Femmes puissantes, épisode 1 : Femmes et engagement

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Publié par Laurent Portes le 8 mars 2017 dans Collections

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, le blog Gallica vous propose cette semaine une série en deux parties consacrée au féminisme. Pour ce premier épisode, revenons aux sources des mouvements féministes.

Réunion concernant le suffrage des femmes, photographie de presse, Agence Rol, 1908, Paris.

Le féminisme, mot et idée, date du XIXe siècle. Il plonge pourtant ses racines loin dans l'histoire. Dès la Renaissance, Marguerite de Valois proclame L'excellence des femmes ;  au siècle des Lumières, Madeleine de Puisieux entend démontrer que La femme n'est pas inférieure à l'homme ; sous la Révolution française, Olympe de Gouges ose une déclaration des droits de la femme en 17 articles qui contribue à l'envoyer à l'échafaud. Dès 1833, la saint-simonienne Claire Demar avait lancé un Appel d'une femme au peuple sur l'affranchissement de la femme ; en 1846 avait été publié de façon posthume l'ouvrage L'émancipation de la femme, de Flora Tristan, plus connu aujourd’hui sous son sous-titre de Testament de la paria ; en 1858, Juliette Adam avait osé exposer ses Idées anti-proudhoniennes sur l'amour, la femme et le mariage.

Portrait de Marguerite de Valois, estampes, XVIIe siècle.

L'essor de la presse au XIXe siècle ne pouvait manquer de porter le combat féminin : ainsi, dès 1848, Eugénie Niboyet (1799-1882) diffuse La Voix des femmes : journal socialiste et politique, organe des intérêts de toutes, qui ne connaît que 46 numéros. Le Journal pour toutes, consacré aux intérêts féminins, qu'elle fonde en 1864, durera, lui, un peu plus de trois ans. A la génération suivante, un journal de combat marque sa différence avec la presse féminine : Marguerite Durand (déjà journaliste réputée du Figaro) fonde en 1897 le journal La Fronde, "journal quotidien, politique, littéraire, dirigé, administré, rédigé et composé par des femmes". De haute tenue littéraire et politique, il demeurera quotidien jusqu'en 1903, puis connaîtra des vicissitudes dues à sa fragilité financière. De nombreuses journalistes de premier plan y collaborent : Séverine, Marcelle Tinayre, Pauline Kergomar, dès le premier numéro. Séverine tient la rubrique "Notes d'une frondeuse", qu’elle réunit dans un livre. Ses chroniques journalistiques, appréciées, contribueront à ce que les revendications féminines soient écoutées, à défaut d'être appliquées.

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Publicité pour La Voix des Femmes illustrée par Gilles Bauer, 1917.

Bien des femmes de l'époque font aller de pair leur affiliation à la franc-maçonnerie avec un engagement que l’on dirait aujourd’hui "sociétal", et qui a très souvent une dimension féministe : ainsi, Maria Deraismes (1828-1894), fondatrice d’une obédience mixte, plaide pour l’égalité juridique de la femme ; Clémence Royer (1830-1902), première traductrice de Darwin, expose dans Origine des hommes et des sociétés des vues originales ; la psychiatre Madeleine Pelletier (1874-1939) combat pour l'émancipation sexuelle de la femme en réclamant "une seule morale pour les deux sexes".

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Clémence Royer sur une carte postale "Au Dieu inconnu".

Au tournant du siècle, la revendication politique se fait plus pressante : de plus en plus de femmes réclament un attribut essentiel de la citoyenneté, le droit de vote. Ainsi,  Hubertine Auclert (1848-1914) argumente-t-elle longuement en 1908 en faveur du vote des femmes. Les manifestations publiques de soutien à cette revendication, en France comme en Grande-Bretagne, où elles sont parfois durement réprimées, donnent lieu à des reportages photographiques d'agences de presse, (ci-dessous l'agence Rol), comme à de nombreuses caricatures. Les Suffragettes sont entrées dans l'histoire.

Meeting des suffragettes, manifestation féministe de la rue Montmartre,
photographie de presse, Agence Rol, 29 mars 1914, Paris.

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Votes for women, carte postale, Grande-Bretagne, 1910.

Arrestation d'une suffragette, photographie de presse,
Agence Rol, 22 mai 1914, Londres.

 

                                                                                           Laurent Portes
Département Philosophie, Histoire, Sciences de l'homme

Retrouvez dès jeudi la seconde partie de notre série Femmes Puissantes.

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