La naissance de l'Autriche-Hongrie

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Publié par Luc Menapace le 18 février 2017 dans Collections

Le 18 février 1867, lempereur François-Joseph signe le compromis austro-hongrois, acte de naissance de l’Autriche-Hongrie.

Paul Vidal de La Blache, Autriche-Hongrie ; Italie ancienne ; Alsace-Lorraine : Atlas Vidal-Lablache, Paris, A. Colin, 1891

La défaite autrichienne de Sadowa en 1866 bouleverse l’équilibre en Europe centrale : disparition de la Confédération germanique, création de la Confédération d’Allemagne du Nord dominée par la Prusse en attendant la création de l’empire allemand en 1871. L’Autriche se réoriente alors vers ses possessions danubiennes. Elle est formée de deux ensembles :
-l’empire d’Autriche, né en 1804 des possessions patrimoniales des Habsbourg, et formant un arc de cercle de la Bucovine à la Dalmatie
-le royaume de Hongrie, créé le jour de Noël de l’An Mil, auquel est adjoint le royaume de Croatie en union personnelle depuis 1102.

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Friedrich Umlauft, Wandkarto zum studium der Geschichte der österr ungarischen Monarchie, Wien, Hölzel, 1890
Au fil des siècles, le centre de gravité des possessions des Habsbourg s’est déplacé vers l’est.

La maison de Habsbourg tire son nom du château de Habsbourg en Suisse. Elle se constitue un patrimoine en Suisse, en Alsace et dans le sud de l’Allemagne quand Rodolphe Ier de Habsbourg est élu empereur en 1273, inaugurant une longue lignée d’empereurs Habsbourg. Quelques années plus tard, il s’empare du duché d’Autriche, noyau d’un État danubien à venir. En 1438, Albert II de Habsbourg devient empereur, et le titre impérial ne quittera plus la famille jusqu’à la fin, sauf sous Charles VII. En un demi-siècle, par une série de mariage heureux, le territoire des Habsbourg s'augmente de plusieurs pays :
-les États du duc de Bourgogne par le mariage de Maximilien et de Marie de Bourgogne
-les royaumes de Castille et d’Aragon par le mariage de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle
-les royaumes de Hongrie et de Bohème par le mariage de Ferdinand Ier et d’Anne Jagellon.

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[Charles Quint et Ferdinand Ier : camée]

En 1526, le roi de Hongrie et de Bohème est Louis II Jagellon, frère d’Anne et époux de Marie de Habsbourg, elle-même sœur de Ferdinand Ier et de Charles Quint. Il est tué cette année-là à la bataille de Mohacs contre les Ottomans de Soliman le Magnifique. En Bohème et en Croatie, son beau-frère Ferdinand Ier se fait élire roi, mais en Hongrie, deux rois sont élus. La Hongrie se retrouve divisée en trois pour deux siècles :
-à l’ouest, la Hongrie royale, organisée autour de la Haute-Hongrie (Slovaquie actuelle) et de sa capitale Presbourg (Bratislava)
-au centre, la Hongrie ottomane, centrée sur Buda
-à l’est, le royaume de Hongrie orientale auquel succède la principauté de Transylvanie, vassale de l’empire ottoman.

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Louis Leger, Histoire de l’Autriche-Hongrie... jusqu'à l’année 1894, Paris, Hachette, 1907

Il faut attendre 1699 pour que les Habsbourg reprennent le contrôle de la Hongrie (sauf le Banat, repris en 1718). Durant le siècle suivant, ils continuent de s’étendre : Pays-Bas, Naples, Sicile, Galicie, Bucovine, Dalmatie, Vénétie… Mais la confrontation avec la France révolutionnaire puis impériale conduit à la disparition du Saint Empire et à la perte d’une partie de leurs territoires. L’empereur devient empereur d’Autriche, et président de la Confédération germanique après la chute de Napoléon Ier. Le Printemps des peuples en 1848 met à mal cet édifice. Menés par Kossuth, les Hongrois réclament plus d’autonomie. La guerre éclate contre les troupes impériales, aboutissant à la proclamation de l’indépendance hongroise, écrasée par les Autrichiens aidés par les Russes. La Hongrie doit se soumettre, mais l’Autriche elle-même affronte un nouveau rival, la Prusse. Battu à Sadowa en 1866, l’empereur François-Joseph accorde de nouveaux droits à la Hongrie et transforme ses États multiethniques en double monarchie austro-hongroise ou Autriche-Hongrie.

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Le Miroir : publication hebdomadaire, 5ème année, numéro 65, 21 février 1915, p. 13
Avant même la fin de la Première Guerre mondiale, on discute du démantèlement de l’Autriche-Hongrie : Italiens du Trentin, Roumains de Transylvanie ou Serbes de Bosnie sont réclamés par les États voisins.

Autriche et Hongrie disposent d’un même souverain et de plusieurs ministères communs. Les Magyars obtiennent une position dominante en Hongrie, mécontentant les autres nationalités (Serbes, Croates, Roumains, Slovaques…). Le compromis austro-hongrois, valable dix ans, est renouvelé plusieurs fois. L’Autriche-Hongrie, qui occupe la Bosnie-Herzégovine depuis 1878, et qui l’annexe en 1908, s’oppose à la Serbie. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo par un Serbe en juin 1914 entraîne la Première Guerre mondiale. Vaincu, l’empereur Charles Ier doit abdiquer. L’Autriche est contrainte de signer le traité de Saint-Germain-en-Laye en 1919, et la Hongrie le traité de Trianon en 1920. Les deux pays perdent la majorité de leurs territoires. La Hongrie, envahie par ses voisins, se voit enlever des régions peuplées de Hongrois, alimentant son désir de réviser les traités. Sous l’amiral Horthy, elle s’allie à l’Allemagne nazie et réoccupe Batchka, Transylvanie et Ruthénie subcarpathique avant de tout perdre quand l’Allemagne est vaincue. La Hongrie se retrouve à nouveau occupée par les Russes, pendant quarante ans. Après la chute du Rideau de fer, la Hongrie rejoint l’Autriche dans l’Union européenne, renouant des liens créés quelques siècles plus tôt.

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