Les faits-divers de Gallica : Le procès Landru

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Publié par Léa Loubet le 19 mai 2017 dans Collections

Henri Désiré Landru (1869-1922), connu comme « le Barbe-bleue de Gambais », est considéré comme le premier tueur en série français. Au début de la Première Guerre mondiale, cherchant désespérément des revenus, il se fait passer pour un homme seul, divorcé et père de deux enfants, afin de s’approcher de femmes, veuves ou célibataires, et de profiter de leur fortune.

"Landru rend ses comptes" par Raymond Pallier, Le Petit journal illustré, 13 novembre 1921

C’est dans une villa qu’il loue à Gambais qu’il va assassiner plusieurs d’entre-elles. Le nombre de disparitions grandissant, plusieurs pistes amènent les enquêteurs à s’intéresser à Landru. Un long procès commence alors, avec une couverture médiatique exceptionnelle.
 

Un procès hors-normes

A l'ouverture du procès, L’Ouest-Eclair du 4 novembre 1921 souligne les mesures extraordinaires prises pour son organisation. Tandis que dans sa rubrique "Tribunaux" du 6 avril 1920, Le XIXe Siècle constatait déjà : « Le procès Landru sera la cause la plus longue qu’on ait jamais vue depuis très longtemps ; elle occupera une session entière des assises et plusieurs audiences devront avoir lieu dans la même journée ».

Les vedettes du moment s’intéressent aussi au déroulement du procès. Colette est parmi les journalistes qui couvrent l’affaire. La presse rapporte mot pour mot ce qui se joue entre les murs du palais de Justice de Versailles (L’Ouest-Eclair, du 24 novembre 1921), et Landru fait plusieurs fois la première page du  Petit journal illustré (le 13 et le 20 novembre 1921, le 5 mars 1922).

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Croquis d'audience, Le Petit journal illustré du 20 novembre 1921
 

Roman-feuilleton judiciaire

Tout est raconté à la manière d’une pièce de théâtre ou d’un roman-feuilleton. On évoque le départ précipité de l’avocat de Landru pendant une audience, les problèmes de cohérence chez l’accusé quand il s’explique ou encore les diverses réactions du public (Le Rappel du 20 novembre 1921). Celui-ci se presse d’ailleurs à l’entrée du palais de justice, espérant observer Landru et assister à l’audience.

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La foule à l'entrée du palais de justice de Versailles, Agence Rol, 1921

Chacun donne son avis sur l’issue du procès. Certains experts soulignent les incohérences de la version la plus courante, celle qui voudrait que Landru ait brûlé toutes ses victimes. Pour beaucoup, sa culpabilité ne fait pourtant pas de doute. L’histoire des billets de trains est tout particulièrement accablante : alors qu’il amenait ses fiancées à Gambais, Landru achetait un billet aller et retour pour lui, mais un aller simple pour les jeunes femmes. Il peine à se justifier lors de l’audience (Le Radical du 15 novembre 1921).

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Plaidoirie de Moro-Giafferi, Agence Rol, 1921

Le procès se termine à la fin de l’année 1921. Il est qualifié d’ « absurde » et décrit comme « un procès grotesque » dans L’Europe nouvelle du 3 décembre 1921. « Qu’on acquitte ou non ce Roméo du pauvre aux innombrables Juliettes, il se verra forcé à quitter la scène du monde qu’il encombre depuis si longtemps. » peut-on lire dans Le Monde illustré du 12 novembre 1921. Landru est finalement exécuté le 25 février 1922 alors qu’il clame toujours son innocence. La scène est narrée dans les journaux de l’époque avec beaucoup de précision (Le Petit parisien, du 26 février 1922) et le prisonnier fait la couverture du  Petit journal illustré du 5 mars 1922. Le jour J, de nombreux curieux se massent devant les portes de la prison, désirant assister à la mise à mort du « Barbe-bleue de Gambais ».

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Devant la prison de Versailles le 25 février 1922, Agence Rol

 

Le goût amer du scandale

Cette affaire a permis le développement d’un type de journalisme qui divise. « L’ignoble procès Landru a manifesté une fois de plus la veulerie d’une certaine presse d’information » peut-on lire dans Romans-revue : guides de lecture du 15 décembre 1922. « Quand les journaux font preuve d’une complaisance malsaine envers les assassins, ce n’est pas les journaux qu’il faut accuser, c’est le public », ajoute L’Eveil économique de l’Indochine du 13 avril 1924. Ce procès témoigne effectivement aussi d’un désir coupable du public se découvrant un goût particulier pour le sensationnel et qui sera largement exploité par la presse.

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Mr Gilbert, Président de la Cour d'Assises, et La tombe de Landru au cimetière de Versailles, Agence Meurisse

« Lorsqu’à la fin du procès Landru, le Président prononça les mots : peine de mort, les têtes se tendirent vers Landru pour épier son visage et en saisir le réflexe tragique. Il y avait là des gens du monde et des femmes exquises. Et tandis que la foule s’écoulait : Canailles ! murmura le Président. Ce n’est pas de Landru qu’il parlait », L’Eveil économique de l’Indochine du 13 avril 1924

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