André Le Nôtre (1613-1700)

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Publié par Nathalie Hersent le 13 avril 2017 dans Collections

C’est à l’orée du printemps 1613 que naquit André Le Nôtre. Jardinier du Roi-Soleil pendant plus d’un demi-siècle, il demeure le plus célèbre jardinier paysagiste de l’époque Classique.

Veüe des Cascades de Trianon à Versailles, [ca 1660].Estampe. H. 27 cm L 43 cm. BnF.
Recueil. Choix de vues d'optique des XVIIIe et XIXe siècles. LI-72 (3)-FOL

Une jeune pousse dans un terreau fertile                                          

Fils et petit-fils de Jardiniers du Roi, il eut pour parrain un Contrôleur des jardins et pour marraine l’épouse du Premier Jardinier du Roi. Grandissant au Jardin des Tuileries dont son père avait la charge et où son grand-père avait été Surintendant de six parterres, Le Nôtre fut initié très tôt à la théorie et à la pratique de l’art des jardins. Cette éducation familiale fut enrichie par des études d’agronomie, d’hydrologie et de mathématiques. Par la suite, son attirance pour les Arts lui fit parfaire son instruction par l’apprentissage de la peinture et de l'architecture. C’est auprès de Simon Vouet et de François Mansart que Le Nôtre apprit les règles de l'art du classicisme et des perspectives qu’il mit en application plus tard dans l’élaboration de ses jardins.

Le fruit ne tombant jamais loin de l’arbre, le jeune Le Nôtre décida en 1635 de suivre le sillon familial et devint à 22 ans Premier Jardinier de Monsieur. Pendant près de deux années, il prit soin pour Gaston d’Orléans des jardins des domaines de Saint-Cloud et du Luxembourg. Puis en 1637, il devint Premier Jardinier des Tuileries grâce à l’intervention de son père succédant ainsi à celui-ci.

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Habit de Jardinier, 17e siècle. Estampe. BnF. Recueil.
Collection Michel Hennin. RESERVE QB-201 (71)-FOL.

L’éclosion d’un talent

Au début des années 1640, Le Nôtre, remarqué pour sa conception des jardins du château de Wattignies, près de Lille, put poursuivre sa carrière sous la protection de la maison royale. Ainsi en 1643, il fut appelé auprès d’Anne d’Autriche au titre de Dessinateur des Plants et Parterres. Puis en 1645, on lui confia la modernisation des jardins du château de Fontainebleau. La même année, il fut nommé à 32 ans Jardinier du Roi ; charge qu’il conserva jusqu’à sa mort grâce à son talent mais aussi parce qu’il sut, grâce à son intelligence, s’attirer les faveurs de Louis XIV et se tenir loin des intrigues de la cour.

En 1653, Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances, entreprit la reconstruction du château de Vaux-le-Vicomte qu’il avait acquis en 1641. En charge des jardins, Le Nôtre retrouva sur ce chantier l’architecte Louis Le Vau et son ami Charles Le Brun rencontré à l’atelier de Simon Vouet et avec qui il avait déjà travaillé au château de Vincennes. Là, son talent fut unanimement reconnu.

Afin d’asseoir sa position, Le Nôtre acheta en 1657 la charge de Conseiller du Roi et de Contrôleur général des Bâtiments du Roi.

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Adam Perelle, Veüe et perspective du Jardin des trois bassins de Versailles, 1670.
Estampe en deux planches. H. 25cm  L. 41 cm. BnF. Recueil.
Choix de vues d'optique des XVIIIe et XIXe siècles. LI-72 (3)-FOL

Epanouissement sous les rayons du Roi Soleil

En 1661, après l’arrestation de Fouquet, Louis XIV confia à Le Nôtre la réalisation des jardins de son nouveau palais royal à Versailles, tâche qui l’occupa pleinement durant 25 années (1662-1687).

Au cours de sa longue carrière, Le Nôtre prit part à de nombreux chantiers ; pour le Roi à Marly-le-Roi et à Saint-Germain, mais aussi pour la famille royale et les ministres. Il travailla entre autres à Saint-Cloud pour Philippe d’Orléans, Chantilly pour le Grand Condé, à Sceaux pour Colbert et à Meudon pour Louvois. Sa renommée dépassa les frontières de la France, Le Nôtre œuvra notamment en l’Angleterre (à Greenwich, Hampton Court et Windsor), en Italie (château de Racconigi, Venaria Reale), en Allemagne (Cassel et Charlottenburg). Ne se limitant pas à l’art des jardins et fort de son apprentissage auprès de Mansart, il s’intéressa à l’urbanisme et prolongea la perspective des Tuileries.

Anobli par Louis XIV en 1675, Le Nôtre reçut l'Ordre de Saint-Michel et celui de Saint-Lazare mais n’obtint jamais la charge de Premier Jardinier du Roi.

Au cours d’un voyage en Italie en 1678, il rencontra Le Bernin et le pape Innocent XI. Trois ans plus tard, il entra à l'Académie royale d'architecture.

Une progressive mise au vert

Au fil des ans, ne supportant plus les velléités du Roi-Soleil à vouloir concevoir ses propres jardins, Le Nôtre cessa en 1692 de travailler pour ce dernier. La même année, le jardinier divisa sa charge de Dessinateur des plants et parterres entre ses petits-neveux Jean-Michel Le Bouteux et Claude Desgots. Puis en 1693, âgé de 80 ans, il décida de se démettre de ses charges.

A la veille du XVIIIe siècle, André Le Nôtre rendit l’âme, le 15 septembre 1700, entouré des siens au Palais des Tuileries ; près des jardins où il passa sa jeunesse et dont il avait reçu la charge 63 ans plus tôt. Ses obsèques furent célébrées en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois et il fut inhumé en l'église Saint-Roch.

Concepteur de nombreux jardins « à la Française » dont il est le représentant le plus célèbre, André Le Nôtre ne théorisa jamais son art, il ne laissa aucun traité, écrit pédagogique, journal ou mémoires. Quelques années après sa mort, Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville entreprit de théoriser son apport en reprenant ses principales œuvres dans l’ouvrage intitulé la Théorie et la pratique du jardinage.

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Nicolas Poussin, Moïse sauvé des eaux, 1647.
Huile sur toile. H. 94 cm. L. 121 cm. Musée du Louvre.
Inv. 7271.

Son jardin secret ...

Amateur d’art, Le Nôtre constitua une collection de plusieurs centaines de tableaux de maîtres français, hollandais, italiens, flamands dont il offrit une partie à Louis XIV en 1693. Cette collection comptait entre autres des œuvres du Domicain, du Lorrain et de Poussin (dont Le Moïse sauvé des eaux qui est aujourd’hui au Louvre). Outre des peintures, la collection de Le Nôtre comprenait aussi sculptures, porcelaines, médailles modernes et estampes.

 

Nathalie Hersent, département littérature et art

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