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La lanterne magique, ancêtre du cinéma et instrument de connaissance

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3 octobre 2017

Bien avant la naissance du cinématographe, la lanterne magique a permis de divertir et d’instruire un large public grâce à l’image. L’ancêtre des visionneuses de diapositives ou de films vous plonge dans sa longue histoire.

Le Loto des images. Téléscope (4 février 1995)

La lanterne magique permet d’animer les images et les textes, de rendre ces connaissances plus amusantes, plus vivantes, donc plus attrayantes et accessibles à tous.

Les origines de la lanterne magique sont floues. Certains la font remonter à Ibn Al Haïtan ou Al Hazen, savant arabe du XIe siècle, voire à l’Antiquité avec Apollonius de Tyane. D’autres l’attribuent au moine anglais Roger Bacon au XIIIe siècle ou bien à Léonard de Vinci au XVe siècle avec sa « camera obscura ». Au milieu du XVIIe siècle, les pères Athanase Kircher et Milliet de Chasles perfectionnent la lanterne magique, mais c’est Athanase Kircher qui est très souvent cité à tort comme son unique inventeur. Dès lors, la voie est ouverte pour le développement technique mais aussi culturel de cet instrument qui fascine petits et grands.

Scène de lanterne magique

Avant de prendre son nom actuel, la lanterne magique s’appelle tour à tour « lanterne de peur » puis « lanterne mégalographique », « lanterne thaumaturgique » (du grec thauma qui signifie "miracle, prodige"et urgein qui signifie "produire, opérer"), ou bien encore « cassette des illusions ». Ces appellations renvoient aux sujets projetés, à un véritable kaléidoscope d'images d’épouvantes ou diaboliques, licencieuses ou religieuses, politiques ou scientifiques qui peuvent à la fois émerveiller ou faire trembler les spectateurs. Au Moyen Âge, la lanterne magique sert à des projections d’images fantasmagoriques lors des représentations des farces et des mystères. Certains la décrivent même comme un instrument de magie et de sortilèges.

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(Ville de Paris / Fonds Heure joyeuse)

Techniquement parlant, la lanterne magique est une boite percée d’une ouverture par laquelle pénètre la lumière extérieure, ou munie d’une source lumineuse interne. La lumière se réfléchit sur un miroir et vient frapper une plaque de verre peinte à la main qui est installée à l’envers à l’opposé de la source lumineuse. Par un phénomène optique, la lumière passe par une lentille et rétablit les images à l’endroit. Ces dernières sont projetées sur un mur ou un drap.

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A ses débuts, la lanterne rudimentaire est éclairée par la lumière d’une bougie ou d’une mèche trempant dans l’huile, placées à l’intérieur de la boite ; plus tard, ces modes d’éclairage seront remplacés par le pétrole, l’hydrogène et enfin l’électricité. En 1659, l’astronome hollandais Christian Huygens invente la première plaque animée connue ; elle montre un squelette se mouvant en imitant « La Danse macabre» de Hans Holbein. Le passage de la lumière solaire à la lumière artificielle s’effectue en 1660 grâce au mathématicien danois Walgenstein. En 1729, le physicien Pieter Van Muschenbroek met en mouvement les images par la superposition de deux plaques de verre, l’une fixe et l’autre reliée à une ficelle. A la fin du XVIIIe siècle, le physicien belge Robertson invente le Phantascope en associant une ou deux lanternes magiques avec un chariot monté sur roulette ; ce dernier est équipé d’un système permettant d’animer les lentilles, donnant l’illusion que des fantômes se déplacent dans une pièce plongée dans le noir total. En 1843, le Français Auguste Lapierre produit en série la première lanterne magique, la faisant entrer dans les foyers. La lanterne magique devient ainsi progressivement l’instrument de la transmission du savoir et des connaissances pour tous.

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Du XVIIe au XIXe siècle, la lanterne magique se perfectionne au niveau de l’optique et de l’éclairage mais aussi au niveau artistique (peinture sur verre). Il faut cependant faire attention à la manipulation et aux mouvements du public qui risquent de causer des accidents. Au début du XIXe siècle des "montreurs de lanterne magique" sillonnent le pays avec leur appareil et parfois leur famille. L'art des projections atteint son apogée entre 1840 et 1880 avec une qualité de peinture sur verre et de trucages optiques magnifiés et inégalés. Appréciées et plébiscitées par le grand public, les lanternes magiques participent de plus en plus à la vulgarisation des connaissances. Deux des pionniers de cette transmission, l’abbé Moignot et Jules Dubosc, participent grandement au développement de  l’instruction des enfants par leurs projections certes récréatives mais avec une vocation éducative. Jules Dubosc invente sa propre lanterne qui lui permet de réaliser des effets de scénographie s’apparentant aux premiers « effets spéciaux». L’abbé Moignot décrit les bienfaits et l’utilisation de la lanterne magique en 1872 dans L’art des projections. La popularité de la lanterne magique se retrouve dans maints écrits : conte pour enfants, poésie, chanson, pièce de théâtre, livre d’histoire, journal

A la fin du XIXe siècle, Le photographe Eugène Trutat, un des grands vulgarisateurs de l’époque, publie son Traité général des projections ; il réalise plusieurs milliers de diaporamas pour les conférences données par les instituteurs de Toulouse, supports toujours visibles au Muséum de la ville. Les plaques de verre deviennent des supports pédagogiques recherchés. La photographie sonne pourtant déjà la fin des montreurs de lanternes magiques. Ces dernières deviennent des appareils de projections plus sophistiqués comme le Lampascope, le Plasticoscope ou le Praxinoscope. Il faut attendre 1895, après plusieurs expériences de différentes personnalités du monde photographique, pour que les frères Auguste et Louis Lumière aboutissent à la première version du cinématographe ; les différents appareils fleurissent dès le début du XXe siècle pour servir le cinéma. Ce nouveau mode d’attraction et d’érudition s’impose définitivement dans les années 1930-1940.

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Supplanté par le cinématographe, la lanterne magique revient toutefois sur le devant de la scène vers 1950, grâce aux projecteurs de diapositives photographiques.

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