Le supplément illustré du Petit Journal

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Publié par Benjamin Prémel le 19 novembre 2013 dans Collections

« Il vous faut du nouveau ?...Eh bien ! voici. Pardon ! Permettez que je rectifie : Eh bien nous voici » s’exclame, le 29 novembre 1890, le chroniqueur Simon Levral pour annoncer la nouvelle formule du Petit Journal illustré.

Le Petit Journal, supplément illustré, 25 juillet 1891

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7159228

 

Si le Petit Journal s’accompagne d’un supplément hebdomadaire dès 1884, la une n’est alors que parcimonieusement illustrée. Accorder deux pleines pages à des illustrations est alors très novateur. La rédaction s’en explique ainsi : « Les nouveaux moyens dont nous disposons nous permettaient d’ailleurs de faire ce qui n’est au pouvoir d’aucun autre journal ». Le premier numéro s’ouvre sur un portrait du président Sadi Carnot et se clôt sur celui de son épouse. Rapidement, cette sage iconographie laisse la place à des représentations plus susceptibles d’intéresser le lectorat.

Ainsi, dès le quatrième numéro, l’affaire de la malle sanglante fait la une. Devant le succès, la rédaction fait la part belle aux faits-divers : drames animaliers, catastrophes naturelles,  cambriolages, crimes. Le sang est souvent présent à la une comme ici lors du drame des Ternes. Les désordres de la passion sont également mis à l’honneur : suicide d’amoureux, crime commis par une archiduchesse trompée, assassinat de Gaston Calmette par Madame Caillaux. La figure de la femme meurtrière est souvent convoquée et suscite la réprobation telle l’ogresse de la Goutte d’Or coupable d’infanticides.

Le Petit Journal, supplément illustré, 26 février 1894
 

L’époque étant marquée par la croyance dans le progrès, scientifiques et inventeurs sont régulièrement mis à l’honneur. Les explorations de nouvelles terres sont mises en avant, qu’elles s’inscrivent dans un cadre scientifique (conquête du pôle Nord, expédition en Antarctique…) ou impérialiste (expédition au Congo…). Les différentes étapes de la conquête coloniale (DahomeySoudan, Madagascar…) le disputent à une imagerie plus exotique. Fenêtre ouverte sur le monde, le supplément couvre largement  l’actualité internationale : crises diplomatiques, conflits armés (guerre au Transvaal, guerre russo-japonaise, …), visites d’Etat (Nicolas II, Edouard VII), etc.

Toutefois, l’information nationale n’est pas négligée et le titre se fait l’écho des soubresauts du régime : crise boulangiste, affaire Dreyfus…. Faisant parfois montre d’un certain antiparlementarisme,  il contribue aussi au panthéon républicain. L’économie est quant à elle abordée à travers grèves, manifestations et crises économiques.

Le souci constant de restituer l’événement et la volonté de plaire au plus grand nombre expliquent le faible espace accordé à la caricature. Pour autant, les dessins ne se veulent pas un reflet fidèle de la réalité. Visages grimaçants et mises en scène spectaculaires sont fréquents. Le recours à l’image fait appel à l’émotion et entraîne un rapport plus sensible à l’information. En 1891, le titre passe en page en trichromie.

D’autres rubriques dans les pages intérieures s’attachent un lectorat fidèle : partitions musicales, jeux, histoires drôles, rubrique boursière… Le feuilleton est également très suivi. De nombreux auteurs collaborent au supplément : Jules Claretie, Aurélien Scholl, Emile Gaboriau, Alexandre Dumas, Emile Zola, Maxence Van Der Meersch… Les dessinateurs contribuant au supplément sont quant à eux moins nombreux à passer à la postérité. Citons cependant Henri Meyer qui a notamment illustré Un Capitaine de quinze ans de Jules Verne.

A l’issue de la Première guerre mondiale, le Petit Journal illustré doit affronter la concurrence d’un nouveau venu dans l’univers de la presse : le newsmagazine qui s’appuie sur la photographie. Dans un premier temps, les couleurs criardes et les expressions outrées qui constituaient la signature du supplément laissent parfois place à des teintes plus douces. Ce n’est qu’en novembre 1934 que le dessin en une est abandonné au profit de la photographie. La rédaction s’essaie à des mises en page plus dynamiques mais cela ne suffit pas pour renouer avec le succès d’avant-guerre : la diffusion du supplément ne parvient pas à compenser les coûts de production induits par l’héliogravure. Les impératifs économiques ont raison de L’Illustré qui annonce sa cessation en août 1937.

Benjamin Prémel - département Droit, économie, politique

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