Histoire de la machine à coudre

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Publié par Chantal Puech le 16 mars 2017 dans Collections

La machine à coudre, inventée au XIXe siècle par Barthélemy Thimonnier, révolutionna, en son temps, les métiers de la couture, du textile et de la mode.

Le Petit journal, Supplément du dimanche, 1er septembre 1907

Barthélemy Thimonnier naît en 1797 à L’Arbresle (Rhône). Il est tailleur de profession et est considéré comme le premier inventeur de la machine à coudre. En observant des ouvrières broder avec un crochet dans son atelier à Amplepuis, près de Saint-Etienne, il a l’idée d’une machine pour coudre plus vite. Pendant quatre ans, il met au point une machine en bois qui coud uniquement le point de chaînette à l’aide d’une aiguille à crochet. Les coutures ne sont pas très solides car les points ne sont pas noués. Il l’appelle « couture mécanique » ou « couseuse ». Sa machine est mise au point en 1829 et il dépose le premier brevet d’invention le 17 avril 1830, avec l’aide financière d’Auguste Ferrand. Elle est présentée à la foire de Paris (16 mai-1er juin 1830), ce qui va permettre de lui trouver des investisseurs.

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J. Meyssin, Histoire de la machine à coudre... (1872)

Ainsi, en 1830, Thimonnier passe une convention avec la société Maison Germain Petit & Cie, rue de Sèvres à Paris. Les 80 machines de l’atelier confectionnent principalement des vêtements militaires. Les ouvriers tailleurs ne considèrent pas la machine comme une aide mais comme une concurrente. Une émeute détruit les machines et menace Thimonnier. Il se retire de la société en 1831. La société est dissoute l’année suivante, quelques mois après la mort du principal financier, Mr. Bonnier.

Malchanceux et désargenté mais pas découragé, Thimonnier s’associe, en 1845, à Jean-Marie Magnin, avocat, pour financer les brevets de perfectionnement, déposés le 19 août 1845 et le 17 octobre 1847, et surtout pour investir dans la fabrication des machines. Magnin devient ainsi à tort co-inventeur de la machine à coudre. Elle est nommée  « couso-brodeur ». Elle coud avec un fil continu et une aiguille et brode. Elle coud environ 300 points à la minute contre 200 points pour la « couture mécanique ». Cette machine est présentée à l’exposition universelle de Paris de 1855 et remporte la médaille de première classe. Thimonnier meurt dans la misère en 1857.

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Le couso-brodeur (1855)

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les expositions universelles permettent de faire connaître et de diffuser la machine à coudre. Les idées de Thimonnier sont reprises, améliorées ou réinventées par ses successeurs, principalement américains. Entre 1846 et 1857, de nombreux brevets sont déposés en Amérique, en Angleterre et en France sur des améliorations techniques, notamment par les Américains Walter Hunt, Elias Howe, Morey et Johnson, Wheeler et  Wilson, et, le plus connu, Isaac Merritt Singer. De nombreux procès ont lieu pour contrefaçon, plagiat ou utilisation frauduleuse du nom de Singer.

Isaac Merritt Singer naît dans la banlieue de New York en 1811 de parents venus d’Allemagne. C’est une période de forte immigration aux États-Unis où l’esprit pionnier encourage les initiatives individuelles. En 1851, Singer met au point la machine à coudre moderne. Il dépose un brevet pour une machine à navette dotée d’une aiguille avec œil près de la pointe, deux fils, inférieur et supérieur, et le point noué, plus solide que le point de chaînette. Walter Hunt l’avait inventé avant lui mais n’avait pas déposé de brevet.

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Singer. Sewing machines in the factory (1892)

Mais, à New York, les tailleurs ne veulent pas non plus de machines qui leur enlèveraient leur travail. Singer, en fin observateur, se rend compte que la machine à coudre intéresse les femmes. Il développe une forme de crédit pour permettre au plus grand nombre de posséder une machine à coudre en fonction de ses moyens. Ainsi, la machine à coudre devient une précieuse aide pour confectionner des vêtements à toute la famille. Il utilise également la franchise : les machines sont fabriquées en Europe ou au Japon au plus près des acheteurs potentiels. En France, une usine Singer s’ouvre à Bonnières-sur-Seine (Yvelines) en 1858.

Pour vendre ses machines, les vendeurs s’installent dans la rue, font des démonstrations et prennent les adresses des gens intéressés. Il a aussi recours aux vitrines, aux publicités peintes sur les murs, aux petits cadeaux lors d’un achat, et aux cours gratuits. C’est ainsi que la machine à coudre surnommé « New Family » arrive dans les foyers à partir de 1865. Si Singer n’a pas inventé la machine à coudre, seulement des perfectionnements, il a permis sa diffusion dans les foyers. Il devient, grâce à ses techniques de vente, leader sur le marché face à d’autres fabricants comme New Home aux États-Unis, Vigneron ou Peugeot en France, ou Pfaff en Allemagne.

Le développement de la machine à coudre est tel que, vers 1890, 8 foyers français sur 10 en possèdent une. Parfois utilisée comme simple objet de décoration jusqu’à la fin de la Grande guerre, elle est supplantée par le phonographe dans les Années folles.

Le métier de couturière à domicile va commencer à se développer pour les plus douées. Jusqu’ici, le fonctionnement de la machine était mécanique, fonctionnait à pédale, avec une manivelle qu’on tournait à la main. Dans les années 1920, l’électricité arrive dans les maisons. En 1921, apparaît la première machine à coudre avec moteur électrique par The Singer manufacturing.

Au niveau du design, jusqu’à la fin des années 1940, les machines sont noires avec des ornements en or, argent et incrustées de nacre ; les matériaux utilisés sont la fonte ou l’acier, parfois récupérés de matériel de guerre. Dans les années 1950, les machines à coudre prennent des couleurs, puis à partir des années 1960, elles deviennent blanc cassé et en matière plastique. Elles sont compactes, légères et transportables dans des valisettes.

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K. D. Geissbühler. Die neue Bernina (1963)

La machine à coudre, est, dans l’histoire de la technique, la seule invention qui a été mise au point pour un usage domestique, avant de l’être dans les ateliers de couture. Par peur de la concurrence, elle a été rejetée à ses débuts par les ouvriers-tailleurs à Paris comme à New York. Aujourd’hui encore, elle tient peu de place dans les ateliers de haute couture mais est très utilisée dans l’industrie textile.

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