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Comment illustrer Flaubert ?

Flaubert dans tous ses états
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19 octobre 2017

Les Essentiels de la littérature vous invitent à découvrir la vie et les écrits de Flaubert,  l’"homme-plume" comme il se surnomme. Comment illustrer les œuvres de celui qui clame que "l’illustration est anti-littéraire" ?

"Jamais, moi vivant, on ne m'illustrera, parce que la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin", écrit Flaubert à son notaire, Ernest Duplan (lettre du 12 juin 1862). L’idée même le fait entrer dans "une fureur impossible à décrire" (lettre du 5 juillet 1862). Comment alors illustrer les œuvres de Flaubert ? S’il existe des éditions illustrées de Flaubert, publiées après sa mort, bien d’autres pistes s’offrent à nous.

D’abord, les manuscrits : scénarios et plans, notes préparatoires, brouillons et manuscrits définitifs, carnets de voyage et de lecture, textes inédits et œuvres de jeunesse, soit des milliers et des milliers de pages, sans compter la correspondance quotidienne de Flaubert. Riche d’enseignements sur la genèse des œuvres, ce matériau est également spectaculaire visuellement. Les manuscrits de Flaubert, tramés de ratures, saturés d’additions marginales, témoignent de la lutte obstinée de l’écrivain avec la langue pour parvenir à l’expression juste :

Je vois assez régulièrement se lever l’aurore (comme présentement), car je pousse ma besogne fort avant dans la nuit, les fenêtres ouvertes, en manches de chemise et gueulant, dans le silence du cabinet, comme un énergumène ! 

(Lettre à Madame Brenne, 8 juillet 1876.)
 

Ensuite, les documents qui ont inspiré Flaubert, que ce soit le tableau de Brueghel qui lui inspira La Tentation de saint Antoine (1874) et dont il possédait une reproduction par Callot, les Salomé peintes de Moreau dont on trouve des échos dans les Hérodias (1877), ou encore les journaux épluchés pour L’Éducation sentimentale (1869), qui relate la vie d’un jeune homme à Paris entre 1840 et 1867. Flaubert se nourrit des dessins et caricatures parues dans les années 1840, comme La Vie de jeune homme et les Physionomies parisiennes de Gavarni, pour camper ses personnages. Ce travail iconographique, il l’effectue également pour les journées révolutionnaires de février 1848, comme en témoignent ses notes préparatoires. On sait également, grâce aux registres de la Bibliothèque nationale, qu’il a fréquenté le Cabinet des Estampes et, pour Salammbô (1862), celui des Médailles.
 

Enfin, les adaptations des romans de Flaubert offrent une autre source d’illustrations, ouvrant la porte à l’interprétation. Rétif à l’illustration fidèle, Flaubert accepte, en revanche, les transpositions. Il donne son aval pour l’adaptation de Salammbô à l’opéra et confie aux rédacteurs du livret un découpage du roman en quatre et cinq actes et une liste qui différencie les personnages essentiels de ceux qui peuvent être supprimés lors de la transposition. Le département des Arts du spectacle de la Bibliothèque conserve des esquisses des décors et costumes employés lors de sa création.
Arnaud Laborderie

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