences sont ténues ! Le Nôtre a aménagé les bosquets, a considérablement développé les jardins, mais c’est Boyceau qui a jeté les lignes principales, imaginé les tracés, trouvé les équilibres. A qui doit-on par exemple l’axe central du parc, visible depuis le château ? A Boyceau ! Le fameux bassin d’Apollon, qui date de Louis XIII, n’a donc pas pu être construit, comme on l’entend parfois, pour rendre hommage au Roi-Soleil. Il ne s’agit pas de contester le talent de Le Nôtre, seulement de préciser les faits.

Diriez-vous qu’il y a des points communs entre le jardinage et la recherche dans Gallica ?

Je répondrai en vous disant que tout bon jardinier est un historien. On ne peut pas cultiver intelligemment un jardin si on ne connaît pas son histoire. De même qu’on ne peut pas aimer quelqu’un sans connaître son passé, ses blessures, ses joies profondes, on ne peut soigner un arbre si on ne connaît pas sa terre d’origine, son passé. Un jardinier a soif de connaissances et soif d’histoire. Lorsque je rencontre d’autres jardiniers, je suis frappé de constater qu’ils connaissent toujours énormément d’anecdotes au sujet de leur jardin, qu’ils les racontent avec passion. Lorsqu’un enfant a de la fièvre, on peut lui donner de l’aspirine, mais on cherche en général à comprendre pourquoi il est malade. Face à des haricots verts qui n’arrivent pas à murir, certains vont avoir recours à des engrais, utiliser des pesticides. Mais pour comprendre l’origine du mal, rien ne vaut l’enquête, la connaissance de l’histoire de la plante !

Une anecdote au sujet d'un document découvert dans Gallica ?

J’en ai plusieurs… L’une avec Le Bon Jardinier et ses éditions successives, que je me suis amusé à comparer. Il est passionnant d’étudier les corrections et variantes introduites d’une édition à l’autre. Pour l’écriture de mon livre Le Camélia de ma mère, j’avais besoin de savoir si le camélia était une plante courante au XIXe siècle. J’ai consulté les index du Bon Jardinier et constaté qu’il n’y avait aucune trace du camélia. On peut supposer que si la plante avait été répandue, elle s’y serait trouvée.

 

Autre découverte amusante faite dans Gallica : une note autographe de Louis XIV sur la visite des jardins de Versailles ! Le château se visitait déjà...

 

Je suis par ailleurs grand amateur de livres anciens. Grâce à Gallica, je peux m’assurer de l’origine ou de l’authenticité d’un livre qui m’intéresse. Je peux vérifier si ce dernier est intact, s’il n’y manque pas des planches, etc. J’ai ainsi fait de magnifiques découvertes ! J’apprécie que les textes soient reproduits intégralement, avec leur couverture, avec toutes leurs pages blanches, même s’il y en a dix d’affilée, parfois avec des annotations visibles. Pour un bibliophile, cela importe beaucoup. On découvre l’ouvrage brut de décoffrage, comme on le ferait en salle de lecture. Mais à distance. On n’est même pas obligé de s’habiller pour sortir…

Et puis le monde de la culture est un milieu assez sectaire qui, parfois, n’aime pas que le public vienne découvrir ses trésors de trop près. Gallica, c’est tout le contraire : la bibliothèque en ligne permet à tous, riches ou pauvres, d’avoir accès à une quantité inouïe de documents. Et ce n’est pas seulement "la culture pour tous" dont parlait Malraux : c’est la consultation à outrance, sans risque de dégradation !   

Le mot de la fin ?

Dommage qu’il faille couper des arbres pour faire des livres… Mais existe-t-il meilleur endroit qu’un jardin pour apprécier un livre ?

 

Pour en savoir plus…

Alain Baraton, Le Camélia de ma mère, Paris, Ed. Grasset, 2017

Alain Baraton, Dictionnaire amoureux des jardins, Paris, Ed. Plon, 2012

Alain Baraton, L’Amour à Versailles, Paris, Ed. Grasset, 2009

Jean-Pierre Coffe et Alain Baraton, La Véritable Histoire des jardins de Versailles, Paris, Ed. Plon, 2007

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