Petite histoire de la transfusion

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Publié par Florence Launay le 14 juin 2016 dans Collections

La date du 14 juin a été retenue par l’OMS pour célébrer la Journée internationale du don du sang. Elle correspond au jour de naissance de Karl Landsteiner. L’occasion pour le blog Gallica de revenir sur l’histoire de la transfusion…

Présentation des veines de l'avant-bras. Illustrations de Exercitatio anatomica de motre cordis et sanguinis in animalibus... (1628)

Au XVIIe siècle, la saignée est mère de toutes les thérapies. Le sang doit être éliminé afin d’extirper « les humeurs malsaines » et rétablir ainsi l’équilibre dont dépend la santé du patient.

La découverte par William Harvey de la circulation du sang ouvre la porte à une nouvelle conception de la médecine. Jusque-là, on pensait que c’était le foie qui produisait le sang, tandis que le cœur le chargeait d’un esprit vital qui distribuait la vie dans l’ensemble du corps. Les observations de Harvey démontrent que le sang, cheminant en circuit fermé, peut irriguer toutes les parties du corps, et que le cœur fonctionne comme une pompe. Il rend publique sa théorie en 1628 dans Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus. Le milieu médical se divise alors entre « circulateurs » et « anticirculateurs ».

C’est l’architecte Christofer Wren qui va rendre possible la transfusion sanguine en développant des instruments pour injecter fluides, médicaments et… sang dans la veine d’un organisme vivant. Ces outils sont testés sur les animaux et ces expériences sont rapportées comme datant de 1657.

La première transfusion sanguine chez l’homme a lieu le 15 juin 1667 et pour son auteur, Jean-Baptiste Denis, il ne fait aucun doute qu’il faut transfuser du sang animal (chien, veau, mouton…). En effet, l’animal est dépourvu de toutes les passions mauvaises telles l’envie ou la colère qui empoisonnent le sang des hommes. De plus, on utilise déjà le lait des animaux pour se nourrir, alors pourquoi ne pas utiliser leur sang ?

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Appendix... ad Armamentarium chirurgicum. Jean Scultet. 1671 (BIUS)

En 1667, Jean-Baptiste Denis transfuse quatre patients. Etonnamment, il ne décrit pas d’effets secondaires pour les deux premiers transfusés ; le troisième meurt, mais son état étant désespéré, la faute n’est pas imputée à la transfusion. Il n’en est pas de même pour le quatrième malade, victime du premier accident hémolytique transfusionnel ! En décembre 1667, Antoine du Mauroy, est transfusé deux fois pour traiter des crises maniaques dépressives, il reçoit par deux fois du sang de veau. Des signes d’intolérance majeurs se manifestent : accélération du pouls, sueur, très forte douleur lombaire, nausée… Le lendemain, le patient émet un « grand verre » d’urine noire. La récupération est complète au bout de quelques jours, mais, début février 1668, il meurt dans des circonstances floues. Sa femme réclame de l’argent à Jean-Baptiste Denis qui porte plainte. Le médecin est innocenté mais le jugement du 17 avril 1668 stipule que dorénavant aucune transfusion ne peut être autorisée sans l’accord des médecins de la faculté de Paris… majoritairement anti-circulateurs !

Cette sentence sera complétée en 1670 par un arrêt du Parlement de Paris qui, cette fois, interdit complètement la transfusion à tous les médecins et chirurgiens sous peine de punition corporelle, ce qui va évidemment refroidir les ardeurs.

Si les techniques progressent (découverte du microscope et description du globule rouge, développement de la physiologie…), la transfusion va sommeiller pendant un siècle et demi, même si des essais de transfusion de sang animal à homme continueront d’être réalisés dans de nombreux pays européens, sauf en France.

La transfusion sera relancée par un chirurgien anglais, James Blundell. Obstétricien de métier, c’est en 1818 qu’il pratique sa première transfusion d’homme à homme. Il est motivé par la nécessité de sauver les parturientes en contrôlant les hémorragies utérines. Les groupes sanguins n’ont pas encore été découverts, le choix du donneur se fixe souvent sur le mari.

James Blundell va pratiquer des dizaines d’expérimentations animales (et sera le premier à prôner des transfusions intra-espèces) pour améliorer les dispositifs de prélèvement et de ré-infusion de sang. Le principe de la saignée traditionnelle perdure et Blundell développe des dispositifs d’injection ingénieux (dispositif transfusionnel monté sur seringue, principe de la gravité pour injecter le sang du donneur au receveur, par l’intermédiaire d’un récipient maintenu au-dessus du patient…). Néanmoins, la coagulation continue de poser problème.

En France, vers 1850, un médecin de campagne, le docteur Marmonier, aidé de villageois et équipé d’un matériel de fortune, sauve la vie d’une femme en lui prodiguant une transfusion. Ce succès amorce le regain d’intérêt pour cette opération et contribue à la sortir du discrédit. Dans son essai De la transfusion du sang, en 1869, le docteur Marmonier fils en fait une description complète et recense 192 cas faisant l’objet d’une présentation cas par cas.

La mise au point de nombreux dispositifs tels que les seringues, les canules ou tubulures va permettre l’amélioration du prélèvement et de la transfusion par voie veineuse/artérielle. La transfusion directe de bras à bras reste la référence, mais elle a toujours beaucoup de détracteurs et demeure peu pratiquée.

En 1900, Karl Landsteiner découvre les groupes sanguins ABO et démontre ainsi que tous les sangs humains ne sont ni semblables ni compatibles entre eux. Il découvrira ensuite les groupes Rhésus en 1940.

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Transfusion du sang. Atelier Nadar (1900-1916)

La Première Guerre mondiale va se révéler être un terrain d’expérimentation de la transfusion. La transfusion directe de bras à bras reste la méthode de choix car c'est la seule compatible avec l’état d’urgence sur les champs de bataille. Les donneurs, combattants eux-mêmes, sont nombreux. L’acte de générosité, le don du sang, trouve ici ses lettres de noblesse.

En 1917, le Dr Jeanbrau est l'auteur de la première transfusion réussie de sang citraté (utilisation du citrate de sodium comme anti-coagulant) chez l'homme. Parallèlement, les techniques permettant une réelle conservation du sang se développent, le sang pouvant être ainsi stocké et transporté. En 1923, Arnaud Tzanck crée à l’hôpital Saint-Antoine l'« Œuvre de la transfusion sanguine d’urgence », reconnue d’utilité publique en 1931. Un règlement très strict est rédigé à l’attention des donneurs. Tzanck milite pour que le don du sang soit avant tout un acte de dévouement et ne soit donc pas rétribué ! Il aura gain de cause avec la création en 1949 de la Fédération française pour le don du sang bénévole.

En 2014, l’Etablissement français du sang, rassemble plus de 1 600 000 donneurs et a pratiqué 2 845 622 prélèvements.

Commentaires

Soumis par Valérie le 26/06/2016

Je ne suis pas médecin ni même infirmière, mais cet historique est particulièrement intéressant. Merci.

Soumis par julie kerespars le 08/09/2016

merci pour cette historique, je le trouve complet, à la portée de tout un chacun. je vous suis et suis ravie de trouver des articles que l'on ne trouve que dans les grandes bibliothèques et tout le monde n'habite pas à Paris. Par le numérique nous pouvons nous instruire de chez nous, un grand progrés

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