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L'Astrarium

Observatoire de Paris 1667-2017
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12 octobre 2017

Continuons de fêter les 350 ans de l'Observatoire de Paris en nous penchant sur l'une des ses plus belles machines : l'astrarium.

Astrolabe porsan par Mohammed Mahdi.

D’une finesse et d’une technique incontestées, l’astrarium fait encore aujourd’hui figure de référence dans le monde de l’horlogerie. Quelle est cette machine ? Quelle est son histoire ? Pour la découvrir, il nous faudra retourner… au Moyen Âge !
Les premières mesures du temps se firent avec des cadrans solaires, puis des sabliers ou des clepsydres (horloges mues par l’eau) plus ou moins élaborées, et enfin, grâce à l’apparition des systèmes de rouages et de poids : des horloges nouvelles. Cette invention a longtemps été attribuée à Gerbert d’Aurillac, au Xe siècle. En vérité, ce n’est pas avant le XIVème siècle que l’on trouve les premières horloges à poids, qui donnèrent réellement naissance à la chronométrie et à des horloges de plus en plus complexes.

C’est à cette période qu’émerge la figure de Jacques Dondi, aussi nommé Jacopo de Dondi ou de Dondis. Né en 1298 à Padoue, c’était un homme aux multiples talents, aussi doué en mathématiques qu’en médecine, astronomie, mécanique ou philosophie, mais c’est surtout pour sa célèbre horloge qu’il est resté dans l’Histoire. Erigée en 1344 sur la façade du palais de Padoue, son œuvre lui vaudra aussitôt l’élogieux surnom d’Horologius qui sera transmis à ses descendants. Cette gigantesque réalisation marquait non seulement les heures, mais aussi les jours du mois.

Une fois son invention connue, toutes les grandes villes d’Europe ainsi que le clergé souhaitèrent une réplique de cette formidable machine.

 

Padoue et Vérone – Palais Del Capitanio

Et l’astrarium dans tout ça ? Est-ce cette fameuse horloge de Padoue ? Pas encore ! Mais, nous y sommes presque. Jacques eut un fils, Jean (Giovanni Dondi).Celui-ci eut la même carrière que son père, aussi bien médecin, qu’astronome et philosophe, et son talent pour l’horlogerie ne se fit pas attendre.

Jean est d’ailleurs souvent confondu avec son père, et il reste difficile de savoir lequel des deux obtint le surnom de Jean des Horloges (Johannes ab Horologio). D’après l’Histoire de la mesure du temps par les horloges, l’astrarium serait de l’invention de Jacques, alors que d’autres publications, par exemple la Revue historique, affirment que son créateur est Jean. A l’heure actuelle, les experts se prononcent en faveur de Jean de Dondi.

Il y a de quoi se battre pour la paternité de cette œuvre ! Première du genre, en cuivre et laiton, construite entre 1365 et 1389, cette invention surpassa toutes les autres puisqu’elle donnait, bien évidemment, l’heure du jour et de la nuit, mais aussi : le jour du mois, les fêtes de l’année, la course du soleil, celle de la lune et les mouvements des sept planètes calculés selon les principes de Ptolémée ! L’astrarium est, de ce fait, connu pour être la première horloge planétaire mécanique au monde…

Concrètement, il s’agissait d’un appareil combinant un planétarium et une horloge astronomique. Il était doté, entre autres, d’un astrolabe et cadrans calendaires, solaires et lunaires. Un témoignage reste souvent cité en ce qui concerne l’astrarium : celui de Philippe de Mézières, extrait du Songe du vieil Pèlerin. Il y décrit un appareil d’une rare complexité, très grand (les dernières études l’estiment à un mètre de haut), composé d’une multitude de roues (plus d’une centaine), de poids et contrepoids et de plusieurs panneaux. Il aurait fallu seize années à son créateur, pour achever sa construction, et la placer à Pavie.

Songe du vieil Pèlerin de Philippe de Mézières XVème siècle
 
Songe du vieil Pèlerin de Philippe de Mézières XVème siècle

148éme chapitre « Eloge de l’astronomie par Bonne foi »

Ce Maître Jean des Horloges a accompli en son temps de grandes œuvres solennelles […] il a fabriqué un grand instrument, appelé par certains la sphère ou horloge des mouvements célestes.

Songe du vieil pèlerin, par Joël Blanchard, Pocket, 2008, p.544.

La composition exacte de cette invention est décrite dans un manuscrit détaillé, rédigé par Jean de Dondi, qui n’a pas été publié. Le Songe du vieil Pèlerin reste donc une des seules preuves de la complexité de l’horloge originale, celle-ci ayant malheureusement été détruite vers 1530, faute de savants capables d’en assurer sa maintenance.

Perdue à jamais ? C’était sans compter la ténacité des scientifiques ! La reconstruction de cet instrument grâce aux techniques modernes a été tentée dès 1950 par une équipe italienne. Il faudra pourtant attendre 1987 avant d’avoir la possibilité de voir fonctionner une version réellement fidèle à l’originale. Un ancien directeur de l’Ecole des chartes, Emmanuel Poulle, avait alors lancé une grande entreprise : traduire la première version du manuscrit de Dondi. Sur la base de cette traduction, une équipe de chercheurs français, engagée dans l’édition critique du De Revolutionibus orbium coelestium de Copernic, autour d’Alain-Philippe Segonds et de Jean-Pierre Verdet, s’est attelée à la réalisation d’une reconstitution physique de l’astrarium. Ce fac-similé est conservé à l’Observatoire de Paris, établissement d’enseignement supérieur et de recherche chargé de l’heure légale en France.


Astrarium - fac-smilié ©Observatoire de Paris

 

Commentaires

Soumis par Jb le 13/10/2017

Quel plaisir de découvrir de tels objets... Très bon article, très référencé, merci pour cet enrichissant billet.

Soumis par friart le 13/10/2017

un article passionnant pr ts les férus d'histoire!

Soumis par michel Brement le 15/10/2017

Et quand on songe que l'église chamboule régulièrement le calendrier des saints...
il n'y a aucun respect pour un travail durable destiné à la postérité !

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