Jules Grévy, troisième président de la 3e République

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Publié par Hélène Raymond le 20 avril 2017 dans Collections

Troisième président de la IIIe République, Jules Grévy est aussi celui de la stabilisation de la démocratie en France. Proche d’Adolphe Thiers, auquel il succède à la tête du parti Républicain en 1877, il aura toujours été fidèle à ce modèle politique, quand Thiers aura été partagé, lui, entre la monarchie parlementaire et la république.

Les 10 ans qui séparent les deux hommes, le premier étant né en 1797 et le second en 1807, sont aussi les 10 ans qui séparent une génération de transition d’une génération acquise à la république.

Aussi sa biographie politique incarne-t-elle, dans le parcours d’un homme, celui du pays avec le temps historique duquel il a été parfaitement synchrone. On trouve sur Gallica deux courts essais biographiques publiés simultanément en 1879, l’année de son élection à la présidence de la République, l’une Jules Grévy Président de la République par Jules Rouquette, journaliste et romancier, et l’autre, éponyme, par Pierre Henry.

La carrière politique de Jules Grévy débute avec la révolution de 1848. Elu commissaire de la République pour le département du Jura, il résume à la fois sa position et sa détermination dans la formule « Je ne veux pas que la république fasse peur ». C’est contre une république violente, marquée du sceau des révolutions qu’il se bat à l’Assemblée avec l’amendement constitutionnel qu’il dépose en octobre 1848, pour un régime parlementaire, contre l’élection du Président au suffrage universel, défendue notamment par Lamartine.

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Alphonse de Lamartine et Jules Grévy, photographiés par Nadar

L’amendement Grévy propose que « L’Assemblée nationale délègue le pouvoir exécutif à un citoyen qui reçoit le titre de président du conseil des ministres », par le moyen d’une élection au scrutin secret et à la majorité absolue des suffrages. Toujours révocable, le président du conseil est élu pour un temps illimité (Jurisprudence générale du royaume en matière civile, 1848, p. 233).

Cet amendement sera réalisé trois décennies et deux régimes plus tard, en février 1871, avec l’élection d’Adolphe Thiers au titre de chef du pouvoir exécutif de la République française. Il sera néanmoins rapidement détourné avec la proposition Rivet (La Crise constitutionnelle en août 1871), qui régit le passage de chef du gouvernement à Président de la République, Thiers ayant besoin d’un pouvoir fort, non seulement pour régler la fin de la guerre, mais aussi pour avoir le soutien des monarchistes majoritaires à l'Assemblée, lesquels voient alors la nouvelle, et troisième République, comme une phase transitoire. L’amendement sera inclus dans la constitution de 1875 (La Constitution de 1875 et les élections de 1877) et renforcé lors de la première élection de Grévy à la présidence de la République, en janvier 1879, par sa déclaration de principe : « Soumis avec sincérité à la grande loi du régime parlementaire, je n’entrerai jamais en lutte contre la volonté nationale exprimée par ses organes constitutionnels » (Jules Grévy Président de la République, par Pierre Henry, p. 145).

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Monsieur Jules Grévy, Président de la chambre des députés, élu Président de la République, 1879

Sous ses deux mandats, des lois fondatrices seront promulguées et des symboles seront érigés pour marquer la pérennité du régime républicain. Ainsi, la Marseillaise est-elle adoptée comme hymne national (Journal Officiel de la République française, 15 février 1879, p. 1088). Sous le même gouvernement Gambetta, les communards sont amnistiés en juillet 1880 (voir Gambetta, par André Gill, p. 506 et suivantes). A partir de cette année 1880, le 14 juillet est officiellement célébré comme fête nationale. Le 29 juillet 1881 est promulguée la loi sur la liberté de la presse (Journal officiel de la République française, 30 juillet 1881). Le 28 mars 1882, sous le gouvernement Ferry, la loi sur l’enseignement obligatoire et la laïcité de l’enseignement voit le jour (Journal officiel de la République française, 29 mars 1882, p. 1697), pour ne citer que les lois les plus symboliques, au fondement de la République française.

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Le Vaisseau fantôme, par J. Blass (1886)

Jules Grévy présente sa démission avant le terme de son second septennat, le 2 décembre 1887, suite au scandale provoqué par un trafic de décorations organisé par son gendre Daniel Wilson (La Croix du 16 novembre 1887 ; Le XIXe Siècle du 11 novembre 1887). Mais c’est aussi la montée du nationalisme porté par le Général Boulanger, comme l’illustre cette caricature de Blass en 1886, qui contribue à affaiblir sa présidence.

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