Le char d'assaut a cent ans

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Publié par Luc Menapace le 15 septembre 2016 dans Collections

Le 15 septembre 1916, les Britanniques lancent une offensive dans la Somme et pensent l’emporter grâce à une arme secrète : le char d’assaut.

Automobilia : l’automobile aux armées, n.16, octobre 1917

Depuis deux ans, les armées sont immobilisées par la guerre de tranchées. Pour relancer la guerre de mouvement, il faut franchir l’obstacle représenté par les tranchées. Pour cela, la commission des cuirassés terrestres créée par Churchill s’inspire des tracteurs à chenilles utilisés dans l’agriculture. Ces tracteurs sont équipés de blindage et d’armement, sur le modèle des automitrailleuses qui sont des automobiles pourvues de plaques de blindage et d’une mitrailleuse. Pour conserver l’effet de surprise de cette nouvelle arme, sa conception doit rester secrète. Les caisses contenant les premiers chars d’assaut sont expédiées sur le front sous l’appellation de réservoir, qui se dit tank en anglais. Ce nom est resté pour désigner le char d’assaut.

Le 15 octobre 1916 à Flers (Somme), une cinquantaine de chars anglais est engagée. L’effet de surprise joue mais ne suffit pas à renverser le sort de la guerre. En effet, les chars connaissent des problèmes mécaniques, sont lents, et les Allemands vont vite trouver la parade et se lancer eux-mêmes dans la production de chars. Les premiers chars allemands sont opérationnels en 1918. Face à eux, les Français utilisent depuis 1917 des chars Schneider CA1, des chars lourds Saint-Chamond et des chars légers Renault FT. Ces chars sont appelés artillerie d’assaut ou artillerie spéciale. Les Américains s’équipent à partir de 1917 de chars fournis par leurs alliés. Certaines machines tombent aux mains de l’ennemi qui les réutilise. Les pertes sont lourdes face aux mines et à l’artillerie antichar, et le confort intérieur est spartiate. Les chars sont engagés dans plusieurs offensives : à Cambrai en 1917 ou en Champagne en 1918. Leur utilisation est expliquée dans des instructions secrètes.

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Nos tanks... Journal de guerre des artilleries d’assaut alliées, 1ère année, n.1, 15 novembre 1917

Après la fin de la première guerre mondiale, les blindés servent sur les nouveaux théâtres d’opération : à  Berlin durant la révolte spartakiste en 1919, dans la Ruhr lors de l’occupation du bassin par les Français en 1923, en Haute-Silésie lors du plébiscite de 1921, ou en Espagne pendant la guerre civile en 1936. Les chars servent aussi hors d’Europe : les Anglais les utilisent en Irak, ou les Français dans le Rif en 1925.

La fin du premier conflit mondial pose la question de l’usage des stocks de matériels militaires devenus inutiles. Les reconversions sont variées : chasse-neige, débardage, mise à l’eau de canot. Certains emplois sont plus insolites : support de propagande, socle de la Victoire de Samothrace, voire décoration de balcon pour belliciste patenté.

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[Essais d’un tank alpin Peugeot sur les pentes du mont d’Arbois à Megève avec le concours de l’Automobile Club de France, présence du général Estienne], 1919

Le général Estienne est le fondateur de l’arme blindée française

Après avoir participé au défilé de la victoire sur les Champs-Elysées le 14 juillet 1919, les militaires rivalisent d’inventivité pour leurs manœuvres. Ils organisent en 1920 à Satory le grand steeple-chase des chars d’assaut. Les équipes se tiennent sur la ligne de départ pour des épreuves d’endurance ou de franchissement de fossé, en attendant celle de franchissement de rivière sur char amphibie.

La Grande Guerre amène la cavalerie à abandonner ses chevaux et à se mécaniser. Dragons ou hussards chevauchent désormais des chevaux-moteurs surpuissants. La création de cette nouvelle arme a inspiré à la fois la littérature patriotique et les étudiants des Beaux-Arts en mai 68. Le char d’assaut réserve décidément bien des surprises.

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